lundi 30 mai 2011

The Axis of Perdition : Tenements (of the Anointed Flesh)


On peut aussi être très doué, ainsi que sont les auteurs de l'auguste Deleted Scenes from the Transition Hospital (dont il me croyait souvenir avoir rédigé un topo, que je ne retrouve plus), sûrement parfaitement sincère, et se viander quelque chose de bien.
Tout est là ? Je ne sais, en tous les cas il y a les vagues bruits de machines malveillantes, les beats déglingués en avalanche au staccato parfois pas loin de ressembler à du Hecate, les riffs patraques, la voix de Brooke, et même la surprolifération de toutes ces belles et bonnes choses en une boueuse neige qui devrait être un régal où patauger ... Et ça ne donne que le pire que ça pouvait donner : du sickindusblack comme on découvre d'un coup d'un seul en avoir trop entendu (j'exagère, on le sait déjà pertinemment), qui voudrait ressembler à DHG, Blut aus Nord et Virus en même temps, mais qui n'arrive même pas à nous servir ne fût-ce que modestement du Apocryphal Voice ; juste du postblack anglais (ça ne paye pas toujours, voyez, pas plus qu'être français) wannabe freaky, à ranger avec les laborieux de Code et Void ; quelle idée aussi, de vouloir revenir au dancefloor pile l'année qu'Anaal sort son Joie ! On peine même à chercher à comprendre ce qui cloche sous cette pochette discrètement pompée à Seekness : on s'en fout bien dru dès le troisième morceau. Sans compter que désormais, pour écouter les délicieuses trilles de Brooke, melliflue alternative à V.I.T.R.I.O.L, nous avons Hesper Payne, dont il y a lieu d'attendre beaucoup.
L'Axe reste donc invaincu au sein de sa propre discographie.
Pour ceusses qui voudraient cependant revoir le combat au ralenti, rendez-vous sur priceminister-channel.

dimanche 29 mai 2011

Liturgy : Aesthethica


Vous ne trouverez pas à son sujet de papier plus vérace que celui de Skidz dans le New Noise de ce mois, alors à quoi bon paraphraser ce dernier quand il me suffit pour être parfaitement conforme à ce qu'il est attendu de moi, d'affirmer clair et précis que si Gira avait dirigé les Swans sur un album de screamo, ce serait celui-ci. Clair et précis.
Un album venu du pays blanc où les tendons nus s'entortillent à cru sur les tubulures de fer pour te traîner tout hurlant tout au long de ton échelle personnelle, un disque qui se meut en direct dans l'espace entre tes nerfs, là où tu vis sans écran aucun.

samedi 28 mai 2011

Inevitable End : The Oculus


Jusqu'à quel point un groupe a-t-il besoin d'être sincère pourvu qu'il soit très doué ? Vous avez quatre heures.
Car il est évident qu'Inevitable End sont très doués - et je ne parle pas de technique (décidément, ça revient souvent en ce moment, je dois trop aller sur Thrashocore), car il est évident qu'Inevitable End touchent tellement en technique qu'ils doivent faire de la desquamation critique. Non, doués pour emballer le machin. Car il est évident qu'ils ne peuvent être tout à fait sincères. Le premier album était du gros deathgrind mi-brutal mi-hystérique (de mémoire, bâtie sur un quart d'écoute) gentiment inutile ; et tout à coup pour le second, hop-là, la voix en parmesan, les riffs haribo-parfum-gazouillis-au-crack qui dérapent en flûtés limite-indus à faire sourire Psyopus, les allègres bouffées d'impromptu - piano music-hall, slide western, machin, rétropédalage pachydermique mais presque, bidule, sax, post-metal acide, claves drolatiques sur un riff sinistre, orientalismes - les morceaux à trente-douze changements de trajectoire et qui durent deux minutes, j'en passe et vous les voyez d'ici. C'est tout sauf vraisemblable - non mais, enfin, cette pochette ?! Ou alors c'est une clause obligative des contrats Relapse, de coller à une ringardise toujours up-to-date ? J'ai du mal à croire que même d'ici quelques années, ça ait pris un tout petit charme de type Samael, mais surtout, ça sent son métalleux qui kiffe les compos solides. Et pourtant ... pourtant plus qu'à ce pensum de Calculating Infinity, qui semble le marché ciblé (et qu'ils risquent d'air-baller, avec leurs conneries de packaging rôliste) on pense, de plus en plus, à un genre de Soilent Green - en puissance, disons, faut pas pousser mémé dans la fosse-à-langues - avec le coulé dans le dérapage permanent qui fut celui de Deathspell Omega le temps, béni, du zénith Fas, Ite - disons un Destroyer Destroyer qui finira bien par pencher plus du côté Arabrot que du Crowpath, avec un peu de chance ; peut-être dans quelque temps, l'effet roller-coaster une fois passé, y homologuerai-je avec un peu plus de certitude une intégrale absence de tralala éligible au label KEN Mode - dont ils évoqueront le croisement avec Brutal Truth, pour le plus grand bonheur des amateurs de rodeo-dancing.

vendredi 27 mai 2011

Ratos De Porão / Looking For An Answer

Les quelques râteaux de poireau qu’il m’ait été donné de tester auparavant ne m’avaient pas convaincu. Pas de quoi se laisser fondre un Magnum Tentation Noisette™ dans la chatte. Me voici donc plus qu’agréablement émoustillé par la découverte de ce HC tout-fou, surboosté de pseudo-soli orgasmiques et m'est avis que la présence du bassiste de Discarga n’est probablement pas étrangère à ce mélange de sprint de teckel et de déboulage dans-ta-gueule à Mach 3. Sur l’autre face, ceux-qui-cherchent-une-réponse ne doutent de rien. Jeunes gens, pour espérer un début d’explication il vaut mieux poser ses questions de manière intelligible. Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Mais voilà, ceux-qui-cherchent-une-réponse jouent du grind old school, avalanche et nuée ardente, sauvage et jubilatoire. Alors ils vont pouvoir continuer à chercher un bon moment. Ce 10" aurait presque pu sortir vers la fin des années 80 mais ce n’est certainement pas ce qui va gâcher mon plaisir. Personne ne fait la gueule quand on annonce du rab de frites.

Take a Worm for a Walk Week : T.A.W.F.A.W.W.


Un album qu'il fait rudement plaisir. Parce qu'il vient rincer le triste goût de déception laissé par les promesses non tenues de Down I Go, rétablir une foi ; celle en la capacité intrinsèquement angloise à rafraîchir les idées des marmousets ultratlantéens dont ils s'emparent - ils les ont inventés, après tout, l'aînesse n'est pas un vain mot pour tout le monde.
Ici, il s'agit de rockin' pervcore. Les TAWF (l'acronyme est amusant mais même lui est invraisemblablement long, ils me pardonneront de le tronquer), qui se sont au passage encore un peu désapés de leurs atours disqueuse-core, font toutes choses pervcore avec la subtilité qui est leur apanage insulaire : du Daughters subtil, allégé de la recherche forcenée de l'urticant à tout prix ; du Bungle subtil, avec, pour aussi incroyable que ce puisse paraître, des touches cirque-bastringue discrètes (!) et des touches klezmer-ska discrètes (!!) voire subliminales ("ah d'accord, le vieux nous mène en gondole"), du Blood Brothers subtil, éventé de son esthétique Brigitta, du Sex Positions subtil au discopunk sans surlignage bourdonnant, du QotSA époque Rated R même par endroits, sans le folklore, que l'acidité, et de la batcave ultrafunky en flashes, par la grâce d'un chanteur discrètement prodigieux de bout en bout, aigre, versatile et sudoripare, mais toujours plus occupé à écluser les pintes qu'il tient dans chaque main qu'à faire des effets de manche ; et on pourrait encore caser quelque part Rolo Tomassi et Binaire. Bref une musique bien plus subtile et cohérente que mon grossier bombardement de références, un humble rock âpre et libre, en forme d'arc-en-ciel inflammatoire et fourmillant de swing, qui bien plus que de tous ces lourdauds est du sang de Poino.

jeudi 26 mai 2011

Mondkopf : Rising Doom


Le goth redevient avouable, mais faut pas pousser : on veut bien fréquenter les machins qui pillent les Chameleons et la bonne Siouxsie, mais pas l'electro-dark, faut pas déconner, haha, ils sont drôles. Du coup c'est amusant, les contorsions que les gens peuvent faire : Mondkopf - rien que le nom, vous êtes grillés - est emballé, par son géniteur aussi bien que par les exégètes, comme de la techno de mec qui aime le metal, et qui trouverait avec Rising Doom (on t'a pas dit que le doom c'est démodé depuis au moins un an, Pierrot ?) le chemin d'une darkness toute nouvelle - ç'a bien marché pour Black Strobe, eh ? Sauf que Rebotini en plus d'aimer le gros metal est un goth, il ne s'en cache pas. Alors soit vous mentez, les gars, soit on croit à la théorie du bon sauvage et de l'invention innocente ou je ne sais quoi ; parce que votre machin, là, n'a rien de metal, mais tout de l'electro-dark-bouh-la-honte-hé. La techno que joue Mondkopf ici est épaisse comme du Iszoloscope avec ses gros tempo sur vérins, et les nappes on dirait du :Wumpscut: héliporté par un Food for Animals qui serait en parfait état de marche (ça fait étrange), ou du Carla Subito en rangeos. Alors ceux qui font, vous êtes des GOTHS, et ceux qui écoutent, vous êtes des GOTHS. Condoléances. Venez en soirée goth, on écoute plein de trucs que vous allez a-do-rer.
Pour les autres, Rising Doom c'est The Hypnotizer qui s'arrête d'un coup et contemple les saloperies qu'il a fait, ses mains pleines de sang jusqu'aux coudes, revient à lui, se rappelle qu'il est le gentil Speedy J, et fond en larmes et en morve, à genoux dans le champ de boue, les yeux implorant le ciel, d'où cascade une tonitruante lumière qui le lave et l'embrase, c'est super joli, c'est vachement bien.

Zoroaster : matador

Rituel improbable sur une zone routière, en plein désert d'où vous voudrez, quelque part entre le crépuscule et l'aube.

Ce qui s'est réellement passé, j'en sais foutre rien.
Ce qu'ils ont foutu dans leur putain de bong, j'en sais foutre rien.

Tout ce dont je sais foutre quelque chose, c'est qu'alors le ciel s'est embrasé de mille couleurs, des tons les plus criards aux nuances les plus épicées, des mélanges les plus putrides aux nacres les plus radioactifs, tortillant et dansant dans une transe chimique entre les plis d'une bannière étoilée d'un éther d'obsidienne incrustée de pierres anormalement scintillantes ; au matin, trempé de sueurs froides avec au fond de la gorge, un curieux arrière-goût sucré et le vague souvenir de violente copulation en ombres chinoises ; plus personne, maintenant, sinon la plaine de sable maculée de noir brûlé et de mares d'essence arc-en-ciel, semblant renfermer les derniers souvenirs de cette nuit glacée dans le vieux cimetière indien parmi les aurores boréales.


mardi 24 mai 2011

Haus Arafna : New York Rhapsody


Un nouveau disque de Haus Arafna qui ne révolutionne pas grand chose à Haus Arafna et dont l'unique saillance est qu'il a été composé comme bande-son d'un défilé ; de mode, c'est à dire. Vous avez bien lu.
L'auteur de ces lignes n'a pas vu le défilé en question, l'auteur de ces lignes n'est pas journaliste, il tient un blog et n'est pas même tenu de proscrire la première personne, vous êtes sur Soum et je ne vais pas donner dans le sociétal ou l'amphi de philo, l'anorexie et Auschwitz, tout ces sortes de choses, on est sur Soum on est ici pour ricaner et se délecter, on est ici pour ressentir - et on s'y croirait, car en vérité Haus Arafna s'est mis sur son trente-et-un, ses sons cintrés au cordeau, ses infiltrations gazeuses à leur plus limpide, rigoureusement fashion et design, avec l'amour du couturier pour la belle étoffe joignant le glacé du papier du même nom au glacé de la table d'autopsie où évidemment l'on évide des corps presque morts, avec des mouvements qui ont la grâce épurée des chorégraphies du meilleur goût abstrait - l'on se méduse comme les autres dans la salle de défilé qui s'est teintée en hématome&craie, devant l'armée des spectres qui doucement grimpent le runway dans des désarticulements d'araignées aux mouvement mollement heurtés et vacillants et distribuant les caresses du bout de langues pointues, l'esprit trop paralysé pour continuer à chercher un jeu de mots spirituel à faire sur new-wave et radiation, l'on se délecte, l'on déguste, jusqu'à la lie, certainement pas pour s'éveiller la conscience à quoi que ce soit, mais parce que c'est délice, jusqu'à la lie, parce que le défilé de Haus Arafna nous caresse de ses mousselines d'arcs électriques, de ses becquerelles d'organza, de ses tendres coups de fouet, et nous donne, enfin, tout à boire jusqu'au fond, tout notre saoul, avec toute la lenteur qui convient pour en jouir dans toute la gracieuse pureté, jusqu'à la dernière petite larme salée de plaisir, jusqu'au fond de la gorge.

Owls : The Night Stays

Il est de ces line-up qui estomaquent à la simple lecture, mais qui très rapidement donnent à craindre la pire déception tant ils sont inespérés jusqu'à l'improbable. Ainsi : Tony Wakeford et Eraldo Bernocchi : ! (toutes mes excuses au troisième gus, il en est tout bonnement éclipsé, vous trouverez le nom tous seuls). D'autant que la chose dont il est question est présentée comme trip-hoppeuse et que l'Eraldo, depuis qu'il s'est mis à l'outillage électronique moderne, n'a pas fait autant d'étincelles que dans le temps.
Et à la première écoute on tique bien un peu.
Puis on s'incline, devant le fluide naturel flegmatique d'un genre de blues industriel et aristocratique tel que Depeche Mode peut en faire à ses moments - en discrètement plus coupe-gorge, tout de même. Et là-dessus ce vieux Tony, qu'on n'a certainement pas accoutumé d'entendre à pareille dérive, et qui se montre toujours aussi impérial, à errer au fil de l'eau de ces paysages mentaux déchiquetés et irradiés, à promener ses inflexions de matou et son œil madré entre les poubelles menaçantes de ce film noir dépeuplé, trébucher dans le persiflage du vent entre les étranges fruits, toujours se révélant plus chaloupé qu'on aurait jamais pu croire. Chère vieille chose. Qui fidèle à elle-même, partout comme à son salon, nous en fait les honneurs, à la fortune du pot, se faisant au besoin nuage de lait, comme si les lieux n'étaient pas aussi glaçants qu'une Nature Morte de Phallus Dei. Précieux Tony. Vieux barde dur à la peine sous son air de persan triste. Monsieur Tony.

Siglo XX : Fear and Desire


Existerait-il donc une école cold belge ? Il est vrai que ce disque rappelle par certaines beautés posturales un autre groupe en sig- : Sigmund und sein Freund. Mais ce qui est surtout aussi vrai qu'une bonne calotte, c'est que Fear and Desire est un clone de Closer. Oui.
Et ça fait drôle. En vrai, je vis un moment historique. Parce qu'un peu comme, voire encore pire que, pour Neurosis, Joy Division est un groupe dont j'ai toujours évité plus que la peste les zélateurs aussitôt en avais-je appris horrifié l'existence impensable, révoltante dans sa simple idée. Et pourtant à l'écoute de ce disque, tombé dans mon escarcelle pour cause de soldage à une boule et d'allusions sur le blog d'un Lyonnais au mauvais goût généralement tout lyonnais, impossible de ne pas se rendre. L'espace de quelques morceaux de début d'album où l'illusion est parfaite, le rêve est parfait, qui bientôt peu à peu se veinule d'un fugace filigrane de New Order, et se marbre de Suicide, de Sisters, de Doors, et de Johnny Cash pour effectuer le tour complet qui ramène à Joy et au début du disque dont l'écoute vient de repartir d'elle-même tout naturellement, pour s'apercevoir que depuis le début, caché sous les roulements de tambour calmes dans le soir poussiéreux l'Indien était là, à nous regarder derrière l'eau grise des yeux, avec la placidité d'un Nick Cave qui aurait eu en partage la distinction de Tony Wakeford : les Belges sont en vérité de drôles d'oiseaux ...

lundi 23 mai 2011

Siouxise & the Banshees : face to face


Soyons sérieux, on peut bien tous l'avouer à présent qu'il y a prescription : si le second Batman de Burton est très universellement homologué comme le meilleur de la franchise, au moins jusque sinon y compris le Dark Knight, c'est n'est pas tant le fait de l'adorable Danny, c'est avant tout et si et seulement si cette scène, et ce morceau - scène qui malgré Tim Burton fait jeu également troublant avec la scène de Frantic, grâce de toute évidence à Susan Janet en reine de la nuit qui ait le chien à en rendre à Grace, grâce à un slow le slow de tous les slows, heure de gloire de la ronflante carrière de Danny Elfman, slow comme celui de chez Polanski vertigineux de tango, pâmant de parfums d'ambre qui tordent le bide et tournent la tête, fripon comme une insolente veine à la base d'un cou fragile et qui miaule pour être déchiré, un slow dont la magie rendit Michelle Pfeiffer plus chienne que Liz Taylor-même ... Un slow qui doit être le seul morceau avec "Magic" de November Növelet que j'aie pu écouter vingt fois de rang parfois ... Comme on tourne, tourne, de plus en plus vite, à ne plus savoir pourquoi, à ne plus savoir rien.

Mastère of Poupettes

Je tire les ficelles qui les font danser ... Et ils viennent à moi (rire de Gary Oldman dans Dracula)



Morbid Angel : gateways to annihilation


Pris en otage au milieu de ce gigantesque banquet mastodontofantasmagorique, dressé au milieu des ruines d'une antique cité sous le ciel empourpré d'une lune de Jupiter, l'auditeur ne pèse pas bien lourd, tandis que se joue autour de lui un Peplum extra-terrestre dont les tenants et aboutissants relèvent d'une science hautement supérieure... et autre.
Des barons zombies aryens aux musculatures extrêmes, versions hydrocéphales de Schwarzennegger Barbare, vêtus de cuirs arrachés aux culs de bovins d'outre-monde, leurs énormes têtes surplombées de casques phalliques, leurs cous-pylones entourés d'anacondas. Des colliers... Grognant entre eux dans un dialecte proche de l'humain, avec la voix gracile du rhinocéros en rut, en saisissant de temps à autre dans ces crânes de cyborgs géants leurs servant de coupelles apéro des poignées de scolopendres qu'ils s'enfournent mécaniquement, avant de reprendre leurs borborygmes et leurs mugissements de brutes. Réunion. Caste. Empire. Ils se chamaillent à coups de boutoir, martèlent de leurs poings lourds comme des massues les monolithes piqués à Stanley Kubrick qui leurs servent de tables basses. Martelage. Leurs peaux épaisses, suintantes de mille pus fluorescents. Leur bouches larges, hérissées de dents sculptées comme des cathédrales... Tandis que les cieux au-dessus s'empourprent davantage. Se noircissent même. Ténèbres. Terreur. Tartiflette à l'homo sapiens. Tandis que leur Empereur, Azagthoth le Hutt, se vautre dans son bain de mazout comme Buddha Le Hutt, en flatulant des solos fluorescents qui jaillissent au rythme imprévisible des éclatements de bulles. Tandis qu'au loin grondent des entités larges comme maman (fallait bien caser un bout de Lovecraft, huh). Que les spadassins spasmolitiques érigent leurs statues sur les estrades impérieuses. Que grondent les ultrabulldozers de leurs armées. Que ventrulent des behemostrogoths crandiqueux et spedoraths mégolifiques par-delà les korgisphères. Puissance. Incompréhension. Contrôle. Martelage. Corps en amas. Soumission à la Race Absolue... On ne sait jamais très bien si dans les boîtes crâniennes énormes de ces demi-dieux, derrière ce regard plus profond qu'un puits, il y a un cerveau cent fois plus lourd que celui de Kasparov, une supra-intelligence extrahumaine, qui échaffaude des plans machiavéliques et des stratagèmes trop vils et complexes pour être retranscrits par nous, naïves créatures primates, ou si ces têtes sont simplement remplies de néant, et que tout ce brutal piétinement au tempo cancérigène n'est qu'une très mauvaise blague pas drôle du tout, aux proportions cataclysmiques, dont la conclusion sera votre carcasse, aplatie comme une crêpe bretonne.

Dans tous les cas vous l'aurez compris, chers marmousets ; plus qu'indigestion, plus que densité, plus qu'abstraction, le mot d'ordre ici est : Domination.



Jean-Jean



Soldat, je suis content de vous.

dimanche 22 mai 2011

Benediction : Transcend the Rubicon

Là, tout y est. Le logo, suffisamment moche pour attirer le regard. La pochette, dont on sait pas trop bien si elle est magnifique dans son approche totalement 90's, ou si rétrospectivement sa naïveté surclasse tout. Le son, anglais, affreux. A des années lumière de ce qui se faisait aux Amériques à la même époque. Un style, résolument anglais lui aussi, entre Napalm et Bolt Thrower. Des photos dans le livret totalement décomplexées façon on pose en perfecto et on a l'air méchant, mais mamie elle nous fait quand même des gâteaux quand mes copains metalleux ils viennent à la maison. Bref, on est sans l'ombre d'un doute en présence d'un second couteau comme on les aime. Et n'allez pas y voir de la pitié de ma part, surtout pas, j'adore ce disque.


Meilleur moment pour écouter le disque: au goûter.

Bong : Beyond Ancient Space


Mine de rien, ce disque qui opiniâtrement donne la sensation à son auditeur d'être un cône d'encens en train de se consumer, est d'une race de vortex terminal encore plus infecte que le dernier Electric Wizard, chancelant comme il est non en bout de nuit, mais en bout de la route, quelque part seul au milieu de la nuit infinie, au moment où l'on ose plus changer d'un poil le geste mécanique, l'ampleur infime du balancement imbécile où l'on s'est ensablé depuis des heures impossibles à recompter, ce riff flasque que l'on ne peut cesser de cramponner comme un perdu de peur de s'effondrer, privé de l'appui du torride mur d'ondulation de basse qui est la chose même qui nous ronge la carcasse et rissole la caboche à en pleurer d'odeurs de cochon brûlé, et la seule chose qui nous sauve encore du siphon, dans un sursis qui crame doucement ses initiatiques instants, qui les égoutte avec le morne amour de Robert Smith pour les dernières larmes de sa bouteille de rouge pendant l'enregistrement de Carnage Visors, mine de rien ce disque redonne une virginité au clichesque "enfumé" tellement il pique les yeux et touffifie l'atmosphère, poussière par monceaux dans les conduits auditifs, kapok dans les poumons, sulfure d'hydrogène dans les yeux, et aux termes relatifs à la musique de drogués tous autant qu'ils sont, tant d'un bout à l'autre de son tracé il grésille avec la plus rigoriste des platitudes, mine de rien ce disque n'est même pas effrayant. Il est simplement fatidique.







Après, rien ne vous interdit d'avoir peur.

samedi 21 mai 2011

Swans, 19/05/11, Hansa 39, München

Bien que le temps ait été lourd et indécis toute la journée, je suis surpris, au moment de partir, de la noirceur des nuages vers lesquels je pédale. L’odeur d’ozone est étourdissante, je me hâte pour ne pas prendre la saucée du siècle. Voilà, j’y suis. Public hétéroclite : foutriquets besogneux, belles plantes volubiles, gueules cassées. Déjà nous prenons notre envol. Lourd, laborieux, interminable, Il faut dire que nous sommes chargés puisque nous n’avons rien laissé au sol. L’oxygène se raréfie, l’altitude devient une notion abstraite, nous devons clore les paupières. Notre formation se déplace à une lenteur géologique, d’ailleurs je me minéralise. Statue sur l’île de Pâques, rocher roulant entre les bras de Sisyphe. Puis je deviens tour à tour Christ en croix se livrant à des exercices de tantrisme télépathique, rubicube unicolore manipulé par une entité aveugle, patient souscrivant une nième fois au programme d’hélitreuillage du Dr Méthadone. J’ouvre les yeux pour me repositionner, la lumière m’agresse. Au dessus de nous le ciel bleu profond a fait place à la nuit étoilée. Les astres chantent, mes yeux se referment doucement. Je martèle maintenant une enclume de toutes mes forces pour ameuter le peuple puis m’écrie "Amenez-moi cent femmes, je les honorerai toutes !". L’arbitre fait refaire la mêlée. Engage ! Le corps pris en tenaille, ça pousse devant, ça pousse derrière. Le pack s’effondre à nouveau. Je parcours les lignes de feu de la marelle et fracasse le dernier voile dans une éblouissante gerbe d’étincelles.
C’est, semble-t-il, terminé. Les gens sont d’une beauté stupéfiante. Dehors, une pluie intense me cueille à froid. Le vilain petit canard reprend son vélo. J’ai du mal à tenir le guidon avec ces conneries d’ailes duveteuses. Je rentre chez moi et ne crains pas la foudre car elle ne tombe jamais deux fois au même endroit. Orphée tente de me glisser quelques mots, constate que mes tympans sont en friche, sourit et pose un baiser sur mon front.

vendredi 20 mai 2011

Aanal Beehemoth : the forest paranoid

Le black metal à son plus grim crusty punk des forêts ; ou les recommandations hâtives, couchées sur un bout de PQ, d'une bande de crétins soûlards et sous substances pour les téméraires qui voudraient encore aller couper du bois par cette heure de la nuit dans la flore boréale et sous la pâle clarté de la lune, pour leur futur skate-park satanique.

Xibalba : Madre Mia Gracias por los Dias


Le beatdown, mieux que passer à tabac, ce qui est le minimum syndical et programmatif, ça doit flairer la mise à mort. Xibalba partent déjà avec un épais avantage : ils sont mexicains. Le hxc latino, c'est jamais rigolo, ou alors c'est les nerfs qui lâchent, de tension et d'épuisement ; ce doit être une sorte de ras-le-bol de toute cette salsa et toute cette bossa, un besoin de faire découvrir un autre folklore, le hxc latino c'est toujours souple comme la justice et comme un doigt sur la gachette d'un uzi.
Mais ils ne s'arrêtent pas là. Ce steak de disque possède une couleur tellement juste low - low-end, bas du front, ras les pâquerettes - qu'on ne capte plus nettement si c'est du death ou bien du sludge d'alambic clandestin - ce qui est certain, c'est qu'il a eu une croissance amoureusement couvée au gaz d'échappement et à l'alcool de boulons ; et puis la voix qui a toutes les peines à s'arracher - et qui même ainsi a sûrement réveillé des incontinences nocturnes chez le petit Dwid Hellion - à son rase-bitume à elle aussi, et le tempo itou qui rame, qui sent son trop-plein de béquilles encaissées dans les cuisses, et le goût crissant du sang mêlé de morceaux de dents sur la langue, et la pesanteur dans le front qui peu à peu obscurcit la vision, le pit tout autour qui devient tarpit ... A la réflexion c'est aussi bien, car lorsqu'ils parviennent d'aventure à presqu'emballer le machin, à prendre leur rythme et le combat à leur compte, ils rappellent très vite un certain Enemy of the Sun ; sans la dimension poétique, c'est à dire. Oui, t'as bien pigé, c'est le genre de disque qui débaroule sur le village en bande hirsute avec des torches, le genre de disque qui recroqueville le scrotum de Seasons in the Size of Days et liquéfie le riant dernier Weekend Nachos, le genre de disque qui sent le brûlé, l'urine panique et l'ichor ...
On va pas tenter de réaffecter le terme souillé et pompeux de deathcore, et stenchcore je crois est déjà pris. Scumcore, cabron !



NB : Je vous colle la pochette de la première édition que je ne possède pas parce qu'elle est plus appropriée, mais que celle vachement plus banale de la réédition à paraître chez Southern Lord ne vous arrête pas, les bonus prouvent haut la main qu'il reste toujours quelque chose à broyer - et le nappent avec des hectolitres de napalm.

Nader Sadek : In the Flesh


Il en va du death metal comme de l'orientation sexuelle. Il y a ceusses qui l'aiment pure race, dominatoire et athlétique, et ceux qui le préfèrent fin de race, vil et estropié. Et puis il y a les Romains ; ceux pour qui les huîtres n'empêchent pas les escargots, tout n'étant qu'affaire de proportions respectives, à la discrétion du particulier ; et ainsi, quoique la plus haute autorité m'ait certifié pédé musical, je me trouve être deathmetalliquement bisexuel. Je goûte autant le nouvel Autopsy qui, disons-le séance tenante en attendant qu'il soit évoqué céans, serait presqu'aussi pété que du Abscess, ne s'en fallait-il d'une production suffisamment intoxiquée - que ce Nader Sadek, pour y venir enfin, et qui d'évidence s'affilie à l'un des plus fameux fleurons du muscle monstrueux, à savoir Gateways to Annihilation, et à Nile - où les choses deviennent encore un peu plus intéressantes, puisque les vieux Nile étaient assez hermaphrodites dans leur genre, et que le petit père Nader a l'élégance de nous épargner les déguisements de tajine qui sont un peu le défaut gênant de Nile - mais si on va par là, Nader étant égyptien et Steve Tucker de la nationalité morbide que l'on sait, on aura vite fait d'inventorier à l'écoute du disque tout le pedigree de son staff, puisqu'on reconnaîtra tout aussi aisément la puissance féline du guitariste de Chimera - et concernant Cryptopsy je passe mon tour par ignorance, en m'inclinant devant la qualité jazz et rituelle des raids aériens mitraillés par le batteur incriminé.
Ne resteront plus à faire que les inévitables pirouettes miteuses sur le concept de l'album - l'huileux or noir en ses suppurantes cavernes - et la couleur y assortie que lui donnent les riffs du sus-cité, y greffer vaille que vaille un piquant mot d'esprit faisant intervenir la locution "Where the Slime Live" - et quoi ? En aura-t-on pour autant correctement donné idée d'un excellent disque de death scintillant, capiteux, pompier, recommandé aux fâcheux pour qui un Domination manquera toujours d'un petit chouïa, le cul qu'il est entre musculature proprement psychédélique et atroce angularité - et un précieux faux-jumeau du Hate Eternal qui sort justement ?

Extreme music from Africa

Ah! l'Afrique ; parlons-en.
Afrique, terre de tous les mystères, Afrique, terre de toutes les misères. Afrique, ses richesses inexploitées, ses commerçants ambulants à tous coins de rue, tellement pullulant qu'au bout du compte tout le monde a quelque chose à vendre, n'importe quoi ; Afrique, son soleil de plomb, ses terres desséchées, sa mousson et ses moustiques en masse, dont le bourdonnement atrocement aigu sonne parfois le glas garant d'une mort lente et moite ; Afrique, tes ethnies aux obscures pratiques alimentaires, tes bambins affamés, frêles et squelettiques, ton eau non potable à s'en couler des chiasses jusqu'au sang, Afrique, tes rues sableuses tachetées de flaques grisâtre, que t'en foutrais le pied dedans pour le ressortir nécrosé ou couvert de bubons, Afrique, tes rues jonchées d'ordures et les vagabonds pionçant dessus, Afrique, ton apartheid, ta police corrompue, tes milices sauvages, tes guerres civiles aux yeux crevés, tes génocides-parties, sang et machettes à volonté ! Et tes dictateurs sanguinaires et grotesques, avec, tout en haut de ta chaîne alimentaire, MST et bactéries dévoreuses de chairs.
Des raisons de parcourir l'Afrique. Il y en a des tas d'autres, des bien meilleures. Pour ceux toutefois qui ne partiraient en safari que pour ces uniques attraits, voici le disque world pour préparer guillerettement vos valises. Enjoy, et n'oubliez pas de balancez vos vaccins au broyeur.


jeudi 19 mai 2011

K-Branding : Alliance


Alliance ? Ou bien Alliage ? Alliage mutant ... Cette musique mouvante et sournoise-là est hors des bornes du contrôle et du contenable, avec leurs instruments insanes K-Branding fondent avant-jazz, cold, indus, techno hardcore, thugbeat, l'abominable et limailleuse soupe empoisonnée charrie aveuglément Converter, Bästard, Sigillum S, Klinik, ZS, Imminent, Elektroplasma, SPK, High Confessions, Joy Division, Söldnergeist, 202 Project, Megaptera, God - ça fait beaucoup de monde désormais entre K-Branding et l'Afrique, pensez-vous ? Détrompez-vous. L'Afrique est toujours là, transplantée comme un blême greffon de peau sur l'ignoble face de Giedi Prime, pieuvre infecte, botte suprématiste, oppression vorace ; le zoulou à cagoule panthère est devenu le Docteur M'Ngele, et les gris-gris les outils d'une terrifiante magie grise qui telle une coulée de boue emmène les falotes lueurs des consciences dans la grise obscurité de cauchemar d'une savane de métal et de merde plus mal famée que les rues de Chicago*, où leur moelle liquéfiée par le venin elles sont emportées dans le sabbat. Les Égouts.




* comprenne qui pourra

mercredi 18 mai 2011

Ramesses : Possessed by the Rise of Magik


On a bien un peu tiqué ; mais finalement non, cette pochette ne pouvait mieux convenir, aucune luxuriance de fatras pseudo-evil ne pouvait mieux convenir que cette photo qui exsude le danger et le malin de proximité, ces briques et cette triste cave qu'on devine balayée par le vent froid et peuplée par la malice voyouse des affreux et misérables succédanés de Manson Family de gouttière qu'on y voit (visez-moi ce terne regard gaahlesque, au premier plan), à cet album qui fout une mégarouste de gabarit historique à tout ce qui existe dans le genre - doom occulte générateur de transe - tout le gentil Electric Wizard, les excellents derniers Ramesses, les aristos Wounded Kings, même le pourtant valeureux acharnement auto-intoxicatoire du Bong que je devrai évoquer un de ces quatre, voire les moments soul hardcore du plus rugueux Neurosis - rouste flegmatique autant qu'impitoyable et lycanthropique, avec son Motörhead qui joue de la cold désinvolte et effrontée, et dont le saturnisme poilu s'est encore un peu plus affirmé, tendance décollage frissonnant pour Saturne, tout en souplesse dans la crâne mollesse de voix claires à moitié parlées et le sarcasme d'imprécations sataniques de clochard perdues dans les réverbérations gris Cure engourdi ; un désert sinistre où ces cochons dégénérés, Kickback du doom cornaqués par les esprits d'Oscar Wilde, n'en mènent eux-mêmes guère large, on en jurerait presque, n'était qu'en bons Anglais ils ne se départiront jamais de leur chevaline narquoiserie.

lundi 16 mai 2011

Malformed Earthborn : Defiance of the Ugly by the Merely Repulsive


Meathook Seed, Blood form the Soul, Scorn, Godflesh, le premier Techno Animal, les albums à partir d'Enemy of the Music Business - voire, si vous voulez que je vous dise, de Fear Emptiness Despair ... Qu'un certain Shane, mentionné dans le livret, et des amis à lui, fissent de l'indus, n'avait rien pour étonner. Qu'en revanche ils allassent, pour une fois, taper dans le ricain (parce que lesdits amis l'étaient ?), voilà qui était plus frais, si l'on ose employer le vocable, puisque l'avorton en question barbote avec une fureur soufflante et sifflante dans une bauge d'aggrotech entre hard-dance fetish à la Sleep Chamber et martial constrictor new-jack école Scar Tissue, Pain Station et autres Stereotaxic Device, expulsant copieusement des effluves toxiques dangereusement isomères de Nachstrom, Metastasen et Blast Furnace, avec pour effet de dégénérativiser les molécules de tout ce qui traîne autour dans la touffeur tropicale de l'enfer urbain post-nuke - ici un morceau de Dead Can Dance confiné en chambre à gaz, là une bouillie-concussion de New Mind et Meathook Seed, ailleurs encore une simili-refonte pole-dancing sadique de Xnoybis (le morceau, pas le groupe fatigant) ... et les cellules grises, qui vont progressivement de mieux en mieux porter leur nom, de l'auditeur malheureux qui s'imbibe un peu trop de la chose, subissant ses métalliques contaminations et ses sévices chimiques, sombrant fatalement dans les flaques mercurielles d'une torpeur obscène et viciée, comme l'on meurt dans une expérience scientifique que personne n'est plus vivant pour surveiller.

vendredi 13 mai 2011

Pestilence : Doctrine


Ah, le Pestilence moderne ... Les vrais qui ont connu bien avant moi pauvre newbie, en sont navrés, j'avoue n'avoir pas réussi à retenir pour quelle raison, moi qui de l'ancien Pestilence ne sauve que Spheres. C'est au point que je croirais presque à genre un profond malentendu - mais non : c'est indéniable, cette musique est technique.
C'en est même touchant et beau, comment toute cette technique est avec application mise au service d'un objectif qui est manifestement de rendre la copie la plus visqueuse possible, où les portées des différents instruments semblent défiler à différentes allures dans des sens différents, où Mameli semble un Van Drunen aussi bourré que contrarié, où tout en somme semble conspirer à mériter mes mots semi-prémonitoires (j'avais réécouté Resurrection Macabre, aussi) - un déploiement lourd de forces techniques entièrement au service de la laideur, car il va sans dire que Doctrine est laid, aussi laid que le pape pas cool de sa jaquette, que le prêche vachard d'icelui en préambule de l'album et, sur le plan cosmique, que du Meshuggah dont peu à peu dans la glu bleue du brouillard noctifère tu reconnaîtrais les exécutants comme les ours junkies de Cathedral, laborieusement funkant chacun dans son coin et sa semoule (mais lequel de ces cons a bien pu mélanger ses partoches de Primus et de Canniboule ?!), et discozombizoukifiant à qui mieux mieux comme pour un disque produit par Erik Rutan.
Quelle bénédiction que le death metal, mes enfants ...

mercredi 11 mai 2011

Aosoth : III


III est le frère de sang noir de Last Station on the Road to Death, ni plus ni moins. Quand le Hell Militia est le Landru cloîtré chez lui derrière ses volets tirés à ramper et vitupérer et onaniser dans son vomi et ses fèces, l'Aosoth, pour qui je ne vais pas inventer spirituellement de genre car black dog est déjà l'appellation d'un bar miteux et parisien, l'Aosoth dis-je est son chenil et les puissantes mâchoires de ses mâtins luisants et écumants de brutale férocité, III est le Landru rasé de frais, le coupe-chou machinalement rangé dans la poche du pardessus, débarbouillé et vif pour nuitamment sortir promener son vice affamé, et flotter, ombre prédatrice, sur les rues du village occupé changé en souricière, et transfiguré en Metropolis frissonnante de lointains mugissements de vents où l'on entend chuchoter à propos de dépiauter la chair des os.
III rend le noir à la terreur.

Penthouse : Gutter Erotica

L'histoire, tu la connais : une drague de bas étage en coin de zinc qui finit en baston générale à coup de tessons et de tables sur la gueule. Cette histoire, tu la connais, par cœur, tu l'as répétée cent et mille fois, chaque soir de ta vie, depuis trop longtemps déjà ; tout ça pour, en retour, à peine plus d'une poignée de radasses édentées, dont la moitié s'étaient finalement avérées être des putes, bon marché peut-être, mais des putes, qui t'ont tout juste aimé pour deux-trois biftons de coup de pine. Dur.
Et chaque soir, chaque échec est un cumul supplémentaire d'amertume, de frustration, mais malgré tous les coups de blues, tu n'as jamais perdu espoir, non ; tu sais qu'un bon jour, tu te trouveras une demoiselle, une vraie. Ce soir. Ce soir ou jamais. Tu es à bloc, un satyre blindé de rage et de sperme, ce soir c'est tout ou rien, mais ce sera tout, car si tu n'arrives pas à tes fins avec les bonne manières, tu le feras avec d'autres, dusses-tu en finir là, pour un aller direct en case prison. Ou la morgue.

Ah je vous jure. Il y a des fois, comme ça, où l'alcool n'est, mais alors vraiment pas ton ami.


mardi 10 mai 2011

Master Musicians of Bukkake : Totem Three


Les Maîtres sont de retour pour prouver que l'on peut jouer de la musique orientale, et même de la rythmée, et ruisseler de puissance pesantifère à en figer et recroqueviller façon têtes réduites les kikis de l'écrasante majorité des mastars.
Or donc, l'Orchestre des Augustes nous donne cette fois-ci à voir la vie de leur village des montagnes andines, où tous vaquent les yeux brûlés à force d'être écarquillés ou vice-versa, n'allant plus que guidés mollement par des sens de pythies bêlantes et tintinabulantes, oublieux même que leur chair a un beau jour su pourquoi l'on doit craindre toujours les étoiles.

lundi 9 mai 2011

Laibach Revisited, Divan du Monde, 8/05/11

Le titre du concert dit tout : Laibach revisité. Bon. Je vous ferai pas la setlist, moi et le slovène, ça fait, disons quatre ; mais grosso merdo delgado, on a eu droit à un tour d'horizon du répertoire du groupe. Un des bons centres d'intérêts a été la partie des débuts, avec une réinterprétation flamboyante à la sauce WAT, mais avec le même pesant que d'origine, lourd et rituel, malgré quelques morceaux complètement méconnaissable - ai complètement zappé pendant Drzava. Pour du lourd, on a aussi eu droit à du Wat bourrin, un Tanz Mit Laibach magistral et quelques autres merveilles du disque dont un Hell : Symmetry bien plus martelant que sur album ; le rappel sera plus subtil, avec quelques hymnes nationaux déterrés de Volk. Mais le summum de la classe, c'était en milieu de concert, un moment de pure moustache aux arômes totalitarobaroques avec une reprise de DAF - Alle gegen Alle !!!

Bon, j'avoue, j'y étais surtout allé en pensant voir du show ; pour cette tournée pourtant, foin d'artifice, hormis quelques projections vidéos sur scène - R.A.S. de ce côté-ci, à part peut-être un blow job en gros plan digne du mauvais goût d'un Umbra et Imago, et qui pour le coup n'avait pas grand-chose à foutre là - la performance est sobre - voire statique - mais entière, avec même une vraie batterie en plus des habituels laptop chers aux concerts de ce genre, histoire d'ajouter dans tout ce fatras synthétique parfois un rien indigeste - malgré une délicieuse froideur à la Skinny Puppy, plutôt inhabituelle pour le groupe - un peu d'organique, voire de plomb ; parce que oui, s'il fallait faire un concert Gotho-Indus pour headbanguer comme aux Swans en décembre dernier, c'était bien celui-ci.

dimanche 8 mai 2011

Treponem Pal : Excess & Overdrive


Les fans de Godflesh, sous leurs austères boucs et leurs sinistres crânes tondus, dissimulent un précieux secret. Nuitamment, en rasant les murs dans leurs cuirs, ils se rendent, en un endroit tenu secret, dans une boîte de nuit à eux réservée, où ils se démantibulent et réveillent le serpent qui sommeille dans leurs colonnes vertébrales, en s'épuisant à onduler aux pulsations dubby d'une house fetish vertigineusement orgiaque.
Les années passant, on en vient à se demander si après tout ce petit disque ne serait pas meilleur qu'une bonne partie de l’œuvre de Ministry, et même que le Desensitized de Pitch Shifter, à la dance tough guy duquel il ajoute un érotisme dont aucun anglais ne sera jamais capable.

Seth Gueko, 30/4/11, Secret Place, St Jean de Védas


Je vous dirais bien que l'ambiance au concert du Patrick Sébastien du gangsta-rap n'était pas aussi gangsta-manouche qu'escompté, et que le public a accueilli la présence de notre crou avec constipation, mais comme malgré tout le K-Maro en moi a été contenté, je laisserai Seth résumer mieux que moi la soirée :
"Tête de roumain, zgeg de poulain !"

vendredi 6 mai 2011

Tragedy + Screaming Party, 01/05/2011, Kafe Kult

Complexe de locaux aux vocations diverses : un minuscule théâtre de marionnette pour enfants, une association d'amateurs d’accordéon, l’intriguant "Texas Boys München e.v", une tente géante semi-ouverte – ersatz de salle des fêtes – et le Kafe Kult, un bâtiment préfabriqué qui fleure bon l’hétérotopie et les années 70s. Bière pas chère, déco grenier-de-grand-mère soignée, programmation de bon gout, étonnant stand de skeuds proprement infourguables … l’adjectif "authentique" s’en trouverait presque dégalvaudé. Bref, un endroit précieux, où, effectivement "ton cœur est heureux et ton âme se repose". Après une première partie honnête, assurée par un jeune groupe allemand, les gus de Tragedy entrent en scène, vêtus avec recherche de T-shirt pour initiés (il faut être abonné à Profane Existence pour connaitre). Pas de doute, la hargne crustifère est bien là. Todd Burdette, gueule de bagnard en cavale, mouline son poing tendu dans le vide comme un Golgoth sous amphets. Son frère se démène derrière ses futs mais peine à faire entendre ses charges de cavalerie lourde. Le son est crade, flou, sismique et relègue l’aspect mélodique du groupe au second plan. Débauche d’énergie sur scène, par contre il faudra qu’on m'explique pourquoi le public attendra le rappel pour se bouger enfin l’cul. Consommation d’alcool trop responsable ? Âme trop reposée ? Sunday evening syndrom ?

Krallice : diotima


Crête dure après crête dure, montagne liquide derrière montagne liquide, dentelle d'écume après dentelle d'écume après déluge d'algues, arc-boutant de jade sur serres de corail sur bouche de léviathan. La haute mer croule à l'infini.

Indian : Guiltless


Indian, il n'est pour s'en convaincre que de voir leurs couvertures imperturbablement aussi centrées qu'un cadrage de Luc Besson, fait dans le simplet-sludge ; Guiltless est donc aussi raffiné qu'un combat de catch avec les mecs d'Immortal ; Guiltless ne riffe pas, il met des coups de porte dans la gueule, Guiltless fracasse des gazinières sur les crânes, Guiltless pisse le sang des gencives et c'est à force de se les mâcher, quand Indian regarde le ciel chaque fois il faut qu'il essaie de le mordre, Guiltless est à plein temps à la recherche du takedown bien baveux, avec la décontraction d'un rhinocéros chagrin, l'intelligence et la distanciation du vieux Gorgoroth, et des accents post-rectaux tellement olympiens que dans la famille "groupes en -is" Indian est sans conteste Chaude-Pisse - et sans doute le groupe favori de Tetsuo en sevrage d'amphés, et de tous ceux qui baisent avec des anacondas.
Bref, Guiltless, ça fend la gueule que c'en est épuisant.

dimanche 1 mai 2011

Caligula : not too short to be great


Le bungle-metal, alias nawak-metal, c'est la plupart du temps répugnant, chacun le sait : pour un Pryapisme, combien de Stolen Babies ?
Eh bien comptez désormais Caligula, ses gros sabots ringards comme The Real Thing ou le premier Bungle, et son teint rubicond ascendant violacé, au nombre des exceptions. Parce que Caligula sait préférer les claviers forains foireux dignes de Bad Tripes aux ambiances daubées de chez Danny Elfman ou au klezmer qui tape sur les nerfs - parce que Caligula est aussi belge que tonneaux de bière avalés à l'entonnoir, jusqu'à en être in a Lugubrum mood au bord du renvoi torrentiel, in a Root mood à la lisière de l'orgie barbue - parce que Caligula sent le bouclard et les pierreuses avariées, et pas le binoclard et le finaud, Caligula est pas finaud Caligula est alterno, Caligula est rougeaud et n'a pas d'earplugs, Caligula c'est du hard rock, Caligula c'est la garantie-qualité du rural et du solide vice à l'ancienne, avec son chaud et charnu, c'est le goût du troisième camembert rôti mangé avec la cuiller à confiture de mûres. C'est la fête jusqu'au fond de la nuit, jusqu'à la garde, jusqu'à la glotte.