samedi 21 mai 2011

Swans, 19/05/11, Hansa 39, München

Bien que le temps ait été lourd et indécis toute la journée, je suis surpris, au moment de partir, de la noirceur des nuages vers lesquels je pédale. L’odeur d’ozone est étourdissante, je me hâte pour ne pas prendre la saucée du siècle. Voilà, j’y suis. Public hétéroclite : foutriquets besogneux, belles plantes volubiles, gueules cassées. Déjà nous prenons notre envol. Lourd, laborieux, interminable, Il faut dire que nous sommes chargés puisque nous n’avons rien laissé au sol. L’oxygène se raréfie, l’altitude devient une notion abstraite, nous devons clore les paupières. Notre formation se déplace à une lenteur géologique, d’ailleurs je me minéralise. Statue sur l’île de Pâques, rocher roulant entre les bras de Sisyphe. Puis je deviens tour à tour Christ en croix se livrant à des exercices de tantrisme télépathique, rubicube unicolore manipulé par une entité aveugle, patient souscrivant une nième fois au programme d’hélitreuillage du Dr Méthadone. J’ouvre les yeux pour me repositionner, la lumière m’agresse. Au dessus de nous le ciel bleu profond a fait place à la nuit étoilée. Les astres chantent, mes yeux se referment doucement. Je martèle maintenant une enclume de toutes mes forces pour ameuter le peuple puis m’écrie "Amenez-moi cent femmes, je les honorerai toutes !". L’arbitre fait refaire la mêlée. Engage ! Le corps pris en tenaille, ça pousse devant, ça pousse derrière. Le pack s’effondre à nouveau. Je parcours les lignes de feu de la marelle et fracasse le dernier voile dans une éblouissante gerbe d’étincelles.
C’est, semble-t-il, terminé. Les gens sont d’une beauté stupéfiante. Dehors, une pluie intense me cueille à froid. Le vilain petit canard reprend son vélo. J’ai du mal à tenir le guidon avec ces conneries d’ailes duveteuses. Je rentre chez moi et ne crains pas la foudre car elle ne tombe jamais deux fois au même endroit. Orphée tente de me glisser quelques mots, constate que mes tympans sont en friche, sourit et pose un baiser sur mon front.

1 commentaire:

gulo gulo a dit…

on s'y croirait à nouveau