dimanche 28 août 2011

Yell Fest, 27/8/11, Le Loup dans la Bergerie, Chamballon



Cadre idyllique en tous points, si ce n'est qu'en Lozère, en août, Winter is Coming.


Denizen : idéal pour les dix-huit heures qui sonnaient et pour ouvrir les débats : stoner joué façon rockin' core volcanique, avec juste un assez important problème d'ordre chanteur.

Verdun : pas idéal pour le jour encore levé et jouer les seconds levers de rideau, donc un peu de peine à rentrer dedans, mais finalement encore une fois la grosse tarterie : leurs riffs faussement wizardiens et faussement presque post-hxc dévoilent de plus en plus un subtil surnaturel à la limite du emburyien, du Lock Up au ralenti par flashes, et pas seulement à cause d'un chanteur proche de Tompa, lorsqu'il ne part pas dans de froides incantations ; les morceaux, épiques et méchants, sont tout ce qu'aurait dû être Morne si Jeff s'était pas viandé, en fait. Les cervicales ne sont plus qu'un souvenir - un douloureux.

Pord : j'avais dû trop focaliser sur la guitare la première fois, je n'avais pas réalisé à quel point putain quel batteur ! Le Mordor a enfanté un John Stanier, idéalement souple, fleuri, et brutal, et par-dessus ça improvise et tricote gaiement du swing d'électricien, dans l'élan d'un humour acido-crétin ravageur que je ne leur avais pas non plus remarqué auparavant, le public twiste, je headbangue en mode random même assis, bref gros moment festif pour les vedettes de la soirée.

Morse : alors là, wow. Ce groupe de petits cons que j'avais trouvé très fresh et sympa la première fois, c'est en fait de la grosse balayette qui te met le derrière en l'air, comme vous le serez si je vous dis Pantera meets Jesus Lizard, sort of.
Ok, mettez Madball meets Todd si vous préférez. Mettez aussi un singe grimpeur au micro. Mais si votre colonne vertébrale et vos rotules ne tortillent pas dans tous les sens c'est que vous êtes mort. Uuuuultra fresh.

Xnoybis : non mais PUTAIN, quel batteur, merde ! Le groupe je l'avais toujours écouté distraitement, là tout soudain je comprends ce qu'ils foutent sur un split avec Pord, mais surtout forcément ils me parlent un tout petit peu plus encore que les chers susnommés, rapport aux riffs, qui nous sont cousins communs, de Patrick Timsit Broadrick à la guitare, jovial et impitoyable, et à la transe aussi impérieuse que mentale qu'ils brodent à la façon d'un Unflesh-goes-freejazz-mais-pas-que. Royal, merci encore.

Pal : Pal (sludge, Toulouse) : dit comme ça, ça fait rêver, pas vrai ?
D'une, nulle trace de sludge, à moins de compter le gros ralentissage téléphoné et resucé qui clôture le set à la Weekend Nachos - et invoquer le nom de sludge en vain, c'est puni d'un cassage de bras par Steven Seagal, dans certains parages.
De deux, des fois y en a qui se touchent un peu trop la patchole.


Du coup la fatigue et le froid l'emportent, et nous louperons Quartier Rouge, malgré que nous en ayons.
Encore bravo à l'organisation, à l'ambiance familiale parfaite, et à l'an prochain sans faute.
C'était Yellow Gulo pour Soum, à vous les studios.




(Verdun dans ses œuvres)

jeudi 25 août 2011

Today is the Day : kiss the pig


Je voudrais réellement pisser copie plus pertinente et contondante que le machin tout naze qui pourrit quelque part dans nos combles, mais encore et toujours, le seul mot qui me vient est :

abominable.

La parole est à vous.

The Rapture : In the Grace of your Love


Un nouvel album des toujours plus aigrelets et jérémiards Rapture qui va sans coup férir éveiller dans son sillage une palanquée de questions aussi stériles que : est-ce que c'est encore indie, est-ce que c'est presque du Scissor Sisters, est-ce que c'est déjà du Wham!, est-ce que c'est encore tout de même dance-punk, ou surtout Bee Gees grincheux, est-ce que S.A.S Zola Jesus a suffi à réhabiliter "Close to Me", est-ce qu'il est acceptable que j'écoute un truc aussi naïf et kremly, du Hot Chip caillé, du Suede au citron vert, de la house grêle et biscornue, est-ce que ce "Let me hear that song" dans "How deep is your love ?" et sa mélodie sont bien le patent hommage qu'il semble à ce cher vieux Sisqo, est-ce que "Blue Bird" et son accordéon sont ou non plus ringards que l'album solo de John Lydon - et, surtout, surtout, la plus malhonnête : est-ce que c'est beau ?

mardi 23 août 2011

Hateful Abandon : Move


Strictly for goth-friendly and goth-suspected people. Sur leur album précédent, les pas-tout-à-fait-ex-beumeux d'ex-Abandon pouvaient encore faire illusion avec la relative élégance de leur virage Joy Division, et ne pas tout à fait indisposer ceux-là qui tolèrent des trucs limites tels que The Gault.
Plus maintenant. Foin de cette sobriété, lorsqu'ici on pense encore à Joy Div, c'est à un Joy Div repris par un groupe de grouft-rock bien tartignolle - mais on aura également pendant Move tout le temps de penser à un Killing Joke très très maquillé, à des Sisters au baryton bien larmoyant et trémolant, voire carrément à Usherhouse, et à "The Light Pours out of Me", bref toutes sortes de choses bien baveuses et dignes d'un groupe de bœufs pas-tout-à-fait-ex-chevelus, qui n'ont jamais autant paru à leur élément dans ce florescent bouillon de culture à trucs de chiottes.
Nul besoin d'en dire tellement plus, ceux qui se connaissent sauront quoi espérer en toute confiance, les autres peuvent dormir sur la certitude que jamais l'on ne parlera d'horreurs pareilles dans les pages compassées et repassées qui ne connaissent jamais la fête du slip et où l'on parle avec autant de goût que ce que l'on écoute.

dimanche 21 août 2011

Flotsam and jetsam : No place for disgrace


On imagine sans peine le frêle auditeur de ce disque, penaud comme une vierge effarouchée devant un Rocco au mieux de sa forme. Et on la comprend, la pauvre bougresse. De même c'est avec mansuétude et compréhension que nous autres, hommes de sagesse et d'expérience, murmurons entre nous à propos de l'auditeur sus-mentionné un simple "il va prendre cher, le salaud". Car en fait de rondelle, c'est la sienne qui va pas être à la fête. Flotsam, c'est des hommes qui jouent une musique d'homme, pour les hommes qui aiment, oui, peut-être aussi parfois, les hommes. Mais pas uni-queue-ment. Car que tu sois homme, femme, chien, volaille, ou table basse, tu vas prendre cher mon salaud.

Meilleur moment pour écouter le disque : seul devant son miroir, en s'aspergeant violemment le torse d'eau d'aqua vulva.

Mitochondrion : archaeaeon









samedi 20 août 2011

Kalte Farben : Opium


Ah bah on en a mangé, du wannabe Skinny Puppy, du copieur à l'arcade sourcilière aussi proéminente que solitaire, du qui sue sur la copie, laquelle n'a déjà pas besoin de ça pour indisposer l’œil ... L'héritage, naturellement, était davantage à trouver chez des groupes qui n'en avaient pas les gimmicks, plutôt la densité toxicologique de dimensions et de grains, comme par exemple ... ?
Kalte Farben, gagné.
L'esprit tourmenté en avait autant à voir avec le voodoo-strangulectro d'un Pain Station chargé des plus lourdes volutes de Converter (aka Exit Ritual) et la dark-wave psyché baudelairienne de Das Ich époque Staub, et peu à faire de tenir fermement le cap d'une structure chansonnière : on dérive au long des pesants mouvements des blocs d'ouate dans les poumons et des masses hallucinatoires touffues qui obstruent l'horizon orageux, parmi des voix qui non moins que les beats s'abîment et se pulvérisent dans les failles de spleen toxique mangées par une luxuriante végétation de flore et d'oxydes, cavités où assez logiquement ces difformités vont effleurer les valves et les pédoncules du breakbeat baudroie école Seal Phüric, qui ondoient dans les courants d'anxieuses et torpides joies mêlées d'hydrocarbures ...
Une pièce de choix dans le coffre du Pépé, de toute évidence.

dimanche 14 août 2011

Suicidal Tendencies : How will I laugh tomorrow ?


Point de second couteau ici, pour une fois. Plutôt un couteau à steak, de ceux seuls capables d'attaquer la bidoche de la cantine. Si bien sûr on admet pour cela que ces trucs calcinés avaient encore quelque chose à voir avec le monde animal, tant ils se rapprochaient souvent du mineral. Dénigrer cet album, c'est comme se faire une tartine de foie gras et dire qu'il est pas mauvais ce pâté. C'est se prendre pour Tony Montana et porter du Sergio Tacchini. Autrement dit, c'est ne rien avoir compris au film.

Meilleur moment pour écouter le disque : en roulant vers la plage, mais uniquement pour ceux qui cette année ont pris leurs vacances en Aôut.

samedi 13 août 2011

Morbid Angel : Domination


Point ne cèderai à la présente pulsion de le déclarer meilleur album d'Angèle, car point ne cautionne ce principe auto-indulgent que les albums les plus mieux sont ceux qui demandent le plus d'efforts à agripper et piner - et dieu sait que j'ai dû lui jouer les crampons, à ce rose machin, avant de parvenir à le grimper. Parce que sorti des deux évidents tubes, accroche-toi, justement, pour y trouver des aspérités, tellement c'est informe dans toutes les directions. Doumé, en fait, c'est l'album boursouflé de Morbid, plus encore que Mouloud ou FFF, c'est quelque chose comme l'entre-digestion de Sacrosanct Bleeds et Incipit Satan (soit deux magnifiques proliférations boursoufliennes, pour les béotiens), comme eux incrédible collection d'extravagances injustifiables sur tout le territoire de cet univers-ci, c'est une somptueuse psychédélie bougonne, une grondante et collante atmosphère d'orage qui couve, un pesant avant-orage d'été comme un couvercle de purée de pois sur l'impossible forêt mystique Sega de la pochette, la feulante puissance bassueuse de Covenant mais infirme de la tranchante félinité d'icelui, empeguée dans les bourgeonnants ganglions de la fatuité davidvincentine et les effervescents nodules baroques de la percherie azagthotheuse, rengorgée dans le triple menton harkonnen de ses riffs aussi aberrants et non avenus qu'ils sont autoritaires et militaristes ...
L'occasion solennelle de retirer très officiellement ce que j'ai pu claironner ici et là : un mauvais album de Morbide Angèle, ça n'existe pas.

All Pigs Must Die : God is War


Ben Colère, monstrueux batteur d'un Converge en pente douce et qui pourrait trouver là son nouvel exutoire ; un mec des flippants Hope Conspiracy, qui traînent beaucoup trop à publier la suite.
On pourra pas dire que je suis pas gentil, j'ai encore cherché à trouver de l'intérêt à ce qu'ils branlent, sous cet emballage très Deicide (non ?).
Vraiment.
Longtemps ? non. Faut pas déconner.

vendredi 12 août 2011

Opeth : Watershed


L'on conçoit sans la moindre peine comment il y a toutes raisons de conchier Opeth, paradigme flatulatoire de tout ce que le métalleux, passereau commun, peut avoir de puant en ce qu'il, non pas ne parle que de ce qu'il sait ce qui encore serait modeste à défaut de faire rêver, mais avant tout, horreur, sait de quoi il parle - toute la dimension "zicos qui touche", en somme, toute la qualité d'un soin professionnel pour vos cheveux, ça va de pair. Mais là ... là.
Là on a gavé de voix claires sonnant comme Patton un balai carré dans le fion et qui chante l'amour courtois avec l'infecte délicatesse philosophe de MJ Keenan, et qui du coup passe super mieux que l'original et son sarcasme gominé, gavé de guitares acoustiques qui te croquent un Moyen-Âge de science-fiction une vraie pochette de Yes, gavé de mélodies sidérales plusqueneuneus intolérablement neuro-adhésives (à la limite du Pantheist ou du Paradise Lost, c'est dire) ... J'en oublie obligatoirement, l'album est un arc-en-ciel en bouche, mais le résultat est le même : aiguillé par un intitulé tel que "The Lotus Eater" (ce passage exotique bungleur merengue chez Circé, crénom ! divinement irrésistible), on se laisse faire et emmener au fil de l'eau de ces délicieux voyages d'Ulysse, un Ulysse qui allierait l'imbitable snobisme de Philippe Noiret à la mâle crétinerie de Bernard Giraudeau, paix à son âme, en perfecto ; un Ulysse tel qu'on le sait, bourgeois encanaillé avec ravissements et rien moins que pressé de retrouver sa bourgeoise, qui fait le lover et emballe le vent ("Burden", monstrueuse boucherie elle aussi) bourré seul sur le pont de son rafiot, à raconter des blagues aux Martins-Pêcheurs de Mars, apprenant la recette de la marinade pour les souvlakis à Fernando Ribeiro ...
Vous connaissez le topo : je vous raconte pas tout le film, on en aurait pour la nuit, et si je devais être capable d'autre chose que teaser j'écrirais des disques, pas des billets : c'est bien mieux de le regarder le film, croyez-moi - c'est que ce con-là en taquinerait Morningrise sur la plus haute marche, bouducon ...
Il confirme en tout état de cause la règle salvatrice : pour trouver les albums d'Opeth qui collent pas la gerbe, fie-toi à la pochette ; ce qui augure plutôt bien pour l'Heritage à venir.

jeudi 11 août 2011

Drakar : Let Draka


Mazette, cette jaquette, êtes-vous en train de vous dire, n'êtes-vous pas ? La tonalité "Quand on arrive en ville" - "Run Like Hell" pour les plus francophobes saintes nitouches d'entre vous - inhérente au heavy-protothrash tricoté par Drakar, en prend immédiatement un succulent sur-relent occulte et luminescent, digne d'un épisode de Deux Flics à Miami à Prague, dans la vieille ville canaille et nécromante, surtout habillé comme est l'album de riffs sautillants comme du Amebix aux longues et fines canines molles, et, forcément, par le chant en tchéquo-magyar - ces braves peuplades m'excuseront, j'ai tendance à les mélanger, les Root, les Master's Hammer, les Tormentor, dans ma béate joie de ces visqueuses et gazouillantes syllabes à la libidinosité aussi acide qu'elle est slave - non moins encore que par les traînées de salive scintillantes des leads à califourchon sur la crête qui sépare Trey Azagthoth de Mark Knopfler, taillés pour enluminer un Vlad Tepes contre les Défenseurs de la Foi tout en japanimation vieillote, sur ce carénage hardos des bas-fonds non sans évoquer la pouilleuserie du premier Alice in Chains. Et je vous arrête tout de suite : un second cd est là pour prouver aux gens de peu de foi qu'une production moins gueuse et des paroles traduites en trivial anglois par une voix plus plate que le crapaud-pancake d'Inquisition, ne changent rien à l'affaire, qui ne se joue pas dans une quelconque kitscherie. En vérité le heavy est musique mystique ; et Drakar gonfle le cœur de joie.

mercredi 10 août 2011

Impetuous Ritual : Relentless Execution of Ceremonial Excrescence

Oui : force m'a été de constater - navrance ! - qu'il ne figurait ici que sous la forme d'une vignette dans un palmarès de la fin de son année de sortie - le disque qui fait passer le dernier Portal - ils peuvent se permettre, aussi : ce sont les mêmes auteurs - pour un David Fincher.
Si vous ne vous êtes jamais demandé si vous aviez envie de sentir des centaines d’œufs d'araignée éclore dans votre chair débile, il n'est pas trop tard pour agrandir béante votre ouverture d'esprit - et vous faire glacer comme un éclair, à la bave d'Ignominie Immondément Ineffable et Informe.
Un disque figeant et gluant comme pas deux, oui, gravement.

lundi 8 août 2011

Overkill : Years of decay


Et ce disque là, c'est de la merde peut-être ? Parce qu'un disque comme ça, que tout le monde s'en branle, c'est bien simple moi ça m'énerve rien que d'y penser. C'est pourtant doux et discret comme le duvet d'un thrasheux allemand des anées 80, avec en prime cette classe primesautière que seule pourrait lui envier cette façon qu'avaient les filles cools de ramener leurs tignasse en palmier au dessus du crâne à la même époque. Vous l'avez compris, cette galette sort tout droit de l'âge d'or du metal, ces années où le ringard ne s'appelait pas encore kitsch, et où tout était possible en matière de provocation idiote et de naïveté qu'on ne pourrait pas même qualifier d'infantile, au mieux de prénatale. Bref, je profite de l'occasion pour vous demander ici une minute de silence afin d' honorer la mémoire de Ronald Reagan, sans le gouvernement duquel le thrash ne serait pas ce qu'il est. Sans lequel le thrash ne serait peut-être pas du tout, d'ailleurs. Et on ne va pas une nouvelle fois discourir ici du bien fondé des bermudas et des vestes à patch. Je pense qu'il n'existe plus personne désormais pour remettre en cause l'apport essentiel que pareille tenue a pu amener au bon goût et au sens commun. La suprématie sur la décennie sus-citée d'une culture basée sur la bière pas chère et les traitements contre l’acné demeure pour tous un exemple à méditer.

Meilleur moment pour écouter le disque : un incontournable de l'été. De l'été 1989.

Enslaved : Vikingligr Veldi


Culte. Un mot qui revient souvent concernant le premier album d'Enslaved. Genre c'est leur meilleur disque, ils étaient super jeunes et tout ça. Comme le premier Satyricon si vous voulez. Mon avis ? Vikingligr contient en germe tout ce qu'on retrouvera par la suite dans la Grutle family, du clavier confiture de fraise jusqu'à la basse évidemment funky. Contrairement à leurs dernieres productions, ce disque a visiblement la faveur des true. Oui, bon peut-être. Ok, c'est glacial et tout le tralala, bref que des trucs dont on se tape. Enslaved, c'est surtout la banane haribo du black metal, tout en sucre et goût acidulé. Vikinglir, c'est la mélodie, c'est le rock'n'roll. Et le rock'n roll, c'est la vie. D'aucuns cherchent de l'eau sur Mars pour démontrer qu'il y a de la vie sur ce foutu caillou rougeâtre. Moi je dis, si on cherche la vie, faut chercher des perfectos et des côtes de porc. Enfin, pour la forme de vie qui m'interesse en tout cas.

Meilleur moment pour écouter le disque : une musique de camping, qui sent bon les fourrés, le sous-bois et le Martini.

Nick Blinko : Visions of Adrian 37th

Ici un homoncule se pend à un croissant de lune grimaçant; là un arbre s’enfuit, des points d’interrogations dans les yeux. Ici les portées musicales deviennent kabbalistiques; là trois vierges grecques adorent un soleil noir. Et puis un poisson-fossile, et puis un chat de l’enfer, et puis un home-crabe défiguré, et puis un homme à tête d’arbre, et puis des créatures oblongues aux membres écartelés. Et puis un crâne-volve-d’amanite. Et puis des crânes encore... 173 planches tantôt sur fond d’empilement de quadrilatères nus, noircis, striés tantôt sur fond de mots enchevêtrés, répétés à l’infini d’une écriture minuscule. Des brides de phrases butent et rebondissent entre deux falaises escarpées. Gribouillis rachitiques. Douloureuse hémophilie du verbe. Échos de bégaiements. Tunneling mental aléatoire.

Do you know who I am not ?

samedi 6 août 2011

Bong Ra : Soldaat Van Oranje


Bong Ra, c'est la tangibilité de ce qu'est l'art du dj. Si je devais commencer à namedropper à froid toutes les sensations que charrie Soldaat van Oranje, vous ne manqueriez pas d'imaginer une compilation de clins d’œil et une démonstration de virtuosité, un peu à la parade, un peu comme le second Horrorist, une séance de diapos en somme ; ce n'est pas ce dont il s'agit ; l'art du bon dj se reconnaît à ce qu'on ne reconnaît pas les morceaux qu'ils utilise à son gré, comme matériaux dans l’échafaudage de sa créature à lui, masse obscure, organisme autonome - qui comme texture, qui comme idée d'une courbe, qui encore comme familière charpente, qui ailleurs comme imperceptible ombre ... Toutes les références que je pourrai utiliser ne seront que les termes que peut la langue métaïenne qui est la mienne, pour tâtonner à cerner la chose singulière, virevoltante et à la météorologie rigoureuse, qu'est ce disque.
Considérez vous donc comme informés que l'analyse chimique de SvO pourra déceler des traces de hard occvlt oriental break à la Hecate, de bombardement martien à la Venetian Snares, de hip-hop vaudou militariste à la Rubberoom, de Dälek H8000 (encore plus bath que rapper en allemand ? rapper en néerlandais), de horrorotterdamcore où Panacea fricote avec Das Ich et :Wumpscut:, de Dizzee Rascal smurfant sur la tourelle d'un tank ... Et des traces de vous vitrifiés sur les parois.

lundi 1 août 2011

Arthur H : Sans titre


Ce disque c'est un peu finalement comme le premier album de Tool : c'est rapidement devenu emmerdant après, mais là, avant la ruée des touristes et le petit train, ça baisait un peu dans tous les recoins, ça se pelotait et se malaxait convulsivement sans souci de jolieuserie. A l'époque la musique d'Arthur H ne s'adressait pas aux fans de Caro et Jeunet et Thomas Fersen et toutes choses décalées, Arthur H avait des goûts et des odeurs, ça oui, culottes de la veille, cuite au cognac, clope tiède, maquillage vulgaire qui fait des paquets et donne une saveur âcre aux galoches insistantes, c'était du disque ce qui s'appelle chargé, à l'époque on aurait presque eu envie d'écouter du jazz, cette musique qui avait toujours la voix de qui parle avec la fumée d'une bouffée de clope autour des mots, cette musique qui promettait de vous transporter là où l'on vit les scènes qu'on ne voit jamais, avec Rossy de Palma, dans les films de Marco Ferreri qui n'existent pas, un de ces films français sales dont la couleur de pisse chargée semble un écrin à la trogne de Lino Ventura, un de ces films où il y a de la classe à vivre des histoires de passion-vinaigre où flotte le rire de Roland Topor, la concupiscence de Patrick Dewaere et l'haleine moisie de Philippe Léotard en guise de loup-garou, à base de scènes mélodramatico-harengères à 3 du mat' bourré au blanc sec dans une brasserie du boulevard de Rochechouart, de belle-mères fardées tromblonnées dans un pavillon à Beauvais, de méchantes douches d'adrénaline au détour de la banalité misérablement française d'un parking de supermarché et d'un "J'ai pris mon gardénal, toujours un peu trop" (ou d'un tout aussi sanguin "Mais t'as les mains molles, et ça me rend nerveux", mais ne commençons pas il y en a plein l'album, des perles de cette eau), d'accès de grâce et de poésie du troisième souffle dans l'apesanteur de la treizième tournée d'eau-de-vie, qui consumaient le cœur, et d'accent anglais de Tom Waits du café de la gare, il y avait du sexe alors, ça en dégueulait discrètement dans les pénombres suantes et ça peuplait l'existence de fièvres jaunes et gluantes et glaçantes ; et le cool jazz, pour mystérieuse que la formule restât, on en avait des frissons et des appréhensions - était sans conteste la merde la plus vénéneuse, la plus convoitée et la plus cool du monde ... Riton, Fred, Rose, Andora, John, Ronron et les autres, on vous oublie pas.

Psychopomps : Fiction Non Fiction


Dieu bénisse les soldeurs. A l'époque, j'avais un gros petit faible bien compréhensible pour les Pomps et leur jobarderie (il faudra bien un jour que l'un ou l'autre vous parle de l'inénarrable 666 Nights in Hell), mais j'étais aussi intraitablement sérieux que le Gringo sur la noirceur de mon electro-dark, nom d'un grouft en bois ! j'ai détesté.
Les Sickos, leurs destinées toujours étrangement liées à celle de Claus Larsen, prenaient alors comme ce dernier un virage Nine Inch Nails - en l'occurrence un qu'on pouvait trouver, au moins en apparence, encore plus évident et littéral ; et surtout en quatre fois plus guimauve, quand Leaether Strip lui tentait du moins de sauver les meubles d'un certain gothisme bien rigide aux articulations.
Des années plus tard, à la faveur d'un tout petit prix, c'est la reddition pleine et entière. Nine Inch Nails, certes, sans rien à y envier question feuilleté de textures, de guitares alien, de joaillerie rythmique, de délicatesses vocales, mais Nine Inch Nails en habits baléariques, encore, voletant plus d'une fois non loin d'un Porno for Pyros langoureux et lounge où l'on passerait presque à côté de l'intact mordant ironique qui signe les deux voyous (devenus trois) - presque, et sans jamais faire honte à une pochette qui, a fortiori en cette saison, promet toutes les rafraîchissantes gâteries à la gorge qu'on peut attendre des cocktails les plus extravagants - et Fiction Non Fiction réussit tout ce dont il a l'audace, à commencer par rendre infiniment capable et loveuse une voix geignasillarde qu'on reconnaît pourtant, mais qui se révèle ici, en pendant mâle de Liam Gallagher - mais encore : la drum'n'bass anxieuse et tropicale, la squaredance electro dandie, le slow college 50's perché, "All is Full of Love" en version Diesel & Dust avec Robert Smith au solo, Trent déchiré à la MD en boîte et qui se met à chanter "Can't Take my Eyes Off of You", des harmonies chantantes dorées au soleil de Seattle ... j'en passe et des vertigineuses.
My colour is rich, c'est justement ma définition de la pop.

Sarkoma : integrity


La volée à laquelle on n'aurait pu échapper si Helmet avait joué de la fusion, ni plus ni moins ...
Moins show off et gangsta qu'Infectious Grooves mais tout aussi velu du dandinomatique, trapu à la façon d'un Pantera rincé de tout son grand-guignol heavy metal, le disque, ultra-dru à travers son brouillard noisy coupant, sorte de version hardcore vieille école d'Evil Empire, est aussi funky qu'un ballon prisonnier avec un sac de ciment pour faire la balle. Et décrasse au moins autant.