lundi 1 août 2011

Arthur H : Sans titre


Ce disque c'est un peu finalement comme le premier album de Tool : c'est rapidement devenu emmerdant après, mais là, avant la ruée des touristes et le petit train, ça baisait un peu dans tous les recoins, ça se pelotait et se malaxait convulsivement sans souci de jolieuserie. A l'époque la musique d'Arthur H ne s'adressait pas aux fans de Caro et Jeunet et Thomas Fersen et toutes choses décalées, Arthur H avait des goûts et des odeurs, ça oui, culottes de la veille, cuite au cognac, clope tiède, maquillage vulgaire qui fait des paquets et donne une saveur âcre aux galoches insistantes, c'était du disque ce qui s'appelle chargé, à l'époque on aurait presque eu envie d'écouter du jazz, cette musique qui avait toujours la voix de qui parle avec la fumée d'une bouffée de clope autour des mots, cette musique qui promettait de vous transporter là où l'on vit les scènes qu'on ne voit jamais, avec Rossy de Palma, dans les films de Marco Ferreri qui n'existent pas, un de ces films français sales dont la couleur de pisse chargée semble un écrin à la trogne de Lino Ventura, un de ces films où il y a de la classe à vivre des histoires de passion-vinaigre où flotte le rire de Roland Topor, la concupiscence de Patrick Dewaere et l'haleine moisie de Philippe Léotard en guise de loup-garou, à base de scènes mélodramatico-harengères à 3 du mat' bourré au blanc sec dans une brasserie du boulevard de Rochechouart, de belle-mères fardées tromblonnées dans un pavillon à Beauvais, de méchantes douches d'adrénaline au détour de la banalité misérablement française d'un parking de supermarché et d'un "J'ai pris mon gardénal, toujours un peu trop" (ou d'un tout aussi sanguin "Mais t'as les mains molles, et ça me rend nerveux", mais ne commençons pas il y en a plein l'album, des perles de cette eau), d'accès de grâce et de poésie du troisième souffle dans l'apesanteur de la treizième tournée d'eau-de-vie, qui consumaient le cœur, et d'accent anglais de Tom Waits du café de la gare, il y avait du sexe alors, ça en dégueulait discrètement dans les pénombres suantes et ça peuplait l'existence de fièvres jaunes et gluantes et glaçantes ; et le cool jazz, pour mystérieuse que la formule restât, on en avait des frissons et des appréhensions - était sans conteste la merde la plus vénéneuse, la plus convoitée et la plus cool du monde ... Riton, Fred, Rose, Andora, John, Ronron et les autres, on vous oublie pas.

3 commentaires:

el gep a dit…

Cette chronique fait envie.
Aussi, ton écriture me bourre la gueule comme un bon rouge épais (suivi de quelques calvados): bravo, vraiment.
Sinon bonjour, depuis le temps!

gulo gulo a dit…

et encore, j'ai oublié de caser Patrick Bouchitey, et quelques autres trucs qui me sont forcément venus après ... bonjour, caro gepeto

Innamorato a dit…

patrick bouchitey haha, geezus come back, la classe. connaît pas celui-là mais il traîne dans les rayons à la médiathèque, on va faire tourner ça. J'avais été sacrément absorbé par "Pour Madame X" il y a 6-7 ans de ça, qui plus est dans des circonstances de circonstance. Et je confirme que ça avait rien en commun avec ce que j'ai entendu de lui récemment.