mardi 29 novembre 2011

Amenra : Afterlife

Le disque qui vient vous donner raison, non vous n'êtes pas à côté de vos pompes quand vous soutenez obstinément qu'Amenra ont quelque chose que n'a pas le tout-venant des groupes en post.
Harmoniquement, Afterlife c'est du Neurosis, dans un jour légèrement gland, joué unplugged.
Dit ainsi, c'est inadmissible ; joué par Amenra, c'est plus crépusculaire et fataliste encore que l'album de Roses Never Fade et plus malade que MJK dans "Sober". Le chanteur assure encore mieux si c'est possible en voix claire qu'à l'ordinaire, aussi languide qu'une Jennifer Charles en chimio, et autour de lui les notes ralentissent, s'étirent tels des os de verre prêts à se briser, précautionneuses, abouliques, livides, engoncées comme un peignoir dans l'odeur des médicaments. Le disque répand, rassurante et non négociable, à en retourner l'estomac même à son terrifique équivalent dans la discographie de Drudkh, l'odeur de la mort. Et lorsqu'il se met à chuinter à la façon de quelque insecte affairé à aspirer son déjeuner, tu comprends pour de bon qu'il est trop tard.

lundi 28 novembre 2011

The Horrors : skying

En a-ton lu des mythes, relatifs au cinquième Beatle ... L'eusse-tu cru, t'eût-on dit qu'il s'agissait tout bêtement de Malcolm McDowell ?

dimanche 27 novembre 2011

Peter Kernel : White Death & Black Heart

Pop, sûrement, indie rock, de toute évidence ; n'empêche qu'on ne me retiendra pas d'user de mes références à moi, car tout aussi assurément la rigueur aiguisée des émotions ici, sous le riffing pop comme du Sonic Youth, est la même que chez Fugazi et les vieux Siouxsie d'avant le maquillage Cléopatra, et le lyrisme féérique celui de Circle Takes the Square ; et il y a en eux également, je n'en démordrai pas, quelque chose que je devrais conchier, quelque chose de l'acidité vrillante des Pixies, mais des Pixies malingres et malades, emportés au fil d'une enjôleuse anxiété, anguleuse à la façon d'un Made in Mexico exilé dans la peau de Billy Bibbit. L'album est instable, capricant, exalté, saturniste ascendant naturiste, capable de gamineries criailleuses dignes de Brassy comme de plongées de spleen vertigineuses comme du Kris Force ou du Denali, et il a une perçante faim d'amour. Si vous en avez en vous ...

samedi 26 novembre 2011

Cypress Hill : III - Temples of Boom

Une éternité que je ne l'avais dépoussiéré, cet indispensable des petits toubabs malins. Les toiles des araignées au plafond, le doux babil de canard, l'aigrelette quiétude nocturne, la lune comme du mercure dans la flaque, les cancans d'enfant débile, les lignes de basse de tique somnambule, l'archer de soie sur les nerfs : non seulement je ne regrette pas ma légèrement tentative comparaison avec les premiers croassements de Noothgrush, ci-dessous, mais je renchérirai même sur la cohésion en faisant de ce disque le guère lointain cousin de Rudimentary Peni. Ce qui en fait logiquement, pour le petit blanc au cœur à six cordes que je suis, des années après que j'aie renoncé à tirer sur tous les pécos qu'on me tend, l'un des plus altiers aristocrates du hip-hop, avec Abandoned Language, The Careless Flame et N***a Please.

jeudi 24 novembre 2011

Welldone Dumboyz : filthy gift

Il semble d'usage actuellement de comparer nos cas sociaux du pays du Revenant aux Melvins. Étant de bonne composition, je veux bien voir ce que vous voulez voir par là, mais du coup il vous faudra ne pas vous plaindre : parce que du coup, l'association de mes idées me fait rappeler le seul concert que j'ai vu desdits, et de comment la comparaison tourna à l'avantage de leurs Big Business de première partie, par la faute de la trop grande et aigre saveur de second degré et de cérébralasserie, qu'ont les premiers à mon palais enthousiaste. Serait-ce à dire, alors, que les WdbZ ressemblent à Big Business ? Il y aurait de ça, presque, ne fût-ce que par une richesse de pop extravagante déjà présente sur l'album, mais ce n'est pas encore ça. Puisque l'Autocuiseur et ses deux guenilles ont des canines de loups faméliques que n'ont pas les succulents BB, cet appétit inimitable, inquiétant et irrésistible, ce fantôme de vin rouge qui flotte reconnaissable dès les premiers effluves de leurs morceaux, si tranquilles et sournois soient-ils, si bucoliques soient-ils même par endroits, sur ce disque qui est un facétieux torrent de montagne quand il veut, mais alors un priapique, naturellement - en faisant à chaque fois des appels à l'orgie, du blues apache à la redoutable fraîcheur de jouvence, une musique psychédélique en somme aussi indescriptible que dionysiaque - et un disque beaucoup trop court, bon sang ! On s'en fâcherait presque, mes cons ! Mais enfin, quand en guise de promo l'on reçoit le vrai vinyle dans un paquet cadeau, on reste copains. Et comme ils sont gentils au fond, ces corniauds, je sais qu'ils ne m'en voudront pas trop d'avoir ainsi flétri leurs chéris. Est-ce ma faute, aussi, s'ils leur mettent la même pétée qu'à Hendrix ?

Esoteric : Paragon of Dissonance

On vit une époque un peu plus extrême chaque jour qui passe. Probablement trop conscients qu'aujourd'hui si l'on veut à nouveau éprouver ce que l'on a pris dans la tronche avec Esoteric à ses débuts, le metal ne suffit plus et l'on est obligé de se tourner vers l'antimatière, Esoteric ont conçu l'idée d'aller piquer leurs fans à Tool, Katatonia et Isis. Dans l'espace, personne ne peut t'entendre hurler de rire.

mardi 22 novembre 2011

Noothgrush : Noothgrush

Je ne sais si on a le droit de le dire, mais Noothgrush est au sludge ce que Black Sabbath est au doom : un groupe fade et très contournable, que beaucoup d'escrocs tenteront de vous faire emplafonner avec enthousiasme. Et, tenez, fait amusant, sur cette première démo aujourd'hui rééditée, Noothgrush joue du doom. Et, tenez, fait amusant, ça leur réussit pour une fois. Pas qu'un peu. Non tant parce qu'ils sonnent un peu comme Sleep, un peu comme Alice in Chains, un peu comme du Hawkwind au tramadol, un peu comme du très vieux Electric Wizard. Plutôt parce que ces morceaux sonnent vieux tout court, et divinement, c'est le mot, caquetants, et mollement sardoniques, qu'ils font une très bonne proposition de version doom de Rudimentary Peni ; cet album à 0,02 de tension et enchanté de l'être a toute l'ambiance carcérale kafkaïo-foraine qu'on peut se prendre à déguster par avance à en juger d'après les voyages cosmico-médiévalo-cold-wave ricanants promis par l'anguleux couillon de la pochette sur son fringant vaisseau. Un doom heureux comme Sisyphe, un doom de vieux clodo sidéral condamné à perpète et plutôt pas mécontent de son horizon infini de poussiéreuse peinardise abrutie - vous voulez que je vous dise, en toute confidence ? je qualifierais ce doom d'absolument radieux, si je m'écoutais - en plus de religieux. Est-il besoin de préciser que je n'ai jamais saisi ce qu'on trouvait de si sombre à Temples of Boom ?
Bref, tout ceci est accessoire ; parce que cette petite démo est surtout un fier disque de musique, une crypte et un asile.

dimanche 20 novembre 2011

Tupac : All eyez on me

Le mauvais goût, ça a au moins l'avantage d'être plus répandu que le bon. En somme c'est plus démocratique. Mais comme pour les chasseurs, il y a le bon mauvais goût et le mauvais mauvais goût. La viscosité de l'asphalte californien qui colle aux semelles de tes Caterpillar, avec un groove fleurant bon le goudron chaud et le flow qui traine au sol comme un baggy. Des fois la ligne 6 elle t'emmene direct à L.A.

Meilleur moment pour écouter le disque : bizarrement, un dimanche aprem un peu pluvieux.

samedi 19 novembre 2011

Nile : Annihilation of the Wicked

L'air au-dessus du désert cruel ondule de la chaleur des brasiers dans le lointain pas si lointain, la vision y est brouillée, et on y croit voir se confondre Close to a World Below, Formulas Fatal to the Flesh, Sacrosanct Bleeds, Deathcrush et South of Heaven. Et dans les boyaux des pyramides qui servent pour un séminaire cannibale, on y voit plus trouble encore, pire que dans une rôtissoire, entre les sanglants miaulements de muezzins hashishins à l'esprit en carpaccio.

mercredi 16 novembre 2011

Gorse : old certainties

Si l'on considère l'épithète homérique qui, lue voici bientôt vingt ans, constitua pour votre serviteur un aussi compulsif que magnétique commandement de pourchasser et entendre Into the Vortex au plus tôt - à savoir "un certain goût pour le deltaplane les jours d'orage" : l'on se figure un peu ma fébrilité - mes chouchous de Gorse et leur doom agricole n'ont jamais été aussi proches d'Hammerhead - indépendamment, bien entendu, du reste, intact, d'un bouquet dont vous retrouverez aisément la composition en me pistant sur la toile. Parce qu'alors du gros temps, voisin, tu vas en avoir plus que ta ration avec Old Certainties. Le ciel est aussi gris et bouché que la pochette l'augure, et il y vole assurément le même genre de mobilier qu'on y voit l'air ainsi impavide. Voilà de quel genre de jours de colère il se cause ici, tout devra voler et voltiger, rien n'y coupera, la fin des temps sur la lande on connaît, c'est tous les deux jours, on en fait pas tout un barouf, qu'elle fait d'ailleurs très bien toute seule : on s'ébroue un coup, on pousse la lourde et on plonge, dans la tourmente qui commence au seuil de chez toi, et qui te s'engouffre direct foutre le chambard dans le carafon - comme qui dirait : ça réveille.

mardi 15 novembre 2011

Encoffination : O' Hell, Shine in Thy Whited Sepulchres

Growls plus de profundis poussieribusque que jamais, riffs outrenauséeux à fond de première, batterie à 90 % de cymbales et autres crashes métalliques ophidiens, le restant en tambours de la mort troglodyte écrouleurs de temples, cloches sinistrement atonifères : bien davantage encore qu'un hommage à Incantation en 12 rpm ou qu'une version beatdown de Tyranny, Encoff' est un groupe qui semble nous parvenir du temps où la Suède était un pays qui foutait les miquettes, le temps béni des des Defekt, des P/D(B), d'Inanna, de Megaptera, d'Aux Morts, de Virgin Birth, des mythiques Un-Core et, évidemment, de Great Death. On comprend finalement, il était presque temps, le terme de death industrial.

lundi 14 novembre 2011

Blut aus Nord : 777 - The Desanctification

Toujours cette batterie qui est un marteau-piqueur à tête de petite cuiller en acier médical, qui fendille le crâne à la façon d'un oeuf-coque, toujours ces guitares qui te tartinent tout fin sur les cruelles faces de monumentaux blocs de verre obscur, toujours cette couleur de solution d'humain dans la hideuse rêverie extraterrestre d'une brillante diatribe panhellénique ...
Et pourtant ... Pourtant il y a cette étrange frustration qu'on attribue tout d'abord à la courte durée du disque, et à la désagréable acuité d'esprit avec laquelle on en ressort, pourtant il y a ces double-pédales qui cognent avec une méchanceté  frontale et ouverte qu'on avait perdu l'habitude (l'a-t-on eue jamais ?) d'associer au groupe, il y a cette aise claire et vive où l'on se sent baigner à l'écoute de ces motifs ascensionnels et ricanants, cet appétit que semblent affuter les beats trip-hop toxiques et quincaillants, pourtant il y a cette ambiance de cauchemar typique, de retour et appuyée, par-dessus les voileries stellaires de Sect(s), mais qui semble réveiller pour une fois plus de salivation que de nausées ... Blutaus nous aurait-il sorti son premier album de hardcore, voire son album tough guy ? Suis-je si loin de penser par endroits à un No Surrender plongé dans le Warp ?
Allez, je vous taquine un brin, on reste bien plus dans les eaux d'un Phallus Dei du necrospiritual, par les manières de gentilhomme et le dédale de parfums orientaux où est enclose et s'avance la violence barbare des officiants ; et aussi, on reconnaît de plus en plus distinctement ce qui est arrivé de mieux à l'héritage de pépé Godflesh, en l'espèce de sa mutation baroque, féline, libidineuse, épiscopale - et je ne vous parle même pas de l'impudence qu'a le disque à dans le même mouvement enveloppant sembler exaucer enfin les promesses hip-hop susurrées dans Thematic Emanations et Sect(s), et s'achever effrontément en promettant plus grandiosement phat encore ... Mâtin ! Vivement que les trois 7 soient disponibles et encastrables ...

mardi 8 novembre 2011

Pyfyxfyru : Pillars Made from the Voice of the Devil

Eh oué, le vieux Satan, cette canaille, est dans la machine, sous la semblance d'un vieux bug crépitant et nauséeux, à appataudir les calculs, faire baver et couiner les processeurs d'une joie mongoloïde, et violer les mégahertz, avec des ricanements ioniques à faire passer Azathoth pour un premier prix au concours général de philo.
Ça n'a pas de sens, c'est mexicain, c'est Pyfyxfyru. Même un amateur de Bakteria aura la tête qui tourne un peu.

lundi 7 novembre 2011

Sage Francis : Human the Death dance


Je suis un saumon. Je suis un saumon qui remonte une froide rivière de l'Alaska pour aller niquer sa femelle poissonne. Je brave le courant, la violence des torrents glacés et l'appetit des ours. Je respecte le rite millenaire de mon espèce, j'obéis au cycle de la nature, je fais partie de l'univers. Et soudain l'envie d'une petite pause asticot. Je succombe, et me voilà con et mort dans l'assiette d'un gros bûcheron imbibé de scotch et de sirop d'érable. Fuck.



Meilleur moment pour écouter le disque : seul en caisse à 3 heures du mat.


dimanche 6 novembre 2011

Black Label Society : Order of the Black

Vertus cardinales de l'ordre : la vulgarité triomphale et luisante de testostérone de Down, voire jusqu'à titiller la noblesse sudiste d'In the Arms of God, avec la lubricité d'Alice in Chains converti à la coke en bennes, la pompe narquoise de Guns'n'Roses, le pathos écœurant d'Ozzy, la métalhurlance de Badmotorfinger, et les grimaces de citrouille d'un Black Sabbath défiguré au botox jusqu'à en prendre des airs de démence heavy suggérant les derniers Anaal et Soilent Green remaniés en albums de slows. Le hard rock porte haut et vigoureux son nom.
Alors, pour sûr, ne serait-ce qu'écouter cette musique, c'est mal, quand elle fait vaguement penser à Earthride c'est interprété par Vincent Gasoil tout lustré, elle est rien moins que de la country épargnée de la poussière par la hauteur, celle de la cabine du semi-remorque, et le plaisir éventuel causé à l'écoute ne sera gratifiant ni pour l'esthétisme ni pour l'organisme, on en ressort le cerveau aussi affuté que d'une heure à pousser de la fonte...
C'est le mal mais c'est bon ; bon comme un sirloin steak caramélisé au bourbon ; bon comme écouter "One in a Million" après douze ans d'abstinence ; bon comme s'octroyer un moment de qualité supérieure, affalé les jambes convenablement écartées, en ayant pris soin de se bien remettre les couilles en place ; bon comme une clope. Parce qu'on en est pas moins homme.

Flying Pooh : Never Slow Down


Le coup de pute. L'album dont t'attends trop tu sais pas quoi, dont t'as noté puis biffé la date de sortie sur un coin de papelard au cas où, parce que t'avais acheté et goûté le précédent, mais que tu tardes à aller écouter parce que le devoir de fidélité, c'est beau, mais concernant la musique ça fait pas tout, voire ça tue l'amour.
Et là : paf. La calbotte des familles. Non pas tant que ledit ressemble boudument à ce qu'aurait pu être Sea, Sex & Burn s'il n'avait pas été une brouette de demi-molles agglutinées autour de trois morceaux magnifiques ; mais plutôt qu'il est la vitale parade des amours de Tomahawk et Sex Gang Children, Use Your Illusions (le bon, le I) réarrangé par Suede, avec la fureur jubilante de Punish Yourself, et tout y passe, les turboréactions theremin, les godilles hammond, les riffs robot-rock, les aboiements rockin'core, c'est du baroque batsurf si l'on veut, ou du psychobilly pour scénario de Tarantino, mais c'est davantage, c'est du rock, le disque a l'air présenté ainsi d'une belle raclette, mais il vaut mieux car c'est du rock, de celui qui vous met un sévère coup de jouvence sans résistance possible aucune, et sans pour autant, dieu bénisse, user d'aucune grosse ficelle débilisante et canivelante - plutôt d'une munificence colorée digne de la pop la plus fruitée et capiteuse.
Flying Pooh continue à fesser.