jeudi 1 décembre 2011

Daniel Darc : La Taille de mon Âme

Elle est revenue, cette voix indécente quelle que soit l'obscurité de ses vers, invasive à la façon de la rose obscénité d'une haleine qui vient trop près s'épancher dans la conque fripée de notre oreille, embarrassante et râpeuse comme un vieux clochard chargé en mal de chassieuses confidences aussi sages que nébuleuses. Le ci-devant disque sonne  comme marcher au milieu de la route sur le goudron mouillé de la place de la République à 4h30, il sonne comme un Gainsbarre de porcelaine tout nu en offrande, il sonne comme Daniel Darc qui a recommencé à ruer comme un cheval fou, bille en tête avec sa grosse tête chenue et son grêle petit corps de petit vieux esquinté par le XVIIIème, il sonne comme un type malade et détraqué et qui est incapable de s'arrêter, tué tout vif par la taille et la sensibilité de ses organes, et qui ne peut s'arrêter, la faute aux exigences afférentes à la taille, la sensibilité et la faim de ses organes. Il est terrifiant comme pouvait l'être Crèvecœur, peut-être davantage, oubliés le hiératisme, les velléités aristocratiques à la Bashung d'Amours Suprêmes, le froid de canard a soufflé sur tout ça et tout dispersé comme feuilles mortes piétinées, Darc oublieux de toute mesure et de tous, si pleins d'inquiète sollicitude pour lui, fait de hasardeux entrechats trébuchants dans le caniveau, heureux comme Ulysse, inlassable épave jamais au bout de son voyage, toujours pas au bout de sa route, gai comme un clébard lunaire, titubant d'amour, intouchable, pathétique, surhumain.

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