lundi 31 décembre 2012

Diocletian / Weregoat : Disciples of War

Trois nouveaux morceaux de Diocletian, trois nouvelles coulantes à la limaille de monde putréfié, trois nouvelles invasions brutales, trois irruptions de l'Immaterium sauvage dans le tissu délicat de la réalité, trois abominations dont la semblance paraît n'obéir qu'aux remous et aux ondulations d'un énorme nuage de mouches à viande, trois hargneuses nausées, trois volées de bombardiers migrateurs, annonciateurs du retour de l'hiver nucléaire.
Avec les trois Weregoat, on n'est guère loin, puisqu'on pourrait parler d'amalgame entre Abscess et Witchrist, on est plus terre-à-terre puisque l'on pourrait encore et pour emprunter la métaphore du titre, dire que pendant que Diocletian officie l'holocauste céleste rituel, Weregoat se charge de l'assaut en surface, de la partie meutre animal de masse, avec une belle nervosité rock'n'roll préhistorique, qui ne parviendra pas à dissimuler qu'ils s'abreuvent au même psychédélisme de dérivé pétrochimique.
Bref, on l'aura compris, je n'aime pas chroniquer les splits, pas davantage que les singles ou les compilations.

lundi 24 décembre 2012

2012 is

Cette année je ne les ai même pas comptés et ne veux pas savoir combien ils sont, plein, vu que l'année fut une fois de plus bonne, n'en déplaise aux blasés et aux gens raisonnés, les albums qui ont fait mon 2012 à moi, y a même deux e.p. dans le lot parce que la qualité c'est pas au poids, et d'ailleurs ils viennent tous deux du même riant coin de France, d'ailleurs si c'est peut-être bien mon palmarès le plus black metal depuis avril 2008, c'est sûrement le plus chauvin, mon provincialisme devient de plus en plus difficile à dissimuler, que voulez-vous on a eu une belle récolte. Les voici donc, les albums qui t'emmènent hors de toi dans un hors du monde que tu n'oublieras jamais, et ceux qui te parlent mieux qu'on ne t'a jamais parlé, ceux qui te plient et ceux qui t'esclaffent. Bref, c'est comme tous les ans.























Sans oublier ceux qui cette année ont en un seul morceau calmé ce rap-jeu, en appliquant un gros caramel salé sans beurre - et parfois sans que ce soit incompatible avec un match parfait et dominateur ; les morceaux qu'il est toujours un peu compliqué d'écouter par tranches d'une seule fois, ou assis sur son derrière, et qui collent la peau de poulet même sur les écouteurs du smartphone pendant les horaires ouvrés. C'est pas toujours très beau, c'est normal c'est le ralenti des plus beaux directs au foie de l'année :


Asphyx "Deathhammer"
Ceremony "Hysteria"
Deftones "Tempest"
Converge "All we love we leave behind"
Doktryn "Il faut que tu crèves"
Killing Joke "Primobile"
Converge "Aimless arrow"
Meshuggah "Swarm"
Rise and Fall "Things are different now"
Douglas J. McCarthy " All kinds of wrong"
Douglas J. McCarthy "The last time"



Sans oublier non plus, n'est-ce pas, ceux qui sont arrivés trop tard dans l'année pour les laisser suffisamment reposer et les mettre là au-dessus de façon assurée et péremptoire - parce que je me prends décidément trop au sérieux. Et puis, ça donne l'impression que j'en ai mis un peu moins, ça me donne l'air sérieux.





vendredi 21 décembre 2012

Andy Stott : Luxury Problems

Comme qui dirait que le gars dans mon frigo a trouvé le vieux pot à café où je rangeais mes taz, et tombé va savoir comment sur mes vieux disques chéris les plus gourds, Tricky, Starfish Pool, Riou, Cristian Vogel, Scorn, Enduser, Carla Subito, Fetisch Park, Morgenstern, Orphx, Witchman, Slotek - et ainsi de suite ; et, j'en suis bien content, qu'ils lui donnent bien de la joie ; du coup il a tout mis ensemble et en a fait un seul machin, martial et céleste.
Et frigorifique, bien entendu.
Ils appellent ça bass music, et sans doute est-il donc logique qu'on y entende du dub, de la house, de la jungle, de l'abstract hip-hop, de la garage. Je préfère quant à moi surtout y entendre ce que devrait être le dubstep dans un monde bien rangé, ce que je croyais qu'il était la première fois que j'ai rencontré le vocable : un téléscopage entre Logghi Barogghi et une compil' 2-step de chez Blackmarket - ou alors juste appeler ça de la techno, mais aujourd'hui on dirait que ça ne se dit plus et qu'on doit dire electro - alors Andy Stott doit logiquement être dans la catégorie electro-ménager. Parce que quand bien même ça essaie de mettre ses coups de pression bunker-style avec le renfort de ses kilogrammes cube de basse - et que ça marche même pas mal, quand Andy dit oui et lâche les stomps, sur les terraformeurs "Sleepless" et un "Up the Box" Icarus-style - on reste pourtant toujours davantage du côté de Julee Cruise, que de celui d'Inade.
Ce qui n'est pas un mal, notez bien : Luxury Problems, c'est comme un plat de standing gourmet/couture, surgelé, et consommé sans décongeler : ça rappelle de bons souvenirs, de descentes grelottantes, et de ce battement des membres qui ne veut pas mourir, ni finir de mourir, toujours plus raide soit-il - la techno, dans toute sa stérile magnificence indomptée.

Douglas J. McCarthy : Kill your Friends

Qui l'eût parié, certainement pas moi, que tout comme James Bond un autre fleuron de la culture britonne en la personne des Sheep on Drugs se verraient repris en main avec une virile assurance par Daniel Craig ?
Aussi énorme cela puisse-t-il paraître à avaler, Douglas incarne ici une sorte de grand frère laconique et aux méthodes brutalement expéditives des exubérants gobeurs disco-batcave - mais qui sous le costard casual irréprochablement coupé a discrètement digéré ou plié en pochette le gospel gominé de Dave Gahan et Martin Gore, le gospel beaucoup trop gominé de Raymond Watts, la condition physique inoxydable d'un Bill Leeb qui aurait appris la soul ou d'un Marc Heal born again straight edge revenu de l'enfer, l'appétit de J.G. Thirlwell, et les blessures impeccablement masquées sous les pintes avalées cul sec sans le moindre tremblement, et sous les synthés de mac en costume blanc... Douglas, il ventile. Sans chichis, sans tralala, sans faire de trucs de fiottes, sans masse musculaire excessive, il raréfie l'atmosphère autour de lui, d'un seul coup autour de tant de classe concentrée dans un seul petit nervi sec comme un coup de trique, il n'y a plus rien, plus que ce rictus de dédain discrètement agité de tics psychopathes.

Atheist : Jupiter

Vous êtes nombreux à vous demander le secret de mon teint de pêche, je le sais, et aussi ce qui me permet de continuer à dire comme je le fais "les métalleux", alors que depuis de longues années le metal constitue le plus gros de ce que j'écoute.
C'est que je continue avec une exemplaire constance à ne pas savoir de quoi je parle, la preuve je n'ai jamais entendu les autres albums d'Atheist et n'ai pas prévu de le faire, et à ne pas savoir ce que je dis, la preuve je ne vois pas dans la ci-devant frétillante et sur-énergétique chose ce qu'il y a de death, d'ailleurs je m'en vais de ce pas et avec une satisfaction non dissimulée en ranger le seyant boîtier là où je mets déjà les Voivod, le Loincloth et les Meshuggah.

jeudi 20 décembre 2012

Andy Stott : Passed Me By / We Stay Together


Comme qui dirait que mon Beko DSA 25012 est devenu le dernier club à la mode pour les extrémistes de l'after, et qu'on y passe une version judicieusement chambrée d'un autre double album, le album définitif de la hardhouse d'after. Simplement, la présente sauterie est cette fois vécue depuis la vieille barquette en polystyrène, sous le plissé chuintant du film alimentaire, avec la souplesse du rôti froid. Laquelle a au bout du compte peu à envier à celle des lombes et des jambes des illustres piétineurs du petit matin, aux petites heures. On y est bien, dans mon Beko, on y entend ronronner les basses de la bombinette de fréon, et chuchoter les sauces qui tout doucettement se gâtent, les fruits qui passent de date... On y soulage ce manque que j'ai si mainte fois ressenti de ce qu'il faudrait d'angélique soul pétrifique dans la musique industrielle... La redescente a toujours été partie constituante du voyage, et pas la moins cosmique, aussi anti-émotive fût-elle comme ici, la congélation de l'âme a même toujours été le passage qui me remplissait le plus d'horreur sacrée. La voici à son sommet de pimpitude impeccable.

mercredi 19 décembre 2012

Desolate Shrine : The Sanctum of Human Darkness

On ne sait toujours pas s'ils sont à compter dans les rangs death ou black mais une chose est certaine : Desolate Shrine marche sous la bannière de la terreur ; totale, genre. Ondskapt, Asphyx et Hate Forest sont leurs pairs et les noms qui viennent en tête ; et guère d'autres. In Slaughter Natives dans la Slaughterhouse ? Les riffs et leurs murs sont horrifiques, sévères, minéralisés, leur scie dégueulasse vient d'un autre monde, et il est étourdissant de constater les effarantes doses d'étrangeté que le death metal, celui de ces types en tous les cas, arrive à convoquer, sans nécessairement le besoin d'en appeler à aucune géométrie non-euclidienne, mais plutôt à des couleurs qui sont à la couleur traditionnelle ce que le timbre est à la note ; le death de Desolate Shrine n'est peut-être pas précisément doom, mais il est précisément maudit à n'en pas douter ; Desolate Shrine joue le death avec magie, joue une musique monacale et sorcière, sinistre, barbare, qui ne montre pas grand chose mais exerce directement sa préhension, sa possession, sur les organes internes, qui fait claquer des dents de froid et de peur, une musique qui n'a plus grand chose de rock, un peu à la façon du Merrimack dont The Sanctum of Human Darkness est une version nappe de carburant fossile, avec sa musique des entrailles et du barrissement chtonien, sa sorcellerie, encore plus antédiluvienne et pré-humaine que cette de Tenebrous Towers, des souches, des racines et de l'humus, cette nature à un état tellement brut qu'il en accède au surnaturel. Un album ensevelissant, ce qui paraît à propos.

lundi 17 décembre 2012

Malformed Earthborn : Defiance of the ugly by the merely repulsive

 

Cette fois-ci, la piqûre de rappel ne sera pas faite dans les normes sanitaires de rigueur : merci de vous assurer par vous même de la bonne stérilité du matériel médical. Plus crade que tout Napalm Death réuni, plus ouvertement indus que l'ensemble de leurs side-projects, et puis ce titre : la phonétique parle d'elle-même. Ce truc-là, ça ne suinte pas, non madame, ce truc-là, ça gicle par pâtés, ça glairise dans tous les coins façon l'Exorciste, ça s'incruste dans les tissus-viande, ça se gargarise joyeusement de mutagène contaminé pour mieux le distiller dans ses sucs vomitifs, purulente purée de crachat toxique, soupe primitive et primordiale, matrice de la Sainte Bactérie, bla bla bla blark bleurk. Les abattoirs automatisés Beyrouth 3000 sont en marche, les charognes plient sous la pression des mâchoires métalliques, sont vomies par caisses entières direction le dépotoir nucléaire, sur fond de beats-tech-sielwolf en tout aussi dégueu voire pire, et de basses analogiques dignes des meilleurs passages de la bande originale de Bad Taste. La couche de crasse essentielle qui vous tiendra au chaud tout l'hiver.


vendredi 14 décembre 2012

Botanist : III : Doom in Bloom

Le nouveau Botanist c'est comme les deux précédents, mais en, comme son nom l'indique n'est-ce pas, plus lent - pense-t-on au début déçu par la sensible baisse d'astringence et de violente intensité du saisissement procuré ; en plus languissant, finit-on par s'apercevoir - il est déjà trop tard : les botanistes comme chacun sait sont, en puissance tout du moins, tous des enculés d'empoisonneurs, et Doom in Bloom est une foutue saloperie de décoction végétale, d'intoxication qui vous possède d'une langueur fatale, invincible, molle et souveraine à la fois, une paralysie en effet bien plus douce que celle où vous pouvait faire glisser son double prédécesseur, une pâle vie végétative qui vous prend, aussi passive et aussi délétère que la Pocahontas de Mallick ; c'est le placide engourdissement généralisé, celui qui seul fait la morsure de cette musique paraître moins aigüe qu'aux premières gifles de ses orties, et leur agitation, sur de religieux thèmes qui paraissent les mêmes, qu'au début, que sur les autres disques, on ne sait plus bien dans la rêveuse mollesse qui gagne de plus en plus - paraître plus lente, et l'écarquillement d'incrédulité devant une mort qui vient avec une horrible et extrême douceur impossible à seulement combattre ; c'est, excusez moi de le dire, un putain de disque de salopard.

Ash Borer : Cold of Ages

Grey metal, qu'ils disent - je parle bien entendu des vrais. Ils parlent ainsi en général de tout ce qui sort sur Profound Lore, et ils n'ont somme toute pas tort. Car qui mieux que Profound Lore a su voir et réunir tous ces groupes qui ont su voir - sentir - jouer - le pont jeté, offert, entre black et cold wave - et ce pas depuis hier, puisque Dodheimsgard eux-mêmes ont sorti un superbe, cendreux et liquide album de grey metal bien âpre dès leurs toutes jeunes années. Ash Borer joue non du métal tant que de la ferronnerie, et à grand bruit de lames ternes et maussades farouchement martelées, allie Transilvanian Hunger et Pornography - aux accents éplorés de Brave Murder Day et de Forever the End, mais avec une humeur noire et remâcheuse qui donne à ses moindres décélérations des accents de menace et de malédiction prenant la lune à témoin, réminiscents du trad doom le plus gothique et amer (Reverend Bizarre pour ne pas le  nommer), et se mariant assez bien avec l'espèce de rancune celticrust à la Ludicra de rigueur dans cette teinte de metal, comme l'est la rudesse gazeuse hivernale d'un Castevet. Ash Borer joue du beumeu pour regarder les étoiles, comme Altar of Plagues joue du beumeu pour regarder la pluie. Oh, ce n'est pas Satan, non. C'est plus salope que ça, puisque c'est la Lune. T'as qu'à voir, c'est tellement vénérien et morbide que le dernier morceau a son intro sponsorisée par Worm Ouroboros. Un genre de lèpre qui change la chair en métal - noirâtre, oui.

mardi 11 décembre 2012

Neurosis : Enemy of the Sun

Est-il vraiment nécessaire que j'en passe par là ? Par honnêteté, peut-être, pour remettre le reste de l'inventaire (voir plus bas), et mon propos en général, en perspective. Ça va être moche, pour sûr. Parce que vingt ans après bientôt, je suis toujours Gros-Jean comme devant pour parler de ce disque. Faut dire aussi qu'il fait partie dans mon historique personnel de ces fameux albums, il vaut mieux n'en jamais lister plus de trois sinon ça n'a aucun poids, qui ont changé ma vision de la musique (si j'étais emphatique je dirais du monde, voire d'être au monde, mais si je l'étais ça se saurait). Que tel que je le vois, ce disque fait partie des petits nombres - deux, pour être précis ; il y en a deux des comme ça ; Streetcleaner, et Enemy of the Sun, le disque de néandertaldoom qui met la branlée à No Surrender, le disque de punk qui met la race finale à tout ce que pourra sortir Xibalba, le disque de metal que je regardais avec la même diagonale d'appréhension et remontées acides que Blut de Haus Arafna et qu'aujourd'hui The Drift ou Defixiones, Will & Testament... car en vérité Enemy of the Sun est aussi des pairs d'Overkill, de ces disques qui fessaient et continuent de fessaient par anticipation des générations à venir d'albums qui ne démériteraient pourtant pas - mais on est un monstre ou on ne l'est pas ; et Enemy est le monstre, l'ennemi tu peux le dire mon salaud, des disques de Neurosis le plus cru et drogué et hideux et inhumain - à partir de "Cold Ascending", la nausée ne cesse plus de monter, et de faucher au foie, la basse est à dégueuler, les guitares ont la suavité de la bile, le goût du sang vient aux gencives et commande d'aller mosher comme un pourceau, et de laisser les tambours noyer le cerveau comme ils le font des riffs, dans la torpeur bestiale esclave d'astres qui ont failli, et se sont détournés, dans le brouillard noirâtre du cauchemar, de cette histoire d'ogre pour adulte, et de séquestration. Non ce n'est pas ici que l'album aura la chronique qu'il mérite, il ne mérite pas une chronique il mérite d'être éprouvé, comme l'épreuve qu'il est. Avec appréhension, avec crainte, avec répulsion.

lundi 10 décembre 2012

Blut aus Nord : 777

 Vérification a désormais pu être faite : cette histoire est celle d'une lente extraction à un cosmos de noire, tangible et épineuse mélasse, d'une gazéification, d'une ascension.
Une horrible ascension, vers une abominable lumière à la température abyssale, vers un ciel atrocement abrasif.
Zen, mon cul.
La chute, encore et toujours, toujours plus haut.


jeudi 6 décembre 2012

Le Tigre : Le Tigre


Pauvre Abrutie que tu es. Déjà, ce ne sont pas les poils qui puent mais la peau sans les poils, car elle ne respire pas. Je ne sais pas d'où tu sors, mais tu es vraiment une imbécile  (…) L'homme qui ne supporte pas les poils chez une femme est un être immature qui a peur des vraies femmes, des femmes adultes. Et vous toutes qui vous rasez, vous épilez avec un fort sentiment d'horreur à l'idée qu'on puisse vous traiter de poilues, vous n'êtes que des fillettes sans caractère qui vous soumettez à la double autorité de la mode et des faux mâles (mais vrais pédophiles refoulés). Si la mode imposait soudain le poil, vous seriez les premières à bazarder vos saloperies de rasoirs et autres crèmes dépilatoires qui n'enrichissent que le fructueux commerce des cosmétiques. 
(…)
Petit rappel: les poils apparaissent sur le corps, masculin comme féminin au moment où celui-ci devient pubère. Donc pas de poils = pas baisable. Des poils = adulte et formé. Moi, ça me questionne grave sur la maturité sexuelle des gens k'aime pas les poils (...)


"Suis-je une des rares qui ne s'épile pas sous les bras ?" - forum.aufeminin.com

mardi 4 décembre 2012

mercredi 28 novembre 2012

Dragged Into Sunlight : Widowmaker

Dragged Into Sunlight suinte de plus en plus (je sais, c'est un point de vue que j'ai fréquemment) par toutes ses crevasses et invulvations diverses le désespoir, la sinistrose et la misère ; lesquels ne passent plus tant par les remugles de vice suffocants, - oh ! il est toujours là, tonton vice, on ne se refait pas non plus complètement, quand le caractère est aussi odoriférant ; mais ce nouvel album, qui s'ouvre sur un redoutable quart d'heure de déprime médiévale à vous tasser le moral au fond des chaussettes avec un doigté digne de Kris Force, semble réunir le fatalisme du doom death le plus pierreux, lépreux, frigide du cœur, pulvérulent, terne - et du sludge le plus anémié, scorbutique, borné, poussif ; plus la force d'aucune violence ni barbarie céans, l'abattoir est à l'abandon, les carcasses y pourrissent sans avoir connu la clémence d'être seulement achevées, Widowmaker est un disque qui vous passe le crâne à la meule du moulin, sans hâte ni animosité, mais tout l'harassement agonisant qu'on peut rêver : un improbable album de sludge rural, automnal, lourdaud, une émotion qui tente en vain de germer sur un charnier indifférent et souillé jusqu'aux racines de son humus mort. Forcément, si de Hatred for Mankind l'on a vu avant tout qu'il envoyait du bois et chiait tous azimuts (le côté Anaal ... mais, allons, je me suis promis de ne pas pour une fois faire de gorges chaudes de mes confrères les têtes de métal), on sera rebuté par cette suite où le morbide a proliféré à en culotter tout de son gris croupi et pâteux, où mêmes les chaînes montagneuses post-metal et leurs inévitables éboulements ne sont fait que d'ordure, de sanie, de boue toxique ; par cette sorte de Soilent Green obèse et qui ne parviendrait à l'érection qu'en présence de gruau et d'onychomycose. Si, en revanche, on apprécie des choses de type Palehorse, Atavist, Khanate, Ramesses, Blood from the Soul...

mardi 27 novembre 2012

Neurosis : Sovereign

Aussi montagnard que Honor Found in Decay peut être forestier : avec un foutu caractère merdique de blaireau - car Neurosis, mes chers petits, ce n'est pas juste l'apocalypse, la fin du monde, les gémonies, et tout ce qui s'ensuit : c'est aussi mon pied dans ton cul, ta tête au carré, tes couilles dans un tupperware, et le cataclysme tout aussi cuisant d'un bon coup de rougne qui pète. Ou bien se contente de couver, tel qu'ici il fait le plus gros du temps, sans pour autant laisser grand chose à l'imagination des brutaux sévices qui guettent l'impétrant.
Sovereign, très clairement devant mes yeux, c'est une troupe de ruffians armés jusqu'aux dents, la mine sinistre, sur un raidillon à flanc de rocheuse, la barbe giflée par l'avant-garde de l'orage, on ne sait trop si en exil ou si en expédition de représailles sur un village rival, mais de toute évidence ça va barder et l'imminence des bleus, des bosses et des plaies barbares est un lourd couvercle de maussaderie qui étouffe tout lyrisme dans ces riffs qui si l'on regarde sous leur terne croûte (le disque est généralement aussi peu prisé que le dernier album), ont tout le désagréable air de vous garder un chien de leur chienne, comme ça sans vraiment de raison, juste parce qu'il fait gros temps, que c'est la montagne et que les jours sont méchamment durs ces jours-ci, et que le ciel va bien finir par tomber, juste parce qu'on verrait pas comment ça pourrait être autrement. Sovereign ? Ce disque de boue et de petit matin obscur et sans illusions où les hommes parlent bas et brusque, cette version épurée et désédulcorée d'A Sun that Never Sets, aurait dû s'appeler Soudard, voire Peon.

Neurosis : HFiD

... Un disque qui fiche froid dans le dos, qui tétanise les mâchoires et les membres par la rage polaire contagieuse qui en irradie, avec ses successifs démarrages qui éclatent comme matin fait un pet d'ours, ces charges qui leur prennent comme une envie de chier et qui ont la mortelle détermination de la dernière charge du vieux boucher ventru, sans aucun espoir et glacialement décidée à laisser des morceaux de bidoche tout le long de son dernier sillage de rugbyman aux essieux grinçants - couleur annoncée dès la rustre entrée de l'album, avec ce chant de rogomme sans aucune manières : l'album est une suite désordonnée d'éruptions de sale caractère, de haine, d'acrimonie - et de beauté, celle simple et vibrante de la résistance viscérale, d'un foutu caractère - encore - d'enclume, de vieille carne séchée autour de son noyau indocile, insoumis, intraitable, insortable ; le caractère et la voix des vieux sangliers qui s'appellent et s'apostrophent d'un bout à l'autre du bois, sans gracieuseté ni joliesse, pour s'entr'éventrer sans trop se rappeler pourquoi dans leur caboche vermoulue, mais comme du temps de leur règne bouillant, pour revendiquer jusqu'au bout la dominance d'un rut qui n'a plus la dureté que d'une souche pétrifiée par les intempéries séculaires ; et les instants de beauté "Terre Sauvage" ont la pureté d'une fiente de canard, du crachin et de l'odeur du poil mouillé ; avec l'âge, les choses se simplifient, le superflu et l'enrobage se désquament : revoici les anarcho-clodos qui s'entassaient avec femmes et enfants au chaud dans leurs caves voilà une vingtaine d'années maintenant ; ils sont toujours plus hirsutes, criards, aigres sous le vent ; ils sont toujours fiers et bien campés. Et vous ?

dimanche 25 novembre 2012

Enslaved : Riitiir

Il y a quelques nuits, j'ai rêvé (mais peut-être n'était-ce pas la première fois, à y bien réfléchir) que j'écoutais le plus chouette album d'Opeth qu'on puisse imaginer - en encore mieux. Il roucoulait et virevoltait dans les nuées, gracile et redoutable, trillant et pirouettant sans relâche, toujours svelte et léger, s'élevant vers toujours plus de griserie vénitienne, la puissance discrète en filigrane, je peux vous assurer que le réveil et sa benne de sable a été un déchirement.
Mais plus tard dans la matinée, par un heureux hasard je réécoutai le nouvel Enslaved, et je vis que pour cette fois ce n'avait été ni fantasme ni prescience d'aucune sorte :  j'avais juste rêvé de Riitiir. Qui est très justement un album de rêve. Qu'on en craindrait presque de réécouter Vertebrae, de peur de le voir choir. Un album qui a la classe de Brendan Perry, de A-Ha et d'un Dan Swanö qui n'aurait pas la meringue pour idiome natal - et un album qui voit sans doute pour la première fois de la beauté charnelle sourdre des vocalises gargouillées chez Enslaved ; un album éblouissant de grâce, dandy et élégiaque, d'une élégance acrobatique et tranchante, un orage fait de jade et de ravageuses brises salines qui dispersent toutes vétilleuses réserves, un album qui me ferait aimer les marins (en tout bien tout honneur). Du black metal du grand large (quand Watershed était plutôt du rock de cabotage), de la zatoichi pop prog viking. Un carnage en règle.

mercredi 21 novembre 2012

Neurosis : Through Silver in Blood

Dès lors qu'il est question, n'est-ce pas, de retracer le corpus neurosien, chacun a tôt fait de déballer sa cosmogonie personnelle : et vas-y que tel album c'est l'apocalypse, et tel le monde d'après, et tel autre la paix, et celui-ci la souffrance et celui-là le désespoir... Alors moi qui notablement aime à croire que je les ai connus avant la majorité de mes lecteurs ou interlocuteurs, je peux bien à la fin (puisqu'on les dit finis, pas vrai ?) y aller de la mienne, non ?
Or donc, laissez-moi vous dire, Through Silver in Blood, c'est la déception. Il a même fallu pour enfin finir de la digérer complètement que voici quelques années de çà je vende mon édition originale en joli cardboard, tant et si bien que l'ancêtre aujourd'hui l'écoute en réédition. Cet album que toujours je trouve des plus douloureux de leur part, alors je le trouvai surtout souffreteux. La cornemuse a coincé un peu aussi, on peut le dire. C'était joli, trop, mièvre, voire gland, ce que n'était pour rien au monde le fameux et térébrant "Krishna..." et ses violons, si c'est à ça que vous pensez. Et, sans doute surtout, Enemy of the Sun lorsqu'on a commencé par lui a tout de la chose faite pour demeurer unique, on est soi-même un peu effaré d'être vivant à la fin du disque, si tant est toutefois qu'on soit vivant après avoir entendu "Cleanse", en général on pique du nez pendant, on se réveille pour constater que cette merde n'est toujours pas à son terme, bref : on comprend encore mieux que je n'ai jamais su l'expliquer jusqu'ici comment j'ai pu accueillir le fait ensuite que des individus qui n'étaient même pas Neurosis viennent s'aviser de jouer une sarabande dont je n'avais pas accepté trop bien que Neurozizi-mêmes continuent de la jouer, j'imagine...
Bref. Aujourd'hui, toutes plaies lavées, je peux voir les signes de troisième œil que ce disque porte comme nombre d'albums de Neurosis, lui qui avec ses morceaux aux silhouettes de torrides transes forgeronnes épuisantes en enfilade, semble voir débouler les barbus dans un nouveau monde occulte - souterrain, embrasé, affairé, oriental, maçonnique, cruel - aujourd'hui j'en sens bien mieux les violentes effluves industrielles et sauriennes, comme si j'étais à nouveau à cette époque où elles étaient fraîches pour moi, où j'en découvrais la toxicité. Sa répétitivité de disque tourne-en-rond âprement, voire âcrement masochiste, sans issue, sans volonté, que l'acharnement buté, à tenir aussi loin que possible, les poils hérissés comme une armure de proie aux abois, me rebutait, finalement davantage que la monstrueuse laideur d'Enemy of the Sun, qui est un disque que j'ai longtemps gardé pour moi, crainte de le montrer aux amis, pochette laide sur musique odieuse, difforme, monstrueuse - car c'est cela ce disque, avant toutes ces histoires d'apocalypse et de fin du monde et patin couffin : une fournaise personnelle abominable, un cauchemar, une hideur divine intime ; et Through Silver in Blood en est la version rideau levé sur les coulisses, avec les ouvriers qui vous jettent de côté un œil égrillard tout en ahanant et suant sur les machineries et sous les coup de fouet, l'enfer est un endroit fort occupé si vous voulez savoir ; une soute, et toute la collante sensualité qui va avec.

lundi 19 novembre 2012

Pig Destroyer : Book Burner

Batterie NFL-grind ahurissamment musculaire, riffs touche Slayer pour golgoth-motard tout enduit de goudron, ce Book Burner à la fois crade et plastifié a tout de la bande originale pour un Natural Born Killers remanié avec Ranx Xerox dans le rôle-titre et pas de gonzesse (Kat de Salome ça compte pas c'est un animal) ; et un synopsis écrit par Chuck Palahniuk.
Mais probablement suis-je un brin influencé par la lecture de la nouvelle incluse dans l'édition deluxe - bien plus appréciable que le second cd de reprises hardcore old school également adjoint. Bref ce disque donne envie de monter un gang de semi-remorques à moteur tri-turbo-compressé avec des photos gonzo floquées sur les chromes qui dégueulent de partout, et de tailler la route dans ce futur sauvage, avec la langue à la portière, en hurlant des trucs de beauf avec des yeux révulsés et une seringue d'anabolisants dans l'aine.

Neurosis : The Word as Law

De loin en loin je dois réécouter cet album, car je parais ne jamais me rappeler à quoi il ressemble. Tu m'étonnes, aussi, au vu de la dernière fois en date : The Word as Law ne ressemble à rien, c'est pour ça. Guère étonnant qu'il ait l'affection très sélective de notre cher One Love, esthète s'il en est et président de la Turquoise Nation (dont l'hymne national est d'Unholy et où Godflesh a sorti en exclusivité un e.p appelé Gordon dont nous attendons toujours la chronique par ledit One Love, bref) : qui mieux que lui pour siffler les sucs rares et exigeants d'un album qui est fait de la stridence abstraite de Dazzling Killmen, du sadisme acide de Black Flag, celui d'In my Head, de la passion spirituelle tourmentée de 108 - et de l'urbanité et la grâce bondissante de Biohazard ; mais qui est surtout, avec déjà ses touches de basse punk maladives qui nous jouent les espagnolades du tænia, un genre de rencontre entre Crass et Joy Division - arbitrée par des moniteurs aux carrures de Pascal Brutal ; ou si l'on veut, de Rudimenary Peni et d'Integrity, ils sont aussi moyen-âgeux l'un que l'autre après tout ; et avec sa façon d'hésiter encore entre gravité et acidité, le groupe évoque plutôt Stranger than Fiction que Meatjack, plutôt Circus Mort que Swans. Bref, ce n'est pas un hasard s'ils ont sorti un e.p intitulé Aberration, le groupe est un monstre, et l'album a de toute évidence le charme de la maladresse, si l'on veut, qui est surtout le charme de l'énorme potentiel qui, capricieux, a décider de s'aller incarner dans ces dépouilles ingrates, d'aller les les trans- ou les défigurer de ses révélations cosmiques, de ses questionnements surtout puisque comme chez 108 c'est tout sauf l'apaisement qui est à la clé de l'entrée en religion, qui commencent à faire sentir ici leur lancinement et à troubler l'existence autant qu'elle grise et élève, la tête en bas.

Et pour mettre fin à notre enquête-démonstration de l'automne : oui Oakland est un nid et oui Neurosis sont des corbacs - ou des post-punk, si vous préférez (et post-hardcore, contrairement à tous ceux qu'ils ne faut pas nommer).

dimanche 18 novembre 2012

Neurosis : Souls at Zero

L'album où d'un coup la nuit tombe ; et où d'un coup le punk hardcore mute, où les vagues airs d'étrangeté et de maladie qu'il portait prennent le pas sur tout et deviennent son identité ; l'album qui nous rappelle qu'il n'est bien que justice qu'aujourd'hui Honor Found in Decay, ses mélodies et ses roulement de batterie sonnant la charge, rappellent un chouïa Kylesa, puisque déjà sur Souls at Zero, Neurosis inventaient Kylesa (et même son virage corbeau, avec "Takeahnase") - mais avec la condition physique et mentale et le paquetage pour un tome de Berserk ; l'album tuméfié, déformé, déchaîné par l'afflux des drogues et des visions infernales du samsara ; l'album qui bien avant Kickback faisait se coudoyer, se frottoyer, s'enlacer, se bousculer hardcore et Asie du Sud Est, gros bras caucasiens et auspices par le feu, moshing sociopathe et pousse-pousse goguenards, maillots de foot et snacks de grillons frits, dans un labyrinthe de ruelles semées de temples-bordels ; le chaos, un torrent fourmillant de sensations, de peurs, de désir, de prémonitions, charriés par un rush du commencement, en assaut sur un troisième œil hypersensible comme un nouveau-né, un surrégime brutal de toutes instances conscientes et inconscientes, une entrée rugueuse dans un nouveau monde ; l'album aux abois et overdrive où le noise rock nineties plonge dans le tunnel industriel, pour émerger dans l'occultisme, la magie, le vaste monde ; un album plein de fièvre juvénile, d'appétits d'expériences, de sensualité écorchée. Quelques années plus tard, en France, on aurait Hint, soit la version pour le mercredi après-midi.

jeudi 15 novembre 2012

Numbers Not Names, 14/11/12, le Black Sheep, Montpellier

Mental macoute indus ? Mais on se doute que je connais queue d'al à Haïti ; alors... zoulou jazz indus ? hmm, et math crunk death batucadoom, ça vous va mieux ? Ceux qui ont loupé NNN à Paris sont des gros nulsn la province elle sait, et même s'il manquait ce couard de tire-au-flanc de Bigg Jus à l'affiche, on a tout de même eu ce soir notre dose de thranse rythmique post-intoxication et farouchement sudoripare, on a amngé du magnétique dans toute l'acceptation humble du terme, on a palpité, on a âprement et rugueusement soulifié et blockpartyfié, et on en sort tout léger et élevé.
Big up en vérité.

(Semelle en Skaï Ridé, j'ai passé mon tour, j'aime pas sur disque, qui sait si j'aurais pu changer d'idée, je n'ai pas pris le risque)

mercredi 14 novembre 2012

Neurosis & Jarboe : Sans titre

Quand je vous disais que Neurosis est un ramassis de goths : Christian Death a eu Gitane Demone, les Sisters Patricia Morrison, et Neurosis ont pareil leur boulet gospel au bout d'une chaîne d'ovaires. Bon, en vrai Jarboe, qui doit sûrement posséder un vrai nom plus drôle que je n'ai pas envie de chercher céans, aura surtout été la plaie des Swans, puisqu'ici, ô miracle, elle passe plutôt bien ; elle prend des airs de Lydia Lunch - soit une autre hystéro-assommante que je ne peux la plupart du temps pas encadrer, cherchez pas la logique - en reine de Siam, et du coup les barbouzes en prennent quant à eux des airs de backing band jazz fort convenablement engoncés dans le smoking bien porté mais dont on devine juste assez aux entournures qu'ils sont aussi cumulards videurs-exécuteurs ; eux qu'on croirait facilement capables de rien d'autre que leurs cataractes et de leurs fins du monde accoutumées se débrouillent remarquablement bien pour l'occasion de méandres bien plus retors, flexibles, smart, félins, thugs - et le demi-sourire jouisseur en lame de faux se trouve leur aller étonnamment bien ; et tout ceci alors même qu'ils se montrent ici sans doute à leur plus industriel, pas manches les ZZ Top ! mais est-ce seulement si incongru ? l'industriel ne doit il pas être reptilien et souterrain pour mieux stranguler ? Toujours est-il que la caporale casse-pompon donnerait presque envie à l'entendre ici, d'aller réécouter ses interventions pour Swans, dont elle remémore à maint endroit quelques mélodies finalement pas si moisies, et c'est pourtant pas faute d'y aller franco sur le vibrato dans ce peplum façon Indiana Jones & the Temple of Doom. En fait de boulet, c'est plutôt la miss qui devrait se montrer gratifiée d'avoir rencontré ici la seule montgolfière de sa carrière.

samedi 10 novembre 2012

Steve Von Till : As the Crow Flies

... Et pour en finir - oui, car après je compte bien reprendre au moins pour quelques années de cordiale et décomplexée considération que The Wake est tout à fait sympathique mais un peu transparent entre la nuit tombante de Spirit Bound Flesh et The Forgiven Ghost in Me, et que les autres albums de Steve sont aussi caricaturaux que les titres qu'il aime donner à ses disques - oui, je l'ai déjà dit à Steve les yeux dans les yeux, ensuite de quoi je l'ai couché en travers de mes genoux et fessé ; je n'ai aucun mérite, c'est ainsi que se comportent les véritables amis, n'en parlons plus. Bref. On pense, encore une fois, à ce disque de Drudkh qui m'est cher entre tous ; aux moments piano-désolation de The Downward Spiral ; à Sol Invictus et à son idiot sourire éclatant de tristesse - c'est dire si en vérité Von T. en moujik funèbre était alors loin de son cabotinage western ultérieur ; à Amber Asylum et à son élégance désertique vertigineusement saturnienne, merci Kris Force d'être passée d'ailleurs. On entend surtout un truc ultra con et dépouillé, titubant au ralenti sur le fil qui sépare l'ours du demeuré - et qui fonctionne à plein : "Weeee... aaaall... faaaaall", ah ça, pour plomber ça plombe - "...down", oh merde, il avait pas fini ce con ; non mais vraiment, d'une candeur, d'une nudité monacale, d'une indigence totale, qui lave, et vacuum-cleane bien toute espérance et vitalité qui vous alourdissent ; aussi apaisant que regarder ses viscères qui doucement finissent de dégringoler de son ventre ouvert sur la lande, et de sentir fourmiller dans de la ouate ses derniers flocons de sensation. Un album donc, on peut l'admettre aujourd'hui, tout à fait plaisant. Grmblbl.

vendredi 9 novembre 2012

Atriarch : Ritual of Passing

Je ne sais ce que les chevelus vont parvenir à y trouver d'acceptable et d'homologable, quant à moi les choses sont tout à fait claires et ce malgré tout ce qu'on peut entendre s'agglomérer dans le ci-devant disque, leads doom, ruées vers l'or black et ainsi de suite : ça ne prend seulement qu'une basse mate et une voix membraneuse pour faire un groupe de corbeaux assermentés. Avec Alaric et The Gault en plus, ça commence à faire un sacré faisceau de concordances en faveur de la thèse d'un foutu nid à enfoirés de goths, là-bas sur la West Coast - à en réenvisager sous un tout nouveau jour les tout aussi oaklanders Neurosis, d'ailleurs maintenant que vous le dites, une des premières chroniques en France d'Enemy of the Sun, dans le temps, notait déjà la basse cold wave de ce morceau, là, en milieu d'album, et rappelait fort à propos leur habitude de reprendre Joy Division...
Bref, pour revenir un tant soit peu à nos moutons et débiter autre chose que des évidences : Atriarch, s'ils sont ici moins immédiatement et frigidairement figeants qu'à leur première apparition dans le tourne-disques, ne sont pourtant pas empotés, voletant avec une aisance indifférente de Fall of Because et Swans à Bodychoke - sans pour un belin, comme dit plus haut, cesser aucun moment d'être ce hautain groupe de corbeaux guindés comme des vieux Dead Can Dance - mais des corbeaux capables de growls de bête cosmique, et de mêlées hardcore touffues et ferrugineuses à souhait, noyées dans l'humeur noire. Clairement on est cette fois beaucoup moins dans la lévitation sacrée que dans la chaleur de la communion sudoripare, des cuirs qui frottent en pagaille, des carrelages qui glissent sous les pieds pris de fièvre ; oui mais l'instant d'après de nouveau l'on est pris du besoin de les bombarder version hardcore d'Alan Woxx et New Model Army, à mois que ce ne soient les Sisters qui nous jouent leur version du doom death ascensionnel. Alors oui, il faut s'y rendre, Atriarch did it again, quoi. Et tant pis pour ceux qui se figurent que tout cet atermoiement autour des étiquettes n'est qu'un atermoiement autour d'étiquettes, et qui méconnaissent le sens du mot esthétique.

Hell Militia : Jacob's Ladder

Hell Militia, c'est un peu Arkhon sans le pompeux et encombrant appareillage religieux tout autour. Jacob's Ladder c'est le black metal comme maladie, c'est Kickback sans la foi nihiliste et politique, c'est le vice nu et ordinaire, sans début ni fin ni romance, que des tribulations, crépusculaires, cirrhosées, migraineuses, errantes, chassieuses, abrutissantes, c'est un petit jour jaunasse sans fin et sans issue qui glisse avec la platitude de vues d'un serpent albinos sur l'horizon en jachère de cette merde de vie, qui file avec la régularité et la sûreté d'un fossé le long d'une route perdue dans la campagne indifférente, qui avance à la rapidité d'une existence entière à partager son crâne avec une enclume très fréquentée ; la turpitude des jours à scier encore et encore des carcasses  de voyageurs égarés loin de leur monde de santé et de dioxygène, avec la sueur aigre qui brûle un peu les yeux et goutte dans le boudin en train de cailler, sous l’œil de cyclope glauque du méat avec sa larme de glu refroidie qui s'attarde nigaudement, dans le glou-glou tranquille et industrieux des courants de fluides entre les chaudes poches d'infection. Une vraie, une triste, une misérable, une sordide, une très française, une très humaine vie d'insecte.