mercredi 11 janvier 2012

Wormrot : Dirge

On choisit la partie d'une cour, d'une place ou de toute autre pièce de terre, la plus éloignée du voisinage des habitations, des hangars, de toutes matières combustibles. On dégage l'endroit choisi de toute immondice; on prépare des bottes de paille en tas; on apporte un grand vase ou marmite de terre, ou même un petit baquet, pourvu qu'il ne soit pas profond ; on a quelques seaux remplis d'eau ; puis on procède à la mort de l'animal. La manière de tuer les porcs est barbare: comme par malheur on ne peut agir autrement il faut bien s'y résigner; mais ce que l'on doit éviter religieusement, c'est de souffrir que les enfants s'en fassent un sujet de joie. Rien, n'est plus affreux que de voir, dans les villes de province , les gens du peuple s'attrouper en riant devant un porc qu'on égorge, et les enfants sauter autour de la victime, soit lorsque ses cris aigus font horreur, soit lorsque les flammes l'environnent : il me semble toujours voir des cannibales et des inquisiteurs chantant autour de leur victime. Tous les préparatifs achevés, le tueur aiguise bien son coutelas, semblable aux couteaux des bouchers ; il couche le porc sur le côté, en lui appuyant fortement la main gauche sur la tête : deux autres personnes l'aident à assujettir l'animal ; l'une le tient par les pieds, l'autre par les oreilles. Le tueur enfonce le coutelas dans la gorge du porc, autant que possible , pour bien faire couler le sang, qu'une autre personne reçoit dans le vase, marmite ou baquet plat dont j'ai parlé plus haut. A mesure que le sang coule, elle le remue avec la main, ou plutôt avec une cuiller de bois pour empêcher qu'il ne se coagule; le tueur penche l'animal autant qu'il le peut, enfonce et tourne toujours de plus en plus son couteau, jusqu'à ce que les cris et les efforts du patient aient cessé par sa mort.


Manuel du charcutier, ou, L'art de préparer et de conserver les différentes parties du cochon d’après les plus nouveaux procédés précédé de l'art d'élever les porcs, de les engraisser et de les guérir, par une réunion de charcutiers et rédigé par Mme Celnart, 1827.

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