mercredi 29 février 2012

Kickback : Et le Diable Rit avec Nous

Oui, cet album est du même genre obsédant que Black Masses et je pourrais bien en faire un feuilleton de même.
Le problème avec ce disque est cérébral. Le disque lui-même est très cérébral, dans sa façon d'être le disque power electronics et indus martial de Kickback en n'utilisant que des éléments power electronics et indus martial presque subliminaux tout le long de sa courte durée - avant d'enfin les laisser exulter dans les deux "bonus tracks". Le problème qu'il me pose est cérébral aussi, puisqu'il tient principalement dans la façon, très cérébrale encore une fois, dont il est reçu par ceux qui le louent : avec ce complexe très métalleusement élitiste qui veut que tout ce qui est moins direct et demande effort d'adaptation soit forcément plus mieux, plus avancé en extrémisme, en noirceur, en malsanité, tout ce que vous voudrez d'un peu vain et jouissif - complexe qu'en passant quoique le trouvant ridicule et puant je partage parfois à mon tour, j'en veux pour preuve justement l'acharnement que j'ai mis à définir une profondeur à Black Masses - et selon lequel, forcément, cet album beaucoup moins contondant que No Surrender ne peut être que poison, sournois, et toutes ces sortes de super-pouvoirs. Mais enfin, cérébral, en me forçant un tout petit peu, je dois pouvoir être capable de l'être un tout petit peu, et à présent que tout le monde a fini de se toucher la patchole en public avec ce disque, je peux l'écouter plus sereinement, libéré de tout anticonformisme mécanique, et admettre que cet album, sans avoir besoin de concourir avec son grand frère, qui n'est pas dans la même catégorie, ni de crudité bien évidemment, mais ni non plus de nocivité, est tout simplement et en son nom propre un très bon album de Kickback, donc un disque nécessairement enténébré, noyé de désespoir, et de hardcore moderne - car hardcore ils le sont malgré qu'ils en puissent avoir, dans la façon d'argumenter, dans ce qu'on pourra si l'on est d'humeur mauvais coucheur appeler le côté donneur de leçons, et avec plus d'indulgence nommer prédicateur et mettre du cœur et des tripes à ses convictions.
Le problème de ce disque, c'est que par endroits, sur pas mal de morceaux, il cesse d'être ce très bon disque de de rock de beau ténébreux mauvais garçon, pour devenir réellement ce disque que l'on dit, aux vertigineux relents de poison violent, cet orage gothique (et là je ne comprends pas ce qu'on reproche à leur batteur pour l'occasion, qui apporte avec une certaine sophistication et fraîcheur bosselée ce qu'il faut de pêche(s) pour que l'album garde sa part des traits du Kickback d'origine) qui malmène sévèrement, renverse avec son swing triste charbonneux toujours plus électrocuté au screamo tragico-meurtrier, concasse dans les remous de sa furieuse irrigation, et emporte vers le fond, sur un dernier rictus narquois (où l'on s'aperçoit qu'il a au bout du compte beaucoup à voir avec un autre nocturne) ... avant, une fois observé un raisonnable silence de mort, de laisser exploser dans le noir le fameux éclat de rire, d'envoyer valser à coup de pompes et de chaînes de vélo tout ce sérieux, ce théâtre, cette ferveur, cette soif de réponses - pour ces deux fameux épais giclâts d'un ahurissant punk hip-hop thug-industriel, type fondez ensemble les morceaux d'Onyx/Biohazard et Therapy?/Fatal sur Judgement Night et passez les un soir de match au Parc, ou dans un sous-sol d'immeuble au Blanc-Mesnil : la bonne vieille célébration rituelle purificatoire.
Quant à en faire un de mes albums 2012, puisqu'il s'étale, et une façon difforme de Pornography du tough guy... La suite au prochain numéro.

lundi 27 février 2012

Brame, Menuet Babel, 25/2/12, Up&Down, Montpellier

Pourquoi ne devrais-je pas rapporter ce concert ? Parce que je l'ai co-organisé ? Parce que j'ai passé des heures entre le 25 et le 26 à causer avec d'affables Brame aussi prolixes que moi ? N'ai-je pas déjà rien qu'ici sinon depuis avril 2008 assez employé la première personne du singulier pour être exonéré des convenances de l'impartialité ?

Menuet Babel : par chance, aurais-je presque envie de dire, j'en ai loupé la moitié ; ainsi n'aurai-je pas à trouver les mots pour décrire ces juvéniles extra-terrestres aux voix flûtées ; sachez simplement que leur auto-célébration en tant que boys band d'ebm atonale frénétique n'est pas imméritée, et que je n'ai pas eu à regretter d'avoir fait confiance à leur maître de danse. Un concert comme il n'en arrive qu'à l'Up&Down.

Brame : le groupe qui donnerait presque envie de dire que Gira et son My Father Will Guide Tout Ça Tout Ça arrivent après la guerre, qu'il laisse un peu son taf à Nick Cave ce sale gothique, que Faulkner en secret était français, ce genre de folles conneries enthousiastes ; le groupe qui donnerait presque envie de dire qu'ils jouent un peu tout le temps le même morceau, qu'ils ont une seule idée, ce genre de conneries (ne vous cachez pas, je sais que certains l'ont pensé) ; si ce n'est que chaque morceau, chaque pulsation provoque dans le bassin et les vertèbres des réactions différentes, eux qui sont plus intelligents que nos pauvres cerveaux mesquins ; Brame, qui tire toute la transe qu'il y a au blues, en en pressurant le riff primordial sous toutes ses mornes et irrésistibles inflexions venues du ventre, qui en fait de l'indus et le joue comme du hardcore ; le groupe qui s'ajoute à la croissante liste de ceux qui me rendraient chauvin malgré que j'en ai, avec cette façon de s'approprier le folklore qui n'appartient qu'à nos punks à nous.

D'ailleurs, ce sont encore des punks de chez nous que nous vous proposerons la prochaine fois : vous avez rendez-vous le 17 avril avec Binaire, mes petits potes !

dimanche 26 février 2012

Dead Language : S/T

Le renversement du régime iranien… le relâchement des tensions indo-pakistanaises…2012, vraiment ?... j’avoue, j’ai douté… j’ai douté jusqu’à ce qu’une énorme porte ne claque des profondeurs de l'Enfer. Le 26 novembre, le Kalta se volatilise et laisse place à une fournaise de feu ardent. Une gigantesque colonne s’élève. Catastrophe naturelle majeure. L’Islande est évacuée. Le trafic aérien est stoppé. Parfaitement vertical, le prodigieux flux de cendres et de poussières semble ne jamais vouloir prendre fin. Une semaine déjà. Du jamais vu. Incompréhensible. Inconcevable. Un physicien, le Dr Petit, avance publiquement l’hypothèse d’un effet d’aspiration thermique. On le fait taire. Des politiques fébriles lancent des appels au calme. Des scientifiques sous influence avancent des théories rassurantes. Ça ne va pas durer, on vous le dit, ça ne va pas durer, tout va rentrer dans l’ordre, ça ne va pas durer. Mais les gens paniquent, commencent à faire n’importe quoi. Piller des supermarchés. Prendre des pharmacies d’assaut. S’entretuer pour un kilo de riz. Etat d’urgence. Quarante jours et quarante nuits de déluge ascendant achèvent d’opacifier l’atmosphère. La terre est grise comme une orange moisie. Les rayons du soleil, mille fois réfléchis, n’atteignent plus le sol. La surface du globe est plongée dans un froid sidéral. Vladivostok au cœur de la nuit au cœur de l’hiver. L’armée rationne la population jusqu’à… jusqu’à épuisement des stocks. Un jour les camions bâchés ne viennent plus et c’est la fin. Permafrost, pas de récoltes cette année. Ni l’année suivante. Ni l’année d’après. Plus de production de nourriture avant… avant combien de temps ? La mort m’indiffère, je veux dire, la mort des autres m’indiffère. Engourdi, vautré sous la truie, tu n’aurais pas dû brader ton instinct pour de l’alcool et de la verroterie. C’est tout. L’adjudant-chef Couturier, lui, avait déchiffré les Écritures. Il savait ! Il avait compris ! Depuis longtemps ! Des années de préparation... J’achetai tout d’abord cette forêt au sous-sol karstique, réseau de grottes et de galeries non répertoriées et aménageai un premier abri à six mètres sous terre. J’inondai ensuite d’eau potable une cavité naturelle à proximité : plus de 10 mètres cube, rends-toi compte ! Puis j’emmagasinai progressivement de quoi tenir plusieurs années : rations de survie, vivres civils reconditionnés, compléments alimentaires, médocs, vêtements, ampoules LD, batteries Lithium, etc, etc, etc,.… je ne te fais pas l’inventaire, il ne manque rien… Des armes ? Bien sûr, l’adjudant-chef Couturier n’a pas déserté les mains vides ! Grande. Muette. Bigleuse aussi… Il n’est guère difficile de faire disparaitre du matériel d’une base entrepôt en ces temps troublés. Pour durer il suffira de limiter sa consommation, de vivre à l’économie. J’ai toujours vécu chichement, je n’ai qu’un loisir, le puzzle, et pas de besoins sexuels. Ça tombe bien. Tu vois, c’est bizarre, je suis un peu comme le dernier des latins, ou le dernier des grecs, je parle une langue que plus personne ne parle. Une langue morte. Morte, morte, morte. Pourquoi je te raconte tout ça à toi dont le corps est congelé ? Et bien parce que tu fais partie de mon programme d’hygiène mentale. Entre deux puzzles, le temps de soigneusement ranger le précédent et de choisir le suivant, je m’autorise à m’entretenir à voix haute avec un camarade imaginaire. Phase de décompression psychique nécessaire. Alors voyons…la bataille d’Ulm, parfait… 15000 pièces, rends-toi compte !

vendredi 24 février 2012

Megadeth : Cryptic Writings

Il paraît qu'il ne faut jamais se renier. Aussi ne me renié-je pas : j'ai aimé Metallica, à commencer par le Black Album, c'était vers 1993 et ç'a bien duré un an et demi. Aujourd'hui il me faut l'affirmer - ne pas le faire serait renier ma sensibilité qui a pris quelques années - c'est une sombre daube fadasse. C'est pourquoi il me peine que quelqu'un que j'estime haut et qui au passage partage ma présente prédilection, compare l'orientation de Megadeth dans Cryptic Writings au Black Album ; même avec des balises et des pincettes ; compare un album fourgonnette utilitaire surdimensionnée au boursouflé dégueulis de couleurs et de saveurs surréelles dont Mustaine le doré nous a gratifiés ici. Tout comme il me choque de façon plus générale que l'on compare aussi systématiquement qu'on le fait un groupe de troisième division, un groupe football, avec ce groupe qui a tellement, tellement plus à voir avec toutes choses baroques, outrageuses, outrageantes et psychédéliques - Queen, John Lydon, Vio-lence, les Beatles, vous voyez d'ici le pays de cocagne. Il y a plus d'idées mélodiques et de cœur dans un seul hough! de Dave Mustaine que dans sept minutes d'instrumental progressif de Metallica.
Pourquoi ce billet très d'humeur, au fait, puisqu'on dit aussi qu'il ne faut pas tirer sur l'ambulance, simplement pour clamer haut le choix d'un camp dans une guerillette éculée ? Parce qu'il me peine, surtout, que Mustaine, à ce que du moins l'on est est coutume de dire aussi souvent que l'occasion s'en présente, ait encore des crevures de cœur à l'idée d'avoir été spolié de sa part rêvée du pudding au grattons - alors qu'il a tellement, tellement mieux, à lui et rien qu'à lui par-dessus le marché ...
Mais enfin, si c'est ce qu'il en coûte d'ulcère pour faire richement couler son robinet à humeurs aigres couleur de l'arc-en-ciel, et nous emplir de joie, nous de la Holy Church of Musty Love ...

jeudi 23 février 2012

Goatwhore : The Eclipse of Ages into Black

On vient à Goatwhore la première fois pour des raisons assez évidentes : on est jeune et fougueux, et on vient de découvrir l'étendue du savoir-faire d'un petit type au prénom peu ordinaire et qui s'imprime bien : Sammy Pierre. Pourquoi en revanche on peut n'y pas trouver alors ce qu'on y est venu chercher, est moins explicable ; car la chose y est bien ; Sammy Pierre y est bien, pour sûr, si vous voyez ce que je veux dire - mais si, vous connaissez ce groupe, où jouait également un autre type au patronyme très mémorable, Audie Pitre ... Et même, on y trouve aussi sans entourloupe ce que promis par la présence d'encore un autre nom qui sonne en tête : un certain monsieur Falgoust. Goatwhore est leur groupe de black, à ces deux types, c'est un fait objectif ; et c'est donc forcément une chose exagérément griffue et touffue, qui se dessine avec une horrible netteté sous les traits  d'un son hideusement clair et quincailler, où chaque gargouillis de riff se distingue dans toute sa mordante dentelle ; et une chose qui de loin en loin évidemment s'engourdit dans une langueur mystique concupiscente, d'une odieuse beauté spectrale qui évoquera autant Acid Bath, s'il faut les nommer enfin, que Christian Death et Inquisition, merveille rendue possible par les prodiges insoupçonnés que révèle l'ulcère vocal de Soilent Green - pendant qu'on est dans les  présentations en dûe forme. Que l'on imagine donc ces délices de sybarites s'entrelaçant à une définition du black qui se nourrit aussi bien de mélodies naïvo-médiévales au vilebrequin façon Sigrblot que de cette espèce d'antiques harmonies thrash où chaque intervalle est une anomalie ; non, plus simplement, le premier Goatwhore est de la lignée des vieux Celtic Frost et des vieux Morbid Angel, de ceux dont chaque nœud des toiles glorifient la toute-puissante laideur, Sa laideur ; Goatwhore n'avait besoin alors que d'une plaque à cuire les steaks au fond d'une cuisine de routier pour tout autel, et sans crier gare la réalité de basculer, ne laissant plus dans le pandemonium que des façons d'yeux dans le bouillon, des fantômes de traînées de Louisiane, en l'espèce de renflements de basse qui viennent troubler quelques riffs çà et là, comme un songe envapé, là où je pense le plus à Inquisition malgré un passage de fureur batracienne juste avant ... Le démon est sérieuse affaire à considérer, à la Nouvelle Orléans ; tout particulièrement quand il y a un Sammy dans le tiroir.

mercredi 22 février 2012

Nooumena : Argument with Eagerness

Horreur, mais ça ressemble à Ulver ! Remarquez, c'était prévisible, ils m'ont bien écrit qu'ils fréquentaient un peu tous une communauté numérique où Ulver passe rien qu'un peu pour l'épitomé de tout aboutissement musical. Maintenant que vous le dites, d'ailleurs, Mr Bungle et Opeth, qui passent là-bas également pour les fidèles bajoues de l'honnête homme, on pourrait aussi s'amuser facilement à les reconnaître, cachés dans ces fourmillants traits colorés...
Mais ce serait faire injustice à un disque autrement plus charnel que les futuristeries mélancolijazz guindées d'Ulver, et autrement moins lipidique que ce California dont il a l'élancé ; ce qui est surtout prévisible, c'est ma fainéantise d'analogiste patenté au moment de tâtonner un peu dans la souple, élégante, liquide folie de cet album qui fait des rasoirs de volatils archets dont il dessine des valses dans la soie qui est la chair des rêves ; non tant d'ailleurs par manque de références adéquates ; qu'y a-t-il au fait à quoi raccrocher ce disque dont le visage métamorphe miroite et fuit, sinon assurément tout ce qu'on trouvera de plus lunaire, de la douce zeuhl, une subliminale odeur d'inquiétude beumeu, comme si Virus, tiens, plutôt, ou Beyond Dawn, allait faire le viking funambule sur les toîts de la Metropolis de Claro que Si, car plutôt que d'Ulver c'est du prog que vient cet extraterrestre de chant livide...
On abandonnera donc, en formulant l'hypothèse que Nooumena joue plus simplement de l'angoisse de chambre, du jazz-la-menace pour film noir de céphalopodes, ce qui ne serait pas forcément surprenant, dans le contexte.

dimanche 19 février 2012

Horn of the Rhino : Grengus

Je l'avais pressenti : Horn of the Rhino sont les fiers exhibiteurs d'un jamon-jamon-metal de fort beau gabarit, la jaquette - si j'ose m'exprimer ainsi - de Grengus m'en est témoin. Le lâcher de références qui s'y rapportera ne peut se faire que pêle-mêle, en cohue houleuse, tant il n'y a rien ici de si articulé qu'on le puisse démonter : la musique de Horn of the Rhino est simplement un épais sang ; y torrentuent les gènes de High on Fire, Alice in Chains, Gates of Slumber, Entombed, Bolt Thrower, Celtic Frost et Danzig : tous ceux qui font la musique de vit luisant, la mentalité de motard des âges farouches et la membrure égotique des Glen et des Tom Gabriel - toutes choses qu'ils baignent dans leurs pâteux ciels cramoisis de passion plus assommante encore que la chaleur de fin du jour pesante et pressante comme une mamelle de matrone tragique.
La différence alors, me demandera-t-on, avec les albums précédents, puisque selon toutes les apparences que je dis l'on s'encorne et se saille cette fois encore entre les mêmes matamores ? La précision, s'il faut insister, est que cette fois l'on n'y pense, à tous ces turgescents totems, que par réflexe, mémoriel ou analogique, ils ne sont plus aujourd'hui les pères de nos Ibères, mais leurs pairs, aujourd'hui Horn of the Rhino a des traits animalement affirmés comme un Javier Bardem, et sonne comme Horn of the Rhino, pas autre chose - et c'est beau comme une gaule du matin qui durerait toute une après-midi à s'éventrer dans la joie.

vendredi 17 février 2012

Red Harvest : Internal Punishment Programs

Que Fear Factory soit un groupe flop inutile, nul n'en doute. Mais s'il fallait seulement le prouver, il n'y a pas pour cela que cet album de Beneath the Massacre : il y a aussi IPP de Red Harvest. Qui prouve accessoirement aussi que le metal indus est possible - au point même que ces types savent torcher un morceau de pure ebm congelée couleur Plastic Noise Experience et un morceau techno aggropneumatique approche Sielwolf, avec une aisance et un naturel confondant. Le batteur donnerait des envies de reconversion à Docteur Avalanche même en faisant des roulements, les arêtes des riffs sont on ne peut plus droites et acérées, tout l'effectif joue aussi mécanique, régulier et rigoriste qu'il est inhumainement possible, expulsant à grands et nets moulinets de matraques à vérins hydrauliques ce qui pouvait rester d'organique dans les riffs punk de l'apocalyptique Psalm 69, les harmonies sont plus monumentales et totalitaires encore que chez Reverence, les sirènes d'alerte chimique barrissent dans le vide et ainsi font les aiguillages désertés - l'ambiance, en fait : il est surtout question de cela ici.
Car c'est encore une pochette merveilleusement programmatique que votre blog rose préféré vous indique là : la terreur aux contours de baphomet qui se profile sur le crépuscule sinistre du champ de bataille global, Terminator, Pitch Black et ainsi de suite, la pétrification d'une menace ultra dense et désapprobatrice de toute visquarde vermissaillerie (Stanislas Lem, quelqu'un ?) humaine, se levant comme une lune de fatalité pour tout aplatir et mettre au carré, les machineries de la fin de toute pulpe apeurée comme un mulot... Après une telle chape asphyxiante, le final qui s'autorise enfin un riff au groove de découpeur à la Godflesh - la référence incontournable admirablement contournée tout du long - sonne presque comme une délivrance.
Un grand disque de Bernard-metal (il se reconnaîtra, et vous gagnerez à le connaître).

lundi 13 février 2012

Henry Rollins - The Long March, 12/02/12

- Il parle pendant deux heures et demie, sans pause, sans même boire un verre d’eau !
- Ha ouais, et de quoi ?
- Bah, pffff, de tout et de rien...
C’est tout ce que me dit la moitié de la sœur de ma moitié à propos du précédent passage d’Henry dans la ville. Dimanche soir arrive enfin, ça caille grave, il faut se faire violence. Personne ne va sortir par ce temps là, c’est sûr. Hasard du calendrier (?), Black Fag joue à moins de trois kilomètres. Black Fag, sans "l", groupe queercore qui, pour ce que j’en sais, interprète des morceaux de Black Flag en prenant des voix de faussets. Je sens que vais me retrouver seul en tête à tête avec Henry.

J’avais vu juste, la salle est comble. Le voilà bientôt avec ses cheveux gris et sa carrure d’instructeur militaire à la retraite. Il n’est pas venu pour arpenter la scène en slip, il est juste venu pour causer. Et de quoi ? Bah, pffff, mon beauf avait raison : du courrier qu’il reçoit, de politique intérieure US (rappelant les brûlots de l’ami Jello), de ses aventures dans les supermarchés, de ses expériences dans diverses ONGs, de ses documentaires pour le National Geographic,... Le bougre voyage beaucoup, tout le temps. Hyperactif, increvable, drôle et plein de verve; à 51 ans le soleil tatoué dans son dos brûle encore et pour longtemps. Entre une blague nord-coréenne et une anecdote sanglante de l’épopée Black Flag un détail me frappe : il tient son micro de la main gauche, le coude en l’air, bien décollé du corps…Hardcore Style, quoi…on est juste venu pour causer…mais on s’refait pas…
Le monologue du dromadaire prend fin après deux heures et demie.


"Chuck Norris bakes muffins for Henry Rollins".

vendredi 10 février 2012

Ceremony : Still Nothing Moves You

Ceremony a un jour joué hardcore - à l'ancienne : du punk notablement, sensiblement plus dur et radical que ton punk ordinaire. Pour changer un brin de mon refrain habituel là-dessus : le sludge, c'est du hardcore et du blues, pas vrai ? Eh bien Still Nothing Moves You, c'est un sludge qui n'aurait jamais vu la couleur d'une friteuse - et qui n'aurait pas non plus cette inclination louisianaise au fatalisme blues, qu'il remplacerait par des penchants no-wave incurables pour la répétition, le crépi et la houle rythmique schizophrènique ; ainsi comme une évidence, le commencement tout en recueillement de cet album qu'on lance toujours avec une nerveuse appréhension, évoque-t-il un temps calme de Khanate, tandis qu'on pense par la suite au terrifiant Confessions de Charger - au moins autant qu'à Unknown Pleasures ; Ceremony, avant que par la suite tels des saumons ils ne remontent leur propre fil jusqu'à tout d'abord la jeune gouaille de leurs grises années skate, puis carrément retraversent l'océan jusqu'à leurs froides origines britonnes, était un groupe aussi inquiétant qu'annonçait son patronyme cold-wave et son austère pochette, et qui jouait sans merci d'une acrimonie autant faite de limpide violence directe que de trouble teigne empoisonnée, avec toute la duplicité prolétaire, intacte, du punk des années noires ; une menace toujours entre chien et loup, dans le jeu des ombres, sans que jamais véritablement l'on puisse dire ce qui est anglais de ce qui est américain, mais toujours sinistre, où aucun morceau ne se détache dans l'éprouvant tunnel d'épais sang d'encre, que des stades différents de pression de la mâchoire, avant que d'en émerger sur un narquois au revoir aux allures de cruelle promesse. Parce que c'est aussi cela la vie, cela le hardcore.

jeudi 9 février 2012

Backtrack : Darker Half

Réveiller le punk en soi n'est pas synonyme de gaudriole svinkele, ni NYHC de boules dont la seule folie est la taille du bermuda où elles ballotent - à l'attention de ceux pour qui c'est allé trop vite pour voir le rapport, je rappelle pour la énième fois que hardcore est le diminutif de punk hardcore et qu'il ne s'agirait pas de l'oublier - mais je continuerai de le répéter parce que j'aime le faire, et puis que la trajectoire inverse que suit actuellement Ceremony le prouve de façon aussi amusante que vivifiante.
Bref, quant aux trivialités, Backtrack, c'est : un don singulier pour le riff invraisemblablement groovy, insolemment à cheval qu'il est entre cisaillement made in Snapcase et chaloupé hip-hop fignolé au coin du block, qui fera impérieusement zézayer toutes les rotules qui se respectent ; c'est aussi une voix surpeuplée de tout le feu qu'il faut à l'exercice, et même d'un peu de ce vieux harpie-isme anarcho qu'on devrait pouvoir toujours espérer, quelque part entre First Blood et Slapshot ; une batterie qui contient parfaitement un talent gros comme ça dans les bornes du parfaitement ce qu'il faut et pas un mot de trop sauf quand il en faut ; et une basse aussi sexy qu'on peut l'être, et c'est assez dit.
Le hardcore, c'est la vie.

mercredi 8 février 2012

Proclamation : Nether Tombs of Abaddon

Ceux qui savent les vraies choses vous diront probablement que, depuis déjà quelques albums stagnants dans l'auto-satisfaction, Proclamation c'est juste du Conqueror-metal très scolaire et orthodoxe, du petit Ross Bay Cult illustré de laborieux. Moi je ne sais pas les vraies choses, et j'ai peu étudié Conqueror. Mais je sais du moins une chose : c'est que la musique, comme le sexe, se joue avant tout dans la tête. Et tout ce qu'on pourra m'objecter d'objectif n'empêchera jamais que, de même que j'ai l'oreille forcément sous influence de mon organe à phantasme quand j'entends des voix ultra-gutturales dans des groupes tels que Coffins, King Goblin ou Corrupted, ainsi lorsqu'un groupe qui joue une musique particulièrement hirsute, obscurantiste, fruste et giboyeuse, qu'il émaille juste ce qu'il faut de rataillons de chœurs processionnaires sentant bon les grottes en enfilade et les Templiers idem (et aussi pour faire bonne mesure quelques grincements synthétiques siphonnés dans un très vieux fût trouvé à Linköping) - si avec ça il est du pays qui en son âge doré nous donna la Sainte Inquisition, c'est tout naturellement, qu'il part avec un capital de compatibilité sexuelle qu'il sera toujours illusoire de vouloir croire autrement qu'incessible.

vendredi 3 février 2012

Flipper : Sex Bomb Baby

Je me déplace en ville d’un pas rapide. Il pleut. Le tonnerre gronde au loin. Un sexagénaire, arrêté au milieu de la chaussée, fixe avec intensité un point situé de l’autre côté de la rue. Je jette machinalement un coup d’œil furtif dans la même direction tout en poursuivant mon chemin. Un curieux bien-être m’enveloppe … mon esprit baigne dans un…dans un jacuzzi de Gin Fizz …une silhouette aperçue dans la boulangerie d’en face...une silhouette...
Le soir même j’y entre pour acheter une baguette. Et confronter la créature : brune, queue de cheval remontée, joli visage ovale, porcelaine de chair lisse sur lequel le regard se pose puis, faute d’adhérence, s’écoule en multiples cascades, ruisselle le long du cou, se rassemble en un torrent qui s’engouffre et disparait dans une gorge étroite, profonde, vertigineuse où l’espace-temps se recourbe et les dimensions se nimbent de coton fushia. Big bang ? Big crunch ? Je veux ramasser ma mâchoire, m’aperçois que mes bras, eux-aussi, gisent au sol. Tout en me rassemblant je tente intérieurement de construire une phrase censée justifier mon entrée dans la boutique. Treize fois, sans succès : de toute façon, elle ne comprendrait pas. Je finis par lui désigner, d’un signe de tête, l’objet officiel de ma visite. Elle se retourne. Le profil est insoutenable (et pourtant bel et bien soutenu !). La voici de dos. Court répit : la bretelle dentelée qui lui mord l’épaule, cette nuque dégagée, offerte, cette entêtante odeur de pain sorti du four, ces alignements de quignons clairs et de quignons brunis… c’est la confusion des appétits, mais tous appellent à la voracité. De quoi troubler le sommeil du meunier. De quoi convaincre l’inquisition que la terre est ronde. De quoi courber Julien et fendre Pierre.

Pétrir…enfourner… pétrir…enfourner…nombril du pape, quel beau métier !

Maruta : forward into regression

Le fameux maréchal de Vauban, qui, comme tous les gens philanthropes et éclairés, s'intéressait à l'agriculture, a fait le calcul approximatif des produits présumés d'une truie ordinaire pendant dix ans; son travail, intitulé la Cochonnerie, fait partie des douze volumes in-folio, manuscrits, fruits de méditations profondes, qu'il nommait ses oisivetés. On conserve ce recueil précieux à la Bibliothèque royale de Paris. Ce grand homme n'a pas compris les mâles dans son calcul, quoique l'on suppose, avec raison, qu'il nait autant de verrats que de femelles dans chaque portée. Le produit de chaque portée n'est aussi estimé qu'à six cochonneaux, quoiqu'il soit prouvé que, l'une dans l'autre, les ventrées sont au moins d'un tiers plus nombreuses. Malgré ces réductions, le résultat des calculs du maréchal de Vauban est que la production d'une truie, en dix années, équivalentes à dix générations, donne six millions quatre cent trente-quatre mille cent trente milliers de porcs ; ce qui est autant qu'il peut y en avoir en France. Si l'on poussait cela jusqu'à la douzième génération, ajoute Vauban, il y en aurait autant que l'Europe pourrait en nourrir; et enfin, ce calcul poussé jusqu'à la seizième génération, il y aurait de quoi peupler abondamment toute la terre de porcs ; ils finiraient par l'envahir; mais par bonheur les charcutiers et les gastronomes mettent ordre à cette invasion.



Manuel du charcutier, ou, L'art de préparer et de conserver les différentes parties du cochon d’après les plus nouveaux procédés précédé de l'art d'élever les porcs, de les engraisser et de les guérir, par une réunion de charcutiers et rédigé par Mme Celnart, 1827.

Lvcifyre : The Calling Depths

Morbid Angel, chacun le sait, c'est le même salami que Clutch et Godflesh : prenez un de leur albums au hasard, vous ne pouvez pas mal tomber : c'est le meilleur. Ça marche à tous les coups.
Pourtant, d'un cheveu de bouc mauvais coucheur, tout comme Messiah surnage légèrement un nuage grisâtre au-dessus des autres Godflesh, ainsi Covenant se fraye la plupart du temps une légère préférence à mes yeux : pour ce bouquet parfaitement équilibré, au grain redoutablement métallique et félin à la fois, au rugissement mat et sourd, à la férocité thrash souple et tranchante, ce perpétuel triple sens, digne d'un jeu de mot sanscrit, entre sexuel, religieux et militaire.
Lvcifyre, qui sont gens de bonne composition, sont du même avis. Et comme Covenant est trop avare, en longueur tant qu'en langueur, The Calling Depths en est déjà amplement légitimé.
Mais il ne s'en contente pas, et puis tant qu'à faire, plutôt que de subir le sort impavide qui fait que, forcément, l'on n'est jamais aussi non-humain que la Morbide Angèle quand on riffe, pourquoi se priver d'ébaucher un tissu émotionnel plus mélodique, à la Ulcerate, juste ce qu'il faut, sans le déluge de dissonances et les montagnes russes, mais plutôt émaillé de quelques judicieux coups de tambour de la mort bien sourds, de vocaux rôtisseurs au débit impérieux et fluide, faire faire les ombrages par Nile, hacher le tout avec la virulence d'un Angelcorpse mais d'un poignet bien moins raide que l'original : vous y voilà : à première vue, un bon petit disque de death ; à y regarder de plus près, un mortel petit disque de death metal.

mercredi 1 février 2012

On n'est jamais si bien servi que par soi-même



Brame, on en a déjà parlé, il me semble ?
Menuet Babel, eux, jusqu'à preuve du contraire, non pas prouvé, justement, leur existence. Il sera donc de bon ton de venir vérifier par ... soi-même, tout à fait.