vendredi 10 février 2012

Ceremony : Still Nothing Moves You

Ceremony a un jour joué hardcore - à l'ancienne : du punk notablement, sensiblement plus dur et radical que ton punk ordinaire. Pour changer un brin de mon refrain habituel là-dessus : le sludge, c'est du hardcore et du blues, pas vrai ? Eh bien Still Nothing Moves You, c'est un sludge qui n'aurait jamais vu la couleur d'une friteuse - et qui n'aurait pas non plus cette inclination louisianaise au fatalisme blues, qu'il remplacerait par des penchants no-wave incurables pour la répétition, le crépi et la houle rythmique schizophrènique ; ainsi comme une évidence, le commencement tout en recueillement de cet album qu'on lance toujours avec une nerveuse appréhension, évoque-t-il un temps calme de Khanate, tandis qu'on pense par la suite au terrifiant Confessions de Charger - au moins autant qu'à Unknown Pleasures ; Ceremony, avant que par la suite tels des saumons ils ne remontent leur propre fil jusqu'à tout d'abord la jeune gouaille de leurs grises années skate, puis carrément retraversent l'océan jusqu'à leurs froides origines britonnes, était un groupe aussi inquiétant qu'annonçait son patronyme cold-wave et son austère pochette, et qui jouait sans merci d'une acrimonie autant faite de limpide violence directe que de trouble teigne empoisonnée, avec toute la duplicité prolétaire, intacte, du punk des années noires ; une menace toujours entre chien et loup, dans le jeu des ombres, sans que jamais véritablement l'on puisse dire ce qui est anglais de ce qui est américain, mais toujours sinistre, où aucun morceau ne se détache dans l'éprouvant tunnel d'épais sang d'encre, que des stades différents de pression de la mâchoire, avant que d'en émerger sur un narquois au revoir aux allures de cruelle promesse. Parce que c'est aussi cela la vie, cela le hardcore.

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