dimanche 26 février 2012

Dead Language : S/T

Le renversement du régime iranien… le relâchement des tensions indo-pakistanaises…2012, vraiment ?... j’avoue, j’ai douté… j’ai douté jusqu’à ce qu’une énorme porte ne claque des profondeurs de l'Enfer. Le 26 novembre, le Kalta se volatilise et laisse place à une fournaise de feu ardent. Une gigantesque colonne s’élève. Catastrophe naturelle majeure. L’Islande est évacuée. Le trafic aérien est stoppé. Parfaitement vertical, le prodigieux flux de cendres et de poussières semble ne jamais vouloir prendre fin. Une semaine déjà. Du jamais vu. Incompréhensible. Inconcevable. Un physicien, le Dr Petit, avance publiquement l’hypothèse d’un effet d’aspiration thermique. On le fait taire. Des politiques fébriles lancent des appels au calme. Des scientifiques sous influence avancent des théories rassurantes. Ça ne va pas durer, on vous le dit, ça ne va pas durer, tout va rentrer dans l’ordre, ça ne va pas durer. Mais les gens paniquent, commencent à faire n’importe quoi. Piller des supermarchés. Prendre des pharmacies d’assaut. S’entretuer pour un kilo de riz. Etat d’urgence. Quarante jours et quarante nuits de déluge ascendant achèvent d’opacifier l’atmosphère. La terre est grise comme une orange moisie. Les rayons du soleil, mille fois réfléchis, n’atteignent plus le sol. La surface du globe est plongée dans un froid sidéral. Vladivostok au cœur de la nuit au cœur de l’hiver. L’armée rationne la population jusqu’à… jusqu’à épuisement des stocks. Un jour les camions bâchés ne viennent plus et c’est la fin. Permafrost, pas de récoltes cette année. Ni l’année suivante. Ni l’année d’après. Plus de production de nourriture avant… avant combien de temps ? La mort m’indiffère, je veux dire, la mort des autres m’indiffère. Engourdi, vautré sous la truie, tu n’aurais pas dû brader ton instinct pour de l’alcool et de la verroterie. C’est tout. L’adjudant-chef Couturier, lui, avait déchiffré les Écritures. Il savait ! Il avait compris ! Depuis longtemps ! Des années de préparation... J’achetai tout d’abord cette forêt au sous-sol karstique, réseau de grottes et de galeries non répertoriées et aménageai un premier abri à six mètres sous terre. J’inondai ensuite d’eau potable une cavité naturelle à proximité : plus de 10 mètres cube, rends-toi compte ! Puis j’emmagasinai progressivement de quoi tenir plusieurs années : rations de survie, vivres civils reconditionnés, compléments alimentaires, médocs, vêtements, ampoules LD, batteries Lithium, etc, etc, etc,.… je ne te fais pas l’inventaire, il ne manque rien… Des armes ? Bien sûr, l’adjudant-chef Couturier n’a pas déserté les mains vides ! Grande. Muette. Bigleuse aussi… Il n’est guère difficile de faire disparaitre du matériel d’une base entrepôt en ces temps troublés. Pour durer il suffira de limiter sa consommation, de vivre à l’économie. J’ai toujours vécu chichement, je n’ai qu’un loisir, le puzzle, et pas de besoins sexuels. Ça tombe bien. Tu vois, c’est bizarre, je suis un peu comme le dernier des latins, ou le dernier des grecs, je parle une langue que plus personne ne parle. Une langue morte. Morte, morte, morte. Pourquoi je te raconte tout ça à toi dont le corps est congelé ? Et bien parce que tu fais partie de mon programme d’hygiène mentale. Entre deux puzzles, le temps de soigneusement ranger le précédent et de choisir le suivant, je m’autorise à m’entretenir à voix haute avec un camarade imaginaire. Phase de décompression psychique nécessaire. Alors voyons…la bataille d’Ulm, parfait… 15000 pièces, rends-toi compte !

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