lundi 30 avril 2012

Desolate Shrine : Tenebrous Towers

Il doit y avoir moyen, moyennant le bagage de références qui font l'analyste sérieux, de rendre compte techniquement et analytiquement de Tenebrous Towers.
J'ai pour ma part juste ce qu'il faut pour techniquement diagnostiquer un death metal obédience Bolt Thrower et une infime pincée de black metal ; pourvu qu'on s'accorde à ne parler de black ni épique, ni viking, ni enculeur de prophètes, ni en somme aucune de toutes les formes de criardes jérémiades que le genre peut adopter : seulement cette rare, vile et saisissante sensation de nécromantie tempêtant partout autour, dont l'exemple le plus figeant reste encore et toujours pour moi Doedens Evangelium.
Car surtout, comment évoquer Tenebrous Towers sans lourdement se laisser aller à tout ce qu'il convoque d'imaginaire fantastique associé, comme chez Ondskapt, à Dol Guldur et sa forêt noire - on n'invoque pas de tours sombres et de brumes infernales qui les environnent pour rien - et à L'Hérésie d'Horus - on n'évoque pas non plus Bolt Thower pour rien, surtout dès lors qu'on l'éclaire ainsi de surnaturel et de sorcier caverneux, pour plonger dans les régions du Chaos. Probablement Desolate Shrine composent ils leur musique de la même façon que les autres, et peut on lire la structure de leurs morceaux, l'agencement de leurs riffs, comme du death ordinaire ; je ne saurais, et ne voudrais, m'y essayer, trouvant même absurde de ne pas recevoir le son produit tel le lugubre mur de nuit menaçante qu'il est, se laisser engloutir sous le rideau de cette pluie de pierre impie à l'abominable couleur, à travers laquelle serpente une voix comme un mauvais rêve, comme un triste bas-relief barbare. Tenebrous Towers est un album dont je ne me risquerai pas à décrire, décomposer, dérouler plus explicitement le tableau, tant il est plus infiniment fantasmagorique de s'y laisser avaler, dans son avalanche dantesque de maléfices, tant question terreur baroque terrassante et mortellement sérieuse d'autres plumes s'y sont mieux prêté, si jamais l'on en veut une version littéraire - je vous renvoie aux suggestions plus haut. Et recommande très véhémentement ce grand disque.

samedi 28 avril 2012

Eugene Robinson, 27/4/12, le Black Sheep, Montpellier

Je passerai sur le documentaire projeté, qui passe lui-même tout seul et donne l'impression d'être tel la réalisatrice Mariexxme embedded sur la tournée d'Oxbow, ce qui est plaisant, mais dont j'aurais du mal à définir l'intérêt, mis à part constater que Nico Wenner a tous les airs de ta précieuse new-yorkaise ordinaire caractérisée.
Place à la perf d'Eugene, donc, un slam/spoken word/teaser du roman A Long Slow Screw, récemment enfin traduit en version for the french. On avait eu peur de le lire avant, intimidé par sa réputation de slang littéraire réservé aux vrais. On était un peu inquiet de la perspective de rien bitter non plus à la version vocale, mais Eugene s'exprime for the french, et il articule bien alors quand en plus on a lu Paternostra, aucun souci à signaler.
Et la prestation d'être parfaitement fidèle au bouquin, pandemonium mafieux plus qu'haut en couleurs, trames simples mais puissantes, à la Tim Willocks ou Clint Eastwood, et un style d'auteur certain, qui a l'oral transfère son talent pour les phrases félines dans une propension de négresse de la porte de Clignancourt aux bruits de bouche et autres clapotis de surface des divers appétits, dédains et convoitises qui se chahutent dans ce polar, ainsi que dans une certaine nervosité physique qui laisse à goûter de celle de ses protagonistes ; parfaitement fidèle donc à la puissance et l'assurance de séduction dudit bouquin, celles dudit moricaud, et au sentiment sur lequel la lecture m'avait laissé : manque à toute cette maestria et à cette force d'évocation sauvage, le grain suffisant de cette chose qu'on appellera identification ou ce qu'on veut d'autre de tartignole et midinette, mais que personnellement il me faut pour garder une œuvre au rayon de mes mémorables et cicatricielles - grain que justement je trouve chez Willocks et Eastwood.
Une très agréable soirée donc, et merci à Abel de nous en proposer de pareilles.

vendredi 27 avril 2012

Peaches : The Teaches of Peaches

Un pari stupide. Une arène pleine à craquer. Pénultième chevauchée : la chaleur…l’épuisement… je m’écroule au dernier coup de rein. Une clameur monte après un court silence. Les quolibets, l’opprobre, mon corps qu’on traine sur le sable souillé des combats de la veille. J’embarque le soir même sur un navire grec, sans autre projet que de fuir le plus loin et le plus rapidement possible.
La suite est confuse : une tempête en mer Egée, un naufrage, une dérive vers l’Est agrippé à quelques planches, une île, une plage. De papillonnants petits rires féminins me font reprendre connaissance. Je suis nu, enchainé, oint d’huile et l’on m’a méticuleusement, très méticuleusement, rasé. La maitresse des lieux me donne mon nouveau nom d’esclave, Dame Carotte, me passe un collier de grelots et d’os autour du cou et déclare "Kramouille contre Kramouille, il pleut, il mouille, c’est la fête à la patchoule". Je ne tarde pas à réaliser que la fête à la patchoule, c’est tous les soirs. Mes maitresses me font goûter, à même leur corps en feu, le suc de fruits délicieusement iodés par les vents marins. Des pêches de vignes. J’observe. On utilise occasionnellement ma virilité et j’apprends à gravir le mont Olympe par d’autres chemins. Des pêches de vignes, du vin et des pêches de vignes… après quelques semaines je décide de retourner à Rome : j’ai une revanche à prendre ! J’y parviens par un concours de circonstances bancal, typique des récits de mon époque. Je n’ai pas fait vingt pas qu’un quidam m’interpelle : "Hé, Spartacus, alors, t’es revenu gros PD ?". Mon sang ne fait qu’un tour : "Envoie-moi  tes musiciens, une amphore de ton meilleur vin et quelques plumes de paons. Envoie-moi ta fille. Si tu n’as pas de fille envoie-moi ta femme. Si tu n’as pas de femme envoie-moi ta mère et si tu n’as pas de mère envoie-moi ta fille. Je l’honorerai comme jamais tu n’as su honorer une femme, misérable. Lorsqu’elle te reviendra à l’aube, radieuse de bonheur, tu pourras lire dans son regard qui c’est, le gros PD." Je campe mes mains sur les hanches, renverse ma tête en arrière, et part d’un rire énorme. Et les Dieux rient avec moi. Et l’homme devient livide. Une créature arborant d’énormes bourses velues en lieu et place de poitrine surgit des entrailles de la terre et l’entraîne dans les profondeurs. Le gouffre se referme sur ses hurlements, ne laissant sur le sol qu’un noyau de pêche desséché.

jeudi 26 avril 2012

Jucifer, 26/4/12, Up & Down, Montpellier

La tournée on-fait-tomber-les-murs annoncée partout par tous les évangiles, donc. D'une, apparemment l'épisode déjà légendaire du concert belge interrompu par la police pendant les balances est déjà connu de tous mais a dû calmer les ardeurs de ces jeunes gens, puisque le volume qui nous provient de la cave semble celui d'un groupe de punk gardois fauché. De deux, je ne sais pas si ce qui rend tout le monde fou ce soir et fait crowdsurfer Chris Sweet, de Verdun, est le pouvoir auto-suggestif cumulé d'un groupe américain signé chez Relapse qui joue gratos à l'Up & Down, front-é par une minette en caramel, et qui joue du doom chaotique donc sûrement animal, quelque part, mais moi j'entends un groupe trop carré qui joue des riffs doom amateur n'imp, puis des riffs death n'imp tout péraves n'est pas Hellhammer qui veut, puis re-du riff doom qui est juste du gratouillage lent le plus grave et désaccordé possible, bref, je regrette le groupe pas carré du tout qui jouait une alternance de riffs stoner doom transe et de grind, pas amateur du tout, avec un batteur non pas assis sur un tabouret mais assis sur un tapis plein de puces, à rattraper sa pauvre cymbale qui tenait pas debout et taper sur sa caisse claire posée par terre, et semblait prêt à contester Rich Hoak himself dan la discipline - bref, cette phrase ne ressemble à rien et Jucifer ce soir non plus ; et de trois, il n'y a pas de trois.

vendredi 20 avril 2012

Killing Joke : Hosannas from the Basements of Hell

Sacré foutu disque - encore un ; qui s'ouvre sur un tonitruant "Lift up your spirits !", en étrange entame d'un morceau à l'éclat terne, aux mélodies fatiguées, porté par un riff étagé en descente ; le sentiment ascensionnel fera croire à son arrivée en gare sur le refrain du morceau suivant... avant de se renverser, queue de scorpion, en une métamorphose-pirouette de fête foraine, sur un terrifique "... hell !". Pour monter, ici c'est pas le bon escalier, pèlerin.
Hosannas est l'album de Killing Joke le plus fouisseur, il s'enfonce et ferrugine plus profond encore que la termitière et les pyramides dont il a des réminiscences, façons de lointains souvenirs de l'air libre, ses seuls instants de lumière ils les connaît lorsqu'il invoque les noms de Hell ou Lightbringer, qui brûlent les rétines de leurs éclairs blancs, ou quand il caresse des promesses de marcher avec les dieux, sur fond de techno la plus minière et vermiforme qui se puisse. Hosannas ricane de toutes les entrailles ulcérées de ses galeries infernales, de toute la puissance de son gargantuesque clown en charbon brut de chanteur, et vitupère au milieu de ce sarcasme concasseur avec toute l'autorité sacrée innée du même dit phénomène vocal. Ne vous laissez pas prendre à sa mascarade du prophète qui vocifère par-dessus le vacarme des scies ondulantes et tressautantes de ses ouailles, qui sont en fait ses mignons : le plus beau des anges, le porteur de lumière, est dans la place avec cet album volcanique, au punk indus liturgique et guerrier, il y vomit une exultation de soleil de l'infra-monde - toute allusion à Lemmy sera non-fortuite, légitime et encouragée, au moment de donner une idée de cet hirsute souverain des thugs, bloc d'ombre au premier rang de la curée, qui donne au plus kitsch des couscous-boulettes des airs d'orage gothique entre le Dracula de Coppola et La Guerre du Feu.
Pour être un bon meilleur groupe du monde, tel qu'en sont Binaire, Motörhead et Godflesh, Killing Joke se doit de posséder une virile cargaison de meilleurs albums ; en toute justice, Hosannas from the Basements of Hell est le plus dantesque.

mardi 17 avril 2012

Loincloth : Iron Balls of Steel

D'un côté, ce disque fera honneur à son intitulé et saura parler à ceux qui aiment à user de tronçons de chaînes montagneuses en guise de glaçons, pour trinquer avec des cocktails aux noms fruités tels que Coalesce, Meshuggah, Keelhaul ou Intronaut, en frétillant d'un croupion fossile. D'un autre côté, Loincloth a beaucoup à voir, sans même prendre en compte le commun registre metal instrumental, avec les cauchemars d'appellation contrôlée : les Trephine, les Blotted Science, les Tarantula Hawk, les Voivod. D'un autre côté, les testicules sous le pagne et leurs entrechocs pesants ont tout à voir avec ce que Pantera pouvait avoir de plus difforme, voire avec le groupe de beatdown par excellence : je parle bien entendu de Crowbar, dont ils seraient la version pour partie de Warhammer moustachue.
Ça fait déjà une tripotée de côtés. En effet Loincloth a trop de côtés, en bon monstre monstrueux qu'il est. Iron Balls of Steel a a autant à voir avec un film de bagnards du futur interprété par Vincent Gasoil, qu'avec un roman fantasmagorifique de Clive Barker, sous sa couverture de Jérôme Bosch qui va bien. Il danse la valse grimaçante, baveuse et gibbeuse d'un forgeron dont une jambe est plus courte que l'autre d'une bonne tête et qui travaille exclusivement outillé de ses seules mâchoires en sécateur. J'ai tenté de marcher avec cet album dans le casque, c'était pareil que visiter un teknival sous kétamine : tu es à toi tout seul tout le Ministère des Démarches Ridicules, ta caboche fait sa vie, ta jambe droite fait un truc, la gauche un autre, et les vertèbres font ce qu'elles veulent ; tu ressembles à un chamallow qui essaie de se mettre au dancehall ; t'as l'air d'un con.
Dieu sait qu'il faut se lever tôt, pour me faire écouter du rock instrumental, a fortiori du metal - Keelhaul justement en pâtit - mais faites excuse ! on parle ici d'un drunken master style de bourreau baroque et xénomorphe, d'un truc plus musqué qu'une daube de gibier irradié, d'un éboulement de groove non-euclidien, d'une vraie confrontation organique des familles. Alors tombez moi ces frusques et foutez-vous en pagne - et maintenant, pas demain matin !

lundi 16 avril 2012

Killing Joke : Absolute Dissent

Non que je veuille retirer quoi que ce soit à ce que j'ai dit de MMXII : il est grand, très grand ; tellement grand que dans la ferveur je me suis emporté à blasphémer de saints noms. Il est temps à présent de rétablir la vérité, celle qu'on peut entendre dans la bouche de notre Raven King national, l'estimé Jean-Jean.
Car c'est un sacré bon dieu de petit bonhomme de disque, que nous tenons là. Dans les moments de la découverte je l'ai vu en implacable machine à tubes, truffé de clins d’œil artistes et généreux à toute l'étendue de leur discographie ; puis les choses ont commencé à bouger, les plus évidents tubes à me gonfler un brin, se voir zappés en cours d'écoute, et d'autres moins saillants se révéler de plus que solides morceaux de tubulure ; il est devenu un disque instable et infiable, dont je me suis pisse-froidement détaché, honteux probablement de mon premier enthousiasme de fille facile (ah, les waveux ...) ; j'en ai fait dans mon imaginaire une manière de compilation maladroitement, grossièrement intentionnée, aux mélodies simplettes, au martèlement bourricot, linéaire et va-t-en-guerre. Et c'est ce qu'il est : une chose insaisissable, indomptée ; à la fois charge punk-metal au trépidement préhistorique et forgeron, et acide et funky malingrerie post-punk ; suite de cris de guerre rauques et emporte-pièces, spasmes de la terre ulcérée, et sensibilité pangéenne grosse comme ça ; un incendie de forêt, et une célébration extatique qui de la rocaille fait jaillir des cantiques d'amour ; non une compilation, mais peut-être bien plutôt l'album à partir duquel Killing Joke a trouvé son style, a cessé d'en explorer les pans pour en prendre pleine mûre possession, puisqu'il réussit une parfaite superposition de Hosannas et de Night Time (de même que MMXII pourra, en simplifiant, se voir en symbiose de Hosannas, Brighter, Extremities et Pandemonium) ; sur lequel ils se permettent carrément "The Raven King", en toute candeur la plus belle chose qu'ils aient écrite jamais, devant "Love like Blood" et "The House that Pain built", avec cette ligne de basse pugnace telle que l'adorable disparu aurait pu en jouer, flegmatiquement survolée par cette guitare magique, toujours aussi célestement stridente, et cet organe vocal toujours plus semi-divin, pur, juvénile, terrifiant - qui ne ressent pas l'envie de pleurer à l'écoute de ce morceau et de broyer Paulo dans ses bras, je ne lui pisserai pas dessus le jour où il prendra feu. Le morceau résume le disque, au superlatif.
Fichtre qu'ils sont beaux, les vieux messieurs.

Satan approuve ce concert


Et il fera tout son possible pour l'honorer de Sa présence, il va sans dire ; quant à honorer ses dettes, c'est une autre paire de manches ...

mardi 10 avril 2012

Necroblaspheme : XXVI : The Deeper - The Better

Cela fait un moment qu'une sourde violence alien sous-tend insidieusement la musique de Necroblaspheme, les bouchers qui aiment le bleu. Elle était dans un vagissement de sirène qu'on retrouve ici ; elle est dans des moments en suspension qui rappellent une certaine "A Warm Place" ; elle se tapit dans un son que leur a usiné un certain vicieux Francis Caste, un son de bête ferrugineuse aux yeux brûlants, les dents empêtrées dans la viande ; elle est partout dans une musique trouble, faite, peut-être, d'un appétit de harpie death metal qui fond, des scies dans toutes les mains, sur des plans qu'on pourrait dire post-hardcore s'ils n'étaient défigurés, refondus dans cette espèce de boue à la teigne en vérité toute punk hardcore, cette sorte de nouvelle forme de hardcore death, cette musique qui se fragmente  et se réagrège à tout instant, masse grondante perpétuellement frissonnante, faisant de l'éboulement une technique d'agression, virant et voltant une danse de derviche où chaque pas renferme une menace, comme pour un fauve, ce flux marbré d'abstraction autant que de nécromantie bien ancrée dans ce que sur M6 on appelle le respect du produit - la viande, et sa traque nocturne en meute ; hardcore surnaturel ou death sans foi ni loi, faut-il réellement choisir ? Necroblaspheme n'est rien d'autre que Necroblaspheme, et ce qui fait probablement le plus leur aura d'étrangeté, c'est cette continue violence, dans un style où la masse se vautre en général dans la simple brutalité, cette douleur qui rôde partout dans leur présent e.p. - le plus à craindre à présent étant que des besogneux veuillent en faire une école, sans comprendre.

lundi 9 avril 2012

Hail Spirit Noir : Pneuma

Il y a plusieurs couches de réalité (pour ce que ça vaut, ce machin-là...) à ce disque. Il en est une, triviale, où il est obligatoire de citer Ved Buens Ende, Virus, et aussi Valborg, et de trouver un verbe d'interaction avec Opeth, voire un truc en -Patton ; et il en est une autre, sauras-tu deviner laquelle nous intéresse ? - où Pneuma est sans méprise possible, même sans dans la poche l'indispensable guide des amanites, un foutu machin toxique, aux relents de The Wall, de Magical Mystery Tour et de Stup Religion, une abomination de rock extravagant, nappé de sirops de luciole rougeâtres, tirant une grimace mi-Pork Soda mi-Sopor Aeternus sous un chapeau fait d'une ombrelle de tue-mouches géante, roucoulant du David Bowie, évoquant les tréfonds moites du Bab-el-Oued, Illinois de Gash, puis les dancings de Rococo Holocaust et leurs absinthe-paf, puis encore les valses-vinasses de 666 International ... Oui, un foutu machin capiteux et toxique comme l'excès baroque, la force centrifuge, la soupe en quoi elle transforme le cerveau, le speculoos du goûter trempé dans une décoction de datura, la confusion entre régal et tournis affreux, la prosopopée que peut inspirer un estomac barbouillé au-delà de l'expressionnisme ... Pneuma ramène comme une comète aux années où ouvrir un livre d'histoires ouvrait pour de bon des portes sur d'autres mondes terriblement excitants.

Altar of Plagues : Mammal

Je devrais me rire bien gras de ce disque, qui a plus que son lot d'aimants à quolibets. D'ailleurs je fuis bien volontiers tous les autres disques du groupe - dame ! ces connauds mélangent post-black et post-metal, et si ça ne suffisait pas déjà à en faire d’insubmersibles nunuches, ils sont irlandais par-dessus le marché, et probablement écolos.
Et pourtant ... on se rend à cet album. Humblement, en rampant, la vue brouillée, sous les trombes d'une brutale averse de tristesse crust qui viendrait teindre de jade les ombres roulantes de The Gathering Wilderness, et tirer enfin de sa dessiccation tout ce qu'il peut survivre de souffle noble en nous, dans un aveuglement enfantin ; on se rend à ce qui paraît d'abord joliesse mais se révèle beauté nue comme un caillou, un gros - obtuse, non taillée, écrasante de douleur sans pudeur, sans honte, de sensitivité naturiste ; on se laisse aller, on se laisse dépasser par la grandeur de ce qu'on ne contrôle pas, sans plus chercher à le réduire par le petit esprit, on se laisse aller à la chamade, au vent de tempête de la course, sans demander où en est le terme ou l'issue, on abandonne son sort aux forces qui meuvent les éléments et les continents - oui, assurément il y a tout ici pour se rétamer dans la nunucherie la plus immodérée, quand on ne sait pas faire ; et Altar of Plagues n'a pas su faire, les autres fois. Mais ce coup, ils ont réussi à nous faire Frodon qui vient de partir seul pour traverser l'Emyn Muil, et ce qu'il y a par-delà.

dimanche 8 avril 2012

Worm Ouroboros : Come the Thaw

L'indifférence dépressive de The Gault portée à l'apesanteur dans une moelleuse et hivernale nuée de basse, qui est tout autant cuir à la tiédeur taciturne, accueillante écholalie romantique désengagée de tout, saturnisme et zen enlacés, car Come the Thaw est tout à la fois l'espace vertigineux d'un désert et les courants d'air qui tourbillonnent dans le dialogue d'une valse, entre des pas qui se frôlent, des bras qui se tournent autour, dans l'imaginaire de la solitude la plus farouche et érémitique. On sublime ici l'art de funambuliser, probablement tout en somnambulisant, sur l'inexistant fil d'araignée qui distingue la folie chlorotique la plus hystérique du maintien aristocratique le plus immarcescible, survolant d'un doux sourire de grâce pure et dévitalisée leur jumelle violence et leur camisole de chair. Combien d'Edgar Allan Poe sont-ils sans doute sous écrou médicamenteux dans les maisons de fous ? A polir sans fin la lame parfaite de leur conscience ?

samedi 7 avril 2012

Doktryn : Satanik Acid Youth

De l'electronic body music jouée par au moins un black métalleux français, déjà on commence sans y pouvoir mais à rêver à la brutalité d'Obszön Geschöpf et à Tamtrum, ce truc en plus qu'ont les chevelus fanatiques qui découvrent le pumping et les psychotropes, par surcroît le clouté en question est plutôt fondu de Hell Militia, Aosoth et autres Antaeus, on salive encore un peu davantage, le chargé des voix semble avoir retenu le meilleur de la virilité de Jean-Luc De Meyer, voire mieux : de son faux clone de Bigod 20, on frémit, le logo est rose, les textes sont tout en coups de rangeos, refoulant bien le vandalisme de backroom espéré et la hauteur sous plafond du punk des années noires : sans plus attendre ta moustache a déjà poussé d'un bon centimètre, en haut comme en bas. Enfin ton petit cœur bionique, encore tout marri et chagrin de l'absence de suite réelle au saint Transmission de Plastic Noise Experience, retrouve son allant, se remettant allègre à pomper le sang surgelé dans tes guiboles et à faire se contracter nerveusement tes abducteurs. Plus aucun doute n'est permis, ces mecs-là savent ce que sont le gris le plomb, les années 80, l'eurodance façon Digital Factor ou Prager Handgriff. Et ils les aiment avec une bien belle vigueur.

Killing Joke : MMXII

Faut-il être anglais, pour être capable de pareil album, pour avec ce naturel faire se coudoyer le punk ouvrier et la lumière élégiaque des matins techno, dans le gris uniforme d'un ciel de gruau ... Anglais comme le punk, et anglais comme la techno qui marie printemps, amour et boue. Anglais comme les punks tout naturellement muant techno stalkers, sous le nom de Leftfield ou Underworld, dont Killing Joke tout bien considéré suit le chemin - mais le suit en dansant la danse de Killing Joke, c'est à dire emmené par cet ours du Penjab qui vit le plus clair de sa vie pieds nus dans une ferme au bout du monde.
Et, comme si c'était du plus simple bon sens, en résulte l'album de Killing Joke le plus new wave depuis un bon bail ; bien plus qu'un Absolute Dissent aux clins d’œil œcuméniques finalement trop intentionnés, finalement épuisé par ses propres assourdissants tubes (symptomatiquement, d'ailleurs, de MMXII le tube qui se détache d'entrée en capacité adhésive est aussi le morceau qui fatigue en premier) ; même dans ses francs moments metal les plus infibulés du Killing Joke nouveau millénaire, MMXII ne peut jamais se départir de cette diffuse douce amertume, de ce sourire gris et clair, à l'exemple de cette toujours plus éternellement verte et étonnante voix, capable en un souffle de passer du cantique le plus gazeux au rugissement chtonien à flanquer la chair de poule (et "Primobile" de gagner dans la même foulée le trophée du titre le plus pérave et celui du refrain le plus bouleversant)...
Un authentique album du Killing Joke qui commence, tout doucement, à prendre de l'âge. Probablement aussi, en fait, le meilleur album de Killing Joke depuis un sacré bail. Ces messieurs sont positivement extraordinaires.

jeudi 5 avril 2012

Big Sexy Noise : Trust the Witch

Une turgescente péniche paresseusement fendant sur une mer de stupre les vagues dûes à la seule violence cinglante de sa trompettante odeur de viande rouge ; une mère maquerelle trônant en reine des araignées sur un bouclard noyé dans la béate lascivité de l'opium consumé ; l'atavique et plein de bestiale sagesse balancement éternel, en avant, en arrière, en avant, en arrière, harassé et intarissable comme le roulis ; le sourire gras et velu qui découpe une paire de fesses ; le pendant vouivre d'un album de Suicide.
Un disque qui colle.

mercredi 4 avril 2012

Meshuggah : Koloss

Ceci était à prévoir et prévu. J'ai tenu à partager mon enthousiasme aussi tôt qu'il a germé, mais il était d'évidence tout désigné pour grandir bien haut. Aussi force est d'y plonger pour de vrai, à présent que la chose est devenue vrai objet qui m'accompagne partout de sa profondeur prodigieuse, comme une cuve portative, à présent que le petit gris-gris tassé du jpg est devenu une inquiétante chose goatrance au format d'un totem en poster ; et de se gausser de ce qu'on a pu lire ici ou là, sur la supposée laideur strictement habituelle de la pochette, et sur le supposé paresseux résumé de carrière que serait l'album.
Funk, ai-je dit, certes ; mais ai-je dit à quel point c'était le plus lourd à la fois et le plus africain du monde ? Se peut-il sérieusement ne pas se rendre à l'implacable main de ces riffs qui tour à tour fouettent comme des sacs de ciment, lorsqu'ils sont à tu et à toi avec une batterie faite du même castigatoire club de golf que celle d'Admiral Angry, seulement pas en taille garçonnet - ou alternativement se voient saucissonnés en auto-rebondissantes rondelles technoïdes, lorsqu'il se laissent faire par une batterie devenue sulfateuse, seulement sans perdre un atome de bouncitude haïtienne ? Ai-je authentiquement fait comprendre à quel point ce disque, sans discussion possible le Meshuggah le plus lisible et le plus amical à la lecture répétée, est aussi le plus direct, violent, le plus frontalement et lourdement psychotoxique ; aussi carcéral et sci-fi qu'on peut attendre d'un Meshuggah, et pourtant si organique et broussard ; aussi brutal qu'il est souple, du beatdown vaudou en somme, qui, tout en ridiculisant sans faire exprès tous les Black Sheep Wall de l'univers ordinaire, fait du brisage de tous les os le g-funk le plus langoureux qu'on puisse rêver sentir scintiller, transformant son auditeur en délicieux flipper. Croyez-le bien, encore plus que vous je trouve que je redis tout à fait la même chose ; mais c'est, on l'a compris, qu'il manquait pourtant des mots, et qu'il en faut profusion, pour palper en entier ce vorace fétiche.

mardi 3 avril 2012

Pas obligé de comprendre l'humour héraultais

On laissera aussi entrer les estrangers. La preuve, y aura même que de ça sur la scène, on pourra leur lancer des trucs dessus.
C'est dans quinze jours, tout rond.


dimanche 1 avril 2012

Christian Mistress : Agony and Opium

Le Christian Mistress du début, d'avant le "Relapse debut". La pochette dit tout ce qu'il y a à dire. Plus cru, plus âpre, plus indompté, plus farouche, plus archaïque, plus odoriférant, plus au vent. Plus Hell's Angel en somme. Plus Ian Fraser Killmister, aussi, et plus Susan Janet Ballion. Pas nécessaire de faire des phrases.