mercredi 4 avril 2012

Meshuggah : Koloss

Ceci était à prévoir et prévu. J'ai tenu à partager mon enthousiasme aussi tôt qu'il a germé, mais il était d'évidence tout désigné pour grandir bien haut. Aussi force est d'y plonger pour de vrai, à présent que la chose est devenue vrai objet qui m'accompagne partout de sa profondeur prodigieuse, comme une cuve portative, à présent que le petit gris-gris tassé du jpg est devenu une inquiétante chose goatrance au format d'un totem en poster ; et de se gausser de ce qu'on a pu lire ici ou là, sur la supposée laideur strictement habituelle de la pochette, et sur le supposé paresseux résumé de carrière que serait l'album.
Funk, ai-je dit, certes ; mais ai-je dit à quel point c'était le plus lourd à la fois et le plus africain du monde ? Se peut-il sérieusement ne pas se rendre à l'implacable main de ces riffs qui tour à tour fouettent comme des sacs de ciment, lorsqu'ils sont à tu et à toi avec une batterie faite du même castigatoire club de golf que celle d'Admiral Angry, seulement pas en taille garçonnet - ou alternativement se voient saucissonnés en auto-rebondissantes rondelles technoïdes, lorsqu'il se laissent faire par une batterie devenue sulfateuse, seulement sans perdre un atome de bouncitude haïtienne ? Ai-je authentiquement fait comprendre à quel point ce disque, sans discussion possible le Meshuggah le plus lisible et le plus amical à la lecture répétée, est aussi le plus direct, violent, le plus frontalement et lourdement psychotoxique ; aussi carcéral et sci-fi qu'on peut attendre d'un Meshuggah, et pourtant si organique et broussard ; aussi brutal qu'il est souple, du beatdown vaudou en somme, qui, tout en ridiculisant sans faire exprès tous les Black Sheep Wall de l'univers ordinaire, fait du brisage de tous les os le g-funk le plus langoureux qu'on puisse rêver sentir scintiller, transformant son auditeur en délicieux flipper. Croyez-le bien, encore plus que vous je trouve que je redis tout à fait la même chose ; mais c'est, on l'a compris, qu'il manquait pourtant des mots, et qu'il en faut profusion, pour palper en entier ce vorace fétiche.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Très alléchant tout ça, je prends. Merci. A quand une chronique Gorgorothesque ? Glob.

gulo gulo a dit…

eh bien, il y en au quelques unes, le groggle motör est là pour ça ...