mardi 29 mai 2012

Drug Honkey : Ghost in the Fire


Lower Dens : Nootropics

Je ne vous ferai pas accroire que j'aie gardé souvenir si tangible que ça du ciel de New York. Et pourtant ce doit bien être ça, ou alors si New York était une ville dans les nuages ? Car ce disque est aussi aérien, avec ce gris presque berlinois (mais sans la rigueur), qu'on peut l'être avec pareille langueur new wave maladive à la lisière interlope du shoegaze, et qu'il est new-yorkais, avec cette voix acérée qui convoque invinciblement les fantômes androgynes de Nico, de Marianne Faithfull, de Karen O, voire de Balavoine et de la coupe de Chrissie Hynde mais c'est autre chose. Et je ne suis jamais allé à Berlin.
Mais Nootropics, et ses toxiques effluves de petit matin blême et chaviré par la redescente existentielle, est une puissante machine à fantasmes rock fiévreux, à rêves, irrésistible, lévitative, une tranchante nappe de coton gorgée de médications fanées, une de ces châtaignes pharmaceutiques dont l'alarmante force d'assommage ne le dispute qu'à l'immensité claire des horizons de vide grisant qu'elle dégage ; ce genre de disque jamais très raisonnable à écouter.

Reveal : Nocturne of Eyes and Teeth

Du thrash visqueux, gainé de bave rabique, Aura Noir et le vieux Samael en un, d’écœurants relents de crapuleux MayheM des cavernes, et une folie gothique qui couve loin en-dessous, toute prête à surgir - ainsi lors de ce break à la basse Doorsienne qui vire presto au psychobilly nonchalant : un disque qui n'est pas par hasard sorti au même moment, au même endroit et avec le même genre de curieux titre, que celui d'Occultation ; et un groupe, ça paraît aussi évident que nécessaire, à surveiller tel le lait sur le feu.

Godflesh, The Soft moon, Liturgy, 27/5/12, le Cabaret Sauvage, Paris

Liturgy sur scène, c'est comme sur disques ... sauf qu'ils ne sont que deux et, je n'étais pas averti, jouent du Binaire : leur déluge d'aigrelettes cordes martelées à l'extrême répétition est ici porté sur une vague enflante et descendante de bassdrum speedcore ; surprise pas désagréable, en revanche le concert, et peut-être sa courte durée, n'est pas aussi violemment immersif que l'album - peut-être aussi du fait que, à la grande et visible déception des deux fans venus pour, ils n'ont pas joué leur reprise de Pantera ?

The Soft Moon nous a joué comme attendu ses meilleures intros, et mêmes quelques uns de ses meilleurs couplets - ou refrains, je ne sais plus ; on a hâte d'entendre les morceaux.
Aussitôt qu'ils en auront, s'entend ; continuez à prendre votre temps, les gars.

Godflesh, la dernière fois que je les avais vus, jouaient "Requiem" avec un certain Monsieur Paul à la basse ; dois-je commenter ? s'étonnera-t-on dès lors que je parte avec certains a priori ? Objectivement le concert était bon, carré, et par surcroît le plus long que j'aie vu d'eux jamais - dame, plus d'une demie-heure ! les problèmes sonico-sonores rituels judicieusement placés pour changer en début de concert. Objectivement j'aurais dû me placer et groover tranquille au fond dès le début : ça m'aurait objectivement évité de vivre ce naufrage en forme de métamorphose de tous les premiers rangs en moshpit de Korn, et je ne fais pas mon vieux con repu (dois-je rappeler à l'assistance que je les ai vus tourner pour Selfless ?) puisque j'ai éprouvé la même amertume - même public même punition (même festival, aussi) - devant Jesus Lizard, que pour leur part je n'avais jamais vus de leur vivant ; les reformations concert, c'est moche, quoi qu'en puisse le groupe, et d'ailleurs The Soft Moon c'est comme une reformation de The Cure pleine de gros sous et qui aurait oublié de répéter.
Reste juste à Justin à pas me briser le cœur avec un futur album dans la lignée de Greymachine et JKFlesh - si tu m'entends, vieux compagnon que j'ai vu de bien trop loin l'autre soir ...


lundi 28 mai 2012

Tragedy : Darker Days Ahead

Est-ce que le son Clisson se D-beat en tranches ? Si la présence de Tragedy à la prochaine fête de l’enfer semblait, a priori, pouvoir apporter quelques éléments de réponse à cette intéressante question c’était sans compter sur la sortie de Darker Days Ahead : mis à part l’artwork intérieur et les textes, un punk à chien n’y reconnaîtrait pas son compagnon à quatre pattes. Enterré le D-beat qui déboîte et t'amène au bord de la rupture d’anévrisme. Finie la purge du trop plein de passions tristes. Place à une mise sous presse mid-tempo accompagnée d’un chant capitonné, gluant, brumeux, presque distant. Aftermath-core atmosphérique mystico-dépressif ? J’en ai parlé à ma femme, une procédure d’adoption est en cours. Elle devrait aboutir fin automne.

lundi 14 mai 2012

Metallic Taste of Blood : Metallic Taste of Blood

Eraldo, l'homme qui enrichit vos discothèques en O, se sent visiblement bien chez Rare Noise Records, puisque voici encore un autre album pour eux, avec encore une autre équipe d'officiants, à qui on ne voudra enlever aucun mérite, ce qui paraîtra d'ailleurs difficile, mais où une fois encore on sent bien lourdement la patte de ce vieux salopard de savant défroqué ; on pourrait presque sentir ici une façon de version dub du disque d'Obake, cauchemardub plus exactement, quelque chose qui tient là aussi de Lab°, Bohren et Phallus Dei pour leur commune couleur de jazz onirique, mélancolique, langoureux et carnassier, mais qui, encore et toujours, est puissamment marqué par cet art des lasagnes au sang humain que le guitariste raffine depuis les ésotériques albums de Sigillum S jusqu'au poisoneux disque live de Scorn, et encore et encore depuis lors ; il ajoute une vénéneuse louche d'organique à un disque qui l'est déjà bien assez en dépit de ses liquides apparences d'electro-futuredub-metal - probablement parce que malgré lesdites apparences, il y a un batteur et un bassiste pour rendre ses ondoiements plus charnels ; il est capable d'assez presser des guitares post-rock et des pianos reznoriens pour en faire suer la rouille, la sanie et l'orange amère ; il apporte, évidemment, cette sensibilité malade toute italienne, ce fritouillis de mal-être un peu blet qui fait que les Leutha, les The Sodality, les Sigillum S, les Il Giardino Violetto, les Kirlian Camera, les Ennio Morricone, les Limbo, les Ain Soph, les Cranioclast, les Pankow, et tous les autres satanés cannelloni, auront toujours quelque chose en plus que vous n'aurez pas, apprentis glauquiseurs qui ne connaissez pas le goût des fruits trop mûrs sous trop de soleil et trop de tremolo ; il apporte toutes les délicates grappes de barocco qu'il faut à cette bande-son pour voyager au travers des replis d'une nuit de carnaval sadique, de Satyricon jamaïcain, de fête foraine des découpeurs vénitienne scénarisée par Octave Mirbeau, et il fait ruisseler de sous les masques aux nobles traits les rires graveleux ; rouges, eux aussi ; toutes choses des mille et une couleurs du rouge, la couleur la plus belle du monde.

samedi 12 mai 2012

John Cage : Imaginary Landscapes

Tu t’es encore levé tôt. Ça fait des semaines que tu te lèves tôt, de plus en plus tôt. Tu rejoindras bientôt les vieux à attendre l’ouverture des magasins. Tu prépares un café, restes un moment devant le percolateur dont les longs sanglots entartrés bercent ton cœur d’une langueur embrumée, recueilles le primo-nectar dans la première tasse venue, laisses le passe-tout-grain s’écouler et migres vers le salon dont les fenêtres sont grandes ouvertes. Tu cherches un CD, la main droite du hasard choisit un objet récemment offert, pas tout à fait  écouté. Vagues souvenirs de gamelan pour petit blanc, de moulinets de pêche et de fumeux balayages de fréquence radio. Reste ce dernier titre, au nom beaucoup trop compliqué pour tes yeux beaucoup trop engourdis.

Après un orage, quelque part en Asie, les gouttes tombent, par grappes ou solitaires. Un mille-patte commence la laborieuse ascension d’une hyperbole kurosawesque. Rythmé par le tic-tac de montres molles, tu sépares le blanc des jaunes de 26 œufs, d’une moitié de coquille à l’autre moitié de coquille. Puis tu recommences, de l’autre moitié de coquille à l’une moitié de coquille. L’air se charge d’odeur de papaye verte. Les bruits du dehors insidieusement s’immiscent; concordance des espaces et des temps sur papier calque surface satinée. On promène un chien au pas de charge, le clocher sonne la demi de pas d’heure, les oiseaux chantent leur ode au frais matin.

samedi 5 mai 2012

Morse vs. Verdun, 4/5/12, le Black Sheep, Montpellier

Concert organisé pour tenter de renflouer les caisses grevées par la soif inextinguible des groupes sur leur récente et victorieuse tournée commune ; mis à part ça, que dire de neuf d'un concert réunissant les deux groupes qui jouent presque autant à Montpellier que Marvin et Madball ?
Morse, on connaît, ce sont un peu les Daughters sudistes, c'est peut-être pour ça qu'il y a plus de southern et de laid-back dans leur son, plus de viril aussi. Verdun, on connaît, c'est le doom d'ici, le seul à sonner plus hardcore à mesure qu'il ralentit, les seuls mecs capables de te jouer une reprise d'Electric Wizard et qu'elle sonne comme du Neurosis - tiens, Neurosis, bonne idée : voilà à qui ils font penser, avec leur façon mortellement sérieuse et autoritairement irrésistible de jouer cette si messianique musique, malgré (ou grâce aussi ?) l'hurluberlu halluciné qui leur sert de chanteur.
Bref, ces deux-là, après les semaines passées ensemble dans un van qu'on imagine tout odorant, montrent une belle synergie, une belle cohésion corporate, qui alliée au fait que Jean-Morse et Abel semblent de mieux en mieux apprécier les grunts de gorets, donne une furieuse envie de les diagnostiquer fins prêts pour leur Elysium/Monarch! à eux, ou leur concert Grief/Trap Them, bref, il y a grave moyen de concrétiser encore un peu plus cette si attendrissante entente - je veux dire pas seulement en se rebranchant tendrement les jacks à la volée et en se versant les bières dans le gosier en pleine course, les gars.