samedi 12 mai 2012

John Cage : Imaginary Landscapes

Tu t’es encore levé tôt. Ça fait des semaines que tu te lèves tôt, de plus en plus tôt. Tu rejoindras bientôt les vieux à attendre l’ouverture des magasins. Tu prépares un café, restes un moment devant le percolateur dont les longs sanglots entartrés bercent ton cœur d’une langueur embrumée, recueilles le primo-nectar dans la première tasse venue, laisses le passe-tout-grain s’écouler et migres vers le salon dont les fenêtres sont grandes ouvertes. Tu cherches un CD, la main droite du hasard choisit un objet récemment offert, pas tout à fait  écouté. Vagues souvenirs de gamelan pour petit blanc, de moulinets de pêche et de fumeux balayages de fréquence radio. Reste ce dernier titre, au nom beaucoup trop compliqué pour tes yeux beaucoup trop engourdis.

Après un orage, quelque part en Asie, les gouttes tombent, par grappes ou solitaires. Un mille-patte commence la laborieuse ascension d’une hyperbole kurosawesque. Rythmé par le tic-tac de montres molles, tu sépares le blanc des jaunes de 26 œufs, d’une moitié de coquille à l’autre moitié de coquille. Puis tu recommences, de l’autre moitié de coquille à l’une moitié de coquille. L’air se charge d’odeur de papaye verte. Les bruits du dehors insidieusement s’immiscent; concordance des espaces et des temps sur papier calque surface satinée. On promène un chien au pas de charge, le clocher sonne la demi de pas d’heure, les oiseaux chantent leur ode au frais matin.

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