mardi 26 juin 2012

Puteraeon : Cult Cthulhu

Tu recherches un peu plus qu'un album de death metal de plus ? Tu veux un putain de disque de death metal ? Ne cherche plus.
Ici tu auras entre tes gros doigts fébriles de viandard sensible des fredonnettes de biker suédois au son tronçonniste à en flanquer des accès de delirium tremens, des leads violets à la vertigineuse  et évidente grâce nécromancienne qui va batifoler entre les troncs de la forêt d'Ondskapt et entre les colonnes franciscaines de Nightbringer, du bellicisme saturnien élevé à la sinistrose de Bolt Thrower et Asphyx, une voix aussi dévastatrice qu'une courtilière montée en graine, de la ferveur astrale de garagiste, et tout ce qu'il faut en somme d'horreur gothique drue et velue pour que tous ces morceaux labourent encore et encore leur souvenir dans ton cerveau. La façon de Cult Cthulhu est à l'image de celle de son livret, sous une couverture littérale et rustre, une suite de tableaux à la superbe équivoque fantastique. Tout l'art du cinéma de genre - car non moins que Stench et Death Breath, Puteraeon pratique cette délicate manière de mettre une application riche de détails ouvragés dans les choses simples, pour en parfaire encore la simple jouissance.

samedi 23 juin 2012

Holocaust Theory : Proclaimed Visions

Ah tu en veux, de l'electro d'exécuteur, de chambre froide ? Tu risque de plus en réclamer d'un moment, après l'injection de fréon dont il est question. Proclaimed Visions a ce calme d'outre-monde, cette sérénité pétrifiante et satisfaite qui va avec la certitude la plus tranquille et complète de l'issue fatale, de la défaite de tout dans le désespoir le plus sans bornes, et l'indifférence la plus acerbe à toute vie y compris la sienne propre - une conscience de glace qui semble n'être l'apanage que de premiers albums, traumatisants, dans le style : Putrefy Factor 7, Gridlock, Morgue, Compulsive Shopping Disorder, voire en poussant un peu la démo de Sopor Aeternus et le maxi d'Alan Woxx.
Holocaust Theory, après cette limpide, tranchante et terne séance d'éternité paresseuse à huis clos avec le sociopathe, dans le vent immobile de la fin, ne renversera pas cette fatalité et perdra même beaucoup d'aura, à s'éterniser un second album durant parmi les vivants. Les suites séparées du parcours de ses membres, heureusement, confirmeront vilement le tempérament exhibé ici.

mardi 19 juin 2012

Rise & Fall : Faith

Rise & Fall continue de jouer cette musique toute bête qui est la sienne, ce rock hardcore crust ultra intense à la Trap Them, mais pas du tout bêtement : avec l'outrageuse densité de Kickback, la lugubre tension de Hope Conspiracy et Ceremony, et l'instabilité et l'art de l'atmosphère tangente de Kylesa et Fugazi - c'est que Rise & Fall, surtout, possède l'art de ces riffs ternes et peu saillants au pouvoir de hantise et à la préhensilité exceptionnels, saturés de tout ce que les références sus-citées peinent à cerner, mais que la sensation de l'auditeur à eux exposé ne manquera pas, lui, de cerner avec violence, dans la collision ; cette façon, dont ils font montre depuis Our Circle is Vicious, est peut-être même ici parvenue à un stade un peu plus raffiné, dans des riffs d'une sinistre et matte platitude qui rappellera les funèbres Daggers, plus grisâtres, maladeux et baisse-le-nez que ceux du prédécesseur, mais aussi marquants quand on en a croisé une fois le regard, et aussi aimables que des mèches de perceuse - et avec eux ne sont en reste ni la basse minérale et psychopathe comme du Big Black, ni la voix tuberculeuse,  toujours nettoyée de frais au papier de verre. Du fait de cette impossible à confondre manière de faire, c'est une extrême attention qu'il faut déployer pour remarquer l'existence de passages western ou black, qui germent, naturels, par éclairs, parfaitement à leur place et juste mesure - fugace - dans l'enchaîné fluide et sans repos des morceaux qui s'emmêlent ainsi qu'une variation fleurie de métaux torturés, où l'album gentiment commencé comme une soufflante rodeo-punk (assez brusque et rugueuse déjà, tout de même) vire subrepticement au post-punk sinistre école The Rich Man's Eight Track Tape, puis au blues de chaîne de montage, pour finir en terreur lancinante et hallucinée, sans qu'un instant on entende autre chose qu'une suite d'événements et un fil d'émotion logiques. Et éprouvants.

lundi 18 juin 2012

Me & Gerda Are Both Dead Like You

Les parfois fatigants Gerda (pas sur disque, en général, remarquez) se fendent ici de peut-être leur meilleur morceau, le plus mémorable assurément, liquide ce qu'il faut autant qu'abrasif au sens le plus concret du terme, avec sa basse onduleuse et pulsatile, et ses cris posés comme de l'écume sur la crête de riffs, en tôle brute et déchiquetée, de post-hardcore à son plus tangent au post-punk, le morceau grisant par excellence, qui submerge d'entrée dans le vif des choses pour ne plus le quitter, et agite le sujet comme peut faire un rouleau de mer - je ne sais pas d'où ils sont en Italie, mais on entend la mer et son appel sous le ciel gris du soir, pour sûr - cette chose qui ne ressemble à rien d'un disque d'Isis, lorsqu'on a grandi sur sur ses rivages, croyez-moi sur parole.
Délicate situation pour mes voisins de Dead Like Me, que de passer après ça ? A moins que non, et qu'on entende une autre sorte de fluidité, elle qui est tout ce qui importe pour réussir à me faire intéresser à ce type de hardcore chaomathématique, Colaesce en mode écorché, avec une agilité d'acrobate à la 108, pour faire ça grossièrement, ce qu'on ne peut pas dire de la façon Dead Like Me de faire les choses ; comme pour Gerda, on croit retrouver de fantomatiques sensations noisy nineties in France, dans cette exigence permanente de sincérité qui fait toute la différence quand il s'agit de rendre perméable et, mieux, très engageante et tentante cette musique si instable et rudoyeuse ; elle est dans la fièvre communicative des guitares intenables, dans la teigne sobrement élégante de la batterie, dans la naturelle rugosité de la voix et ses humeurs sans chichis ; elle est la plus irrésistible des invites.
Un disque qui fait voir le rouge sang de la vie derrière le gris, tellement punkement généreux qu'on s'y croirait à l'Up & Down, où d'ailleurs il serait du meilleur goût qu'ils donnassent la release party qui s'impose.

Mike Scheidt : Stay Awake

Cochon de barbu ! Il choisit juste le moment où ma longue étanchéité à Yob doucement cède, pour benoîtement sortir ce bouleversant album d'un genre avec lequel j'entretiens les rapports de la plus grande défiance : l'apofolk. Mais Stay Awake, voilà l'affaire, ne me renvoie qu'à ceux que j'aime dans ledit genre : Sol Invictus et Roses Never Fade. Bien autrement que les fastidieux albums pour barbe solo des deux ours corniauds de Neurosis (Yob, Neurosis, vous souffrirez que je ne justifie pas davantage le parallèle), il dresse un incroyable paysage de terre laissée ravagée par les flammes de l'apocalypse nucléaire, déserte et pourtant brûlante d'amour nu mauve et orange, sur laquelle flotte frissonnante la voix du dodu croisement d'Ozzy et Lennon, irisée par éclairs de douloureux reflets d'orfraie soul, d'Axl Rose, voire de Zakk Wylde, selon les besoins émotionnels de ces chansons qui toutes sont des braises, émiettées du magmatique cœur d'artichaut du hippie volcanique, du sirop de kumquat, de sang et d'or en fusion qu'est sa lancinante tristesse, bienveillante comme un sein pleurant le lait, de madone velue qui égrène ses litanies vibrantes et enluminées de vie, à genoux dans le champ d'un Woodstock transformé en Hiroshima.
Ce sacré type est un bijou, c'est bien ce pressentiment qui m'avait fait ouvrir mes perceptions à ses salades la première fois que je l'avais eu en face.

vendredi 15 juin 2012

Integrity 12/06/12, Where the Wild Things Are

Autant ne pas raconter de balançoires, je connais mal ce groupe. C’est donc la fleur au pédoncule que je pénètre dans une petite salle raisonnablement remplie où l’un des gratteux achève ses réglages sur les accords de "chase is better than the catch". C’est bientôt l’heure de descendre à la mine. Le chef d’équipe est un grizzli en sortie d’hibernation prématurée dont la voix rentrée, cassée, ne bougera pas d’un iota. Derrière, ce qui pourrait être sa progéniture besogne en profondeur dans l’obscurité, engins de forages au taquet. Riffs saignants, volées de double pédale, une youth crew s’improvise et les gamins se succèdent pour gueuler dans un micro que le boss partage volontiers. Qu’est-ce qu’il disait le boss, déjà ? "There are those who know and feel what I am creating, and there are those who only hear loud music". Peut-être que l’absence de modulation de son chant prévient toute crise mystique, écarte toute vision de cité chtonienne mais, même s’ils sont loin d’être des bûcherons de plein air, le rendu ne m’est pas plus occulte qu’un horoscope de Télé 7 Jours.  
Il n’empêche, un très bon set : recommandé !

jeudi 14 juin 2012

The Devil's Blood : The Thousandfold Epicentre

L'opéra rock - oui, comme dans Starmania et Le Fantôme du Paradis - écrit par Yes sur un synopsis de Carnaval de Venise satanique ; la presque certitude de distinguer, tout comme le sinistre malaise derrière les cascades arlequinisantes de chair de l'exubérant livret, Dave Patchett a un concurrent - l'horreur barbare du chaos, la brutalité des voix de ses hyènes et ses violons, qui grouille, gargouille et fourmille, derrière les refrains étincelants, les cavalcades flamboyantes, les claironnades vocales lubriques et séraphiques tout à la fois ; l'assurance, surtout, d'essuyer une sévère volée de refrains qui tuent debout - et repassent derrière, pour te traverser de part en part, encore et encore, en lame de faux.
Un peu comme dans l'album de Henry Purcell quand il était dans Europe. Un album qui fait les fesses rouges.

mercredi 13 juin 2012

ZDRI : démo

On a forcément un peu peur, soyons honnête, lorsqu'un lecteur, aussi fidèle et fin de l'oreille fût-il, vous propose ses œuvres, d'autant plus, dois-je rappeler mes préventions personnelles, lorsqu'elles sont annoncées instrumentales.
On la ravale vite, croyez-moi, sa peur, et quelques autres trucs avec aussi, que ce primesautier petit machin envoie dans les dents. On ne va pas épiloguer inutilement : cette preste démo de trois morceaux inspire trois mots à son écoute : oh, pu, tain. Que l'on préfère le mot groove ou swing ou flagellation publique pour qualifier ce stoner-fusion-crossover-thrash-math à calbute apparent, on va forcément, et grossièrement, namedropper  Clutch, Megadeth, Corrosion of Conformity, Meshuggah, Infectious Grooves, RATM, et ma référence fétiche lorsqu'il s'agit d'évoquer une partoche pour film aussi imaginaire que mouvementé, carnavalesque et élégamment gangster : Steroid Maximus - non, ZDRI n'ont pas de cuivres. Il s'agit surtout par ce moyen de vous tenir pour assurés que ce petit, trop petit quart d'heure d'agitation passe, le cas est rare, aussi bien dans le frais du petit matin pour m'accompagner au turbin, que pour m'en exfiltrer sept heures plus tard sous le cagnard septimaniaque - aussi bien en fessée qu'en cocktail, en somme.
En vertu de quoi il est fermement préconisé par la commission ci-réunie, que les auteurs des faits persistent dans cette voie aussi dru qu'ils le peuvent, afin notamment de nous mieux faire connaître un caractère que l'on devine à n'en pas douter mais peine à définir, dans l'étourdissante et expéditive rouste qu'est ce western hilare où la gachette est la moelleuse brutalité de la batterie et où les riffs découpent de généreux steaks, avant que d'en servir dans la foulée la tourneboulante sauce ; même pas sûr qu'ils aient urgent besoin du chanteur qu'ils cherchent.

dimanche 10 juin 2012

Witchrist : The Grand Tormentor

Comment éviter de continuer à tracer des parallèles entre Witchrist et Diocletian ? Le second Witchrist, comme le second Diocletian, surprend, et d'une assez semblable manière. Quand War of All against All abandonnait les riffs en forme d'ombres de bombardiers noirs sur ciel noir d'hiver nucléaire de Doom Cult, pour un intoxicant ciel bleu fracassé par le déluge de flammes de la bataille dernière contre toute pureté, The Grand Tormentor de son côté lâche le sombre orangeasse pisseux à peine distinct sur le noir terreux de Beheaded Ouroboros, pour ... eh bien, ce blanc pétant épatant, aussi lisible que les paroles (mais oui !) dans le livret et, qui plus est, les riffs (!). Oui, le nouveau Witchrist est lisible, il a le son ronflant, chaud, dodu en basses, félin même, et il se livre à la débauche de sa puissance ouvertement ; car il est toujours question de guerre sainte, mais cette fois on a sorti les géants numides obèses, les grandes trompes de cuivre, les éléphants, les étendards calligraphiés et les catapultes. Bien sûr, vous n'êtes pas allés croire tout cela littéralement : cette triomphale avalanche de fanatisme, cet holocauste cérémoniellement paresseux - car comme de juste le tempo aussi s'est globalement alourdi, avec tout ce militaire appareil à mettre en branle - n'est toujours bâtie qu'avec du riff, certes plus à chercher du côté de Gateways to Annihilation que de Triumph.Genocide.Antichrist, mais toujours non moins malignement truffé de cruelles sécrétions de solos effervescents autant qu'infectieux, qui sont la clameur des sucs gastriques qui clabaudent déjà d'impatience pour leur festin. Witchrist laisse derrière lui sa suffocante furie élémentale pour, fendant la croûte terrestre, émerger glorieusement dans toute sa gourmandise, sa pompe, et la jouissance de sa propre domination, et pourtant dans ce ruissellement de puissance baryton l'on croit encore entrapercevoir une iridescence de ce qu'elle contient encore après, comme une chrysalide pour quelque chose d'encore plus éblouissant qui y frissonne de vorace impatience.

Ekpyrosis : Ein Ewiges Bild

Facilement un des disques de black metal qui me tiennent le plus à cœur et que je dégaine le plus facilement quand d'aventure on m'en demande à conseiller ; sans doute facilement imputablement à la quantité de cold-wave, de Joy Division et de Brave Murder Day, qui l'infuse ; et pourtant je le vois - et le range - comme un album de black à son état le plus pur, aux côtés des albums de Trelldom, dont il a la rigueur, de tempérament, de température, d'intempérie, le dénuement guerrier et sans amabilité, érémitique, montagnard, d'ailleurs la pochette, sa glorieuse raréfaction, saisit autant l'appareil respiratoire que celle de Til Minne..., autant que ces riffs d'apparence peu nombreuse, peu variante et peu brillante, peuvent saisir de teneur épique pure, mordante comme l'air pur et froid, figeante, immortelle - ewiges, Immortal : forcément il vous faudra rien qu'un peu admettre de grandiloquence nordique pour entrer ici, mais on ne vous en demandera pas plus que ce minimum esthétique constitutif, pas de fétichisme pour la saga chevaleresque, le casque à cornes ou quoi que ce soit de rocambolesque requis, simplement une oreille ouverte à son appétit de solitude sauvage, de sensations monacales rustiques et ébouriffantes. Sans cela, probablement l'album vous mettra-t-il à la porte de chez lui par la seule obtusité de mur de son laconisme amer, tel Gaahl dans la version intégrale et contextualisée de la célèbre séquence vidéo.

vendredi 8 juin 2012

Witchrist : Beheaded Ouroboros

Le premier Witchrist est à l'image de sa pochette, qui n'est pas le fichier image que vous pouvez voir ci-à droite, le seul qu'on trouve sur internet, et dont je ne me propose pas de vous fournir un scan plus proche de la vérité, puisque la vérité ne rendrait rien. La réalité est le même motif, mais en noir très vaguement rougeâtre sur noir grisâtre. L'écrin idoinissime pour une musique ternissime, à peine lisible, occulte à tous les titres possibles, avec ses subvocalisations ignivomes, ses riffs fourmillières et leur odieuse absence de couleur, bien à la hauteur de ce qu'on peut attendre de membres de Diocletian dans ... disons une autre version, car Diocletian aussi, et pas qu'un peu, est une chose religieuse et belliciste, mais différemment ; la guerre ici est plus interne ? intestine ? intestinale ? Witchrist est un torrent souterrain de merde malveillante, une messe impie comme on en peut difficilement concevoir, un monochrome d'abominable sur ignoble, marbré de cloches au timbre moche et sans ampleur, battu de tambours sans contour, une hideur viciée totale et invasive, qui gagne par le bas à la façon d'un copieux et pâteux retour d'eaux usées. Beheaded Ouroboros balaie tels fétus les termes faibles de "monolithique", "étouffant", "écrasant", et s'impose, manifeste et épopée sacrée, dégueulant le pouvoir, d'un idiome nouveau et suprêmement dense où les points cardinaux, grave et aigu, se disent vomitif et visqueux. Venez vous faire gober.

vendredi 1 juin 2012

Killing Joke : Fire Dances

Sans doute est-ce là un simple corolaire du fait que les augustes Ulver me causent de pachydermiques bâillements , tout au contraire des égrillards Public Image Limited, mais le présent album, maintenant que j'y regarde enfin de plus près, me fait relativiser la qualité de la, au demeurant excellente, discographie de Virus (redis-le un peu pour voir, que "Wilful Days" ça n'est pas du black metal ?).
Accessoirement, on y trouvera aussi la patricienne semence de ce qu'Alain Jourgensen a fait de mieux, chez Ministry, Pailhead et Revolting Cocks ; dans sa gratitude, en retour il poussera Monsieur Paul au tombeau. Sic transit et ainsi de suite.