dimanche 8 juillet 2012

Squarepusher : Ufabulum

En matière de samurai math beats, j'ai toujours préféré Samurai Math Beats, de Bogdan Raczynski, à tout ce que j'ai pu, jamais plus que distraitement, entendre de Squarepusher, qui lui m'a toujours laissé la même impression de cérébrale stérilité que n'importe quel disque Warp Records (Amber et Selected Ambient Works Volume II exceptés). Il aura donc fallu, pour qu'enfin quelque chose de la main d'Œuf-au-saut-du-lit  me parle et me remue, qu'il se mette à ressembler, évidemment, à quelque chose où je me vois déjà : Venetian Snares. Oh, ce n'est pas encore Winter in the Belly of a Snake. C'est plutôt, et ce n'est pas d'ailleurs une mauvaise idée, à un album précis et dont on regrette la singularité, un peu, dans la discographie de Monsieur Funk, qu'on songe : Glue Funk Hits et son ultra-violente pétillance. D'autant qu'Ufabulum ne ressemble pas qu'à lui, d'album qui me serve de repère ; il emprunte aussi généreusement à la happy-tree-friend house music du Benene På Nakken de Bjørn Svin, et pour mon égal bonheur, quant il s'agit de surligner voire surjouer la naïveté ultra-mélodique, va chercher chez (feue ?) l'école Zod Records et particulièrement les délicieux Emotional Joystick, et leur ressac rose-amer de plage italienne au crépuscule - plutôt que dans tous les fastidieux gimmicks d'enfance sénile à la Richard D. James et suiveurs. Ce n'est pas Winter in the Belly of a Snake, disais-je ; et c'est tant mieux du reste ; plutôt que de chercher à cueillir une souillure angélique qu'il ne saurait atteindre, Ufabulum humblement assume bien à fond, sans faire étalage aucun d'un talent annexe et certain pour les finitions tranchantes aux charmes industriels, et soigne avec grand et admirable soin sa nunucherie et sa ringardise cavalcadante, qu'il affute en soufflerie et habille et chrome d'atours ultramodernes - garantissant ainsi à tout coup une encore plus grande et immédiate ringardise - filant tout droit entre les immeubles de verre, en terres cinématographiquement évocatrices, puisqu'on pense aux albums de Zombi, et aux frisquettes bandes originales de Scarface, Shallow Grave, et bien entendu La Boum (on a dit Emotional Joystick ou on l'a pas dit ?) - poussant même, dans son application, la vulgarité guindée (on est fan de Michael Mann ou on l'est pas) jusqu'à clôturer la bobine par un générique de fin en reflet décharné et raréfié de celui d'ouverture. Un succulent navet, en somme, pour discrètement nous présenter un superhéros modeste : la drill'n'wave.

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