mardi 28 août 2012

Father Befouled : Revulsion of Seraphic Grace

Voici venir les rois de l'harmonique sifflée ... Mais allons, n'invoquons point plus qu'il n'est besoin le dj d'Idéal J : Revulsion of Seraphic Grace et son titre sapeur démontre suffisamment que Father Befouled a d'autres cordes à son arc dans la discipline qu'il est convenu d'appeler "death blasphématoire" (contrairement à Morbid Destitution of Covenant ?).
Ils ont un batteur dont les seuls collègues auxquels il fait penser ou presque, et ce malgré un son renversant de réalisme dans la catégorie "tibias de cyclope" - sont ceux de Dead World et de Klinik, si vous me suivez.
Ils ont le fait de vivre dans un monde de semoule - oh, l'on sent bien, et souvent, même, qu'ils ont envie d’accélérer, et voyez, ils se lancent ; mais chaque fois, bien vite, la double pédale commence bien proprement à ralentir, à s'enrayer, à renâcler, à patiner, à feignasser, oh et puis merde, et à retourner à sa chère bougonnerie - Revulsion, c'est un peu une vaste crypte pleine de voûtes pénombreuses, qui sert de tanière à quelque ombrageuse bête aussi ronchonne que dangereuse, et que l'on visite sans trop savoir si seulement elle est sortie gambader, ou si du moins elle a déjà été nourrie pour la soirée. A ce stade d'humeur pâteuse c'est même plus du doom-death, ce serait du doeaothm.
Et puis, magnifiée par tout le reste, il y a : ce don inestimable pour le riff et la mélodie moches, qui sont de l'or dès lors qu'il est question de death. De ce côté, Caca sur Papa est à une sorte de carrefour entre Grave, Blaspherian et Cianide : excusez du peu.
Mais ce qu'il y a surtout, c'est que Revulsion est un disque qui soulage et rassure : non, on n'avait pas tort de trouver que quelque chose manquait et n'allait pas avec l'album de Disma ; et aujourd'hui le voilà, cet album qu'on espérait, d'ultradeep deluxe occultomormétal (ça sonne pas encore mieux que motoculteur, ça ?), l'album de canapé-death moëlleux, l'album de death seize cylindres en V qui ne tourne qu'en première, le death de baron, Funebrarum - justement - et Barry White dans le même groupe, tels deux doigts dans la même gorge, qui réussissent à tenir les promesses d'un titre aux allures programmatiques, conjuguer avec l'élégance haut-de-forme de la pochette rustre hideur et volupté cossue, sybaritie sophistiquée et goût du terne chevillé au neurone. Le muscle de la profanation, dans toute la vile simplicité atavique de son fonctionnement. Le nerf du death metal.

The Same Old Club : We Are...

Le super-pouvoir de The Same Old Club, c'est d'empiler beats sautillards et synthés happy freight-train chipés chez Mindless Self Indulgence, voltage surélevé détourné de chez Sex Positions, hystérie club-castigatoire digne de Punish Yourself - sans déraper jamais dans quoi que ce soit le moins du monde de groovy  : We are the Same Old Club et ses faux airs de gothish party screamo est surtout tout à fait confit dans une rigidité inquiétante qui est celle des pires trucs de metal-beatdown et de black aigre ; une sorte de batcave extrême et pugiliste - mais si l'on préfère, nonchalamment rêvasser à Botch qui se tape avec Kickback au détour d'une soirée dark-wave reste une perspective parfaitement carossable - toute environnée de trains en papier d'aluminium sortis de la manufacture Cat Rapes Dog ; dans un coin de chiottes, un viol  de Mayhem par X Marks the Pedwalk et Calva Y Nada fait du rififi. Ajoutez-y encore ce que vous voulez d'autre de ringard, criard, poussiflard, geignard, connard, tortillard.
 Le principal étant que cela reste aussi drôle que du Stendal Blast ou du Bile - c'est à dire pas du tout, en ce qui me concerne.

lundi 27 août 2012

Yell Fest n° 2, 24 & 25/08/12, le Loup dans la Bergerie, Chambalon

Soir I :

Neige Morte : première bonne surprise, je ne pensais pas entendre du death si tôt dans le fest, et je croyais que Neige Morte jouait du black ; doublement charmé, donc, d'entendre une boue occulte et malveillante, faite de Portal, de Witchrist et de crust-punk, élever à l'aise ses miasmes entre les pierres déjà fameuses de la Bergerie. Leur manque peut-être juste, malgré le son tout à fait galeux de la guitare, une basse pour réellement donner un enracinement à leurs maléfices - dans les cages thoraciques des auditeurs.

Warsaw Was Raw : un peu déçu de prime abord d'entendre ce qu'ils donnent sans la chanteuse qui faisait partie de l'image simpliste qu'on en avait gardée, on finit par se rendre comme avant voire plus que dans mon souvenir, à leur chaos groovy et purement électrique ; ça commence à rocker sur le Causse-Méjean.

Morgue : les vieux deatheux d'Alès, dont je verrais bien le seul album que je connais en ancêtre de tout cet amour septimane pour le chaos-core, m'auront révélé sur les planches leur façade... groove aussi, et pas qu'un peu mon neveu ! Des vagues de bonheur qui agitent la première scène que je vois de pleine extase dans la Bergerie cette année.

Jour II :

Sanair : le petit concert rural-noisedrone sur le vert parking n'aura donc pas été pour cette année, dommage, ç'avait tout de la très bonne idée pour commencer à la coule et allongé.

Mudbath : les petits neveux de Dadoo sont toujours les mêmes qu'il y a quelques mois en ouverture de Birds in Row : plein d'une belle envie, comme dirait le reporter sportif en moi (j'ai fait une partie de boules après la fin des concerts, ou pas ?) encourageante pour la suite, mais ... qu'ils passent leur bachot d'abord, et après on verra pour les conneries

Lahius : pareils eux aussi à leur souvenir d'il y a quelques mois : zéro dégaine, zéro tatouages, et un stoner de barbare total - son de vandale, batterie de porc, rugissements crus, riffs barbares, ils ont par-dessus le marché réussi à me faire presque aimer un long morceau de stoner instru-narratif, à sonner sans basse pendant une moitié du set, et à rester toujours aussi abrasants lorsqu'ils s'aventure sur l'ubac de la barbe de Neil Fallon. Un peu tout le contraire de ce qui suivra plus tard, en stoner. J'espère que leur tout frais petit disque sera à la hauteur.

 400 The Cat : et la leçon déculottée continue avec les extra-terrestres d'Alès (Jean-Mi nous aura donné des suées pendant cette partie de boules, ou pas ?), leur zenitude de darons psychopathes chacun dans son genre, leur charisme tout en coups d’œil rapides et en gestuelle nature, leurs interventions aussi spartiates qu'hilarantes - et surtout leurs morceaux de noisecore mental qui tape dans tous les sens sans jamais rien louper et surtout pas le bide, surtout pas à mesure que la fin approche et que la lancinance envahit la furie déployée, où l'on ne remarquerait presque pas à la hauteur de leur mérite les extravagances libérées par leur batteur ; sur-leçon en guise de finale avec la participation d'un membre d'un autre de leurs groupes affiliés, Royal McBee Corporation, et le finale du finale en forme de transe sidérurgico-alchimique intégrale. Vivent les vieux.

Mudweiser : cette année le Yell avait de la caillasse dirait-on, qu'ils se sont payé Johnny. La seule chose que je retiendrai de ce groupe qui était très exactement tout ce que je l'attendais où je l'attendais (mais pas ici) : son bassiste, la sonorité dégueulasse et inappropriée de son manche, et son énergie primate à la Scott Ian - et je ne dis même pas ça parce qu'il porte la barbe la plus célèbre de Montpellier ou qu'il a joué avec Verdun sur leur dernière tournée. Mais un bon moment de rigolade ne se refuse pas. Reuno bourre Chambalon, quoi.

Dead Like Me : j'ai toujours le même mal à décrire leur musique, ou à expliquer pourquoi je les aime alors que je reste imperméable à Stuntman ou Comity, par exemple ; mais ces grosses tranches de viande et de béton hardcore chaotique tombées de nulle part, aux structures, formes, cadences incompréhensibles et ultra-denses, me touche aux viscères, d'autant plus lorsqu'elle s'écorche de stridences hallucinées (mais ici presque rêvées) telles que je les aime tant chez Kill the Thrill, Binaire ou This Gift is a Curse. Dommage que leur chanteur doive les quitter, il fait partie constituante de ce douloureux bloc de son.

Ce qui ne se refuse pas davantage, c'est une petite sieste de 22h, histoire de ne pas dormir pendant le bouquet final. Je louperai donc, et ai cru comprendre que le mot n'était pas volé, Goudron.

Verdun : bon, bah Verdun, quoi - toute la France les connaît, non ? Ils font pas la prochaine Eurovision ?
Les nouveaux morceaux labourent un peu la gueule, ça brode, ça maîtrise, ça grand-messe dans la nuit cévenole, ou un truc dans le genre - ça moshe aussi, devant, j'apprécie aussi peu que pour Godflesh à la Villette, et ça me sortira plusieurs fois de l'hypnose headbangatoire bénie. Mais les jumpeurs sembleront s'être un peu fatigués tous seuls sur la fin. On était tous bien vidés, alors on a vidé les fûts qui restaient.

Puis évidemment, il y avait tout le reste, tout ce qui ne se raconte pas, parce que le Yell Fest, c'est la famille. Disons simplement qu'on a beaucoup beuglé avec l'accent.
A l'an prochain sans faute.


mardi 14 août 2012

Useless Children : Post Ending // Pre Completion

Suivant ! Entre; salue la vieille au visage fermé En slip ! Obtempère; rassemble hâtivement les vêtements sur une chaise Sur la balance ! Obtempère; l’aiguille arrête sa course, la vieille griffonne Le dos bien droit contre cette planche ! Obtempère; cale en bois contre sommet du crâne, la vieille griffonne, pose son carnet, s’approche Baisse ton slip ! Obtempère; trachée-artère contractée. Une main froide s’invite, palpe, descend, fouille, redescend, deux doigts se plaquent Tousse ! Fixe les murs qui s’émiettent Tousse ! Éros torpillé dans l’œuf  Tousse ! Directive académique, hygiène des masses Tousse !!! Obtempère; rouge au front, devoir accompli Ce sera tout…Suivant !

mardi 7 août 2012

Alexander Tucker : Dorwytch

Le disque du virage (réussi) d'Alex - articulation de mélodies, refrains, morceaux calibrés : hé, mais c'est qu'on dirait des chansons, ça, Tucker !
Et malgré tout, avec cette voix aqueuse, et cette guitare surette, ces interventions de cordes à couper le cerveau, ces clochettes effrite-neurones, Dorwytch à nouveau un album qui ronge l'esprit, à la manière d'une goutte d'acide, folklorique, lysergique, chlorhydrique, ce qu'on préfère, qui tomberait comme dans le supplice chinois et te ferait une nouvelle fontanelle faite à tous les coups pour servir de troisième œil, vers un nouveau monde liquide et terrifiant, tout en jade et en yeux grands et glauques,  où se faire noyer dans le vert oppressant et omnivore de la prairie celtique sans fin, en proie à la stupeur angoissante, la joie terrassée devant les inertes forces de la terre, leur odieuse pureté térébrante, pénétrante, où l'individu se disloque et se dissout, dans un bien-être qui est pareil au bruit d'un doigt mouillé sur une vitre. Le Peuple Blanc niche à l'intérieur de toi ; là-bas, tout en bas.

Grimes : Visions

J’en parlais récemment à ma tente, les canadiennes sont étranges. Lorsque la providence t’accorde un nom aussi délicieux que Claire Boucher (ne te maries pas, Claire, ne te maries pas) et que tu te lances dans le quatrième art, tu te dois de produire un son qui fasse honneur à ton patronyme. Mais non ! Contrairement à ce que la pochette Pushead-style pourrait laisser penser mademoiselle livre ici une électro-céleste diaphane jusqu’au transparent. Si les premiers titres retiennent l’attention par leur magnétisme virginal, la production peau d’anguille et la voix de petite-chatte-blanche-avec-un-ruban-sur-l’oreille entraîne irrémédiablement la suite vers une musique de pole dancing pour strip-teaseuses sans seins. Comme le tofu, Grimes a le gout de ce que tu y rajoutes. Comme la galette de riz soufflé bio (celle qui te colle au palais pendant que tu te demandes si tu aimes, si tu aimes pas ou si, au fond, tu t’en fous), Grimes peut provoquer une fascination passagère pour le vide. Quoiqu’il en soit 4AD a sans doute eu le nez creux : les gros puceaux s’extasieront une semaine avant d’aller s’enthousiasmer ailleurs; les autres iront se purger avec un bon vieux Cocteau Twins.

dimanche 5 août 2012

Evoken : Atra Mors

Ahab, Inverloch, Esoteric (les années funeral sont plus longues, c'est pour ça), Anhedonist, toutes proportions gardées ç'aura été une année hyperactive dans le business funeral/doom death. Pourtant on n'en retiendra qu'un.
Le seul groupe qui depuis Quietus te donne chaque fois envie de sortir du funeral de l'étagère à d'autres moments que l'heure du coucher (ce qui n'est pas péjoratif dans ma bouche, notez bien, c'est là une occasion où je goûte aussi volontiers un Tyranny qu'un Brighter Death Now), d'en écouter plus souvent, de se proclamer funeraleux, ces sortes de choses. Le patron du funeral/doom death (je vous demande pardon ? Skepticism ? restons sérieux, voulez-vous), beau évidemment, triste bien entendu, religieux ça va sans le dire, antédiluvien ça va mieux en le disant, cyclopéen je vous le donne en mille - et velu. Evoken ne jouerait pas tant du funeral doom que du funeral death, si on veut. Evoken en concert sonne avec l'amabilité d'un mur en pierre de taille et de bonne taille, et c'est cette tendreté nulle que l'on sent dans leurs froids albums, juste sous la pellicule translucide de leur sérénité infinie, cette sorte de caramel sans début ni fin qu'ils mettent avec urbanité dans le buffet de l'auditeur abusé par les voiles romantiques qu'il aura pris pour du glucose à la façon Esoteric. Evoken peut déballer comme ici tous ses attributs et arrangements mélodiques et soyeux, se montrer peut-être à son plus clair et fluide (mais aussi évoquer subrepticement une autre exception du style : Hesper Payne), il continuera d'être ce que ne sont pas la majorité (non écrasante, pour le coup) de ces albums émoussés de blackeux sous-vitaminés refoulés, que leurs hypothétiques effluves death ne rendent que patauds :
sinistre.

samedi 4 août 2012

Morbid Angel : Mer Il Et Fou - The Remixes

Tiens, j'avais oublié d'en toucher un mot - je vous refais pas le pitch à la façon de mon papa, tout le monde sait à quoi s'en tenir : avec deux cd plus une carte de téléchargement, ce qui nous fait dans les quarante pistes, sachant que l'album qui sert de matériau brut n'en compte qu'onze et qu'ils ne sont même pas tous utilisés ici : les objecteurs de conscience à Mouloud Insanus auront passé leur chemin de toutes les façons, et le seul motif de lire ceci est parfaitement trivial et mathématique, les albums de remixes étant ce qu'ils sont : (boudu, ça fait six points !) y a-t-il présentement assez de bon matos pour que je mette mes pépettes dans cette surboursouflure patente ?
Forcément, dans une grosse poule pareille, il y a des espoirs, des surprises, des découvertes, des hold-up, des déceptions. Laibach comme de juste vrille dans l'extravagance viennoise, monumentale, réjouissante, hallucinée. Treponem Pal, c'est dans l'actu, donne dans le hammam dub harassant, validé. Blackstrobe tape dans le digital death metal, les rythmiques en y regardant de plus près sont peut-être bien légèrement overdrive, mais on baille. Punish Yourself, qui n'avaient paraît-il jamais entendu d'In Slaughter Natives avant ça, en donnent une troublante et miraculeuse réinvention, flamboyant tout ce qu'il y a de plus élégamment. Kevin Crompton assure une des grosses prestations, comme c'était quasi-assuré, truc feuilleté-syncoupé en tranches psyché-ebm processionnaire sans pourtant perdre la pilosité d'Angèle, on valide également. Ahnst Anders donne envie d'écouter son ambient sortie sur Ant-zen, c'est pas forcément à faire de toute urgence, mais faire de l'ambient (ok, dark electro ambiancée) avec Morbid Angel, nuff respect j'veux dire. Project Pitchfork fait sourire. Igorrr malgré un intitulé de feu s'en sortirait bien mieux avec ses propres riffs, là il nous fait le remix typique de l'exercice, remaniement contractuellement reconnaissable, qui n'amène rien et ne fait pas œuvre, kif-kif Black Strobe même combat. Tamtrum se friseraient presque avec la moustache attendue et le feeling Las Vegas qui va bien, mais hold-up ! on a cru un peu plus tôt dur comme épinard les reconnaître, vivent les écoutes à l'aveugle, dans une prestation commencée tout en basse droit sortie du Queen, beat deep-house discoïde versatile et nerveux, voix filtrée - "too extreeeeeeeeme" du fond des chiottes - piano et tout le costard de merlan, qui se trouve en réalité être l’œuvre de Mixhell (hein ?) : paye ta tournée de vodka-perrier, Trey, mon con ! D'ailleurs pendant qu'on est dans les plans capitaux de la capitale,  plus loin on a Metallyzer aka John Lord Fonda (qui ?) qui nous met Daft Punk et The Prodigy pour le même prix, avec le chant harmonique d'Evil  D ça n'a pas de prix, respect is burning. Et lors de la même session d'écoute à Perpignan, loin de mon boîtier, j'ai pris pour la prestation de Mondkopf cette formidable démonstration de dark happy-hardcore qui s'envole dans l'eurodance emo-extatique avec beat métamorphe au tournant - qu'il faut pourtant bien attribuer à Evil Activities (qui ??). Mondkopf qui, reconnaissons-le pourtant, s'en tire bien pour sa part, un truc sobre, lancinant et indus, qui décèle bien le bon jeune, qui a autant bûché son Dive et sa vieille cold belge que son beumeu moderne. Black Lung fait son cirque, chelou, corrosif, mental, ça joue, difficile de critiquer mais difficile de s'affoler autant que pour ses vieux albums (ils sont pas encore faits ici, eux ?), difficile aussi de piger ce qu'il a voulu faire ou s'il a juste été mal servi par la matière première. Malakwa (mais qui ??) met le feu, pumpe sa mère et déraille juste ce qu'il faut - ce qui détend bien les sphincters à tout le monde - ce "Sat'-Sat'-Sat'-Sat' !" uuuuultra-jumpy, mon dieu ! Synapscape remet le feu mais surtout le surrégime polyryhtmique new-jack et moustache en kevlar, prévu mais bienvenu, ça passe la rampe facile. Olivier Chessler nous sert un truc minimal, monotone, pas démonstratif, pas rassurant, hypnotisant : normal ; un peu comme les deux bons morceaux de son dernier album de revival electro chiant ; c'est bath. Xytras (probablement le gars de Samael) a de bonnes idées par-ci par-là, de la moustache lui aussi, et des moments de mou.
Je vous passe le tableau de tous les tâcherons dubstep/gabber (c'est pas peu ou prou la même chose avec pas le même dealer ?), on en connaît aucun, y en a même des bons sur le tas - mais surtout des mauvais, et aussi des fatigants ; à la fin on les confond un rien avec les tâcherons electro brun-brun eux aussi de sortie - Chris Pohl, Nachtmahr (sympathiquement tarlouze), Tim Skold (oh merde ...), Brain Leisure qui surprend très agréablement, pour un nom surgi des entrailles du passé de la scène strasbourgeoise, avec une sorte d'interprétation sautillée-fouettée-olé! du topo Leaether Strip/Champs Elysées traditionnel, parfaitement kitsch, et qui au final est une des choses les plus entêtantes du disque ; HIV+, que j'ai pareillement toujours snobés livrent un ma foi fort joli fouillis gluant et intoxiqué ; Micropoint claque mais ennuie bien vite, sans surprise. Toxic Engine pétille assez dégueulassement mais fait péter de sympathiques boom-basses et des beats frétillants, on laisse couler.
Pour la download card je vous fais pas le powerpoint, j'oublie tout le temps de l'écouter.
En somme on s'amuse bien, même si l'on n'écoute jamais ne fût qu'un des cd d'un coup parce que faut pas déconner, y a grosso modo quatre morceaux qui se battent en duel et la si particulière voix de Monsieur Vincent devient méchamment urticante à pareille dose de bégaiement, tout comme ces riffs bourricots, d'ailleurs j'espère bien que ce billet est aussi abrutissant et grouillant d'informations inutiles que ce triple album et que vous avez perdu vos comptes - mais on s'amuse de bon cœur, on prend du bon temps et même par endroits un plaisir réel. Faites vos trucs apothicaires, maintenant. Pensez tout de même que ce sera (à moins que non) le seul album de Morbid avec un glorieux smiley en couverture.

Treponem Pal : Treponem Pal

L'a-t-on suffisamment entendu, que les premiers Trepo c'est du Godflesh ? L'ai-je moi-même assez dit, alors que je ne suis pas même sûr de les avoir écoutés avant de connaître autre chose que Saint Godflesh ? Dans industriel il y a post-punk - mais si, regardez bien ; et Treponem Pal c'est du post-punk, et bien moins du Godflesh que les vieux Pitch Shifter, qui n'en sont déjà pas tout à fait. Treponem Pal, d'évidence, use (comme dans "du bon usage") d'un piaulement de guitares popularisé par Saint Justin, mais au service d'un mieux disant funky grinçant qui a le meilleur à voir avec Big Black, Jesus Lizard, Stranger than Fiction, Pailhead, Therapy?, et tout une théorie d'autre machins encore plus rouillés avec, vous savez bien, ces basses dont un œil dit merde à l'autre et ces riffs aigres et égrillards, Fire Dances et d'autres, il y a des bouts de punk pas net et pas nettoyé dans ce premier album, et c'est donc en toute logique qu'on y voit déjà au fond du slibard d'obscures traces de dub, parce que déjà alors Trepo ne se gêne pas pas avec tout ce qu'il aime, et que ce qui vaut pour le rock'n'roll, aride mais sourdement présent, vaut aussi pour l'amour de la basse, tout naturellement puisque comme c'est Treponem Pal, forcément ça sent le cul, ça tombe sous le sens avant même de se rappeler ce qu'ils ont choisi pour nom, à travers la voix de l'homme à la tête de tarentule, moins spectaculaire qu'aujourd'hui mais si impérative et acide, à travers la sècheresse pressante de la batterie, à travers la basse voyouse et insinuante, à travers le moment de terreur et de pesanteur swansienne tyrannique qu'est "Low Man", à travers le psychédélisme de cave, à travers les pores, à travers le cuir, à travers tous les interstices... Attrape-moi, Trepo !

vendredi 3 août 2012

Xibalba : Hasta la Muerte



Alors voilà du post-hardcore, c'est bien ça ? Des gonzes plus que visiblement germés de la scène hardcore, et qui jouent en s'efforçant de le tirer vers autre chose - même si cet autre chose n'est pas l'emo-noisy de Fugazi, Quicksand et Stanford Prison Experiment (ou, pour faire moins vieux con, la psychpop de Helms Alee). Tout le contraire en somme de nos actuels imposteurs du titre, qui s'efforcent de tirer le hard rock vers le prog new-age, et ne semblent pas avoir jamais pigé quoi que ce fût au hardcore. Mais on s'en fout un peu, c'est pas de ça qu'il s'agit.
HLM prouve de façon immodérément contondante qu'au jour d'aujourd'hui, n'est-ce pas, on peut trouver autre chose à foutre de sa conne de vie bon marché, que sucer la roue à No Surrender et His Hero is Gone, tout en restant dans la modeste ambition qu'est jouer du hardcore, en déployant simplement une sauvagerie suffisamment fraîche et inouïe pour frapper. Mais on s'en fout un peu, c'est pas de ça qu'il s'agit.
Est-ce qu'il y a  du Neurosis à trouver dans HLM ? Forcément ; au moins un tout petit peu, de ce que Neurosis a pu avoir de flippant - ça a duré deux albums, vous devez savoir lesquels : sur l'un ils jouaient, c'est assez approprié, du post-hardcore ; sur l'autre ils commençaient à jouer du Neurosis ; après ils se sont retrouvés à jouer quelque chose qu'ils mettaient en franchise et qui ne leur appartenait plus majoritairement. mais on s'en fout, c'est pas de ça qu'il s'agit.
Ce qui importe, c'est que HLM est simplement terrifiant, ne fût-ce que de conviction castigatrice. Il fait de Madre Mia un disque de punk. Il fait de tous les autres disques de beatdown des compils de Kassav. Il noie dans le même bitume lent et malveillant la fibre death la plus calcinatoire (plus nécromancien on aurait du mal à trouver, à part Fear in a Handful of Dust et ses infimes reliquats de hardcore, ou Legion) et la veine godfleshienne la plus charbonneuse (Fear Emptiness Despair en ligne de mire), pour une ahurissante ambiance de crépuscule d'un monde se hâtant couardement vers sa fin, douloureuse, qui fait que l'album s'aligne à la fois avec Enemy of the Sun et Streetcleaner, et Buster et I Guilt Bearer, une odeur de purge et d'expiation qui est la funeste marque des groupes chicanos, chaque vocifération un ordre au cœur du feu de la bataille (Asphyx y es-tu, m'entends-tu ?), chaque rythmique pâteuse une procession de douilles qui tintent au sol...
Le hardcore, par définition, un peu, ça doit aussi coller les miquettes. Et des albums qui éclipsent tout un genre chaque fois qu'ils tournent, il y en a plusieurs et c'est déjà un paradoxe. Vous en avez quelques uns de cités ci-dessus. Il faudra peut-être en compter un de plus.

jeudi 2 août 2012

Treponem Pal : Survival Sounds

Parler céans d'album de la maturité de Trepo serait, comme on dit aujourd'hui, balotelli, et s'exposer à devoir parler de la mienne, de maturité : il ne fait de doute à peu près pas, sans même vérifier les dates, qu'à l'époque des albums Eléphant et 4-Way Diablo, que j'étais trop roide, au choix sur de certains principes industrigoths ou sur de certains principes relatifs à ce qu'a le droit ou non de faire l'auteur de ma fessée "Pushing You Too Far" un lointain soir des années '90 sur MTV.
Pourtant qu'elle est belle la tentation, tant ils semblent beaux les Trepo, à de la sorte harmonieusement et sereinement marier leur carnivore trance des années historiques (les gars, c'est à la limite du loyal, de planquer dans le cristal sous le disque le crâne en mosaïque que l'on reconnaît dans l'instant avec un spasme...)  et cette veine d'après qui mêlait, moi-même à les réécouter des années après j'en fus titillé, une sorte de tuning-ringardise empruntée à KMFDM (celui qui fredonne get up, get on up), et leur chères musiques basanées (mais déjà dans le clip de Pushing...) moite - c'est moi ou ce dragon a une trompe ? Le coup du crâne sérieux, tout seul ce serait le carton rouge qui pend en goutte au nez des vieux escrocs, mais vu par quoi c'est appuyé en l’occurrence ... Le gigantesque machin au micro est dans une forme des grands jours, non seulement à donner, je l'ai toujours pensé mais cette fois tous le verront, des leçons à un certain Franz auquel il fut toujours par trop comparé, mais carrément à en coudoyer un certain Layne, et pas dans ce pour quoi on l'invoque si souvent en vain, plutôt les vicieuses inflexions goth-ghost-boogie du délicieux premier album, il howle comme un Glen de Louisiane (après tout, l'accent français ça fait cajun, non ?), il glisse d'Andy Cairns à Nick Cave, il prend de virils accents new-wave à en rappeler l'autre va-nu-pieds des anitpodes, il raclasse comme au bon vieux temps, il hulule, il enjôle, il aboie ; et c'est juste, car cet album avec ses moustaches dancefloor-metal élégamment mécanisé, son blues étincelant et ses puissantes ondulations dub réussit à porter superbement le stetson du hardos à l'ancienne, et encore à sonner tout à fait vénéneux par-dessus le marché... comme se doit et est-on en droit d'attendre de nos bons vieux grigous de Treponem Pal. Je vous jure, ils en auraient presque des airs de Christian Death faisant la teuf sur un hovercraft dans les Everglades à la nuit tombée en mode Supervillain Outcast, Anaconda Sound System, quelque chose de frappant, que même Motörhead meets Killing Joke ne serait pas suffisant, quelque chose qui réjouit, impossible de s'imaginer ça comme l'une de ces tentatives back-to-basics qui veulent dire cœur-de-cible : quelque chose les a pris par le fond du calbard  et les a catapultés gaiement derechef dans leurs propres cieux, et puis c'est tout. Un peu à la façon de Stephen Bessac il y a une paire d'années, on a le sentiment qu'ils ont enfin trouvé le coup pour jouer la petite musique qui leur tourne depuis toujours dans la tête.
Des vieux qui s'envoient en l'air : la recette d'un grand disque qui s'impose dans la simplicité - je ne vérifie pas les états civils et de service des prévenus, il y a sûrement des jeunes dans l'effectif, mais je ne leur en veux pas, puis ça s'entend presque pas.