vendredi 28 septembre 2012

Fistula : Loser

Visiblement, il existe encore des gens pour qui le procédé du "bain de basse" veut encore dire quelque chose. De ce point de vue, Loser est de la famille de Streetcleaner, du moins de sa récente version révision des 100000 (bars) - c'est à dire l'armoire à pharmacie des disques dont l'écoute peut causer un peu plus que la nausée.
Cependant, Loser est aussi un disque de grind, et pour m'auto-citer tel le muffle que je suis, comme bon nombre de bons disques de grind, c'est un disque de sludge. Un bon. Tartinez donc vous-le me-le sur le museau, avec autant de goudron que vous en pourrez, à n'importe quel stade de viscosité, mangez-en à loisir et à volonté ("volonté" dans un billet sur le sludge, non mais je vous demande un peu ...), rarement sensation de sable sous les dents aura été aussi suave comme un camembert et satisfaisante, aussi dubitable soit-il que le sable en question ne soit pas simplement fait des dents-elles-mêmes... Ah, ce bon vieux sludge, ça faisait une paye !

jeudi 27 septembre 2012

Chaos Echoes : Tone of Things to Come

Chaos Echoes, c'est avant toute chose un nom et un signal visuel dont on devine aussitôt les auteurs, hautement recommandables ; partant, c'est l'objet d'une grouillante attente, en confiance ; c'est, surtout, rien qu'un peu plus que juste un nouveau nom dans ce qu'il est sûrement des cuistres satisfaits pour juger "hipster" et "commercial" : l'outre-occultisme élémental façon Teitanblood, Antedeluvian, Portal, Mitochondrion, Aevangelist, ainsi de suite. Parce qu'il leur est la réponse franchouillarde - c'est à dire plus documentaire, plus cuisamment râpeuse et tangible, donc plus flippante ; plus sexe, aussi. Parce que très logiquement, en ces nouvelles pérégrinations free-death psychédélique, Chaos Echoes conserve de Bloody Sign cette dévotion inentamable pour celui qui est Dieu en terre mormétal : Chris Reifert bien sûr, et Chaos Echoes conserve de Bloody Sign ce qui les faits dépasser de la tête et des épaules en terre mormétal : cette aura tirant sur le black misérable et vicié, ce vague air d'Arkhon Infaustus en bien plus madré, de Funeral Mist en plus famélique. Mais Chaos Echoes, ce n'est pas Bloody Sign, c'en est l'étage suivant, Tone of Things to Come est une grisante errance toxicologique, sur des guitares aux chaudes ailes de cuir et une brigade rythmique bâtie à en causer des frissons aux adeptes d'Aluk Todolo, une sensuelle natation dans les paresseux flots de globules, un rapt du cortex, un catapultage dans une dimension façonnée de muscs orientaux, de gongs, et de rushes de cellules étrangères - une initiation tantrico-grammaticale menée sur des rythmes militaires par des adorateurs de l'insecte aux émotions ravagées par les alcaloïdes en fanfare, où le goudron a le goût du miel d'oranger. Point n'est besoin ici de jouer la dépravation, on se contente de l'exsuder, comme d'aucuns se pourlèchent les babines : avec un sain appétit - Saint Reifert, y es-tu, m'entends-tu ? Tone of Things to Come est une putain de fauve et délicieuse séance de gourdin. Et Tone of Things to Come, ainsi que son nom l'indique, est beaucoup trop court.

mercredi 26 septembre 2012

Nachtmystium : Silencing Machine

Comment rendre sexy un album de ce groupe qui n'a jamais alimenté le moindre malheureux rêve, avec son nom pourri, son logo pourri, et son sanfordparker-black pourri par le muscle et le parallèlépipédisme ?
En n'essayant même pas. Nachtmystium, avec ce miraculeux Silencing Machine et sa pochette à la pignouve fauchitude eighties toute voïvoidesque, ce sont réunis la virtuosité touche-à-tout de KEN Mode et l'extravagance flamboyante et tonitruante d'Edge of Sanity ; c'est un album qui est First and Last and Always et Transilvanian Hunger, valsant enlacés la danse du j'cherche-mes-clés telle qu'on l'a rarement vu aussi émouvante, c'est une teinte new-wave qui hésite, titube, entre le Wolves in the Throne Room le plus vangélisse, et les jérémiades curistes épongées au temesta - avant d'un instant à l'autre de se laisser aller aussi épisodiquement qu'entièrement aux suggestions des étranges bruitages industriels qui le parcourent de bout en bout, et de prendre de curieux airs de Red Harvest (on n'est guère loin même des clones de Skinny Puppy les plus tiraillés entre rabique et émotif, pensez Din_Fiv, F.P.A.C, Decoded Feedback, Morgue Mechanism), pour d'inquiétantes pérégrinations reptiliennes où la rouille a des accents de trompette - l'horreur old-school de la jaquette tenant alors ses promesses de Chasses du Comte Zaroff. On crapahute un peu dans tous les sens, à une cadence folâtre et capricieuse, dans Silencing Machine, qui en cela me rappelle les sensations oubliées des disques que j'écoutais dans mes tendres années, avant de me mettre à fétichiser les albums obsessionnels et (peut-être surtout) leur perception en bloc - et ces disques-là, on le sait bien, n'en ont pas pour autant moins de caractère impossible à confondre, bien au contraire.
Il suffit de dire que ce disque est un disque de black qui plaît à Bernard, et pour faire avaler du black à Bernard il faut se lever tôt, les seuls ratas que j'ai réussi à lui fourguer se nomment Aosoth, Hell Militia, Nunfuck Ritual : ça vous situe un peu la délicatesse du type, et la caution que son auguste palais représente. C'est même bien pour quoi j'ai flairé le coup fumant et daigné ignorer les préventions qui m'auraient fait passer à côté de ce délicieux album. Vous aussi apprendrez à compter avec Bernard.

Missfist : Plein spectres

Il ne fait pas bon régler ses comptes à Moncul Corral. Chasse aux sorcières, lynchages sur lynchages, vengeance : ce n'est plus du western, c'est un carnage ! Des pendus par centaines, jusqu'au dernier qui se passa lui-même la corde, massif gibier de potence offert à la vulve béante de la Terre, généreuse et meuble, prête à cueillir les dernières semences avant le festin des corbeaux, les succionner à travers le sol poreux, les accueillir au plus profond de sa matrice, le long des racines et dans les profondeurs crétacées, là où jadis se tenait le vieux cimetière indien et où l'on pouvait encore entendre les fantômes grimacer. 

 Le village vide, continua de vivre un temps, lieu d'accueil pour le voyageur téméraire qui trouvait là l'occasion de prendre chambre à l'œil, d'abreuver et reposer sa monture, pour repartir ensuite, laisser le cheval agonisant sur le chemin et mourir à son tour, dans le tourment d'hallucinations de carnaval infernal, masques grinçant, mugissant, hurlant. Pas de doute, le lieu était maudit. 

 Le temps s'écoulait. Le sol auparavant si malléable était devenu d'une aridité de mort. Un train passait autrefois en ces lieux : aujourd'hui c'était le dernier, et il ne s'arrêtait même plus, personne d'assez fou pour descendre, pas âme qui vive pour monter. On avait posé les derniers rails de la déviation, ce lieu allait être oublié du monde à jamais, les conditions étaient parfaites : à la vue de personne, sinon des mouches et des quelques charognards qui disputaient encore leur brin de viande séchée au tréfonds des carcasses ; ainsi, le spectacle pouvait commencer ! Et dans la chaleur ardente de la nuit nouvelle, l'ont vit les morts danser, se balançant du bout de leur corde, comme au rythme lancinant d'une valse mortuaire. Et l'on sentit le sol trembler, se soulevant et craquelant péniblement, brisant les ultimes résistances, avant de libérer dans un dernier déracinement ses titanesques enfants de malheur, brontosaures pierreux et fibreux dont il était impossible de déterminer de prime abord s'ils étaient bipèdes ou quadrupèdes, ou tout autre chose, grotesques centaures aux membres informes et filandreux, aux mouvements lourds et patauds, mais d'un potentiel hautement dévastateur, chacun hurlant de sa voix d'ogre, toute la douleur de son existence, et toute sa soif du monde, si difficilement étanchable. 

 Ainsi naquit la légende des quatre Mandragores - L'un s'appelait Peste, un autre était Famine, et, bref, vous connaissez la suite - qui s'en allaient sans autre forme de procès, épandre, sur le Grand Ouest, leur ombrage morbide.


jeudi 20 septembre 2012

Blood of the Black Owl : Light the Fires !

Le nouveau BOTBO, c'est un peu l'ours de compagnie des Mala Suerte en week-end chez Aarni, et qui reprend Der Blutharsch - avant que vous demandiez : toutes périodes confondues ; costaud, les airelles fermentées ; des coups à se taper un remake des aventures d'Aguirre et Popol, au long des rivières d'alcool de copeaux gracieusement dispensé par le général Peter Andersson.
Je vous traduis, ou je fais confiance à votre bon goût pour savoir si c'est mieux que l'original ?

Blut aus Nord : 777 - Cosmosophy

Cette trilogie, disons-le honnête, m'inspirait quelque dubitation. pleine de talent, et grandement charmante, pour sûr ; mais un tantinet frustrante quant à la ration d'aveuglante fulgurance qu'on a pris un peu le pli d'attendre de Blut aus. J'espérais, disons-le tout net, que la dernière partie envolerait un peu le machin ; décoifferait vraiment, pour tout dire.
C'est aujourd'hui chose faite. Plutôt que de continuer ainsi qu'on commençait à le craindre vaguement en s'économisant, en augmentant seulement encore d'un brin la dose de breakbeat indus, tel un fabricant d'hi-tech qui distille au détail les fruits de son département R&D, pour être sûr de tout bien vendre chaque échelon de labeur investi - au lieu de ça... "Vindsval a craqué, sans déconner !".
Oui mesdames messieurs, il y a sur cet album du rap (en) français, et un tube volé aux chutes de studio de Wish, et on ne pense pour ainsi dire pas à Godflesh (juste un rien à Techno Animal) ; Cosmosophy exhibe une manière de viking-wave stellaire et minérale, bien davantage une suite de ses deux premiers albums que ne le fut Memoria Vetusta II, et il est sûr et certain que les intégristes d'iceux ne sauront le prendre comme tel, tant mieux qu'ils en périssent d'offuscation. Éternel retour en spirale, jamais le même fleuve, tout ça ; merci. Cosmosophy reprend également des motifs et des engrenages construits sur Sect(s) et sur Desanctification - pour en révéler une visée qui s'illumine ici, dans cet ailleurs sempiternellement attendu de BaN et où l'on prend enfin pied ébahi, effaré, pour le coup voici une trilogie authentiquement mystique, au sens premier, scabreux, de la chose, et cosmique tout pareil, on pense très fort à l'épiphanie terminale des Montagnes Hallucinées - ou bien, nerveusement, à la phrase jeunienne "C'est QUI ton papa, là ??" : quand MC Aus Nord prend (tout naturellement : on commençait à peine à attendre) le mic on a les sueurs rescapées de la dernière écoute d'A World in their Screams qui viennent faire pénitence, quand Blut se met au chant cold c'est pour rendre blêmes de jalousie ses propres guitares au jeu du rasoir dans le cerveau - tandis qu'elles-mêmes s'occupent à sonner à la façon d'un cauchemar de Greg Chandler ; la basse est toujours plus venimeuse, et la "batterie" bien entendu est toujours aussi morte, mais ses doigts gluants sont désormais guidés avec une horrible sûreté par - non, mais s'il vous plaît ! - la hideuse lumière de cette voix radieuse, qui donne ses étincèlements tranchants au monument de viande givrée au sel et à l'acide, qu'est cette blanche et fervente terreur d'album. Parce que ce disque-là mon petit pote, il boulotte des Hate Forest comme d'autres les bufo alvarius : au petit déjeuner. Ainsi que l'a dit je ne sais plus qui (moi ?), les disques qui font réellement mal à la chair, ils sont rares dans le metal, même avec beaucoup de guillemets autour du matériau. Mais Blut aus Nord est de plus en plus ouvertement - comme dans "guerre ouverte" - de la musique sacrée. Cet office-ci se clôt sur une saurienne accalmie, qui est semblable au dernier regard du geôlier avant de ressortir du cachot dévasté. Ce bourreau en a encore, de la ressource, et de l'initiation à accomplir.
Oubliez DsO qui est parti se cacher sous le tapis, oubliez le God City et ses légions de marmots, la violence est de retour, celle qu'on n'avait pas entendue depuis 82 et une autre trilogie d'un certain renom - souvenez-vous, dans le titre du premier volume il y avait aussi du septiquelquechose et du sequorquelquechose, dans le second il était question de la foi, et celui du dernier finissait aussi en -phie : vous remettez ?
La récré est finie.

lundi 17 septembre 2012

Silverhammer : Epoca de Sufrimiento

Silverhammer, pour rester trivial, joue du nyhc bien à l'ancienne et bien lesté en fonte, pas en chrome. Mais Silverhammer joue sa musique de maçon avec une sincérité, une virulence proprement étourdissante, d'autant plus mise en valeur qu'elle est par l'étrange nudité et simplicité de leurs morceaux : droits à l'essentiel et à l'os, rapidement et abruptement finis, séparés par de longs et méthodiques silences, compacts, strictement tissés de riffs ternes d'une efficience rompt-os maximale, de gigues de basses préhistoriques, d'une batterie toute en poésie du gnon, de moche-parts aussi vilaines que perforantes, de gang-vocals miliciens aussi flexibles, spirituels et joueurs que du First Blood, en fin de compte les peu gracieuses miniatures de Silverhammer ressemblent à une série de petits katas, économes de leur gestes, plats et triangulaires du muscle, et redoutablement guidés par la solution rapide et contondante d'une enfilade d'affaires courantes sur le sentier quotidien de la guerre, avec le cœur et le souffle derrière, un petit chapelet d'austères petits haikus de la violence nécessaire ; toute la singularité qui fait que, non content de sonner comme un monde où Biohazard serait le groupe pré-Damad,  malgré l'apparence de vétusté ringarde et rigide de sa musique Silverhammer tient à l'aise la dragée haute à nos modernes voltigeurs, qui pullulent et pirouettent chez A389 ou Southern Lord.
La vie c'est du pain.

dimanche 16 septembre 2012

Our Roots : Allegory of the Cave

Our Roots joue vite, Our Roots joue du fastcore, Allegory of the Cave dure onze minutes, on y pense autant à Kickback et Damad qu'à Crass ou à Tinner, pour tout dire en fait on pense à The Body, parce que mine de rien ces petits cons de va-nu-pieds marseillais débordent à gros bouillons sanguinolents d'une furie d'enfant débile élevé parmi les chiens, qui touche à l'hallucinatoire, sans tralalas ni trémolos, t'as qu'à voir ils glissent même au passage le célèbre extrait du dialogue entre Braddock et Little John, avant d'enchaîner sans ni tortiller ni sourciller sur du riff noisecore ulcérigène tout ce qu'il y a de sur-galvanisant et tétanisant, mais ça ne traîne pas, on a pas le temps, la tarentelle punk de purge et de saccage ne peut jamais s'arrêter, comme l'incendie elle doit dévorer, et elle ne peut durer longtemps non plus du reste, le carnage se consume de lui-même car bien vite tout est calciné et déchiqueté, en fait Allegory of the Cave est juste un peu la version tout en nudité et en violence couleur passe-muraille, façon Naked, de The Great City, rien que ça. C'est déjà terminé ? Bouducon ... Il vient de se passer quoi, au juste ?

Chowder : Passion Rift

Amis de l'anguleux, comptez-vous ! Les ceusses qui gardent toujours malgré leur propre grimace de réaction un petit quelque chose de spécialement affectueux, ou un chien de leur chienne, pour les disgrâces cavalclaudicantes de Trephine, Loincloth et Tarantula Hawk, autorisez-vous un entrechat de gaieté. Lovecraft, ce n'est pas nécessairement - oh, j'aime beaucoup beaucoup Tyranny, Evoken et Aarni, n'allez pas vous méprendre - mais ça n'est pas que pachydermisme visqueux, couleurs tombées de cieux et réverbérances impossibles. Chowder redonne la parole  aux parquets qui craquent et à la pénombre qui se niche entre leurs lattes ricanantes, aux horloges qui grincent de malveillance, à la poussière dans les rideaux balourds et hors de proportions, à l'aigre et à l'âcre. A la manière de Necrovation, récemment, plus crânement et dans un genre autrement plus kermesse aux ciseaux, Chowder affiche sur ses traits, avec la modeste application qu'on est en droit d'attendre d'un artisan ébéniste qui joue dans Earthride et Revelation, la noblesse évanescente des dégingandements non-euclidiens et de la filandre métaphysique, fait honneur en somme à Erich Zann et à sa démente scie, traduite ici sous les doucereux dehors d'un vieux rock progressifumiste aux étranges lumières d'été de par-delà les antipodes du cosmos, qui fait miel les pluies les plus aigrelettes de riffs caprins autant que caillés pour la plus grande gloire de Pan - et rend accessoirement fou dans la plus grande et liquide béatitude à bandana, bien entendu. Parce que, n'est-ce pas, Lovecraft c'est aussi le cauchemardesque ravissement pastoral venu de chez Machen, la menace insoutenable comme le miroitis d'un mirage - et les chiches mots de franche sinistrerie pour la toute fin, avant de claquer le couvercle de la boîte.

vendredi 14 septembre 2012

Bigg Jus : Machines that make Civilization Fun

Dieu sait que j'en ai vérifié, des disques de futur-hop fragmenté pour petits blancs sapés en noir, des Def Jux, des El P, des Cannibox, des Rawkus mon boule, et que sais-je encore. Et pourtant le voilà seulement enfin, le petit dernier à se montrer digne et qualifié pour étoffer un brin l'étagère où j'aligne comme à la parade les cyberpunks Dälek, Rubberoom, Fever, Sensational, Food for Animals, Dizzee, Octavius ... A la fois aussi hélicoptère conscient/filet à papillon bactériologique/dégénérescence germinative - que le veut l'exercice, et assez h.i.p.h.o.p - assez Wu-Tang, pour tout dire et malgré l'idolâtrie toute relative que j'entretiens à leur endroit, sorti de Forever - assez Ol'Dirty, plus spécifiquement - pour le faire avec vigueur, avec ses orchestrations martiales branleuses en sac à patates taille ex-ex-extra-basse, assez amples pour aller avec et contenir tout - car Grrand Jus n'oublie pas d'épaissir son bouillon de chou chimique jusqu'à lui donner la richesse en multiples textures d'une douillette et grisante pâtisserie mentale, avec une langueur soul digne d'un échantillonnage de RZA, une fumée dans la voix qui pourrait tirer vers les nocturnes de Kill the Vultures, un luxe de rythme fiévreux cousin d'un Timbaland passé au grime chez Modeselektor, voire de Seal Phüric virant dancehall, et une douzamertume stratosphérique et polluée dérivant vers la harsh-wave toxiconirique de Skinny Puppy. En fait je suis passé pas loin un moment, de vous servir une saucée de rhétorique photoshop, mais cela manquait de quelque succulence verbale, et puis je ne parvenais à me décider, entre la pochette de N***a Please avec le logo de Skinny Puppy quelque part en jaune survèt', ou la pochette de Rabies avec le nom de Big Baby Jesus dessus - mais dites vous que Machines c'est un peu beaucoup ça : Drexl débarqué dans Ghost Dog à la place de l'autre aï, un cross-country survival chamanique futuriste, les genoux tout écorchés au cerveau par le biais de dangereux super-pouvoirs autophages. Des barres.

mardi 11 septembre 2012

Missy Misdemeanor Elliott : Miss E... So Addictive

LE disque de r'n'b. LE disque de Missy, aussi. Le temps de l'intro, on se croit parti pour un album de délicieuse soupe aux épices de luxe dans la lignée de Da Real World. Et on se fait connement cueillir comme une fleur bientôt perdue, par la première ligne de basse entre house et hip-hop canaille - et emporter dans le festival satiné de ce disque qui voyait la rencontre au timing parfait entre le beat lubrique de Timbaland dont le triomphe commençait tout juste et était encore buvable, et l'initiation de Madame à un cacheton qui faisait alors une entrée fracassante dans le milieu des lascars (il a inspiré "Kim" à Eminem, dites pas le contraire vous savez que j'ai raison), et dont l'album est (un peu plus qu'ouvertement) la voluptueuse et religieuse célébration des pouvoirs. Rythmiques heurtées-saccadées-explicites et irrésistibles, qui vouent la carcasse à la condition de pauvre sac d'osselets et électrisent les hanches, phrasés zézayant entre Busta Rhymes et Lady Saw, synthés caoutchoutés chourrés à la dark-wave la plus scabreuse, orientalismes plus ou moins raffinés mais toujours piquants, ambiances stellaires, chœurs tout en sucre et cyprine, la soie et les fluides corporels sont une seule même et douce pluie parcourue de gracieux miaulis de séraphins femelles, une musique d'alcôve futuriste bien plus humide et organique qu'on n'attendrait - et surtout aussi, surprise au milieu de ces années tyrannisées par l'immonde french touch, nous tenions là un des albums qui le mieux transmettaient la sensation frissonnante de ces nuits sans fin et sans fond, le vertige sensuel de cet appétit extra-terrestre, l'angoissante intensité de bien-être, que prodiguait la fameuse petite pilule dans le noir.

lundi 10 septembre 2012

Ministry : With Sympathy

Or donc, l'album new-romantic dont Alain Jourgensen a honte.
Quel sombre con ! Ferait mieux de s'apercevoir qu'il bigle très sévèrement, et de reconnaître que son propre corps aujourd'hui tente de se faire seppuku de son propre chef. With Sympathy a en lui plus de vice et de poison que des pans entiers de la discographie de Ministry (sans même tirer sur le récent convoi d'ambulances, prenez le micropénien et fade Land of Rape and Honey, ou Twitch dont seules les outrances d' "Over the Shoulder" parviennent à atteindre l'insanité déballée non stop ici...), puisqu'il a celui, de vice, de Soft Cell et Duran Duran, qui viennent infecter et ronger d'obsession ces morceaux façon old INXS - qui osera écouter "Revenge" et me dire qu'il n'est pas autrement plus concupiscent et dangereux que tout le thrash double cheddar et œuf en cube que ce connard de Cubain nous chie au kilo depuis une plombe ? Il ne m'est, quant à moi, que de cuisamment me rappeler  la massacrante humeur de putois où j'ai passé cette journée, à l'avoir dans la tête obtusément, pour avoir eu la bêtise d'écouter deux fois le disque. Sans compter que, pour peu qu'on ait le palais un tant soit peu éduqué à l'anachronie, on y trouve sans forcer du Der Prager Handgriff, du Snap, du Inner City, un funk à mi-chemin entre Brighter than a Thousand Suns et Doggystyle, des synthés qui k-holaient déjà  aussi bien que le feraient bien plus tard ceux de Sabbath Dubs - oh l'odieuse "I wanted to tell her" ... Il y a autant de Don Johnson que de Robert Smith, autant de Dave Gahan que de Carlito's Way dans le cœur de cet album digne d'un Mario Van Peebles qui guignerait sur une bande originale new-wave pour ses dernières aventures, et trouverait pour tout butin un disque aussi frénétique et malade que la libido d'un album de Prince - le bandana en plus, au-dessus du khôl.
Ouais, Alain, c'était quelqu'un, à un moment. Ce disque qui est un de ses tous meilleurs a enfin été réédité et nul n'est plus besoin de le stalker et négocier au fil de la toile. Rendez-vous service.

samedi 8 septembre 2012

Aerôflôt : Santa Muerte

Je ne sais plus ce que j'ai cru lire, entre post-punk, kraut, garage, ou ce que de tout cela j'ai imaginé, mais il est sûr qu'on nage céans en eaux où j'ai trop peu pied pour pas dire des conneries approximatives grosses comme moi si je me risque à namedropper, alors ... namedroppons. Le groupe auquel me font principalement songer ces Aerôflôt, c'est 202 Project et son Total Eclipse - qui croiserait dans son ascension vers les voies lactées-au-lsd la suavement brûlante hystérie sans catalytique de Gore Baby Gore et de Cowboy Be-Bop, propulsé par les glouglous d'un orgue amoureux qui pourrait être celui de zZz ; Santa Muerte est un de ces quelques disques en forme de nonchalantes fusées, que l'on écoute avec une robe de bure remontée sur les genoux, et un bandana de flibustier égorgeur, qui font les yeux comme des soucoupes volantes avec des infusions de galaxies entières renversées dedans, car comme il est juste Aerôflôt en fout partout, et des fourmis dans les pieds avec ça, et des bulles euphorisantes et toxiques plein le cortex, et des calebotes à go-go, et flanque dans une joyeuse terreur la folle envie d'aller crapahuter dans toutes les plus canailles des criques du multivers - oh, et puis pourquoi se torturer le carafon avec des appellations scolastiques : Santa Muerte est un album de rock psyché, beau gosse, rock, et psyché.

mercredi 5 septembre 2012

Hawks, Cafe Flesh, 04/09/12, le Black Sheep, Montpellier

Cafe Flesh from Jarnac, Hawks from chais pas d'où mais vu ce qu'ils jouent tu m'as compris, la moitié de Villeveyrac dans la salle (la bonne) : ce soir c'est soirée rural noise au Mouton Noir, ou quoi.

Cafe Flesh ne sont pas le croisement d'Unsane et Morphine : ce serait occulter tout ce que discrètement ils chipent à Devo, et cette capacité permanente à passer subrepticement et sans heurt de l'évidence punk power-pop à la dérouillée noise extrême en règle, avec cette guitare qui est la rouille et le foret, Big Black et Helmet, et cette section rythmique beatdown-funk sans merci ; jamais eu envie d'écouter les disques, pas sûr que ça change ce soir, mais sur une scène c'est du nanan.

Hawks ne sont pas le croisement de Jesus Lizard et 16 - mais par pitié, cessez de parler de Pissed Jeans à propos d'eux ; Pissed Jeans n'existent pas, et seraient - hypothétiquement - un simple rip-off de Jean-Louis ; Hawks, eux, font partie des groupes qui ne paient pas de mine direct, et pour une raison simple : ils jouent le blues ; comme 16 ils sont une bande de discrets avec un bagnard en vitrine, et boudu que ce bougre assure ; derrière, discrètement aussi, jamais loin de Killdozer comme le fera justement remarquer l'avisé Chonchon. Hardcore blues : eh ? ça ne vous rappelle rien ? Juste en plus anguleux pour être exact, c'est l'exacte définition du sludge, qu'il nous a été donné d'entendre ce soir, sans les poncifs sabbathinutiles, sans les larsomnifères, juste le blues, le cul, la bedaine, la sueur dans le pento ; et la foi, seigneur. Formidable.

Chouette rentrée.

lundi 3 septembre 2012

Yob : The Illusion of Motion

Sidérant Yob. Le groupe par excellence qui sans vergogne ni états d'âme glane ses influences dans les prairies de la modernité, El Wiz, Burning Witch et Neurosis en guise de dieux, plutôt que le sempiternel et ennuyeusement "sacro-saint" gang des postiches du doom - et qui pourtant, bien plus que des légions d'autres justement restés accrochés comme de palourdes rombières aux poussiéreuses tables de la loi, déploie une irrésistible envie de jouer (il faut avoir vu Scheidt se colleter langoureusement autant que vigoureusement avec ses riffs, sur une scène) comme si on était pile en mille-neuf-cent-soixante-je sais pas combien (vous maniez certainement mieux le wiki que bibi), et que tout restait à faire sous le soleil de feu. Voire mieux, en mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix-quelque-chose, tant cet album, qui a envers et contre toute logique la violence de couleur des premiers émois, me rappelle mes propres premiers vrais émois sidérurgiques, et sonne un peu beaucoup comme si c'étaient Jane's Addiction et le FNM de The Real Thing qui étaient en 1970, et démentiellement affairés à forger une nouvelle musique chamanique et chamarrée appelée doom. Une musique d'une sincérité, d'une nécessité, à tout rompre, à commencer par la croûte terrestre bien entendu. Soit la seule considération qui compte en fin de compte, puisque Murat avait bien raison : on n'est pas dans l'industrie du yaourt.