jeudi 20 septembre 2012

Blut aus Nord : 777 - Cosmosophy

Cette trilogie, disons-le honnête, m'inspirait quelque dubitation. pleine de talent, et grandement charmante, pour sûr ; mais un tantinet frustrante quant à la ration d'aveuglante fulgurance qu'on a pris un peu le pli d'attendre de Blut aus. J'espérais, disons-le tout net, que la dernière partie envolerait un peu le machin ; décoifferait vraiment, pour tout dire.
C'est aujourd'hui chose faite. Plutôt que de continuer ainsi qu'on commençait à le craindre vaguement en s'économisant, en augmentant seulement encore d'un brin la dose de breakbeat indus, tel un fabricant d'hi-tech qui distille au détail les fruits de son département R&D, pour être sûr de tout bien vendre chaque échelon de labeur investi - au lieu de ça... "Vindsval a craqué, sans déconner !".
Oui mesdames messieurs, il y a sur cet album du rap (en) français, et un tube volé aux chutes de studio de Wish, et on ne pense pour ainsi dire pas à Godflesh (juste un rien à Techno Animal) ; Cosmosophy exhibe une manière de viking-wave stellaire et minérale, bien davantage une suite de ses deux premiers albums que ne le fut Memoria Vetusta II, et il est sûr et certain que les intégristes d'iceux ne sauront le prendre comme tel, tant mieux qu'ils en périssent d'offuscation. Éternel retour en spirale, jamais le même fleuve, tout ça ; merci. Cosmosophy reprend également des motifs et des engrenages construits sur Sect(s) et sur Desanctification - pour en révéler une visée qui s'illumine ici, dans cet ailleurs sempiternellement attendu de BaN et où l'on prend enfin pied ébahi, effaré, pour le coup voici une trilogie authentiquement mystique, au sens premier, scabreux, de la chose, et cosmique tout pareil, on pense très fort à l'épiphanie terminale des Montagnes Hallucinées - ou bien, nerveusement, à la phrase jeunienne "C'est QUI ton papa, là ??" : quand MC Aus Nord prend (tout naturellement : on commençait à peine à attendre) le mic on a les sueurs rescapées de la dernière écoute d'A World in their Screams qui viennent faire pénitence, quand Blut se met au chant cold c'est pour rendre blêmes de jalousie ses propres guitares au jeu du rasoir dans le cerveau - tandis qu'elles-mêmes s'occupent à sonner à la façon d'un cauchemar de Greg Chandler ; la basse est toujours plus venimeuse, et la "batterie" bien entendu est toujours aussi morte, mais ses doigts gluants sont désormais guidés avec une horrible sûreté par - non, mais s'il vous plaît ! - la hideuse lumière de cette voix radieuse, qui donne ses étincèlements tranchants au monument de viande givrée au sel et à l'acide, qu'est cette blanche et fervente terreur d'album. Parce que ce disque-là mon petit pote, il boulotte des Hate Forest comme d'autres les bufo alvarius : au petit déjeuner. Ainsi que l'a dit je ne sais plus qui (moi ?), les disques qui font réellement mal à la chair, ils sont rares dans le metal, même avec beaucoup de guillemets autour du matériau. Mais Blut aus Nord est de plus en plus ouvertement - comme dans "guerre ouverte" - de la musique sacrée. Cet office-ci se clôt sur une saurienne accalmie, qui est semblable au dernier regard du geôlier avant de ressortir du cachot dévasté. Ce bourreau en a encore, de la ressource, et de l'initiation à accomplir.
Oubliez DsO qui est parti se cacher sous le tapis, oubliez le God City et ses légions de marmots, la violence est de retour, celle qu'on n'avait pas entendue depuis 82 et une autre trilogie d'un certain renom - souvenez-vous, dans le titre du premier volume il y avait aussi du septiquelquechose et du sequorquelquechose, dans le second il était question de la foi, et celui du dernier finissait aussi en -phie : vous remettez ?
La récré est finie.

2 commentaires:

Karamazov a dit…

Donc le bouquet final est réussi ?
Des étoiles plein les yeux et des surprises inattendues ?
J'irai m'(en)quérir.

Ø a dit…

Les patrons