mercredi 26 septembre 2012

Missfist : Plein spectres

Il ne fait pas bon régler ses comptes à Moncul Corral. Chasse aux sorcières, lynchages sur lynchages, vengeance : ce n'est plus du western, c'est un carnage ! Des pendus par centaines, jusqu'au dernier qui se passa lui-même la corde, massif gibier de potence offert à la vulve béante de la Terre, généreuse et meuble, prête à cueillir les dernières semences avant le festin des corbeaux, les succionner à travers le sol poreux, les accueillir au plus profond de sa matrice, le long des racines et dans les profondeurs crétacées, là où jadis se tenait le vieux cimetière indien et où l'on pouvait encore entendre les fantômes grimacer. 

 Le village vide, continua de vivre un temps, lieu d'accueil pour le voyageur téméraire qui trouvait là l'occasion de prendre chambre à l'œil, d'abreuver et reposer sa monture, pour repartir ensuite, laisser le cheval agonisant sur le chemin et mourir à son tour, dans le tourment d'hallucinations de carnaval infernal, masques grinçant, mugissant, hurlant. Pas de doute, le lieu était maudit. 

 Le temps s'écoulait. Le sol auparavant si malléable était devenu d'une aridité de mort. Un train passait autrefois en ces lieux : aujourd'hui c'était le dernier, et il ne s'arrêtait même plus, personne d'assez fou pour descendre, pas âme qui vive pour monter. On avait posé les derniers rails de la déviation, ce lieu allait être oublié du monde à jamais, les conditions étaient parfaites : à la vue de personne, sinon des mouches et des quelques charognards qui disputaient encore leur brin de viande séchée au tréfonds des carcasses ; ainsi, le spectacle pouvait commencer ! Et dans la chaleur ardente de la nuit nouvelle, l'ont vit les morts danser, se balançant du bout de leur corde, comme au rythme lancinant d'une valse mortuaire. Et l'on sentit le sol trembler, se soulevant et craquelant péniblement, brisant les ultimes résistances, avant de libérer dans un dernier déracinement ses titanesques enfants de malheur, brontosaures pierreux et fibreux dont il était impossible de déterminer de prime abord s'ils étaient bipèdes ou quadrupèdes, ou tout autre chose, grotesques centaures aux membres informes et filandreux, aux mouvements lourds et patauds, mais d'un potentiel hautement dévastateur, chacun hurlant de sa voix d'ogre, toute la douleur de son existence, et toute sa soif du monde, si difficilement étanchable. 

 Ainsi naquit la légende des quatre Mandragores - L'un s'appelait Peste, un autre était Famine, et, bref, vous connaissez la suite - qui s'en allaient sans autre forme de procès, épandre, sur le Grand Ouest, leur ombrage morbide.


4 commentaires:

Anonyme a dit…
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Le Moignon a dit…

Chronique, chronique, tout de suite les grands mots... Et puis merde, pourquoi se faire chier à lire des chroniques quand il suffit d'écouter le disque pour se faire une idée ? J'espère au moins que mon texte aura piqué ta curiosité. Bonne écoute, l'Anonyme :

http://missfistmusik.free.fr/mp3/vinylefaceA.mp3
http://missfistmusik.free.fr/mp3/vinylefaceB.mp3

gulo gulo a dit…

ci-gisait un super commentaire qui n'avait pas compris qu'une chronique a peu à faire de donner idée, puisqu'elle doit donner envie ; pas super commentaire tout compte fait

Le Moignon a dit…

Merci Gégé, j'aurais pas mieux dit !