mercredi 31 octobre 2012

Stagnant Waters : Stagnant Waters

En veux-tu du black décadent - du post-black ? Satan est mort, je te ferais dire, si jamais des fois que certains ont toujours pas intégré 666 International ... d'autres l'ont bien percuté, je vous prie de croire. Le post-black c'est pas ces machins miévreux encore plus nouilles que l'Under the Sign of Hell qu'ils sont supposés enterrer - avouons que c'est quand même drôle, ces chevelus allergiques au hardcore par devoir, et qui souffrent dans leurs rangs de la même peste post-rock fleuriste que le hardcore - enfin, si on imaginait que le post-hardcore avait à voir avec le hardcore ... bref.
Stagnant Waters, comme black mental, ça se pose là - forcément, avec à bord de la nef des fous un type de Pryapisme, et Zweizz (de Zweizz ... et qui participait à la mise à mort citée ici en préambule : ça aide) - et un Camille, qui forcément au milieu de ces deux-là, ne trouve plus que le rôle du mec normal, et assure la partie commando du taf avec une efficacité implacable ; le truc auquel on pense invinciblement, lorsqu'on est incliné à toujours penser à des trucs, c'est les vieux Venetian Snares, ou Aphex Twin comme on croit que c'est lorsqu'on lit des trucs dessus et comme c'est hélas jamais - Venetian Snares, donc. En beumeu, vous voulez ? ... Or about How to Philosophize with a Hammer, si on veut, ou All the Waters of the Earth Turn to Blood remixé à 800 bpm par Doormouse ; et Foetus et Sielwolf embourbés dans le marécage de Wold, rongés par le fréon et les stroboscopes. Il faut essayer d'imaginer une chose qui a et la violence insane de Robinson, et la grâce de valseur de ... Pryapisme, justement, c'est bien leur charme, leur élégance d'assassin dément que l'on reconnaît ici, dans ce paysage mécanique insensé, dans ce transept cruel et hérissé de mille scies, herses et pals, où 1349 virevolte avec redingote et haut-de-forme, le cerveau en chiffonnade de parme. Stagnant Waters, en fait de black, tient plutôt du blafard, celui de Metropolis et de Haus Arafna, celui du talc sur la face d'un Heath Ledger mort et largement refroidi, celui des cendres froides et de la Lune congélatrice qui éclaire les Nidingr, les Jumalhämärä et les Spektr (d'ailleurs, je vous le dis en confidence, le groupe devait à l'origine s'appeler Stagnantr) - et en fait de mathématiques, d'une méthode du tranche-gorge considéré comme un des beaux-arts.

dimanche 28 octobre 2012

Aevangelist : De Masticatione Morturorum in Tumulis

Té, c'est que ça commence à être peuplé, dans le coin du chaoccultmudstorm death metal (comme on dit vers Carcassonne) né au(x) pays des extrêmes ! Alors, ces petits nouveaux apparemment assez marqués par Mitochondrion en particulier, et dont le disque lui-même est imprimé d'un diagramme qu'on croirait celui qui orne Swarth, seulement à travers une vue brouillée par d'assommants stupéfiants mystiques - qu'est-ce qu'ils ont à rajouter au pot commun ? Ma foi, une forte teneur en kinky indus d'horreur, on pense irrépressiblement au mysticisme sinistre de Mynox Layh, aux protocoles de sévices de Sektor 304 et Sigillum S, à la sordide infra-souillure des Archon Satani, des P/D (B) et des Stratvm Terror ; et un goût certain pour les parties de sans-jambes en l'air avec les anacondas, ce qui n'est pas antinomique, il n'est que de voir quelles écœurantes délices de toxicité sont ces huileuses ondulations de gaz nécrosant ; Aevangelist est également bien enraciné, ainsi qu'un chancre, dans une certaine conception du doom, au croisement interlope de la toxicosmicomanie maniaco-dépressive d'Esoteric, et de la grandiloquence dégénérescente des macaronis d'Urna ; et encore, assez peu surprenamment tout compte fait, dans la militaire et totalitaire stridence du Godflesh ou du Red Harvest le plus est-allemand ; et dans la combinaison irrespirable d'In Slaughter Natives, dISEMBOWELMENT et Malformed Earthborn ; ce qui, à l'heure de l'addition pour le mental assiégé, donne un résultat proche de celui qu'obtiennent les abominables Bloodkitt - soit, ainsi que dirait Jean-Pierre Bacri, une sorte de saturation - une asphyxie pas assez totale pour bienheureusement sombrer, un assaut bouchant tout - il faut dire qu'il y a ces guitares, dont les translucides notes n'ont aucune couleur, que le goût du métal aigre, et puis cet ostinato quasi-subliminal de petit chœur de la terreur, sale et insinuant comme du yelworC et qui court narquoisement partout comme de la tuyauterie suante, insaisissable à s'en rompre le crâne contre les murs avec ardeur, pour goûter enfin cette pulpe qui sans fin se dérobe, fantomatique, ainsi qu'un fumet labile dans un ragoût, excitant toujours plus l'appétit mécanique des cogneries mécaniques à puissants pistons.
Finalement, Aevangelist n'a pas grand chose à voir avec une sorte de génériquisation de la nouvelle clapotante vague du cauchemardeath. Plutôt à un type inédit de cauchemar, qui brûle les yeux par en-dedans et qu'on croirait presque italien (m'enfin, ce finale de lover ?!), pour dire un peu...

Stolearm : Glasslight Schwarzfaçade

Stolearm sur disque ça n'a, forcément ou pas, pas la folie ébouriffante de Stolearm en concert. Non seulement ça ne saurait traduire un groupe que sur scène j'ai vu alternativement composé d'une, trois puis deux personnes ; mais surtout, aujourd'hui que j'ai les éléments de comparaisons suffisamment rapprochés à l'esprit et l'oreille, je reconnais bien que ce sont les mêmes chansons, et qu'elles ne traduisent pas ici le fracas, la sauvagerie à la Jacques Tati qu'elles revêtent sur une scène grâce à l'inénarrable Lulu.
Alors, qu'y a-t-il sur un album de Stolearm ? Eh bien tout de même en partie la même chose, forcément quand même, qu'on entend live : des brouettées exubérantes de références, bouillonnantes, éblouissantes, turbulentes ; car aussi vrai que Lucien est de toute et candide évidence un homme qui écoute et admire voracement toutes sortes de musiques, il est également de ceux - déjà plus rares - qui dégagent quelque chose d'autre de bien à eux lors même qu'ils sont le plus baignés dans leur dites influences - pour prendre un exemple vocal, quand il est à son plus Trent  R. (c'en est confondant), jamais il ne sonne comme une imitation. C'est que le Lucien a naturellement une voix tout bonnement prodigieuse, qui tout comme sa musique évoque autant les illustres anciens que les modernes comme lui affranchis de tout complexe - autant Bowie et Reznor que de jeunes sauvageons tels que The Horrors ou zZz ; comme à l'accoutumée, Stolearm brasse de Death in Vegas à Gashed Senses and Crossfire en passant par Zooropa et Brighter than a Thousand Suns, avec bien entendu moult coup de chapeau très digne à Pretty Hate Machine et Remission & Bites, et bien entendu tout le spectre fourmille de textures rêveuses puisque, cela aussi s'entend sans détours, Lucien est fanatique de production et elle aura sûrement changé encore quatre fois entre la version du disque que j'ai et celle qui sortira ; et tout ce matériau élégant en diable tisse de superbes morceaux, habiles, charmeurs, invincibles, fantasques, chahuteurs, et toutes sortes d'autres choses encore - au nombre desquelles, très accessoirement, un très tangible talent de conteur pop, en plus d'être façonné dans l'étoffe new-wave la plus somptueuse.
Alors, qu'attend-on de Stolearm au juste ? Ma foi, juste encore mieux. Parce que, de plus en plus définitivement, il est audible à n'importe qui de sensible que Lucien est un calibre spécial d’énergumène, et qu'il peut faire davantage que jouer une splendide musique sous influence comme s'il venait de l'inventer en personne (c'est, répétons-nous, déjà précieux) - davantage que décoiffer sévère : décoiffer SÉVÈRE.

samedi 27 octobre 2012

Aluk Todolo : Occult Rock

C'est moche à dire, mais aller voir Aluk Todolo jouer live n'est aujourd'hui plus chose indispensable. La monstrueuse expérience de transe qu'ils déchaînent lorsqu'ils sont sur les planches, cette marée formidable qui sous le mauvais éclairage de la méchante petite ampoule jaune pourrait aussi bien être, d'un coup d’œil à l'autre, un torrent kraut-psyché délirant de paludisme, que le black metal le plus squelettique et teigneux, façon venteux glapissement d'éternité - cette expérience marquante et renouvelable sans restriction, est désormais marquée telle une tâche de sang impossible à ravoir sur un vieux coussin poussiéreux de feu grand-père. Et si vous avez les foies, inutile de grincer des dents, personne ne vous entendra, par-dessus le grincement de tous les diables que fait gueuler Occult Rock.

dimanche 21 octobre 2012

Alaric : Alaric

Tout le monde, naturellement, connaît déjà ce disque : il n'y a bien que moi perclus de mes lubies pour oser snober pareil coup fumant annoncé de loin - un album de death rock avec une portion de l'effectif de Noothgrush dedans. Remarquez, cela s'explique aussi, puisque hormis leur démo je n'aime pas Noothgrush, et que même si Blue Cross c'est super bien, je n'aime pas non plus le principe de cette vague néo-death-rock endorsée par les casquettes Cvlt Nation (comment cela, ce n'est pas une marque de streetwear ?) qui aime surtout à se crier "post PUNK HXC" - mais ce n'est pas la question.
Or donc, assez peu étonnamment, le disque en résultant et son ambiance a des airs de sommet entre The Gault et Rudimentari Peni ; plus étonnamment, un peu, on trouve au chanteur une alacrité et une acidité rappelant çà Amebix, là Project Pitchfork, ou au détour d'un "your hell !", Godflesh, ou encore ailleurs, un Alien Sex Fiend des heures les plus sinistres tâtonnant dans la nuit des vieux Killing Joke ; et, toujours étonnamment à moins que pas du tout, toutes ces funestes humeurs se conjuguent au mieux avec une étrangeté aussi détestable que manifestement affiliée à Human Anomaly, pour rester dans la famille - de même que tout ce saturnisme invasif se marie avec un bonheur rare avec, ainsi que l'a souligné le rusé vieux corbac qui m'a convaincu de donner sa seconde chance à la chose, une colère certaine, brouillée par l'amertume et l'ulcération, d'un famélique désespoir de crépuscule contemplé depuis le fond de ce tunnel sous la terre ; oui, c'est gai, hein ? C'est gothique, banane, on est pas là pour pogoter et se secouer les cheveux, mais pour se ronger les os et se désaltérer de bile par petits godets qui traversent la carcasse.

Neurosis : Honor Found in Decay

Ce disque qui prend très sûrement le cap des memoranda de l'année s'est affublé d'une des pochettes les plus affreuses qui se puissent (mais que quelqu'un tue Josh Graham avec du feu !) ; c'est comme ça ; parce que Neurosis, c'est des gros cons de camionneurs et c'est pas autrement ; ah, vous les aimez plus, hein, ces vieilles emmerdeuses messianiques que vous avez hissées sur un piédestal en les découvrant à l'occasion du beurré Times of Grace ? Moi je les retrouve, avec leur meilleur, leur plus saisissant album depuis Enemy of the Sun, tiens, faisons les choses en grand, ça ne demande même pas d'exagération après tout, et leur plus douloureux depuis Through Silver in Blood, ça c'est cadeau. Neurosis ne fait plus du Neurosis - de votre Neurosis ? Ça tombe bien, votre Neurosis c'est de la daube, ça faisait trop longtemps qu'eux aussi ils jouaient de ce truc qui ressemble à Neurosis, comme les autres glands ; et jouer quelque chose qui ressemble à du Neurosis, je le grommelle depuis des lustres et des lustres, ç'a toujours été une grosse connerie, une mort en sursis et pas la moins moche, ç'a toujours été grotesque, ç'a toujours été laisser la proie pour l'ombre - en même temps on les comprend, v'là la proie, on a modérément envie de la rattraper, hein les peigne-cul ? Neurosis n'a pas été dépassé par ses élèves, n'a pas été ringardisé : Neurosis a toujours été tout seul ; et si tous ces autres ont choisi d'aller ainsi dans le mur sur un rail express, eux peuvent bien aller où ils veulent ; alors, aujourd'hui, ils ont décidé de jouer du gros hardcore de païen triste, de faire un album humide, gris et vide comme une froide fin d'après-midi dans la bruyère, de mélanger des violons et des cornemuses toutes jolies et paysagères avec des gros et maussades riffs pas fins martelés sans aucune finesse ; parce que c'est des gros cons de camionneurs, qu'ils ont toujours été, et que ça les différenciera toujours, avec l'âge et les sales traits qui se marquent, des autres, de tous ces porteurs d'Eastpak et de montures en plastique. Vous avez vu City of Industry ? C'est un film un peu ringue ; si c'est le cas, vous vous rappelez à coup sûr cette scène où un Harvey Keitel fatigué, cassé, ronchon et soufflant, défonce méthodiquement le crâne du beau Stephen Dorff sur le bitume.

samedi 20 octobre 2012

Puteraeon : The Esoteric Order

Et un nouveau billet de votre Julien Courbet de service, un. Juste pour vous garantir que cette pochette-ci ne vous blousera pas, les leads ont bel et bien ce vert et ce violet surnaturels, le groove des riffs est assurément d'un autre monde voire d'un monde autre (des motards dans un dessin d'Escher) - et quant à l'ésotérisme, eh bien ma foi, disons que le batteur jongle avec des colonnes de temple, les doigts dans le nez. Il peut être utile de signaler que, sérieusement, le disque s'apprécie notablement mieux à un volume à décorner les bœufs, qui rende justice à un son aussi nacré que les yeux dans le mazout ; mais, alors, quel horrible panard !

vendredi 19 octobre 2012

Decline of the I : Inhibition

Riche année black, en fin de compte - oh, ça tient à pas grand chose : Nachtmystium, Blut aus Nord, et Merrimack, dont le ci-devant album est une manière de cousin ultra-dépravé ; aussi malaisé à définir de ses contours, pour ne pas dire odieusement informe ; Inhibition est une chose mollusque et constrictrice, terne, presque fade sauf que pas du tout, vaguement lisse et nauséeuse, qui n'a pas à voir avec beaucoup si ce n'est à la rigueur et dans le noir la torpeur maléfique d'Obscurus Advocam ; industriel bien différemment des clubbers Blacklodge, ADC et autres Division Mentale ; tout chez Decline of the I coule avec le tonus d'un reblochon au sperme, une chose obèse et nécrosée qui tangue sans heurts, et décade et décade avec une inerte détermination atroce à voir, d'ennui  et d’écœurement où se confondent en flasque vanité les tentations - qu'on aurait peine à ce stade à qualifier d'élans - aussi bien bastringue, à la Diapsiquir, qu'electro, à la Mortal Constraint, Morgue Mechanism, et autres infecteries ; triste et toxique. La charge peut sembler lourde sur les pesants et complaisants et s'étirants samples, explicites et revendicatifs, mais peser est bien le propos ici, l'album pèse des tonnes, du ciment aux pieds, du ciment qui paresseusement, indifféremment, solidifie dans les membres, sans jamais être voué à prendre définitivement, et amène toujours et toujours plus bas, dans le sillage d'un The Gault, tout en gorgeant dolemment les corps caverneux de son mauvais appétit de moribond.
Pas de conclusion pour parler d'un disque qui n'en offre pas le havre d'une, pas de façon de finir de parler d'un disque qui ne finit pas. Mais qui met de la meilleure humeur pour accueillir, à présent, la proche venue du Hell Militia.

mardi 16 octobre 2012

Blackstrobe : Burn your own Church

Ce que j'ai pu en entendre, des improbabilités sur ce disque, à l'époque ... et comme il avait du mal à passer mon gosier, je m'en abreuvais en espérant le faire descendre : il y aurait eu dans ces morceaux déceptivement peu techno Depeche Mode, Sisters of Mercy, du rockabilly...
Faut croire que le recul ça marche, car aujourd'hui la chose passe beaucoup mieux et limpide : ce disque est un très bon album de Nine Inch Nails.
Non, mieux - faut croire que le recul, ça marche encore mieux à l'envers : ce disque, c'est un très bon album de Stolearm. Oh, certes, en un peu plus house, en un peu plus death, en un peu plus carré, en un peu plus athlétique, en un peu moins dément, que l'original. Mais fort agréable quand même, n'en doutez pas.

dimanche 14 octobre 2012

Stolearm, Desireless, 12/10/12, le Sonic, Lyon

Desireless : Claudine, physiquement, elle le fait : boubou de gourou s-f post-psyché, binette de bouddha réincarné en Madame Faraut, ma prof de musique butch-gauloise sans filtre de sixième, ce doux sourire de cancéreuse sous prozac, et cette inimitable façon de bouger hommasse into the groove si eighties, on en rajoute mentalement les manches de blazer retroussées... Super, franchement, du charisme à en perdre la mâchoire.
Pour le reste... passons. Ça fait vingt-cinq ans que je fais plus de séances de sophrologie.


Stolearm : Stolearm c'est de l'electro-rock entre NIN et Bowie, aime-je à le dire aux amis pour me simplifier la vie ; mais est-ce que cela rend bien clair pour tout le monde que ledit electro-rock recouvre New Order, Death in Vegas et Converter ? Est-ce que je ne devrais pas plutôt dire que Stolearm c'est comme si Reznor avait fait partie de Skinny Puppy ? Parce que Stolearm, c'est avant tout une histoire de fureur : il y a là la fureur cross-chimique de Skinny Puppy, il y a la fureur acnéique de Pretty Hate Machine, la fureur plus maniaque et entomologique de The Downward Spiral, la fureur sexuelle de zZz - et puis il y a, live, la fureur élastique effarante de notre phénoménal Lucien, notre J.G. Thirlwell à nous, sa voix éblouissante, et son amour pour l'ebm concassante - mais aussi pour toutes les autres, nombreuses, musiques qu'il aime, le Lulu. Stolearm, je comprends même pas qu'on les voie pas bien plus souvent à l'affiche. Sourire béat-benêt de rigueur.

lundi 8 octobre 2012

Teitanblood : Woven Black Arteries

On pourrait probablement pour rendre compte de ces deux effroyables pistes, camper Abscess et Witchrist en scabreuse posture d'interaction. Mais le plus vrai à mes yeux restera de voir dans cette affreuse chose le pendant death metal - i.e. garni de force bécanes, hommes-supions et pyramides aztèques souillées - de la plus fameuse free-party en corpse-paint de l'histoire.

jeudi 4 octobre 2012

Converge : All We Love We Leave Behind

On pourra et on va sûrement y trouver, de retour pour la joie des petits et des grands, l'écorchure cadavéreuse de You Fail Me, venue corser et dignifier un brin l'étincelante pyrotechnie d'Axe to Fall, soutenue au niveau du slip par la puissance de feu militaire de No Heroes.
Peu importe, au fait : ce qu'on trouvera surtout ici, et ça en dépit des considérations que, j'imagine, l'on pourra également faire à plaisir sur l'authenticité présente de leur (hypothétique) condition de galériens street-crédibles, c'est, surtout, une maigreur braillarde de clébard punk affligé de pelade, crevard et affamé à souhait, à chaparder en haletant comme un connard tout ce qui passe à sa portée, et même ce qui l'est pas. Il y a bien au milieu ce très mauvais morceau de Baroness en mode homies, que l'on devine sans risque l’œuvre de l'odieux Nate Newton (lequel cependant nous donne également de splendides lignes de basses old-school çà et là bien audibles), et à la fin ce risible machin où ils essaient de nous refaire le coup de "You fail me" et de "Plagues" - manque de bol mon petit pote, ça marche pas comme ça, pas trois fois, pas avec un riff en PCV et trois minutes de rotation en fin d'album, n'est pas "Scars Align" qui veut et c'est bien dommage, l'album s'en termine sur une note pisse-froide alors qu'il aurait pu le faire sur le radieux et acide morceau-titre - mais l'idée est là et l'esprit est bon : Converge s'est aperçu que ses petits descendants ont commencé de l'enterrer, et qu'il est l'âge de se remettre à plancher pour de vrai, peut-être de copier un peu, chacun son tour après tout. Et nous voilà avec un album qui est surtout une manière de Kill Sadie gone complètement berzerk, ridiculement enfouraillé et exorbité, le jeu de Ben Colère idéalement à cheval entre sophistication musculaire et candeur totale continuant d'être leur assurance contre la solubilité dans la norme, et Baloo nous offrant une prestation complètement inespérée de la part de son statut de roi des têtes à claques dicteur de modes, voilà un bon petit disque d'emo'n'roll hivernal et aigrelet, qui donne des envies d'aller se casser les dents avec des gens, pour se réchauffer, assourdir  le crin-crin des brûlures. Ouais, ouais, genre Converge évolue : on me rétorquera sans coup férir qu'ils avaient déjà fait le coup avec le navrant Axe to Fall ; mais, genre ici ça marche, maîtrise, bla-bla, j'en veux pour preuve l'échantillon-témoin gentiment fourni avec le sus-nommé "Coral Blue" - on voit ce que ça donne, quand Converge tente des trucs qui fonctionnent pas, type featuring de Von Till, ce genre de four. Alors, pour peu qu'on soit un tant soit peu sensible aux éruptions pop de These Arms Are Snakes ou du dernier Trap Them... Personnellement, je n'ai jamais été un inconditionnel de leurs classiques étalons, Jane Doe et Petitioning (toujours préféré les monstres : Poacher, Fail et Forever)...

mercredi 3 octobre 2012

The Acacia Strain : Death is the Only Mortal

Plus con-con, benêt, bourricot, veau et archi-veau que la somme de - prenez ici votre plus belle inspiration à la Vince McMahon - Liferuiner, Emmure, Ion Dissonance, Meshuggah, Will Haven, Pantera, Lamb of God, Black Sheep Wall, Architect, Enemy Ground, Crowbar, Hatebreed, Beneath the Massacre - et un paquet d'autres que vous pouvez déjà commencer à empiler entre deux vastes buns briochés au blé complet : ça existe. The Acacia Strain revient, prend juste l'air un peu plus sérieux, on y croirait presque, qu'ils sont dark, négro - bah tiens ! Ils sont surtout cons, voilà ce qu'ils ont, cons comme des mulets heureux de l'être en tous les cas, et moi aussi, parce qu'ils sont encore plus meshuggah que d'habitude, excepté - oh mon dieu ! merci, mon dieu - pour les solos, ou plutôt disons qu'ils n'en ont gardé que quelques unes, d'imitations de Thordendal - celles d'une seule note ; on devine comment j'ai reçu la chose.
Wormwood se vautrait et s’esbaudissait dans l'excessif excès immodérément outrancier de pataudité (malgré, on l'avait noté, quelques épars passages de non-breakdown), Death is the Only Mortal s'égaille dans l'excès d'extravagance, claviers spook façon Voir Dire et goutte-notes façon Catch 33, solos heavy metalcore, bass-drops vrillés, riffs plus bas que plus bas que terre, effets spéciaux et vagissements guitaristiques en tous genres, finale glaçage à la fraise mais petite clôture toujours couleur snuff et synthétique ; parce que, n'est-ce pas, il n'y a pas que toute cette joviale vulgarité plus benoîtement large qu'une visière de New Era, qui rende l'écoute de l'album aussi harassante ; c'est qu'il y a aussi pas mal de vrai enfermement mental dans cette histoire.

lundi 1 octobre 2012

The Glad Husbands : God Bless the Stormy Weather

Je ferais mieux de cesser de suite de conjecturer sur la provenance des groupes italiens ; après tout l'Italie n'est pas qu'une rive. Mais, déplorerai-je tel ma compatriote Alizée, est-ce ma faute à moi si leur mathcore à eux a si souvent le goût vif des embruns ? Si leurs groupes apparentés, ainsi qu'on a pu justement le lire, à Dazzling Killmen, ou à Keelhaul comme on l'a moins lu, ont un gris métallique et salé que n'a aucun parrain ricain aussi illustre que congestionné ? Je devrais probablement objectiver, et citer de préférence, pour évoquer cette limpidité invasive non pareille, les noms de Fugazi et Don Caballero - en compagnie d'un paquet d'autres, puisque Les Maris Heureux sont un de ces groupes qui virtuosent à refaire un peu tous les autres dans leur sphère, en quelques aériennes virevoltes - mais c'est bien plutôt cela, cette âpreté saline et claire, qui définit le groupe, et cet album qui gicle joyeusement en se brisant dans les rochers déchiquetés, gifle un sourire sur le visage, rudoie les émotions dans les rouleaux aux odeurs de varech, avec l'élégance permanente d'un Shellac qui mouillerait sans façons le bas d'un pantalon de flanelle pour le plaisir de quelques ricochets, toujours doucement éclairée par la grâce et la légèreté d'un sourire, d'une moustache vénitienne, même dans les moments les plus barbus... C'est l'enfance de l'art ou tout comme, c'est peu ou prou la même chose toutes les saisons, c'est depuis toujours le même remou de vie indompté... Et pourtant, mieux que Dazzling Killmen, mieux que Keelhaul (rappelez-moi d'où vient ce terme qu'ils ont pris pour nom, d'ailleurs ?), c'est de Craw et du céleste Bodies for Strontium 90 que God Bless the Stormy Weather est le cousin : faire de mathématiques aussi abstruses et anguleuses, chose aussi simple et fraîche qu'une baignade.