mercredi 28 novembre 2012

Dragged Into Sunlight : Widowmaker

Dragged Into Sunlight suinte de plus en plus (je sais, c'est un point de vue que j'ai fréquemment) par toutes ses crevasses et invulvations diverses le désespoir, la sinistrose et la misère ; lesquels ne passent plus tant par les remugles de vice suffocants, - oh ! il est toujours là, tonton vice, on ne se refait pas non plus complètement, quand le caractère est aussi odoriférant ; mais ce nouvel album, qui s'ouvre sur un redoutable quart d'heure de déprime médiévale à vous tasser le moral au fond des chaussettes avec un doigté digne de Kris Force, semble réunir le fatalisme du doom death le plus pierreux, lépreux, frigide du cœur, pulvérulent, terne - et du sludge le plus anémié, scorbutique, borné, poussif ; plus la force d'aucune violence ni barbarie céans, l'abattoir est à l'abandon, les carcasses y pourrissent sans avoir connu la clémence d'être seulement achevées, Widowmaker est un disque qui vous passe le crâne à la meule du moulin, sans hâte ni animosité, mais tout l'harassement agonisant qu'on peut rêver : un improbable album de sludge rural, automnal, lourdaud, une émotion qui tente en vain de germer sur un charnier indifférent et souillé jusqu'aux racines de son humus mort. Forcément, si de Hatred for Mankind l'on a vu avant tout qu'il envoyait du bois et chiait tous azimuts (le côté Anaal ... mais, allons, je me suis promis de ne pas pour une fois faire de gorges chaudes de mes confrères les têtes de métal), on sera rebuté par cette suite où le morbide a proliféré à en culotter tout de son gris croupi et pâteux, où mêmes les chaînes montagneuses post-metal et leurs inévitables éboulements ne sont fait que d'ordure, de sanie, de boue toxique ; par cette sorte de Soilent Green obèse et qui ne parviendrait à l'érection qu'en présence de gruau et d'onychomycose. Si, en revanche, on apprécie des choses de type Palehorse, Atavist, Khanate, Ramesses, Blood from the Soul...

mardi 27 novembre 2012

Neurosis : Sovereign

Aussi montagnard que Honor Found in Decay peut être forestier : avec un foutu caractère merdique de blaireau - car Neurosis, mes chers petits, ce n'est pas juste l'apocalypse, la fin du monde, les gémonies, et tout ce qui s'ensuit : c'est aussi mon pied dans ton cul, ta tête au carré, tes couilles dans un tupperware, et le cataclysme tout aussi cuisant d'un bon coup de rougne qui pète. Ou bien se contente de couver, tel qu'ici il fait le plus gros du temps, sans pour autant laisser grand chose à l'imagination des brutaux sévices qui guettent l'impétrant.
Sovereign, très clairement devant mes yeux, c'est une troupe de ruffians armés jusqu'aux dents, la mine sinistre, sur un raidillon à flanc de rocheuse, la barbe giflée par l'avant-garde de l'orage, on ne sait trop si en exil ou si en expédition de représailles sur un village rival, mais de toute évidence ça va barder et l'imminence des bleus, des bosses et des plaies barbares est un lourd couvercle de maussaderie qui étouffe tout lyrisme dans ces riffs qui si l'on regarde sous leur terne croûte (le disque est généralement aussi peu prisé que le dernier album), ont tout le désagréable air de vous garder un chien de leur chienne, comme ça sans vraiment de raison, juste parce qu'il fait gros temps, que c'est la montagne et que les jours sont méchamment durs ces jours-ci, et que le ciel va bien finir par tomber, juste parce qu'on verrait pas comment ça pourrait être autrement. Sovereign ? Ce disque de boue et de petit matin obscur et sans illusions où les hommes parlent bas et brusque, cette version épurée et désédulcorée d'A Sun that Never Sets, aurait dû s'appeler Soudard, voire Peon.

Neurosis : HFiD

... Un disque qui fiche froid dans le dos, qui tétanise les mâchoires et les membres par la rage polaire contagieuse qui en irradie, avec ses successifs démarrages qui éclatent comme matin fait un pet d'ours, ces charges qui leur prennent comme une envie de chier et qui ont la mortelle détermination de la dernière charge du vieux boucher ventru, sans aucun espoir et glacialement décidée à laisser des morceaux de bidoche tout le long de son dernier sillage de rugbyman aux essieux grinçants - couleur annoncée dès la rustre entrée de l'album, avec ce chant de rogomme sans aucune manières : l'album est une suite désordonnée d'éruptions de sale caractère, de haine, d'acrimonie - et de beauté, celle simple et vibrante de la résistance viscérale, d'un foutu caractère - encore - d'enclume, de vieille carne séchée autour de son noyau indocile, insoumis, intraitable, insortable ; le caractère et la voix des vieux sangliers qui s'appellent et s'apostrophent d'un bout à l'autre du bois, sans gracieuseté ni joliesse, pour s'entr'éventrer sans trop se rappeler pourquoi dans leur caboche vermoulue, mais comme du temps de leur règne bouillant, pour revendiquer jusqu'au bout la dominance d'un rut qui n'a plus la dureté que d'une souche pétrifiée par les intempéries séculaires ; et les instants de beauté "Terre Sauvage" ont la pureté d'une fiente de canard, du crachin et de l'odeur du poil mouillé ; avec l'âge, les choses se simplifient, le superflu et l'enrobage se désquament : revoici les anarcho-clodos qui s'entassaient avec femmes et enfants au chaud dans leurs caves voilà une vingtaine d'années maintenant ; ils sont toujours plus hirsutes, criards, aigres sous le vent ; ils sont toujours fiers et bien campés. Et vous ?

dimanche 25 novembre 2012

Enslaved : Riitiir

Il y a quelques nuits, j'ai rêvé (mais peut-être n'était-ce pas la première fois, à y bien réfléchir) que j'écoutais le plus chouette album d'Opeth qu'on puisse imaginer - en encore mieux. Il roucoulait et virevoltait dans les nuées, gracile et redoutable, trillant et pirouettant sans relâche, toujours svelte et léger, s'élevant vers toujours plus de griserie vénitienne, la puissance discrète en filigrane, je peux vous assurer que le réveil et sa benne de sable a été un déchirement.
Mais plus tard dans la matinée, par un heureux hasard je réécoutai le nouvel Enslaved, et je vis que pour cette fois ce n'avait été ni fantasme ni prescience d'aucune sorte :  j'avais juste rêvé de Riitiir. Qui est très justement un album de rêve. Qu'on en craindrait presque de réécouter Vertebrae, de peur de le voir choir. Un album qui a la classe de Brendan Perry, de A-Ha et d'un Dan Swanö qui n'aurait pas la meringue pour idiome natal - et un album qui voit sans doute pour la première fois de la beauté charnelle sourdre des vocalises gargouillées chez Enslaved ; un album éblouissant de grâce, dandy et élégiaque, d'une élégance acrobatique et tranchante, un orage fait de jade et de ravageuses brises salines qui dispersent toutes vétilleuses réserves, un album qui me ferait aimer les marins (en tout bien tout honneur). Du black metal du grand large (quand Watershed était plutôt du rock de cabotage), de la zatoichi pop prog viking. Un carnage en règle.

mercredi 21 novembre 2012

Neurosis : Through Silver in Blood

Dès lors qu'il est question, n'est-ce pas, de retracer le corpus neurosien, chacun a tôt fait de déballer sa cosmogonie personnelle : et vas-y que tel album c'est l'apocalypse, et tel le monde d'après, et tel autre la paix, et celui-ci la souffrance et celui-là le désespoir... Alors moi qui notablement aime à croire que je les ai connus avant la majorité de mes lecteurs ou interlocuteurs, je peux bien à la fin (puisqu'on les dit finis, pas vrai ?) y aller de la mienne, non ?
Or donc, laissez-moi vous dire, Through Silver in Blood, c'est la déception. Il a même fallu pour enfin finir de la digérer complètement que voici quelques années de çà je vende mon édition originale en joli cardboard, tant et si bien que l'ancêtre aujourd'hui l'écoute en réédition. Cet album que toujours je trouve des plus douloureux de leur part, alors je le trouvai surtout souffreteux. La cornemuse a coincé un peu aussi, on peut le dire. C'était joli, trop, mièvre, voire gland, ce que n'était pour rien au monde le fameux et térébrant "Krishna..." et ses violons, si c'est à ça que vous pensez. Et, sans doute surtout, Enemy of the Sun lorsqu'on a commencé par lui a tout de la chose faite pour demeurer unique, on est soi-même un peu effaré d'être vivant à la fin du disque, si tant est toutefois qu'on soit vivant après avoir entendu "Cleanse", en général on pique du nez pendant, on se réveille pour constater que cette merde n'est toujours pas à son terme, bref : on comprend encore mieux que je n'ai jamais su l'expliquer jusqu'ici comment j'ai pu accueillir le fait ensuite que des individus qui n'étaient même pas Neurosis viennent s'aviser de jouer une sarabande dont je n'avais pas accepté trop bien que Neurozizi-mêmes continuent de la jouer, j'imagine...
Bref. Aujourd'hui, toutes plaies lavées, je peux voir les signes de troisième œil que ce disque porte comme nombre d'albums de Neurosis, lui qui avec ses morceaux aux silhouettes de torrides transes forgeronnes épuisantes en enfilade, semble voir débouler les barbus dans un nouveau monde occulte - souterrain, embrasé, affairé, oriental, maçonnique, cruel - aujourd'hui j'en sens bien mieux les violentes effluves industrielles et sauriennes, comme si j'étais à nouveau à cette époque où elles étaient fraîches pour moi, où j'en découvrais la toxicité. Sa répétitivité de disque tourne-en-rond âprement, voire âcrement masochiste, sans issue, sans volonté, que l'acharnement buté, à tenir aussi loin que possible, les poils hérissés comme une armure de proie aux abois, me rebutait, finalement davantage que la monstrueuse laideur d'Enemy of the Sun, qui est un disque que j'ai longtemps gardé pour moi, crainte de le montrer aux amis, pochette laide sur musique odieuse, difforme, monstrueuse - car c'est cela ce disque, avant toutes ces histoires d'apocalypse et de fin du monde et patin couffin : une fournaise personnelle abominable, un cauchemar, une hideur divine intime ; et Through Silver in Blood en est la version rideau levé sur les coulisses, avec les ouvriers qui vous jettent de côté un œil égrillard tout en ahanant et suant sur les machineries et sous les coup de fouet, l'enfer est un endroit fort occupé si vous voulez savoir ; une soute, et toute la collante sensualité qui va avec.

lundi 19 novembre 2012

Pig Destroyer : Book Burner

Batterie NFL-grind ahurissamment musculaire, riffs touche Slayer pour golgoth-motard tout enduit de goudron, ce Book Burner à la fois crade et plastifié a tout de la bande originale pour un Natural Born Killers remanié avec Ranx Xerox dans le rôle-titre et pas de gonzesse (Kat de Salome ça compte pas c'est un animal) ; et un synopsis écrit par Chuck Palahniuk.
Mais probablement suis-je un brin influencé par la lecture de la nouvelle incluse dans l'édition deluxe - bien plus appréciable que le second cd de reprises hardcore old school également adjoint. Bref ce disque donne envie de monter un gang de semi-remorques à moteur tri-turbo-compressé avec des photos gonzo floquées sur les chromes qui dégueulent de partout, et de tailler la route dans ce futur sauvage, avec la langue à la portière, en hurlant des trucs de beauf avec des yeux révulsés et une seringue d'anabolisants dans l'aine.

Neurosis : The Word as Law

De loin en loin je dois réécouter cet album, car je parais ne jamais me rappeler à quoi il ressemble. Tu m'étonnes, aussi, au vu de la dernière fois en date : The Word as Law ne ressemble à rien, c'est pour ça. Guère étonnant qu'il ait l'affection très sélective de notre cher One Love, esthète s'il en est et président de la Turquoise Nation (dont l'hymne national est d'Unholy et où Godflesh a sorti en exclusivité un e.p appelé Gordon dont nous attendons toujours la chronique par ledit One Love, bref) : qui mieux que lui pour siffler les sucs rares et exigeants d'un album qui est fait de la stridence abstraite de Dazzling Killmen, du sadisme acide de Black Flag, celui d'In my Head, de la passion spirituelle tourmentée de 108 - et de l'urbanité et la grâce bondissante de Biohazard ; mais qui est surtout, avec déjà ses touches de basse punk maladives qui nous jouent les espagnolades du tænia, un genre de rencontre entre Crass et Joy Division - arbitrée par des moniteurs aux carrures de Pascal Brutal ; ou si l'on veut, de Rudimenary Peni et d'Integrity, ils sont aussi moyen-âgeux l'un que l'autre après tout ; et avec sa façon d'hésiter encore entre gravité et acidité, le groupe évoque plutôt Stranger than Fiction que Meatjack, plutôt Circus Mort que Swans. Bref, ce n'est pas un hasard s'ils ont sorti un e.p intitulé Aberration, le groupe est un monstre, et l'album a de toute évidence le charme de la maladresse, si l'on veut, qui est surtout le charme de l'énorme potentiel qui, capricieux, a décider de s'aller incarner dans ces dépouilles ingrates, d'aller les les trans- ou les défigurer de ses révélations cosmiques, de ses questionnements surtout puisque comme chez 108 c'est tout sauf l'apaisement qui est à la clé de l'entrée en religion, qui commencent à faire sentir ici leur lancinement et à troubler l'existence autant qu'elle grise et élève, la tête en bas.

Et pour mettre fin à notre enquête-démonstration de l'automne : oui Oakland est un nid et oui Neurosis sont des corbacs - ou des post-punk, si vous préférez (et post-hardcore, contrairement à tous ceux qu'ils ne faut pas nommer).

dimanche 18 novembre 2012

Neurosis : Souls at Zero

L'album où d'un coup la nuit tombe ; et où d'un coup le punk hardcore mute, où les vagues airs d'étrangeté et de maladie qu'il portait prennent le pas sur tout et deviennent son identité ; l'album qui nous rappelle qu'il n'est bien que justice qu'aujourd'hui Honor Found in Decay, ses mélodies et ses roulement de batterie sonnant la charge, rappellent un chouïa Kylesa, puisque déjà sur Souls at Zero, Neurosis inventaient Kylesa (et même son virage corbeau, avec "Takeahnase") - mais avec la condition physique et mentale et le paquetage pour un tome de Berserk ; l'album tuméfié, déformé, déchaîné par l'afflux des drogues et des visions infernales du samsara ; l'album qui bien avant Kickback faisait se coudoyer, se frottoyer, s'enlacer, se bousculer hardcore et Asie du Sud Est, gros bras caucasiens et auspices par le feu, moshing sociopathe et pousse-pousse goguenards, maillots de foot et snacks de grillons frits, dans un labyrinthe de ruelles semées de temples-bordels ; le chaos, un torrent fourmillant de sensations, de peurs, de désir, de prémonitions, charriés par un rush du commencement, en assaut sur un troisième œil hypersensible comme un nouveau-né, un surrégime brutal de toutes instances conscientes et inconscientes, une entrée rugueuse dans un nouveau monde ; l'album aux abois et overdrive où le noise rock nineties plonge dans le tunnel industriel, pour émerger dans l'occultisme, la magie, le vaste monde ; un album plein de fièvre juvénile, d'appétits d'expériences, de sensualité écorchée. Quelques années plus tard, en France, on aurait Hint, soit la version pour le mercredi après-midi.

jeudi 15 novembre 2012

Numbers Not Names, 14/11/12, le Black Sheep, Montpellier

Mental macoute indus ? Mais on se doute que je connais queue d'al à Haïti ; alors... zoulou jazz indus ? hmm, et math crunk death batucadoom, ça vous va mieux ? Ceux qui ont loupé NNN à Paris sont des gros nulsn la province elle sait, et même s'il manquait ce couard de tire-au-flanc de Bigg Jus à l'affiche, on a tout de même eu ce soir notre dose de thranse rythmique post-intoxication et farouchement sudoripare, on a amngé du magnétique dans toute l'acceptation humble du terme, on a palpité, on a âprement et rugueusement soulifié et blockpartyfié, et on en sort tout léger et élevé.
Big up en vérité.

(Semelle en Skaï Ridé, j'ai passé mon tour, j'aime pas sur disque, qui sait si j'aurais pu changer d'idée, je n'ai pas pris le risque)

mercredi 14 novembre 2012

Neurosis & Jarboe : Sans titre

Quand je vous disais que Neurosis est un ramassis de goths : Christian Death a eu Gitane Demone, les Sisters Patricia Morrison, et Neurosis ont pareil leur boulet gospel au bout d'une chaîne d'ovaires. Bon, en vrai Jarboe, qui doit sûrement posséder un vrai nom plus drôle que je n'ai pas envie de chercher céans, aura surtout été la plaie des Swans, puisqu'ici, ô miracle, elle passe plutôt bien ; elle prend des airs de Lydia Lunch - soit une autre hystéro-assommante que je ne peux la plupart du temps pas encadrer, cherchez pas la logique - en reine de Siam, et du coup les barbouzes en prennent quant à eux des airs de backing band jazz fort convenablement engoncés dans le smoking bien porté mais dont on devine juste assez aux entournures qu'ils sont aussi cumulards videurs-exécuteurs ; eux qu'on croirait facilement capables de rien d'autre que leurs cataractes et de leurs fins du monde accoutumées se débrouillent remarquablement bien pour l'occasion de méandres bien plus retors, flexibles, smart, félins, thugs - et le demi-sourire jouisseur en lame de faux se trouve leur aller étonnamment bien ; et tout ceci alors même qu'ils se montrent ici sans doute à leur plus industriel, pas manches les ZZ Top ! mais est-ce seulement si incongru ? l'industriel ne doit il pas être reptilien et souterrain pour mieux stranguler ? Toujours est-il que la caporale casse-pompon donnerait presque envie à l'entendre ici, d'aller réécouter ses interventions pour Swans, dont elle remémore à maint endroit quelques mélodies finalement pas si moisies, et c'est pourtant pas faute d'y aller franco sur le vibrato dans ce peplum façon Indiana Jones & the Temple of Doom. En fait de boulet, c'est plutôt la miss qui devrait se montrer gratifiée d'avoir rencontré ici la seule montgolfière de sa carrière.

samedi 10 novembre 2012

Steve Von Till : As the Crow Flies

... Et pour en finir - oui, car après je compte bien reprendre au moins pour quelques années de cordiale et décomplexée considération que The Wake est tout à fait sympathique mais un peu transparent entre la nuit tombante de Spirit Bound Flesh et The Forgiven Ghost in Me, et que les autres albums de Steve sont aussi caricaturaux que les titres qu'il aime donner à ses disques - oui, je l'ai déjà dit à Steve les yeux dans les yeux, ensuite de quoi je l'ai couché en travers de mes genoux et fessé ; je n'ai aucun mérite, c'est ainsi que se comportent les véritables amis, n'en parlons plus. Bref. On pense, encore une fois, à ce disque de Drudkh qui m'est cher entre tous ; aux moments piano-désolation de The Downward Spiral ; à Sol Invictus et à son idiot sourire éclatant de tristesse - c'est dire si en vérité Von T. en moujik funèbre était alors loin de son cabotinage western ultérieur ; à Amber Asylum et à son élégance désertique vertigineusement saturnienne, merci Kris Force d'être passée d'ailleurs. On entend surtout un truc ultra con et dépouillé, titubant au ralenti sur le fil qui sépare l'ours du demeuré - et qui fonctionne à plein : "Weeee... aaaall... faaaaall", ah ça, pour plomber ça plombe - "...down", oh merde, il avait pas fini ce con ; non mais vraiment, d'une candeur, d'une nudité monacale, d'une indigence totale, qui lave, et vacuum-cleane bien toute espérance et vitalité qui vous alourdissent ; aussi apaisant que regarder ses viscères qui doucement finissent de dégringoler de son ventre ouvert sur la lande, et de sentir fourmiller dans de la ouate ses derniers flocons de sensation. Un album donc, on peut l'admettre aujourd'hui, tout à fait plaisant. Grmblbl.

vendredi 9 novembre 2012

Atriarch : Ritual of Passing

Je ne sais ce que les chevelus vont parvenir à y trouver d'acceptable et d'homologable, quant à moi les choses sont tout à fait claires et ce malgré tout ce qu'on peut entendre s'agglomérer dans le ci-devant disque, leads doom, ruées vers l'or black et ainsi de suite : ça ne prend seulement qu'une basse mate et une voix membraneuse pour faire un groupe de corbeaux assermentés. Avec Alaric et The Gault en plus, ça commence à faire un sacré faisceau de concordances en faveur de la thèse d'un foutu nid à enfoirés de goths, là-bas sur la West Coast - à en réenvisager sous un tout nouveau jour les tout aussi oaklanders Neurosis, d'ailleurs maintenant que vous le dites, une des premières chroniques en France d'Enemy of the Sun, dans le temps, notait déjà la basse cold wave de ce morceau, là, en milieu d'album, et rappelait fort à propos leur habitude de reprendre Joy Division...
Bref, pour revenir un tant soit peu à nos moutons et débiter autre chose que des évidences : Atriarch, s'ils sont ici moins immédiatement et frigidairement figeants qu'à leur première apparition dans le tourne-disques, ne sont pourtant pas empotés, voletant avec une aisance indifférente de Fall of Because et Swans à Bodychoke - sans pour un belin, comme dit plus haut, cesser aucun moment d'être ce hautain groupe de corbeaux guindés comme des vieux Dead Can Dance - mais des corbeaux capables de growls de bête cosmique, et de mêlées hardcore touffues et ferrugineuses à souhait, noyées dans l'humeur noire. Clairement on est cette fois beaucoup moins dans la lévitation sacrée que dans la chaleur de la communion sudoripare, des cuirs qui frottent en pagaille, des carrelages qui glissent sous les pieds pris de fièvre ; oui mais l'instant d'après de nouveau l'on est pris du besoin de les bombarder version hardcore d'Alan Woxx et New Model Army, à mois que ce ne soient les Sisters qui nous jouent leur version du doom death ascensionnel. Alors oui, il faut s'y rendre, Atriarch did it again, quoi. Et tant pis pour ceux qui se figurent que tout cet atermoiement autour des étiquettes n'est qu'un atermoiement autour d'étiquettes, et qui méconnaissent le sens du mot esthétique.

Hell Militia : Jacob's Ladder

Hell Militia, c'est un peu Arkhon sans le pompeux et encombrant appareillage religieux tout autour. Jacob's Ladder c'est le black metal comme maladie, c'est Kickback sans la foi nihiliste et politique, c'est le vice nu et ordinaire, sans début ni fin ni romance, que des tribulations, crépusculaires, cirrhosées, migraineuses, errantes, chassieuses, abrutissantes, c'est un petit jour jaunasse sans fin et sans issue qui glisse avec la platitude de vues d'un serpent albinos sur l'horizon en jachère de cette merde de vie, qui file avec la régularité et la sûreté d'un fossé le long d'une route perdue dans la campagne indifférente, qui avance à la rapidité d'une existence entière à partager son crâne avec une enclume très fréquentée ; la turpitude des jours à scier encore et encore des carcasses  de voyageurs égarés loin de leur monde de santé et de dioxygène, avec la sueur aigre qui brûle un peu les yeux et goutte dans le boudin en train de cailler, sous l’œil de cyclope glauque du méat avec sa larme de glu refroidie qui s'attarde nigaudement, dans le glou-glou tranquille et industrieux des courants de fluides entre les chaudes poches d'infection. Une vraie, une triste, une misérable, une sordide, une très française, une très humaine vie d'insecte.

jeudi 8 novembre 2012

Scott Kelly : Spirit Bound Flesh

Du coup (confer ci-dessous) je réécoute le plus visuellement sexy de ces par moi boudés albums brochettes-de-marshmallow - et voilà la surprise, de redécouvrir une chose qui va percher entre le meilleur album de Drudkh (Songs of Grief and Solitude, naturellement) et son non-existant équivalent pour les vieux Swans - et qu'on ne me vienne pas parler de ces foutus 'pinous ! de toutes les manières les accords dont l'ombre blême plane ici sont ceux de Young God et de Holy Money, tout comme en vient cette voix réverbérée et trébuchante de sociopathe ("I don't feel you anymore", ben voyons, c'est toi que tu ne sens plus le moins du monde, oui ! "your blood will not do, I will have your heart", oh putain Neurosis se met à chanter la bluette et ça caille les sangs) ; rajoutez-voir Afterlife s'il manque une référence à votre compte autiste et spectral, et My Love is Higher than your Assessment of what my Love could be, vous y êtes, de la folk frigorifique et qui file le bourdon autant que les miquettes... Oh et puis merde, on va pas tortiller cent-sept ans à la poursuite d'un développement et d'une accroche de conclusion : foutu bon disque de chilling chill-out à l'ancienne !

mercredi 7 novembre 2012

Scott Kelly and the Road Home : The Forgiven Ghost in Me

Le voudrais-je que j'aurais du mal à m'en cacher, ma discrétion et ma légèreté numériques étant légendaires : j'ai toujours fait des gorges chaudes des albums solos des deux Neurozizitops, avec justement une acrimonie particulière pour Scottie et sa gentille bouille d'ourson street-crédible, dont j'ai même snobé la date unique en France ou quasi dans une cave de mon bled tenue par les deux demi-clones de Kirk Windstein - à la réécoute aujourd'hui, je me demande si à la fin ce n'est pas la voix de Steevie qui est la plus ridiculement affectée et empruntée.
Mais il s'en est passé, des choses depuis, et dernièrement ; c'est compliqué, une relation de vingt ans ; il y a eu un album dont, tout comme celui de Converge, j'attendais fermement une déception, malgré l'effet appréciable que m'avait fait le précédent : on est comme tout le monde, après tout ; il y a eu, cependant que je regardais venir ladite vautrade espérée, ce fameux (?) entretien de Scottie dans Tracks, un Scottie vieillissant comme un sac, la barbe, les jointures et le maillot de foot à leurs plus caricaturaux, qui prétendait que Neurozizi leur truc c'était de fracasser les têtes, et qu'ils le faisaient bien - causant chez moi une hilarité un peu navrée. Et il y a eu l'album derrière ; et il fracasse des têtes ; avec la même sinistre et placide indifférence du désespoir que le gros monsieur barbu parlait dans le poste.
Alors, forcément, j'ai fini par avoir la suite dans les idées d'écouter ce nouvel album pour barbe solo, avec son nom à  backing band qui va bien, et sa pochette crari Sacred Bones qui va bien ; après tout j'affectionne The Eye of Every Storm, l'album avec lequel on s'est remis ensemble Neurosis et moi ; et, bien entendu, c'est ce que ce doit être : un album solo de mec qui bosse dans un groupe de lourd-pas-drôle ; il évoque très logiquement tour à tour Man's Gin et Angels of Light.
Mais c'est surtout un très chouette album de country de chaise à bascule, avec l’œil dans le vide et tout, et la voix épaisse et mâchouillarde de joue de routier et tout, un peu appliqué tout de même c'est normal c'est Neurosis, c'est leur façon rituelle de faire les choses même la country ; il y fait plutôt un jour assez cru et qui fait plisser les yeux, qu'un quelconque crépusculaire de complaisance ; et il me va très bien. Faut croire que je vieillis. Mais comme à ce qu'y paraît Neurosis aussi, c'est cool. C'est ça, les vieux couples.

Early Graves : Red Horse

Probablement, comme on dit, le meilleur album de méloblackened sverigecrust - en même temps, le méloblackened sverigecrust me bande au plus haut point en général, alors ...
Alors je me contenterai donc de dire qu'il est vraiment pas mal, ce nouveau The Great Deceiver.

mardi 6 novembre 2012

Doom 03/11/12, Squat 'n' Rot Palace


Ma relation avec Doom, en particulier avec leur Peel Sessions, est intimement liée à l’abus d’alcool. Je mets le disque. J’ai envie de boire. Je bois. J’ai envie de réécouter le disque. Je remets le disque. Du coup, j’ai de nouveau envie de boire. Alors je bois. Naturellement, j’ai envie de le réécouter, ce foutu disque. Alors je le remets et là, la soif, encore.
Ethylisme tout-sauf-festif, beuverie grise, solitaire, aussi déprimante qu’une carte postale de Birmingham en hiver, cercle vicieux à rebours des grandes purges fougaziennes de printemps (Je mets le disque. Je vais me faire une verveine. Je remets le disque. Je décide d’arrêter de fumer, etc.…) qui se termine en général par une vile transformation en Supermurgeman (Drunk with Power !) et une estime de soi dans les chaussettes.
Aussi, à l’annonce de leur passage, j’anticipais l’autodestruction programmée et, judicieusement, m’assurais de ne rien planifier pour le lendemain.

Jour J.

Le problème des lieux autogérés c’est que le prix de l’alcool y est scandaleusement bas, un vrai pousse-au-crime. Lorsque survient l’intro musicale (Asylum de Crass) qui précède l’entrée du groupe sur scène (tiens, ils ont tous la même non-coiffure) je suis un phacochère, un vieux mâle acariâtre au poil dru, bruyant, puant et bas du front, qui s’ébroue bientôt frénétiquement dans la boue parmi ses congénères. J'ai dû chuter du rameau bourgeonnant sur lequel je reposais, m’être tant bien que mal rattrapé aux branches basses du grand arbre phylogénétique mais à un moment donné, en remontant, j’ai dû prendre une fourche à droite au lieu de la prendre à gauche, ou l’inverse.
Je relève le groin de la fange alors que le concert s’achève sur "Means to an End".


lundi 5 novembre 2012

Guimo : Lotophage

Lorsque Maurice Brame de Brame vous envoie un disque, croyez-moi, on passe outre le fait que ce dernier semble triplement hors de votre zone de confort, et on l'écoute avec une circonspection parée au pire.
Et bien nous en prend. Lotophage dévide avec la délicate et hirsute obscénité d'un Daniel Darc de la Creuse un blues de vieille carcasse de fantôme poussiéreux digne d'un antique disque de Tricky, pareillement lunaire et pareillement à son aise pour en ordre de marche le plus squelettique, malingre, étique possible, ordonnancer avec un goût aussi exquis qu'énigmatique pistils dardant silencieusement, et effluves de charogne et de fumée. Lotophage chante de son marmottement d'arpenteur de déserts les prières et les litanies de la poussière et des choses qui traînent, délaissées de tous les regards, seules sur leur propre route vagabonde ; et la prostration extatique du bûcheron, transporté dans une Death Valley hivernale, maigrement semée de turgides orchidées ballantes de sommeil. Lotophage joue le blues avec la nonchalante minutie la plus spirituelle qui soit - ainsi qu'il se doit.

vendredi 2 novembre 2012

American Heritage : Sedentary

Une de nos vedettes locales récemment disait de ce groupe qu'il nous donnait ce que Mastodon aurait pu si ces derniers ne s'étaient mis à faire de la merde (je cite de mémoire) ; même si ledit héros local a l'idée saugrenue de trouver qu'Axe to Fall est un bon album, dans le cas qui nous concerne il n'a fait, du moins je l'espère de mes congénères, qu'exprimer à haute voix ce que le commun des honnêtes gens pensent : Mastodon de la fameuse époque Remission - en plus décontracté du slibard ; j'aurais presque envie de dire que j'en ai autant pour le compte de Keelhaul, en moins pire, certes, parce que Keelhaul (qui sont d'ailleurs aussi nos héros locaux) ça reste tout de même très buvable, mais disons qu'ils ont à mon goût un brin trop tendance à préférer l'instrumental architectural à ce que moi je préfère chez eux : les maThs avec un T comme t-bone et à chant de taureau débonnaire de II. Mais bref, Sedentary c'est ça : une décontraction redoutable, un peu semblable à celle de KEN Mode, et qui s'avère redoutablement fatale chez un groupe qui mouline aussi dru et infatigable que bon nombre de ces mirmidons semés dans son sillage par Matt Pike, mais sans se la jouer barbare, ni ce second degré qui est surtout une ambiguïté permettant de gagner à tous les coups - sauf que là, c'est American Heritage qui gagne, avec cette somptueuse pochette Yellowstone, pour cette re-sortie sur sillons (courant novembre, chez Solar Flare, oui ce billet est une commande, qui m'a été passée avec moult urbanité et m'a donné l'occasion d'enfin revenir à un album à qui j'avais déjà détecté un capital sympathie certain, à sa sortie première), sous laquelle sans chichis, sans façons, sans degrés d'aucune sorte, on envoie la viande, en toutes tailles de tranches pour le bonheur de tous les honnêtes viandards, on en ressert avec largesse et bonne humeur à qui veut,autour du feu, avec le seul outillage du couteau de chasse et de ses doigts, ce qui reste le meilleur et plus simple appareil pour savourer leur heavy ursin musqué de stoner hardcore tempétueux. En vérité elle était tout à fait nécessaire, cette nouvelle édition : ne fût-ce que pour lui donner cette pochette qu'il méritait, mieux que la joliette abstraitelette qu'a faite Stephen Kasner pour le cd, parfaite pour cet album qui donne à Baroness une désinvolte leçon de bonne manières rurales, où tout respire la décontraction, la résine, l'humus, où tout respire tout court, parfaite pour cette musique de steak-party bonhomme et discrète de bûcherons au fond des bois.