lundi 5 novembre 2012

Guimo : Lotophage

Lorsque Maurice Brame de Brame vous envoie un disque, croyez-moi, on passe outre le fait que ce dernier semble triplement hors de votre zone de confort, et on l'écoute avec une circonspection parée au pire.
Et bien nous en prend. Lotophage dévide avec la délicate et hirsute obscénité d'un Daniel Darc de la Creuse un blues de vieille carcasse de fantôme poussiéreux digne d'un antique disque de Tricky, pareillement lunaire et pareillement à son aise pour en ordre de marche le plus squelettique, malingre, étique possible, ordonnancer avec un goût aussi exquis qu'énigmatique pistils dardant silencieusement, et effluves de charogne et de fumée. Lotophage chante de son marmottement d'arpenteur de déserts les prières et les litanies de la poussière et des choses qui traînent, délaissées de tous les regards, seules sur leur propre route vagabonde ; et la prostration extatique du bûcheron, transporté dans une Death Valley hivernale, maigrement semée de turgides orchidées ballantes de sommeil. Lotophage joue le blues avec la nonchalante minutie la plus spirituelle qui soit - ainsi qu'il se doit.

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