dimanche 18 novembre 2012

Neurosis : Souls at Zero

L'album où d'un coup la nuit tombe ; et où d'un coup le punk hardcore mute, où les vagues airs d'étrangeté et de maladie qu'il portait prennent le pas sur tout et deviennent son identité ; l'album qui nous rappelle qu'il n'est bien que justice qu'aujourd'hui Honor Found in Decay, ses mélodies et ses roulement de batterie sonnant la charge, rappellent un chouïa Kylesa, puisque déjà sur Souls at Zero, Neurosis inventaient Kylesa (et même son virage corbeau, avec "Takeahnase") - mais avec la condition physique et mentale et le paquetage pour un tome de Berserk ; l'album tuméfié, déformé, déchaîné par l'afflux des drogues et des visions infernales du samsara ; l'album qui bien avant Kickback faisait se coudoyer, se frottoyer, s'enlacer, se bousculer hardcore et Asie du Sud Est, gros bras caucasiens et auspices par le feu, moshing sociopathe et pousse-pousse goguenards, maillots de foot et snacks de grillons frits, dans un labyrinthe de ruelles semées de temples-bordels ; le chaos, un torrent fourmillant de sensations, de peurs, de désir, de prémonitions, charriés par un rush du commencement, en assaut sur un troisième œil hypersensible comme un nouveau-né, un surrégime brutal de toutes instances conscientes et inconscientes, une entrée rugueuse dans un nouveau monde ; l'album aux abois et overdrive où le noise rock nineties plonge dans le tunnel industriel, pour émerger dans l'occultisme, la magie, le vaste monde ; un album plein de fièvre juvénile, d'appétits d'expériences, de sensualité écorchée. Quelques années plus tard, en France, on aurait Hint, soit la version pour le mercredi après-midi.

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