mercredi 21 novembre 2012

Neurosis : Through Silver in Blood

Dès lors qu'il est question, n'est-ce pas, de retracer le corpus neurosien, chacun a tôt fait de déballer sa cosmogonie personnelle : et vas-y que tel album c'est l'apocalypse, et tel le monde d'après, et tel autre la paix, et celui-ci la souffrance et celui-là le désespoir... Alors moi qui notablement aime à croire que je les ai connus avant la majorité de mes lecteurs ou interlocuteurs, je peux bien à la fin (puisqu'on les dit finis, pas vrai ?) y aller de la mienne, non ?
Or donc, laissez-moi vous dire, Through Silver in Blood, c'est la déception. Il a même fallu pour enfin finir de la digérer complètement que voici quelques années de çà je vende mon édition originale en joli cardboard, tant et si bien que l'ancêtre aujourd'hui l'écoute en réédition. Cet album que toujours je trouve des plus douloureux de leur part, alors je le trouvai surtout souffreteux. La cornemuse a coincé un peu aussi, on peut le dire. C'était joli, trop, mièvre, voire gland, ce que n'était pour rien au monde le fameux et térébrant "Krishna..." et ses violons, si c'est à ça que vous pensez. Et, sans doute surtout, Enemy of the Sun lorsqu'on a commencé par lui a tout de la chose faite pour demeurer unique, on est soi-même un peu effaré d'être vivant à la fin du disque, si tant est toutefois qu'on soit vivant après avoir entendu "Cleanse", en général on pique du nez pendant, on se réveille pour constater que cette merde n'est toujours pas à son terme, bref : on comprend encore mieux que je n'ai jamais su l'expliquer jusqu'ici comment j'ai pu accueillir le fait ensuite que des individus qui n'étaient même pas Neurosis viennent s'aviser de jouer une sarabande dont je n'avais pas accepté trop bien que Neurozizi-mêmes continuent de la jouer, j'imagine...
Bref. Aujourd'hui, toutes plaies lavées, je peux voir les signes de troisième œil que ce disque porte comme nombre d'albums de Neurosis, lui qui avec ses morceaux aux silhouettes de torrides transes forgeronnes épuisantes en enfilade, semble voir débouler les barbus dans un nouveau monde occulte - souterrain, embrasé, affairé, oriental, maçonnique, cruel - aujourd'hui j'en sens bien mieux les violentes effluves industrielles et sauriennes, comme si j'étais à nouveau à cette époque où elles étaient fraîches pour moi, où j'en découvrais la toxicité. Sa répétitivité de disque tourne-en-rond âprement, voire âcrement masochiste, sans issue, sans volonté, que l'acharnement buté, à tenir aussi loin que possible, les poils hérissés comme une armure de proie aux abois, me rebutait, finalement davantage que la monstrueuse laideur d'Enemy of the Sun, qui est un disque que j'ai longtemps gardé pour moi, crainte de le montrer aux amis, pochette laide sur musique odieuse, difforme, monstrueuse - car c'est cela ce disque, avant toutes ces histoires d'apocalypse et de fin du monde et patin couffin : une fournaise personnelle abominable, un cauchemar, une hideur divine intime ; et Through Silver in Blood en est la version rideau levé sur les coulisses, avec les ouvriers qui vous jettent de côté un œil égrillard tout en ahanant et suant sur les machineries et sous les coup de fouet, l'enfer est un endroit fort occupé si vous voulez savoir ; une soute, et toute la collante sensualité qui va avec.

3 commentaires:

Hern42 a dit…

pour moi c'est le meilleur, sans doute par mélancholie et rapport aux moments de la première écoute (et donc des premières vomissures induites, métaphoriques ou pas). ca veut pas dire que les ceusses d'avant (2 hein, faut pas pousser non plus) sont pas meilleurs, mais c'est juste que les circonstances d'écoute n'ont pas été les mêmes... du coup je reprends une beigne dans le beignet justement dès que je le repasse (et moi j'ai pas revendu le bô digipack, hhha)
plaisir...
a-

BBB a dit…

Bon pareil, le meilleur pour moi, mais aussi la découverte du groupe et la première expérience live (avec Unsane en hors d’œuvre). Un choc dont je ne me suis jamais réellement remis et qui a "révolutionné" m'a façon d'aborder la musique. Tiens d'ailleurs, à l'époque 'Cleanse' en live, s'était le meilleur moyen d'inviter le public à se diriger gentiment petit à petit vers la sortie...

gulo gulo a dit…

dans mon lointain souvenir de cette MJC des quartiers Nord de Marseille, les gens sont restés hypnotisés devant les tambourineurs fous... mais c'est tellement loin, maintenant