mercredi 2 janvier 2013

Zebras : Self Titled


Le soleil levant trouva la voûte céleste clairsemée de hauts nuages blancs. Mais bientôt des couches de plus en plus épaisses, basses et sombres se superposèrent avec une vitesse de vertige. De titanesques vaisseaux noirs se rangèrent côte à côte, le vent tomba et l’air se chargea de menace. C’est la fin, dit-il résigné. Comme pour le contredire un rayon prodigieux transperça le funeste firmament et embrasa, au loin, un point du sol. Allons-y, dit-elle. Animés d’un fol espoir tout deux se mirent en marche et ne tardèrent pas à arriver devant une vaste forêt. Ils empruntèrent alors une piste étroite, criblée d’innombrables empreintes de toutes tailles et de toutes formes, qui les mena à une clairière naturelle, monstrueusement élargie par un abattage récent. Une énorme embarcation reposait en son centre, les côtes bombées, prête à s’écrouler. À l’ozone se mêlait maintenant une forte odeur de musc, de résine et d’excréments. Ils s’approchèrent, cheminant entre les souches fraîches, et s’arrêtèrent devant les deux gorilles des montagnes de quart à la coupée : nous sommes les zèbres. Silence. L’un des primates fronça les sourcils : vous n’êtes pas sur la liste. Quelques commentaires invisibles s’échappèrent du ventre du navire : vous pouvez nous laissez vos œufs, nous en prendrons soin; si vous respirez sous l’eau vous n’avez rien à craindre. Silence. Nous avons vu l’Appel, laissez-nous passez. Le grand singe fronça de nouveau les sourcils : l’embarquement est terminé, vous n’êtes pas sur la liste; rien de personnel mais l’histoire s’arrête ici pour vous. Les zèbres se mirent à chialer et à geindre en implorant qu’on les laisse rentrer d’une même voix outrée, gonflée d’écœurement. Ces lamentations agacèrent rapidement les occupants : vous voyez pas que c’est plein ? Cassez-vous ! Mais plus les équidés recevaient d’insultes, plus ils s’entêtaient. La perspective de l’anéantissement total, la mort doublée de l’extinction de la race, les fit partirent en ruades et courses frénétiques. Ils hennirent à fendre l’âme contre l’injustice de leur sort. À leurs tours excédés, les deux quadrumanes les prirent en chasse. Ce spectacle provoqua une tempête d’encouragements hystériques chez les passagers massés sur le pont supérieur. Crevez-les ! Faites-leurs bouffer leurs rayures ! Au paroxysme de la cacophonie un rugissement formidable se fit entendre et imposa brutalement le silence. Stupeur et tremblements. Quelque part le bois grinça, une grosse tête jaune ornée d’une crinière passa au travers d’un sabord. Elle observa un instant le couple d’un regard neutre puis se tourna vers les gorilles et ordonna : logez-les avec les gnous, les antilopes et les gazelles.


Une légère brise se leva et les premières gouttes commencèrent à tomber.

1 commentaire:

Anonyme a dit…
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