jeudi 28 février 2013

The Love Below : Every Tongue Shall Caress


Tu viens de marcher dans la merde, là, juste en sortant de la boulangerie.
C’est la troisième fois cette semaine.
Du pied droit, et oui, encore.
L’odeur sans le bonheur, comme par hasard.
Encore un coup du sort, un vicieux coup du sort !
Pourquoi ?
Pourquoi s’acharne-t-il sur toi ?
Un bouc émissaire, voilà ce que tu es.
Un bouc émissaire galeux et contrefait. C’est tout toi.
Bientôt la plume, le goudron, les dix-sept plaies d’Egypte. T’as raison.
Pourquoi ?
Pourquoi cette cruauté ?
C’était pas ta faute.
Mais non, c’était pas ta faute !
On peut pas tout le temps faire attention là où on met les pieds. 
C’est juste pas possible. Sinon c’est les poteaux qu’on prend.
Ton envie de plastiquer le salon de toilettage est parfaitement légitime.
Tout à fait.
Allez, maintenant cherche-toi un rebord de trottoir…
Un bout de bois…
Quelque chose…
Et ne t’approche pas de trop près, s’il te plait.



Du Calimero-core… et du méchamment fêlé de la coquille…

lundi 25 février 2013

Stoelarm : Glasslight Schwarzfaçade

Normalement je ne fais pas de promo ou alors très exceptionnellement, mais là il s'agit de réparer ; j'ai parlé de ce disque beaucoup trop tôt, vous avez sans doute eu confortablement le temps de renoncer à le trouver : il est écoutable à présent. Et donc très bientôt attrapable dans le monde physique.

jeudi 21 février 2013

Front 242 : 06:21:03:11 Up Evil

Le seul (plus que) bitable album d'un genre qui n'a donné que des cartons rouges : l'ebm qui découvrait la trance-big-beat et les images 3d - et c'est le gang des profs de sport qui nous l'offre, les beaufs parmi les veaux, les New Kids Nitro de l'electro-dark.
Up Evil est parfait pour rêvasser d'un Doug MacCarthy engoncé dans le cocon d'un squelette de Dreadnought et qui dégomme tout en mode new-age dans l'installation tentaculaire du complexe militaire d'un clip de Front Line bien gratiné.
One shot pour le genre, one shot pour eux, le reste de l’œuvre vous pouvez continuer à le ranger avec votre bas de survèt' que vous avez acheté fermement décidé à aller courir, mais pas ce dimanche, celui d'après.

mercredi 20 février 2013

Berline 0.33, Drive with a Dead Girl, 19/2/13, le Black Sheep, Montpellier

Drive with a Dead Girl, sur scène encore plus que sur leur Hotel California's, la chanteuse rappelle une petite troupe efflanquée de chanteuse maniérées mais dont elle ne garderait que la coupante sauvagerie et pas les manières : Björk, Siouxsie, Yoshiko Ohara - mais avec la sévère nudité ost-germanique d'X-Mal Deutschland, ou alors une sorte de slavitude de Balkans imaginaires sur Saturne. Les musiciens ont un air de misère lunaire tout droit sorti d'un Gus Van Sant sans le glamour, et sonnent parfois comme un Sonic Youth des grandes premières heures, dont ils ne garderaient que la coupante sauvagerie, et pas les manières - et qui ne s'interdirait pas les sentiments directs. Drive with a Dead Girl, sur scène, c'est le groupe qui prouve qu'en 2013 la cold wave ce n'est pas The Soft Moon, et que le punk ce n'est pas Jersey Shores, et la noise ce n'est pas Pissed Jeans. Drive with a Dead Girl, sur le fond du mur de briques du Black Sheep, ils te rappellent brusquement la sensation que tu allais chercher dans les bacs à disques de Headache, au fin fond puant d'une ruelle du Vieux Nice.

Berline 0.33, ça m'évoquera un peu tout l'inverse, et plus nommément Sonic Youth, Lydia Lunch et Isis - ce qui ne leur fera pas obligatoirement mauvaise presse et c'est tant mieux, dire du mal est la dernière chose que je voudrais faire quand mardi soir est aussi inespérément bath. mais lorsqu'un groupe me fait ce coup-là deux morceaux de suite et que je travaille matin le lendemain, je me sens tout soudain beaucoup moins punk. Sans rancune.

Y a des fois quand même, faut vraiment que je me rappelle que j'ai casqué 33 euros pour voir le Phil Anselmo Show pour sa première Elysée Montmartre, que je me suis fait chier pendant qu'Unsane ouvrait pour Neurosis en 95, et que j'ai adoré MMXII, pour me souvenir que je ne sais pas apprécier que les premières parties et les premiers albums...

jeudi 14 février 2013

Frustration : Uncivilized

Un disque qui s'ouvre sur un flirt indécent entre Binaire et de jeunots Killing Joke ne peut mathématiquement pas être mauvais. Et s'il n'y avait que cela...
Uncivilized a l'évidence tubulaire à tout coup sans rien en rabattre sur l'obsédante acidité d'époque, des vieux salopards pas nés de la dernière pluie que sont ses auteurs, et il a l'absence de scrupules des gens bien plantés dans leur temps qu'ils sont, à prendre sans états d'âme ni charité tout ce qu'il y a de plus efficace et létal pour en faire des morceaux qui ne laissent aucune chance : guitares inquiètes chourrées à New Order, beats à la trique du tout premier Oomph!, fougue hallucinée chez Ian Curtis, electro congélo, basses distantes chez Simon Gallup, refrains confiscatoires chez les skinheads du PMU en bas de chez toi - et surtout ce tour de main pour faire des chansons pop à l'os, où strictement rien de trop n'est mis mais que l'on aurait tort d'imaginer en machins minimaux et ressasseurs : les morceaux d'Uncivilized fondent sur la proie de façon maximale quoique sans moulinets inutiles et la raclée est aussi étourdissante qu'elle est laconiquement précise, un fulgurant tumulte où talent et insolence deviennent difficile à définir l'un de l'autre. On aura rarement été aussi près de me donner l'envie de me faire punk.

lundi 11 février 2013

Imbroglio : Sleep Deprivation

Il arrive un moment où parler de musique extrême ne veut plus vraiment dire grand chose. Qu'y a-t-il encore là d'extrême quand c'est votre ordinaire ? Oh, c'est bien entendu tout relatif, j'ai essayé une fois de faire écouter le délicieux et pénultième album d'Anaal à des fans de Judas Priest en les assurant d'avance de leur adhésion pleine et entière, et me rappelle encore ma déconvenue sincère devant leurs mines d'ofraies, incapables de simplement entendre la mélodie - mais en quoi les autres et leurs modes de vie sont-ils davantage la norme, après tout, pour ce qu'on en saura jamais ? Bref, et pour écourter la session philosophie, quand justement l'on fait ses premiers pas dans l'extrême, on va bien souvent aller chercher les machins extrêmes les plus extrêmes, surtout lorsque comme bibi l'on est porté à une certaine théâtralité qui se tâte le romantisme - et passer hardiment à côté de choses telles qu'Imbroglio, que l'on dédaignera au profit de vrais trucs de oufdingues malades mentaux trop pétés. Lorsque, en revanche, tout ceci est devenu votre fréquence France Bleu, on peut commencer à constater une certaine fatigue au moment d'aller comme tous ses congénères se coller des torticolis et des ecchymoses devant le dernier Gaza, surtout que ce n'est pas la chose la plus romantique qui se puisse rêver ; et commencer aussi à déterrer avec une délectation toute dominicale les albums de groupes tels qu'Imbroglio, des groupes qui jouent le chaosgrindsludge avec une teigne rurale grisonnante, bedonnante et débonnaire qui a toujours eu plus à voir avec le chapeau et les chaussures de Kevin Sharp, et l'humeur du dernier Coalesce, qu'avec les outrances déglinguistes un peu embarrassantes d'un paquet d'autres hélas légèrement majoritaires dans la discipline ; avec un Pig Destroyer qui serait joué non par Brad Pitt et Gary Oldman mais plutôt une bande de barbus habitués à ne jouer que du Unsane et du jazz et à qui on a oublié d'expliquer la différence. Imbroglio ont l'inventivité et la bonhommie discrètes, robustes et fiables de tous ces gentlemen équarrisseurs d'enfants qui jouent du hardcore avec l'air de jouer du swing, KEN Mode, American Heritage, vous connaissez les autres aussi bien que moi, et vous savez si le boulot est fait et bien fait à la fin.
Fiou, j'ai réussi à boucler ce billet sans faire le coup du "bernardcore".

samedi 9 février 2013

No Zodiac : Population Control

Et donc, visiblement le beatdown cainri a résolu de ne pas s'arrêter au dernier Xibalba, et qu'il pouvait faire encore plus tuyau d'échappement ; la tendance chez les wiggas latinos semble donc de frayer de plus en plus près de l'indus - forcément, quand tu as un chanteur qui sonne entre Santa Kirk Windstein et Tommy Victor à l'époque Bordeaux-Chesnel, ça aide, tout comme ça aide de fiche un sample d'Irréversible au début d' "Irreversible" - au hasard, tiens, celui qui a servi dans Destination : Nulle Part et Grey Rigorism, tiens, "ah, sacwés fwançais, cabron !", a-hem... Mais le hardcore overtough étranglé UFC-style par le death metal de No Zodiac est déjà bien assez nauséeux tout seul, pas de souci, les riffs ne sont même pas tant accordés plus grave que grave, ils sont pour le coup réellement gris, ternes, dégueulasses, à sang-froid, esclaves, aussi rusés qu'une version survivaliste des abominables Bakteria. Moi, on s'en doute, ça me va très bien. Juste faudra faire gaffe, les gars, quand vous serez bien en plein dans le death/hardcore indus, qu'à ce moment-là par le fait vous serez sur des terres que Napalm Death connaît sur le bout des ongles depuis un paquet d'années à présent, et a peuplées de belles tranches d'hallucinations fluorescentes...

Flourishing : Intersubjectivity

Ce coup-ci, on prend pied dans les dimensions non-euclidiennes pour du bon. Parce qu' Intersubjectivity sonne immédiatement familier et comme une entité indivise et bien caractérisée - sauf que d'une fois à l'autre on ne sait dire comment elle s'appelle, déjà : Kickback ? Portal ? Gorguts ? Godlfesh ? Deathspell Omega ? Bästard ? Pestilence ? Orthodox ? Chaos Echoes ? Ride for Revenge ? K-Branding ?
 C'est tout ça à la fois et aucun, et c'est tout soudain le truc de l'espèce cosmiquement carnivore esquissé par tous les autres, avec son trot de chasse à la fois élémentaire et divinement équilibré, ses vagissements glaçants, son aura touffue de chaleur infectée, son expéditive, opiniâtre et fatale simplicité.








Oh, j'imagine qu'on peut aussi aplatir les choses et dire que Flourishing a énormément de personnalité, pour sonner déjà aussi unique et intime...

vendredi 8 février 2013

Natural Snow Buildings : Beyond the Veil

Lorsque Françoise disparut, François Formol n’eut pas le courage de la corde. Veuf, sans enfants, bientôt sans amis, une bogue viciée coagula autour sa pensée et il sombra dans un état d’hébétude chronique. 


Par un beau matin de printemps un papillon vint se poser sur le rebord de sa fenêtre. Il se mit à observer les frémissements, les imperceptibles murmures du gracieux visiteur. Les anneaux dessinés sur ses ailes le fixèrent en retour et se muèrent en pulsars écarlates. Des vagues d’ondes infracodées éblouirent ses rétines. La gangue qui enserrait son esprit s’emplit lentement d’amnios tiède, enfla, se déforma puis céda. Il saisit l'insecte et l’engloutit. L’humide cage d’ivoire et de chair résonna de vrombissements étouffés puis il lui écrasa le thorax entre la langue et le palais.

Esben & the Witch : Wash the Sins not Only the Face

Je suis censé détester, d'évidence, et arroser d'emblée d'une bile abondante ce disque qui a tout l'air de la dernière corbaquerie en toc bien moderne ce qu'il faut, et aussi fiable et durable que les modernes cassettes sur les bandes peu onéreuses desquelles on vous fait acheter aujourd'hui n'importe quoi. Faut-il que je sois moi-même de pareille qualité et fiabilité, que je trouvasse mon compte dans ces plaintives chansons à l'eau tiède, qui côtoient la flaccidité morbide de Denali, des Cranes, de Third & the Mortal et de Worm Ouroboros, ces mélodies vocales si américaines et enrobées, mais non moins noyautées par la sclérose et le saturnisme blondasse, lavasse, qui ronge le moral comme l'ombre d'une odeur de fleur d'oranger rance, et la rouille et le tartre sur le robinet de la cuisine. Que d'eau que d'eau, en effet, cet album qui a bien mieux retenu mon attention malgré sa molle et languide poigne de serpillère, que son prédécesseur, possède bel et bien toute la liquidité et la transparence qu'il faut à ces états de vidange émotionnelle et nerveuse. Et puis il servira au moins à ceci, que l'on cesse à part soi - ne mentez pas je sais très bien que vous le faites, moi-même je le fais - de me traiter de vieux réactionnaire intégriste de goth du grenier.

samedi 2 février 2013

Kas Product : Try Out

Tiens, Marc Almond s'est enfin fait pousser des balloches, et avouez qu'il envoie sacrément sec en mode petite frappe gominée tout droit issue des années apaches où il est resté bloqué, ce petit libidineux au coup de surin facile. Bon, évidemment ça reste ce vieux Marc et quand il part dans ses obligatoires marottes cabaret il faut se le farcir, mais après les premières grimaces bien vinaigre on s'y fait, on trouve même qu'il s'en tire mieux depuis qu'il a lâché les James Bond pour de bons vieux SAS, moins ronfleurs. Et puis, on sent qu'il s'est mis à écouter un peu Second Layer, et ça, c'est toujours une bonne idée.

vendredi 1 février 2013

Zebras : Zebras

Loin de moi l'idée de déflorer le mystère qu'a délicatement laissé planer notre précieux VVP, en ayant la balourdise de tenter de vous figurer la robe des Zebras. De toutes les manières, quand bien même je dirais qu'ils donnent la sensation électrisante d'être de retour en 1994 mais face à la découverte enfin d'une pièce importante, gabarit horrible trou dans le puzzle, du tableau d'ensemble de de cette époque si fondatrice - je n'aurais rien dit vraiment de ce qu'est un zèbre vivant.
Non, je passais juste vous assurer que l'eussé-je seulement ouï plus tôt, cet album eût assurément pris bonne place dans la photo de fin d'année, de même que "Queeny Gloom Doom" et "Black Cancer" dans la liste y attenante des dernières névroses obsessionnelles répertoriées par la Haute Autorité.