jeudi 28 mars 2013

Divorce : Self Titled

Les terres brûlées, l’ancien volcan, tu peux faire une croix dessus. Ça fait belle lurette que le point de non-retour est dépassé. Elle, dans son vieux peignoir mal fermé, se laisse aller. Carrément. Le regard vide, tu t’y étais presque habitué. Mais depuis la prise de décision, elle ne mange plus. Consomption volontaire et crises d’hystéries complètement ingérables pendant lesquelles elle gueule comme une poissonnière en gésine. De quoi la faire enfermer. Nervensäge, ça et les travaux de construction dans le voisinage. Tu t’apprêtes à boire le calice jusqu’à la lie : la maison qu’il faudra vendre, les amis qui devront faire un choix, le mobilier (quelle idée d’acheter un nouvel ordinateur le mois dernier), la bagnole… Adieu veau, vache, cochon, couvée. Comme disait le philosophe : "l’amour c’est comme un élastique, quand ça casse ça fait mal". Certes, mais entre un coup de sang et une crampe d’estomac tu te dis que cette attente de convocation n’est qu’un mauvais moment à passer et que, quand tout sera terminé, il te suffira de donner un coup de pied dans un arbre pour qu’il tombe dix filles à marier, toutes prêtes à s’occuper de toi pour les plus petites choses. Ça va jouer sale au tribunal. Prestation compensatoire ? Comptez une demi-bouche, Monsieur le juge, je vous dis qu’elle ne mange quasiment rien. Elle va comprendre, ta-préférence-à-toi, ton Anémie Poulain, ce que c’est qu’un Connard.

mardi 26 mars 2013

KEN Mode : Entrench

Ça fait depuis Mennonite que je sais pas vous, mais moi je me collette sans guère de succès avec l'un minimum exacte, en tous cas parlante, description de KEN Mode - difficulté qui paraîtrait presque s'accroître à mesure qu'ils se métallisent, et devraient selon une logique normale devenir plus calibrés - pack complet Douches/Ballou/Graham/Turner aidant, sur le Venerable précédent, Bayles ici - mais non, et quand bien même pendant Entrench ils montrent encore un peu plus souvent les dents et la grosse voix et les slogans pas contents bien clairs... On continue à ne pas véritablement y croire et c'est tant mieux, on continue à se rappeler plutôt leur bon sourire de types qui font cette musique pour le franc plaisir qu'elle leur donne ; et plus ils se métallisent plus sonnent-ils tout au plus comme une version metal de Hawks... Et puis il y a cette sculpture détaillée sous tous les angles par le livret, qui ... enfin, je vous laisse imaginer d'après l'aperçu ci-contre, qui paraîtrait plus de circonstance pour un Primus d'humeur sinistre et grimacière. Probablement le fin mot de l'histoire est-il simplement, comme a dit quelqu'un, "crazy fucking Canadians !". La vraie question d'importance, au vrai, c'est : quand est-ce qu'ils vont se décider à lourder ces sacré bon sang de ballades à la barbe flamboyante dans le couchant ?!

vendredi 22 mars 2013

Iceage : You're Nothing

Iceage sont tout ce que Frustration ne sont pas : des gosses. Donc tout au plus des animaux, guère davantage que des disques durs externes doués de locomotion. Aucune maîtrise chez eux de ce qu'ils font, tout est sur le même plan : Confusion is Sex et Dirty, The Stranglers et The Horrors, At the Drive-in et Fugazi - et pourquoi pas après tout ? N'écoute-t-on pas la musique pour se faire peur, pour se faire embarquer, pour croire à la magie en la touchant de toute la paume - pour tout sauf pinailler avec objectivité, mesure, perspicacité et bon sens ? Je n'aime pas hurler au hipster, et pourtant il faut bien reconnaître que certains disques taquinent le vice en nous - exemple au hasard, le premier album d'Iceage, dont la furie en bouteille de lotion secouait juste assez les guiboles pour se traîner d'installation en installation tout en minaudant sur un macaron nuoc-mâm/speculoos. Cette fois, on cesse assez vite même de se demander si c'est réellement punk ou bien pas, parce qu'Iceage a réussi, avec une arrogance de calibre Icarus Line mais au reniflement encore pimenté par ce fait que leur morve à eux est gelée, à faire un très solide et préhensile disque de pop. Ou de rock. N'importe.

lundi 18 mars 2013

God Seed : I Begin

Forcément, que ce disque a choqué - moi le premier, quoiqu'il fût fait pour mes pareils, mais sans doute l'attente avait-elle été trop longue... Forcément qu'il a paru incongru, avec ses riffs de marque Gorgoroth immanquable repêchés chez Cash Converter, et son omniprésent nappage façon Enslaved de pâtisserie chinoise de la rue Feaubourg du Temple... Mais après tout, et après toute cette attente, I Begin n'est-il pas tout ce qu'on attendait et juste la continuation de ce que Gorgoroth a eu de mieux à offrir, à savoir Gaahl et King dans leurs œuvres, et nommément l'anomalie Incipit Satan, et après tout ce dernier lui aussi n'a-t-il pas tout d'abord été la cause de violents rejets gastro-œsophagiens ? Oui, on retrouve ici certains des meilleurs riffs d'icelui et de son tout juste vassal Ad Majorem, et alors, ne leur appartiennent-ils pas (puisqu'à ce qu'il apparaît la diaspora Gorgoroth est devenue une affaire de partage des biens) ? Cet album n'en devient-il pas ainsi la jonction des deux meilleurs albums de Gorgoroth, de la furie de harpie d'AMSG et de la fourbe farfeluterie d'Incipit ? Dame, les deux outlaws ont manifestement eu les coudées enfin franches pour aller encore plus loin, donc : du chant en norske à qui mieux-mieux, de l'electro-ambient trippy-hoppy, des saupoudrements d'ambiance byzantine à la hauteur du dernier Weapon : enfin en somme l'album de heavy-beumeu digne de la coupante et autoritaire fantasquerie du délicieux monsieur Espedal, que l'on a beaucoup de plaisir à constater à la fête et vocalement décidé à le manifester... Attendez, mais hé ! ce serait pas leur meilleur album des fois ? Sans doute pas, mais voilà enfin God Seed parti ainsi qu'on l'espérait : pour nous donner de grandes choses.

Intronaut : Habitual Levitations (Instilling Words with Tones)

Soyons francs : on avait peut-être un peu passé en force sur l'enthousiasme mérité par le précédent. Mais ce vote d'encouragement apparaît aujourd'hui justifié, et Intronaut a rectifié le tir comme on dit dans les cercles journalistiques : ce disque est exactement le même. Mais en rééquilibré ; les passages "brutaux", qui ne sont manifestement plus leur fort ni leur affaire, à ces cons de boudhistes, ont cette fois écopé de la portion congrue, et tout ce qui regarde la mollesse de la part du lion ; soit un peu l'inverse de Valley of Smoke, dont les épars délires bossa nova faisaient tout le prix à mes oreilles ; soit donc une version bien plus raffinée et irrésistible de leur lounge-metal des Îles du Jour d'Ailleurs, où pour être sûr d'y rester bien seuls et tranquilles, Intronaut ont avec un superbe sourire idiot zen mis toutes les chances de leur côté, et surtout tout ce qu'ils ont pu imaginer de plus laid : Tool, Opeth, Yes, Kirk Windstein, Pink Floyd, Candiria, RATM ramolli à la cachaçà, du jazz-rock-samba, de la batterie qui sourit de toutes ses petites dents, on est sûr que les gens de bon goût ont déserté, on peut se grattouiller la nouille avec de paisibles délices nonchalants, le bide qui déborde du caleçon de bain à fleurs, se laisser onduler avec la douce chaleur et chatouiller par la brise marine... On est bien.

dimanche 17 mars 2013

Rorcal : Világvége

Rorcal s'est mis à jouer du black. Il paraît. Parce que bon, Rorcal a sensiblement gardé, ou retrouvé, son art manifeste sur MMM pour lanciner et ressasser d'un feeling besogneux et morose et mène-à-rien qui fait de leur post-metal une chose viscéralement doom et foutue - je vous renvoie très officiellement à mon communiqué sur la question. Oh et puis pardon ! on s'en fout.
Rorcal a gardé, ou retrouvé (on l'a compris, jusqu'à nouvel ordre je suis hermétique à un Heliogabalus trop compassé) ce qui les fait à mes yeux, ce discret mais abominable goût de bile, cet âcre poison qui donne à leurs plus belles et complaisamment longues coulées de triste merde ferrugineuse - et même à ces percées où l'on peut croire voir se manifester la fausse lumière dégueulasse qu'affiche perversement cette pochette - une saveur de peste industrielle grand teint, ce qui n'est pas rien pour des Suisses mais là n'est même pas la question, Világvége est acide tout seul comme un grand et non en milieu préservé, les barbus si aimables me prennent une nouvelle fois par surprise dans leur floculant torrent de sinistrose, dans leur ample et morne tourbillon de chasse d'eau qui jamais ne se vide mais toujours vous fait tourner, à la façon un dimanche d'hiver sans fin avec la plaine blanchie à perte de vue, et la gravité qui cloue l'horizon. Un immobile déluge de neige, sans puissance et aussi mortel que la pluie acide qui vous ruine l'humeur avec toute sa scrupuleuse verticalité. On fait difficilement plus black, et on fait difficilement plus doom. Je sais pas où ça se trouve Világvége mais à l'oreille, ça sonne plus près de Salò que de la moindre post-chocolaterie que je sache.

jeudi 14 mars 2013

Leviathan : Massive Conspiracy Against All Life/True Traitor, True Whore

Il est toujours non seulement hygiénique mais encore plaisant de faire amende honorable.
Leviathan a bel et bien quelques albums réussis à son compte ; un peu comme le dernier The Body en date, ce qui fait qu'on finit par s'y rendre est justement ce qui en repousse aux commencements ; en l’occurrence, cette spécificité à ma connaissance qu'a le citoyen Wrest, de convoquer toute la grandiloquence metal et black metal qui plus est, nommément de l'architecture deathspellienne de cathédrale thrashie à vitraux injectés de sang, une voix de goule transgalactique, et tout cet apparat monumentaliste, cosmique, épique, pour nous parler de sa sphère strictement privée voire intime. Il y a, pendant longtemps, comme une ridicule démesure entre les deux. Et puis on finit, comme bibi, par en voir la baroque extravagance - un air de Diapsiquir, aussi, à se théâtraliser ainsi les atermoiements et les tribulations avec un même pathétique consommé voire savouré, et malgré l'écart qu'on peut vouloir trouver (mais pourquoi ?) entre un univers ghetto forcené d'un côté et ces sempiternelles allusions de l'autre à Vangelis et Alien ; il y a à la fin une saveur assez délectable à cette façon de faire de ses problèmes d'alcôve une trame de science-fiction romantique, une manière d'auto-traque intérieure pompéienne, qu'au bout du compte ses manies en forme de moments goth-lynch-machin tout tapissés de cold wave bathyscaphe - ailleurs carrément en vedette sur l'album de Lurker of Challice - rehaussent bien mieux qu'il n'y paraît au premier abord, et finissent à force de systématisme obsessionnel et balourd par atteindre le touchant, comme l'est forcément cette étrange intersection de Raison d'Être avec Gorgoroth élue pour servir de théâtre à un Caligula intime, à ce cartilagineux combat de lutte cannibale dans les cavernes de sa propre chair palpitante - plus tard le tout aussi interlope True Traitor, True Whore orchestrera les présentations entre Celestial Lineage et Et le Diable Rit avec Nous, est-ce plus improbable encore ou pas chacun en jugera - entre Through Silver in Blood et ... et rien, la référence black supposée se trouver ici pour compléter les coordonnées de ce lieu n'existe pas, c'est Leviathan, ce machin black erroné, bancal, incohérent, tout en puissance brouillonne et pouilleuse, en appétit infecté de sensiblerie, flou et coupant, larmoyant et lubrique, ce machin forcément écœurant à force de taper tous azimuts et à la fois, de Yakuza à Sopor Aeternus sans se priver de Dodheimsgard, cette éruption cascadante de décadence, ce dégorgement de pulsions torrentielles, désordonnées, puériles. L'internet me souffle que Leviathan désigne un animal de vastes proportions et qui se tortille, ça me va, et c'est tout ce que j'ai envie de dire de ce sujet pour aujourd'hui.

mercredi 13 mars 2013

Portal : Vexovoid

J'aurais aimé, j'aurais vraiment aimé parce qu'autrement c'est vraiment trop triste, que ce ne soit pas qu'une histoire de mathématiques, mêmes non-euclidiennes. Mais même le quidam non-euclidien au-dessus de tout soupçon, la réalité le rattrape. Et puis, est-ce que Cosmic Atrophy a sorti plusieurs albums ? Est-ce que dISEMBOWELMENT a sorti plusieurs albums ? Est-ce que Disciples of Mockery, Warmarch ou Impetuous Ritual ont sorti des seconds albums ? Est-ce que Timeghoul a sorti des albums ? Conserver le titre d'extra-terrestre le temps de deux disques, n'est-ce pas déjà de la témérité grassement récompensée ?
Oh, Vexovoid recèle bien des passages - arrangements, idées - trop stylés ma gueule wesh... Mais bon. Voilà.
Désormais (je vais à présent le ranger pour un temps et espérer qu'il se révèle plus tard, ce sympathique slasher en sous-marin) Portal fait partie des très bons groupes de death metal. C'est tout de même un peu triste.

dimanche 10 mars 2013

Frustration : Relax

Le voici donc, ce premier album de Frustration qu'un webzine de bon ton a trouvé de bon ton de qualifier de hooligan et exempt du sucre qui napperait Uncivilized.
Eh bien non. Non seulement Frustration alors était déjà tubesque, et cet album est-il une indécente enfilade de prestes roustes - mais encore chacune de ces petites chansons salutaires comme une gifle sur une joue en train de geler dévoile-t-elle à l'usage son délicat et juste dosage de suavité et de couleur - puis une gifle, après tout, ça réveille le teint, non ?

Starkweather : Nightmare Factory/Armed Memory



Le roi-de-rats de drogues et de rites cannibales appelé Starkweather enfermé dans un cauchemar godfleshien¹. La palpitante turgescence de la batterie s'y perd étouffée par le brouillard brûlant de guitares qui se dissolvent dans une note étale, nauséeuse, défigurée. La bête sauvage se débat tout ce qu'elle sait pour ne pas se laisser ainsi transformer en mou de veau, dans un terne concert de barissements terreux et de spasmes dévitalisés, les membres raides de poison, les convulsions harassées, sous le ciel orange pisse. Deux morceaux, un death trip.










¹ Un certain Rennie R. me signale que "the funny thing is while writing a section in "armed memory" we labeled it: "black france" ~ so, yeah, you can definitely consider Blut Aus Nord (and Deathspell Omega, Wolok, CYT, etc)"
² Ce disque doit vraiment constituer une anomalie spatio-temporelle, puisqu'une simple correction de majuscules l'a fait surgir à la date d'aujourd'hui, soit deux ans après sa date de parution initiale.

vendredi 8 mars 2013

Frustration : Uncivilized

Il ne faut jamais jeter les notes que l'on griffonne au bureau. La preuve, puisque j'avais oublié quelques mots clés dans le précédent billet sur Uncivilized, je peux en profiter pour en glisser une petite brouettée d'autres dans la foulée. Je tenais à insister un peu plus lourdement encore sur l'aimable humeur punk du disque, qu'on ne trouve guère autrement que chez les vrais Anglais ou Fugazi - et en profiter pour proclamer qu'en quelques semaines déjà les premières notes d' "It's gonna be the same" me flanquent la chair de poule chaque fois, tout comme chaque fois l'entame I can't stand the sound of your voice, that's coming through the wall, me fichent des points de côté ... évidemment, serez-vous tentés de dire ; mais aussi petit à petit un certain nombre d'autres morceaux, différents peut-être suivant les jours, la marque des vrais putain d'albums, me font-ils le même coup sagouin, et pourtant ces chansons elles n'ont pas comme a pu le faire ma cassette Psalm 69/Closer rythmé mes années bac, elles n'ont pas le passe-droit "initiation de coldeux à pâte molle" pour les aider à accéder sur une trois voies à mon cœur d'artichaut. Alors certes on pense très fort tout le long à Joy Div', par-dessus tout le reste, et comme les palaces on aime le disque aussi pour ça, mais au risque d'insister et d'être vraiment très lourd, les copistes de talent aussi pro soient-ils moi ils me fichent rarement la chair de poule.

dimanche 3 mars 2013

Darkthrone : The Underground Resistance

Je ne vais bien entendu pas vous refaire le sketch de l'explication, et encore moins la justification, de ce qui/que fait Darkthrone aujourd'hui, ça commence déjà à faire un moment de toutes les façons, tout comme ça fait un moment que je ne suis pas journaliste.
Le nouveau Darkthrone a certes quelque chose de la luminosité mélodique ferreuse et éblouissante de Dark Thrones & Black Flags - il en a surtout le mysticisme nordico-épico-campeur ; il possède également un peu de l'âpre haleine de charogne des Circle the Wagons ou Fuck Off and Die - mais il a surtout un bien présent fantôme de l'amertume hyperbilieuse de Sardonic Wrath et Hate Them : même s'il ne renonce pas non plus totalement - comment faire ? - à la vulgarité débonnaire et pochetronne de The Cult is Alive, The Underground Resistance est un album - ne cherche pas, ce n'est pas négociable - aussi religieux, mais oui madame et je ne dis pas cela uniquement pour la splendeur baptisée "Valkyrie" - et vindicatif, dis-je, que sa jusqu’au-boutiste pochette : doom pour tout dire, à l'ancienne, ainsi que le prouve de plus en plus leur art olympien du solo de guitare coupant, aussi indécemment dégoulinant de coolitude qu'il irradie toute la haine méprisante d'un solo war-metal australien recalé sur un morceau de trad finlandais ; autrement dit que juste à trépigner derrière la grosse marrade et le fébrile goût de l'excès, on sent toute la rancune et l'ulcère qui peuvent habiter les deux princes de la bouffonerie ; et l'implacabilité extra-lucide d'un art de passer le piéton au fil de l'épée raffiné et épuré jusqu'à l'extrême, jusqu'au presque gazeux, jusqu'au point où l'âge d'or d'une vertigineuse technicité ressemble à s'y méprendre à une ivresse de rusticité crasse - quelque part, là-bas, dans la pâleur douloureuse du ciel hivernal à son midi. Un endroit que l'on a déjà une fois plissé les yeux pour apercevoir, vous ne croyez pas ?

C'est tout pour cette fois, on en reparlera nécessairement, ne serait-ce que pour les célébrations de fin d'année.