mardi 30 avril 2013

Menace Ruine : Alight In Ashes

Attachée à un poteau, condamnée aux bêtes, une voix forte, haute, altière, récite ses cantiques. Volontaire, résolue, stoïque, un pied déjà dans les limbes, elle fait face, affronte les assauts sournois d’orgues de barbarie chancelants, les souffles lancinants de mellotrons rouillés, les ondulations reptiliennes de clavecins hésitants, mortifères. Aucun des fauves ne la touche, la voici maintenant athénienne, une parmi sept, à bord d’un navire aux voiles de jais voguant vers la Crète. Attente sacrificielle dans un paysage émotionnel délabré, figé, vert de gris.

Seul bémol à l’étrange dualité de ces rivages de boue céleste : la plage la plus longue est inaccessible.

dimanche 28 avril 2013

Puce Moment : Puce Moment

Au cas où entre les Andy Stott et Fausten ci-dessous il vous reste encore un peu de place pour un rabiot d'ice-dub moderne, mais que vous souhaitez continuer à éviter le tout-venant des disques glaciaux comme une giclée de déodorant Ushuaïa Nature sur l'aisselle, rencardez-vous voir avec le nouveau projet-machin des Cercueil. En fin de compte pas si surprenant, ils arrivent sur ledit haut-plateau par leur propre chemin tout en simplicité : une manière de Cerceuil version post-mortem, version l'autre côté du rideau toxique, version corps astral - que vouliez-vous, qu'ils se refissent ? Quand ce que l'on sait faire le mieux est voler... Puce Moment vole donc, avec une féminité élémentale et une majesté de raie manta au milieu de noires fosses marines aussi abyssales que leur température à en rendre à Kirlian Camera et au Cure de 81, et qui est l'élément où eux sont d'humeur la plus féline et placide - limite averse tropicale.
Tout compte fait, allez voir ce disque même en cas de réponse "non" ou "nsp" à la question initiale ; au cas où une visite de la vertigineuse new wave de Cercueil en terre ambient techno voluptueuse soit chose à vous faire pressentir le ravissement boréal le plus catastrophique, la complétude façon Leutha voire Carla Subito en musique d'after pour petits matins blancs. Et sous la noire et coupante épaisseur de la banquise de découvrir que se cachent une extase qui se fragmente en lents prismes à l'infini.
Trouant. Vous allez voir qu'on va y arriver, que je me remette à écouter Starfish Pool.

samedi 27 avril 2013

Fausten : Fausten

L'album qui te confirme que : oui, tu as bien fait de revendre celui de JK Flesh, et non, cette musique-là n'a pas cessé d'en avoir à dire avec venin, c'est juste JKB qui ne sait plus que radoter et bégayer, dans cet idiome. On en ressortirait presque ses Electric Ladyland IV, V & VI pour mesurer l'ampleur de la mutation.
Celui aussi qui sonne la fin de la récré pour tous ces foutus albums de "techdub", "bass music" et autres "dubstep" sonnant comme de la house jouée par des indie-rockeux, et aux ennuyeuses pochettes MOMA que même le grey metal commence à devoir se farcir à présent, confer Altar of Plagues. Voici, petit, ce que lourd, opaque et oléagineux veut dire. Voici ce que c'est que de rendre la réalité et le temps visqueux, élastiques, épais, comme savent le faire les bons vieux disques de death ou de weirdbreak - et non pas linéaire et métronomique comme votre krauttech moderne le fait si mignardement, avec ses morceaux qui passent aussi rudement que des reportages dans le magazine TGV, et avec le même pouvoir d'annihilation. Fini la techtruc béate-abrutie, il est l'heure de se remettre aux vrais produits qui secouent et à la musique des insectes libidineux qui sont les maîtres de ce monde, à cette matière informe, changeante, changeuse, immersive, impérative, insidieuse, indirecte, à cette cochonnerie qui a toutes les qualités d'un simple état passif mais tout le comportement d'un envahisseur (mal) intentionné - et qui te démonte les viscères et te démolit le foie avec délices et lubricité. Oh et puis plutôt que de persister à vouloir vous mal décrire la consistance et l'action chimique de Fausten, pourquoi ne vous renverrais-je pas à la bien commode définition de sludge ?

vendredi 26 avril 2013

Lutomysl : Overcoming Babel

La vérole plutôt que la barcarole, ou comment avoir tout mais alors tout ce qu'il faut pour bricoler un rocking chair tout à fait cossu incrusté de motifs Drudkh et Envy alternés, et en préférer faire un poteau à crucifier dont les deux poutres pourraient se faire baptiser Converge et Lifelover.
L'album ne tient certes pas cette vivifiante promesse en strict continu, mais pour tous les moments où l'on ne sait plus dire de ce que l'on entend s'il relève de la bête mélodie tradi à scier l'âme, du new school mk. XII, ou juste du vieux beumeu collection dépression d'automne... il vaut son prix d'engelures.

jeudi 25 avril 2013

Ghostface Killah & Adrian Younge : Twelve Reasons to Die

Le gars Ghostface, c'est un peu le Rudy Ratzinger du rap : il te vous sort des théories d'albums à la douzaine, qui sont presque toujours sympathiquement chiants ; et au milieu de cette courante discographique, il te place, avec son timbre boudeur presque infantile que j'ai longtemps confondant avec celui horripilant de Raekwon, des sacrés bon dieu de splendeurs tout bonnement renversantes ; des vrais coups de peau de vache, des Ironman, des Supreme Clientele et des Big Doe Rehab. Du coup ça fait chier, mais faut toujours vérifier tout ce que ce genre d'olibrius sortent, comme un vrai douanier, y aller de sa petite palpation triste et démotivée, mais toujours prêt à dresser la queue et faire fête comme un clébard. Procédons.
Le tout nouveau polar de Ghostface est généreusement doté d'une atmosphère lourdement sicilienne, vaporeusement onirique et fauve, suavement brûlante, à la façon experte et enfiévrée d'un imaginaire porno sixties conséquemment intoxiqué, tout transi de chœurs de sirènes ruisselants d'épopée et de démence comme un arrangement pour Léo Ferré. Et comme c'est du Ghostface Killah bien sûr, la préscience de la tragédie sourd de partout, enivrante, dissolvante, soyeuse, digne d'une adaptation de Donald Goines par Jean-Pierre Melville avec un Pacino de 21 ans.
On parle depuis des lustres aux bébés b-boys, le soir à l'heure du coucher, de Supreme Clientele 2 voire d'Ironman 2. Pas certain qu'ils seront aussi tuants que cette chose-ci.

Girls Names : The New Life

Un soupçon de douce-amertume des mers bleues de Macao, un rien d'élégiaque candeur adolescente, un tenace air de velours côtelé remis au goût du jour à NYC un matin de déprime, un subtil fumet de thé au jasmin amélioré au tanqueray de chez le Chapelier Fou, beaucoup beaucoup de The Cure période jusqu'à Seventeen inclus, avec bien entendu un bon trait de reggae à l'ancienne et de western comme dans le temps = LOURDE FICHUE ROTATION, MON CON.
Ces mecs ont sûrement été élevés aux Horrors et à Esben & the Witch, et alors ? On se croirait en 83, parole, en pleine osmose avec cette divine indifférence.

dimanche 21 avril 2013

Deuil : Acceptance/Rebuild

L'anti-Altar of Plagues - pour qui je professe un respect sincère, hein, qu'on ne se méprenne pas - la preuve que rien ne sert de chercher la nouveauté, et à jouer des trucs "malins" comme si on était dans un épisode de Top Chef. Deuil, je l'ai pensé avant même de me rappeler leur nationalité, ont une qualité rare qu'ils partagent avec AmenRa : ce don pour jouer une musique non seulement simple mais balisée, mais la jouer de façon simple, modeste, sans chercher à monter l'ego en neige dessus à vigoureux coups de poignet, et en comptant simplement, c'est beau, sur la sincérité intense de la composition et de l'interprétation. Oh, ce n'est pas tout à fait Burzum non plus, ni votre groupe de blackened slowcrust le plus générique signé chez Greg Anderson, on est tout de même davantage dans le registre des maladies orphelines, là où errent les solitaires tels que Sieghetnar, Drear, Nox Inferi, Vrolok, puis ils ont également d'autres arguments, tels une humeur négative particulièrement défaitiste et torpilleuse d'humeur - merde, je repense à AmenRa du coup, mais il faut savoir le prendre comme un compliment - douloureuse jusqu'après l'épuisement, ainsi que peut l'être Buried Inside, et sereinement appuyée par un grain à la limite de l'industriel contemplatif, avec cette saturation-laminoir source de paix similaire à celle de Primitive Man, et dans laquelle on finit par reconnaître une douce lumière, plus que dans les épars chants de gorge rituels plus ou moins toundra-friendly ; vous me direz, comme à ma triste habitude, je n'ai fait qu'établir un rapport de conformité avec les intitulés du disque, groupe et titre (il y a deux morceaux sur la présente démo, vous devinez leurs titres ?). Eh bien oui, ce qui n'est pas peu en cette ère de patronymes monosyllabiques ou quasi et pseudo-coup de poing en kyrielles : Deuil tout comme Verdun se montre à la hauteur de son nom honnête et direct (le français ça aide), tient ses promesses de pierre grise d'institution psychiâtrique pour fins de vie, et fait son boulot, à la fois religieux et hardcore. Bon doomanche à tous.

samedi 20 avril 2013

Altar of Plagues : Teethed Glory and Injury

Cet album est très certainement très forward-thinking et très bien fait, et très farci de très belles idées, rafraîchissantes et oxygénantes pour du beumeu, tous ces arrangements subtilement électro, aériens et intoxiqués, et tous ces passages à la batterie qui développent la devanture danse contemporaine de la chose.
Mais une fois que vous aura envahi l'image de Streetcleaner ré-interprété par Jesu, avec un cerf sur la pochette, il sera difficile de l'expulser, autant que je vous prévienne. A part, comme lorsqu'on chasse de sa tête un horrible tube obsédant par un autre horrible tube obsédant, en pensant à un reportage sur Neurosis présenté par Georges Pernoud.

Cathedral : The Last Spire

Quand un groupe lambda, de type couramment appelé "combo", nous rejoue, dans la situation type "nouvel effort", la vieille vente flash à la sauce back to basics, on sait que l'on va se sentir navré, pour eux et pour nous.
Lorsque Cathedral le fait, on saura dorénavant, et pour longtemps dans l'écho tonitruant de l'auto-coup de pelle final qu'ils se mettent à cette occasion sur l'occiput, qu'il faut pas trop y compter - ni sur la navrance ni sur les rataillons de fond de réserve oubliés et les démons de midi flapis. A un hypothétique Forrest Grump 2, il faudra donc ajouter les modalisateurs majeurs que sont l'art de la décoration salon de thé zeuhl, le goût du gras gratuit et du dindon-doom et l'ahurissante connerie disco-péquenaude développées dans toute la suite de la bulbeuse œuvre ; et aussi la joie de propriétaire prospère qu'ils ont fini par trouver dans leur vaste royaume acide peuplé de pierre grimaçante et de flore circonspecte.
Bref, quand Cathedral décide qu'il est l'heure de conclure les débats avant d'aller vaquer chacun ses petites affaires, il ne le fait pas avec le dos de la cuiller ; plutôt d'un vigoureux moulinet de cuiller en bois sur les gencives. Pour leur propre enterrement, les cons balancent donc un de leurs tout meilleurs albums, un machin triomphal et en pleine forme, tellement beau et veau qu'on aura l'obligeance de ne pas parler de chant du cygne merci - d'ailleurs ce qui colle le mieux à Cathedral c'est plutôt le cri du cygne bien vivant, alerte et vindicatif. En fait... la pesanteur, le puissant ronron d'aise, les aiguilles qui se plantent dans la chair par intermittence... Bon sang mais c'est bien sûr, The Last Spire c'est un Chat de Cheshire en pleine santé et béatement assis sur toi !

vendredi 19 avril 2013

Watertank : Sleepwalk

Torche, Helmet, Quicksand. Difficile d'écrire quoi que ce soit sur Watertank en la jouant comme Perec avec ces trois vocables, la fiche promo ne s'y essaie d'ailleurs pas, avec une très simple honnêteté, la même qui transpire du ci-devant disque et avec laquelle lui non plus ne tâche pas d'éviter qu'ils soient prononcés. Et dame ! pour quoi faire ?
Helmet : Watertank est bien plus aérien, plus planeur dans les nuages, loin au-dessus de l'immensité des champs. Torche : Watertank est bien moins tête-à-claques, moustachu, outré, et n'a pas cet atroce goût de Sunny Delight. Quicksand ? Aah, baver sur Quicksand, ben voyons... disons que Sleepwalk est moins Gus Van Sant que Manic Compression, mais en même temps Quicksand pour moi c'est un simple Slip. Mais disons que Watertank est moins tendu et angoissé que ce dernier, attendez la suite, et qu'il sait en faire une qualité, la voilà l'affaire. Normalement on commence à cerner un peu mieux à ce stade la plaisir que je tire de Sleepwalk mais peine à définir, la sensation de cette musique à la fois ultra-orthogonale et ascensionnelle, le lâcher-prise, le laisser-aller, en un mot la décontraction qui peuvent se dégager d'un chant pourtant si rasé de frais et si en brosse, qui passe son temps à effleurer avec une matutinale nonchalance ce stoner-core heavy aux riffs stick large, capable de rester à la coule même à la lisière de jouer du 16, grâce peut-être à une lumière qui finalement mieux que Torche réussit à retrouver la capacité de doux engourdissement que possédait Floor.

Alors Torche-like peut-être, n'empêche qu'en ce qui me concerne, Torche s'arrêtant à "Healer" et Harmonicraft, soit un tube et des tubes, Watertank vient sans un seul tube à la dimension américaine de la discipline, de leur donner de la roue arrière à sucer pour un sacré bon moment.

jeudi 18 avril 2013

Head of the Demon : Head of the Demon

L'envers du doom, ou son fantôme, peu importe que la cossardise ait si facilement raison de mes velléités d'analyser ou inventer les figures artistiques, on aura plus tôt compris en écoutant cet effarant album, qui réussit brillamment à se faire éprouver aussi pesant que la mamelle de pierre de quelque affreuse idole de la Grande Mère Lubricité de quelque affreux Orient pouilleux et dépravé - sans jamais avoir recours aux facilités du gros son ou du gros riff terrassant. Lourd et aérien, tel est le doom narquois de Head of the Demon,  qui nous montre avec amabilité que le vrai pouvoir et la vraie présence  se contentent d'appuyer, et d'une infinie patience, car tel est sans doute aucun ce qui caractérise le mieux ce disque poussiéreux, ferronnier, dont les manières sont celles de qui remue nonchalamment les braises dans l'âtre, de la bête tapie paresseusement dont seule l'acuité des pupilles qui suivent tous les mouvements alentour décèlent la létalité à l'affut. Un disque qui amène le sexe qui manque chez Valborg, dans la manière avec laquelle il vient jouer à la torture au milieu de tous tes fantasmes sur Gilles de Rais et Joris-Karl Huysmans. Il suffit de dire que ce disque n'admet pas trop de pareils hormis un certain Embrace the Narrow House qui paraît bien nerveux et sentimental en comparaison.

mardi 16 avril 2013

Jotunspor : Gleipnirs Smeder

Gorgoroth est un de ces groupes - avec Napalm Death même si dans ce dernier cas c'est moins frappant puisque les membres en CDI servent quand même un rata tout à fait bouffable - qui valent essentiellement par leurs membres partis paître ailleurs : Wardruna, God Seed, ... N'oublions donc pas le petit album de Jotunspor.
Un album de genre true/viking black un peu à la... Trelldom, tiens, on l'avait oublié - un album de black blackistique, donc, mais où la neige n'a rien de beau, que du gris boueux qui nécrose gentiment l'humeur, avec sa texture cafardeuse à la limite d'un Leviathan nettoyé de toute son exubérante superbe, un true pas très metal puisque taillé plutôt dans le bois humide, assurément noirâtre, un truc occulte pour sûr tellement il est obscurantiste, renvoyant même plutôt carrément à Un-Core qu'In Slaughter Natives, et aux passages les plus gluants et mortifères de l'insane Incipit Satan, sur le fil qui sépare le clochard des bois de l'ours, un machin qui rôde aux lisières du village à glapir et feuler sa détestation nyctalope et impuissante alors qu'il ferait mieux de la boucler le temps que tout le monde s'endorme, pour emporter un mouflet à becqueter.

Kabul Golf Club : Le Bal du Rat Mort

Si les Blood Brothers en avaient, les appellerait-on mon oncle ? A-t-on encore envie d'écouter ce genre de musique ? Quel est le lien de parenté exact entre Daughters et Psyopus ? The Locust n'auraient-ils pas mieux fait de nous donner des albums de dsico ? Ainsi que le chante si finement Frustration, too many questions, ain't got no answers.
Et on s'en fiche un peu, tant que Le Bal du Rat Mort tient de la sorte à la fois les promesses festives bastringue de son intitulé, et celle des relents de terreur de sa pochette, avec sa brutale java de lucioles terroristes, armées de basses irradiantes et de guitares cortico-fissurantes, qui le porte toujours intact et impérieux à travers des atmosphères de mélasse aussi obscures que le grand Primus (celui de Pork Soda, donc) où les gigues et les pavanes disloquent les tendons selon des manières qui rappellent l'abominable Cut and Run - pas tout à fait rien, on peu le constater, mais Kabul Golf Club n'est pas tout à fait rien, il va falloir se le dire.
On est donc en droit d'attendre, avec la sévérité qui est dûe aux enfants gâtés par le talent, qu'ils passent à présent de l'entêtant à l'obsédant, et de la rougeur au tissu cicatriciel, derrière eux.

dimanche 7 avril 2013

Suicidal Tendencies : 13

Le printemps et derrière lui l'été commencent enfin à se montrer - en tous les cas dans mon secteur, le reste ne me concerne qu'avec une très joviale modération : le timing pourrait-il être plus parfait pour, en attendant qu'on sue vraiment et puisse enfin sérieusement regarder s'il y a quelque chose à sauver dans le nouveau Clutch, se régaler d'un vrai bon album de hard, un de ceux qui donnent envie de prendre la rocade en skate direction les plages, quand bien même le vent encore frisquet saisit quelque peu les mollets, un album solaire qui nous donne des couleurs au blair et finalement quasiment tout ce qu'on attend de Jane's Addiction mais en mieux à notre taille, parce qu'on a vieilli et fait du lard, et finalement sans avoir besoin d'y penser renoncé à être aussi cool et lunaire que Perry Farell, et qu'il est l'âge de savoir que ce qui nous convient le mieux c'est une bibine bien fraîche, un bermuda bien large, des tongs et des riffs qui s'avalent aussi rondement que des chips ? Un disque copain qui a toujours la banane et une raclée en réserve à te mettre.

samedi 6 avril 2013

Von : Dark Gods - Seven Billion Slaves

Un son immondément métallique et filandreux, d'une clarté et d'une profondeur odieuse, pourtant obscènement emplie du carillonnement infernal des guitares, une voix grouillante entre Karl Willets et le gars de Simbolo : je n'ai jamais réussi à adopter le culte qu'on voue çà et là au mythique autre "album" de Von, mais cette fois en revanche, l'ignoble ambiance de grotte consacrée pour l'office décérébrant des dieux de l'ordure et de la reptation primordiales fera infailliblement de moi un adepte conquis, par ces vocaux gluants aux furieuses psalmodies souillées, et ces riffs archaïques, pisseux et paralytiques répétés jusqu'à l'insanité, dans un disque qui ne semble qu'une longue diarrhée rituelle poissée de sang ; je vous dirais bien qu'un paquet de groupes black orthodoxes devraient en prendre de la graine, mais à la limite ce premier volet de Dark Gods aura davantage à voir avec des groupes plus spécialisés dans le sabbat, l'orgie et la dégoûtation, type yelworC, Inanna ou Beherit, n'en déplaise aux pauvres Watain. Le proto-machin de Von fait bien mieux de rester encore et toujours proto et larvaire des dizaines d'années après la course à l'armement, le progrès n'a jamais été un truc très mésopotamien de toutes les façons, et il n'y jamais rien fallu de très sophistiqué ni pour coller la gerbe ni pour échauffer le sang, et puis l'affaire de Von c'est même surtout de faire régresser ses ouailles, jusqu'à leur vice le plus rustre, jusqu'au sordide désespoir animal que ressent l'offrande dans son attente vile, jusqu'au limon et à la souille à laquelle ils appartiennent de plein droit. Il est des albums qui ne sont que de longs, déplaisants, épuisants tunnels d'avilissement. Si vous vous êtes toujours demandé en ayant les foies de vérifier, ce que ça faisait vraiment de s'asseoir sur une fourmilière, le disque s'applique aussi, notez bien.

69 : Adulte

35 ans après, le punk n'est toujours pas mort, alors, logiquement ou pas, il y a toujours un post-punk devant à gambader et folâtrer, tantôt à la façon d'un attardé à l'enthousiasme gauche et inquiétant, tantôt d'une sauvageonne terriblement excitante et indomptable - à se déhancher avec une bizarre grâce prolétaire, et force grincements grisants d'un psychisme ligaturé dans toutes sortes de manies et lubies. Adulte est un album follement fier et qui laisse à deviner qu'il doit forcément exister des équivalents de danses de salon, compassées, sévères et menaçantes, pour chacune de ces 9 choses définitivement pas faites pour s'agiter dessus comme des mioches aux inflexions hasardeuses et aux convulsions mal contrôlées - avec leurs acides mélodies qui dissolvent l'entendement aussi facilement que l'eau un morceau de sucre, ce qui est bien normal pour de la cold, quand bien même elle vient comme ici d'étranges tropiques.

DM : DM

"Coup de biniou, coup de biniou...". Blague à part (elle finit forcément par frapper le tympan, dès qu'écouté le disque en boucle ce qui finit forcément par arriver pourvu qu'on ait du goût) ce morceau et même carrément ce refrain est un des moments cuisants d'un album qui n'en manque pourtant pas, car le pénible "Soothe my Soul" mis à part, Delta Machine ne compte qu'au mieux des bons morceaux faciles - "Angel" et "Soft Touch/Raw Nerve", en comptant bien - au pire de solides gifles - à peu près tout le reste, dans un mouchoir où l'on prendrait volontiers ses aises à l'année. Les vieux pédés moches de Sounds of the Universe sont portés disparus, le parquet du bal est propre et net pour les retrouvailles avec les indécrottables curieux-amusés de nouvelles technologies d'Exciter, les love-pasteurs de Songs of Faith and Devotion, les ombrageux tombeurs de Violator et les vieux beaux de Playing the Angel. Voilà pour le genre de réminiscences qui vont se bousculer pendant ce velours d'album. OK, remballez-moi tout le revival gothsynthever : les patrons sont rentrés de vacances et va falloir me ranger les i-pods dans les tiroirs fissa-fissa. On retourne au boulot, les branquignols.


NB : vous faisez pas avoir comme moi, si jamais vous aimez les gâteries à la "Only when I lose myself", c'est peut-être pas tout à fait le niveau mais l'édition avec bonus possède néanmoins quelques charmes qui s'envisagent.

Melvins : Everybody Loves Sausages

En voici en revanche d'autres qui n'invoquent pas la sainte teinte en vain. On ne va pas en faire un bloc, ce serait mal barré puisqu'il est ici question d'un album de reprises - ce qui paraît, du coup, être la solution pour qu'enfin les Melvins parviennent à ressortir un bon disque, (A) Senile Animal commençant à dater.
Or donc, une reprise de Venom avec Scott Kelly au chant, sur le papier on se gratte la tête, à entendre ça encule, comme qu'y disent les gosses, la voix un peu poussée et porcine du vieux barbudo tartinée sur ce son hostile à la limite du Moss et ces riffs prognathes, mes enfants... Puis une reprise de Queen, ça c'est toujours une bonne idée, peu importe si y a du second degré de merde on le sent pas, et les Melvins qui neuneu-isent à fond les bananes c'est toujours bon aussi ; mais les Melvins le slip en feu sur l'air de "Black Betty", c'est banco aussi bien sûr ; ensuite y a un truc (flemme d'aller recouper les infos et ce genre de truc) qui sonne époque Stooges, avec un chanteur qui sonne tout à fait comme l'idée que je me fais de Mark Arm, et c'est bien bonnard aussi, limite du Icarus Line mais en version rurale, pour dire ; puis du gros punk bouseux neuneu ; et quand même encore, aux milieu de quelques agréables pantalonnades, deux gros morceaux, mais ce qui s'appelle du gros morceau dans tous les sens du terme : Thirlwell impérialement fiévreux , fatal, embrasé sur "Station to Station", et Biafra... eh ! ma foi, la même, sur, attendez la suite... "In Every Dreamhome a Heartache" ! et la vieille bique se permet encore de faire jeu égal, comme on dit dans le jargon, avec Ferry, ce qui est presque plus une performance, techniquement, que pour Thirlwell vu que Thirlwell, et puis vu que Bowie, hein...
Bref : pour tout ça, on passera avec magnanimité sur un rose il faut bien le dire assez rougeâtre.

The Kniphe : Shaking the Habitual

Rololo, sérieux ce que les mecs sont pas prêts à faire, pour choper un bon papier ici... Hé, Dreyer, t'es gentille, tu me ranges ton phi et fuschia, tes rêves d'Afrique, tes installations d'ambient de dix-neuf minutes, ta techno minimale pseudo-astringente, ton godmundsdottirisme de plus en plus galopant, vocalement et prétentieusement parlant tout à la fois, ton titre programmatif vaniteux - et tu recommences à faire tes imitations de Cindy Lauper ; et que ça saute.
Shaking the Habitual, ou tout ce qui peut exaspérer chez les scandinaves, norvégiens et autres finlandais de tous bords.

Frustration, 5/4/13, le Mojomatic, Montpellier

Ou comment les vieilles vannes servies dans la semaine aux collègues qui ne pouvaient assister à cette tournée pour cause d'annonces trop tardives, ici ou dans le Nord-Est, se sont retournées la date venue contre leur auteur. Oui, on le suppute à présent : la frustration était bien présente ce soir. Le diable était comme a son accoutumée dans les détails et il me doit ce jour encore un peu plus de pognon.
Etait-ce un mauvais soir ? une mauvaise balance ? une mauvais fatigue dûe aux traquenards que sont nos boissons régionales, le pastis et le jack ? Ou bien jouent-ils toujours ainsi ? Frustration aujourd'hui avait juste pas assez de batterie, et - un comble - trop de basse, ou plutôt une basse pas assez définie, et juste l'infime manque de nerf qu'il ne fallait pas, le chanteur peinant à la poursuite de quelques rares fractions d'instant de rage sharp, les fameux sons de synthés qui vrillent la tête eux non plus pas assez définis finissant par tous ressembler, comme le signalait une oreille connaisseuse, à du mario-bros-core... Tout cela convergea à faire d'une musique dont le génie repose, on le saura encore plus douloureusement après cette séance, sur l'acuité, la nervosité et la sécheresse rythmique - ainsi que sur des nuances subtiles mais bien plus certaines sur leurs disques, et qui ici se perdaient presque totalement au profit d'une agréable mais longue bouillie d'hommages à Joy Division en mode sautillant mais rien qu'un poil mollasson, au point qu'on en venait à attendre et chérir précieusement leurs quelques non-tubes, les morceaux atypiques qui emportent moins la massive adhésion sur les albums et qui ici sortaient grands vainqueurs - leurs moments plus electro, ou plus franchement indie-pop - le nouveau morceau était au petit poil, dans le genre - ou encore, carrément et bien évidemment, un salutaire "Faster Faster" en fin de premier rappel.
A aborder avec méfiance et mesure la prochaine fois.

vendredi 5 avril 2013

400 The Cat : STF Helix Nebula

Acide, cela on l'avait retenu des quelques lives qu'on avait affrontés d'eux ; abrasif aussi, comme du verre pilé et ainsi qu'il se doit des auteurs de The Process to Define the Shape of Self Loathing. Mais rugueux on ne s'attendait pas à ce point. Rugueux comme toute une théorie de groupes sonnent aujourd'hui, certes, mais rugueux surtout, avec partout ce nappage sucre glace fait à la paillette de verre broyé, comme un groupe de vieux noise français à la brûlure un peu froide sur les bords - comme Sister Io, comme Kill the Thrill dont ce diable de chanteur parvient à évoquer Nicolas Dick, tant par un timbre... rugueux, que par la décontraction d'un accent anglais méridional tout ce qu'il y a de punk, en particulier sur un "Old Breach Player" éprouvant comme du bon KTT - mais que l'on aille pas, malheureux, avec ma maladresse commencer de se figurer qu'il y a grand chose d'autre à voir entre les deux groupes, qu'une égalité de pairs dans la vieille classe de parrains : 400 le Matou reste, malgré la surprise d'un son somme toute lisible et oxygéné, le même sauvage torrent de lave qu'il est sur une scène, à la fois rockant et offensivement dru, en permanence amené au bord de la sortie de route autant par les dérapages de ses musiciens - batteur atteint d'une maladie tropicale, bassiste qui aurait quelques tours de sinistrerie à apprendre au DsO de son inoxydable t-shirt, guitariste chlorhydrique - que par le tempérament yowesque de son vocaliste ; et qui réussit à te laisser sortir avec davantage de bleus, d'écorchures et de vertiges de ses trente-sept tourbillonnantes et aériennes petites minutes de violence orageuse (couronnées qui plus est de cet épique "Epilogue" qui rappellera de dantesques souvenirs aux Yellfesters de l'été dernier), que bon nombre de pavés hardcore moderne au bison Buffalo Grill. Frais à l'image des ses sempervirens auteurs.

mercredi 3 avril 2013

Batillus : Concrete Sustain

Ainsi voilà donc ce qu'il bricole aujourd'hui, le caricatural musicien aux dreadlocks traînant jusqu'à terre, que j'avais aperçu parmi la galerie de caricatures scéniques dont Jarboe aimait s'accompagner, la fois que je l'ai vue sur des planches ? Je dois avouer m'être assez peu fréquemment posé la question, remarquez. Et pourtant... Batillus, c'est typiquement le petit groupe qui fait de petits albums, typiquement le machin qui indépendamment des questions de style se classe aux côtés bien fréquentés de Black Sun et Blessing the Hogs, et te sort un album comme Concrete Sustain, qui n'est certes pas un album où tu expérimenteras les affres trémulantes de ta propre mort, non, plutôt un album où tu vivras un joli petit paquet de trucs raffinés, selon l'angle d'une certaine perversion de la nature, bien entendu, ou selon celui de leur subtilité, puisque Batillus est aussi typiquement ce que l'on appelle dédaigneusement un truc pour les connaisseurs, une musique qui assurément n'existerait pas sans un certain nombre de fondateurs de son inspiration, Godflesh de toute évidence, mais dont il serait parfaitement balourd de nier la singularité, faite de, justement, un peu de hardcore rural de garçon-boucher-cuir façon Black Sun, de hardcore tout-à-l'égoût de garagiste sociopathe façon Blessing the Hogs, et d'un maussade groove funky-militaire, qui donne des saveurs toutes boisées à ce sympathiquement bref petit machin qu'on s'imagine bien écouter dans un caveau de prohibitionnistes, au milieu de berzercrusts tous gaulés comme Scott Kelly qui fument des bâtons de chaise, à cette musique qui croise avec nonchalance sur les eaux de bas-fonds futuristes dont l'anxiété torpide se retrouvera à l'envi chez Pain Station ou Gridlock. Un de ces petits poinçons discrets qu'on n'oublie pas.

mardi 2 avril 2013

Pryapisme : Hyperblast Super Collider

Tout comme l'extra-terrestritude, l'hystéro-loufoquerie musicale a tôt fait de fatiguer le chaland - encore plus vite si l'on prend mon cas, que voulez-vous on a ses intolérances ; et quand bien même elle chercherait à se défaire de toute cette pesante festivité et à se mêler de sérieux, si c'est pour se payer des Disco Volante, merci bien !
Mais Pryapisme a le chic - celui que n'a pas eu à mon sens le dernier Igorrr, celui pour tailler dans le lard avec amour mais juste, pour user de tous les trucs potaches et potentiellement prévisibles - en l'occurrence évidemment du gaming instrumental, et puis l'inoxydable fête foraine, et les mélodies horrifico-épiques en plastoc fluo-pisseux - et que ça cogne, pourtant, à t'en faire rentrer de plain-pied dans le mode plein-écran, et entendre discrètement l'issue de secours qui se verrouille derrière tes fesses, sans autre solution que de suivre le disque où il te mène dans ses vertigineuses farandoles de démence - soit à la conclusion que curieusement, c'est Igorrr que l'on catalogue breakcore alors que les Pryapisme, souvent affiliés d'office au metal, sont sans doute ce qu'il y a de plus proche de ce que pouvait être Venetian Snares avant de sombrer dans un coma dont il ne s'est au bout du compte jamais complètement réveillé... tout en ne s'en contentant pas, et en persistant à mixer très velouté Purcell, Van Halen, Morricone, Schiffrin, Peter Sellers, Emotional Joystick, Doormouse, et à ne jamais être, ni Rococo Holocaust, ni ce moussorgsky-jeunet-black-nintendo-helloween-dhg-yello-amstrad-mayhem-machin-metal qu'il pourrait tristement se contenter d'être. Au lieu de quoi ils continuent avec superbe de tituber à la délicieuse lisière de l'éprouvant.

Moss : Horrible Night

On peut risquer de le dire sans trop craindre de se planter : jamais morceaux de trad doom n'auront-ils sonnés si sinistres et désespérés. Horrible Night donne à vivre l'expérience de l'oubliette mentale de Black Masses avec le détachement et l'outre-solitude cosmiques de la démo de Noothgrush (ainsi que, tout naturellement, la malignité pré-humaine qui n'appartient qu'à Moss) et croyez-le ou pas, mais lorsqu'on parvient, par un certain effet du masochisme le plus têtu, à se concentrer sur cette glaciale, stagnante et blême chose, ça fait drôle.
Malheureusement, le disque en tant que tel n'est pas tout à fait à la hauteur de ce programme ni de ces glorieuses références.