jeudi 30 mai 2013

Under the Sun, 29/5/13, Black Sheep, Montpellier

On dira ce qu'on veut, qu' Under the Sun traduit en français ça donne je vous laisse finir merci bien, que faire jouer un groupe avec un nom pareil en ce beau printemps aux airs même par ici de coup de vice du Créateur envers un monde qui s'est détourné de Lui pour idolâtrer Game of Thrones, c'est chercher les verges (pour se faire battre, qu'allez vous imaginer ?)... Lorsqu'on tient un nom de groupe pareil, excusez-moi mais la moitié du taf est déjà faite. C'est aussi simple que ça.
Lorsqu'ensuite, la longue et pourtant instrumentale entrée en matière matérialise parfaitement toutes les promesses du nom en question, languissante voire livide voire maladive voire caniculaire voire paludique voire liquéfiée à souhait... la moitié de celui qui reste est faite.
A partir de là, tout le reste ne vient plus que pour scorer, dans un fauteuil (mité) : les lignes de basses hypnotiques et teigneuses, la voix raréfiée et traumatique école AmenRa, les guitares qui s'étalent interminablement à convoquer toute la détresse de la plaquette de beurre qui fond sous suivez mon regard, les parties tête au carré au ralenti dont l'acharnement est à la hauteur de ce qu'on peut attendre d'un groupe où jouent Jumpin' Juif Errant Jay et Left Hand 'Stache Flob... le batteur ? hmmm, le batteur harasse autant qu'on lui demande.
Alors, peu importe qu'une oreille vétilleuse voire pusillanime pourra sans doute relever çà et là des maladresses, somme toute des problèmes de mastic, entre les diverses envies, et les divers "univers" qu'amènent forcément les membres de divers horizons de ce tout jeune groupe : un putain de groupe vient d'arriver en ville ; et il exhibe une putain de personnalité.

mercredi 29 mai 2013

Hessian : Manegarmr

L'escalade de la violence n'en finit plus, les rues sont des charniers livrés au saccage par une jeunesse démoralisée qui ne recule plus devant rien pour prendre l'ascendant sur le voisin, et après Death Engine, voici un autre groupe de mutants qui sont déjà aller piller sans aucune pitié la réserve de hachettes et de tessons de This Gift is a Curse - lesquels étaient déjà une mutation de Kickback, Breach et Rorcal - pour s'arroger le territoire par la pure force, en combinant leur pragmatique amalgame d'indus, de crust et de black, au thrashpunk d'un autre récent parmi les plus marquants palier de sauvagerie post-moderne, nommément le second album d'Early Graves, dont le ci-devant disque semble avoir en héritage la colère au stade hallucinatoire.
Alors ? Alors oublions donc cette course paradoxale et vaine vers un extrême qui se dérobera toujours d'autant mieux et prestement que les talents pour le pourchasser se développeront ainsi exponentiellement ; et puis après tout ce n'est pas comme si les choses ne restaient pas à la fin (qui n'arrive jamais, si on a bien suivi) toujours les mêmes, même transposées dans un nouveau référentiel de sévice : certains specimens se détacheront toujours et ce ne sera jamais pour quoi que ce soit de graduable ; et il seront toujours rares, un peu tautologiquement. On commence à les connaître, l'un s'appelle Streetcleaner, un autre Enemy of the Sun, un autre encore No Surrender, et un autre Pornography ; et : oui, I, Guilt Bearer en est un, et Goner également ; mais peut-être pas leurs contemporains qui savent en manier si froidement les techniques. Ce n'est pas si grave. Il faut bien aussi des Wolverine Blues et des Worthless pour mettre un peu de joie et de bloody mary dans une époque bien tristouille, et justement l'album d'Hessian en injecte à la lance à incendie dans la baudruche embarrassante du blackened gregandersoncore - le gros n'a rien vu, il les a signés - et c'est bien de ce genre de mentalité de veau qu'il est question, bon sang ne saurait mentir après tout, puisque ces gens-là sont du Benelux et que par là-bas le hardcore n'est généralement pas un truc pour les tapettes, pédales et autres tantouzes, mais plutôt un sport de combat - même si, bon sang ne saurait mentir, la revanche, le pedigree maison y ajoute rien qu'un début de dimension art martial, puisque nous avons ici à l’œuvre de la force vive d'AmenRa, qui vient auréoler la chose d'un peu d'état second, de misère mentale et d'un halo un peu plus religieux - déjà même avant que le petit Colin ne fasse sa perçante apparition. Ajouté à un savoir-faire certain pour la répétition dangereusement bornée et abrutissante, c'est déjà un bon et un très bon départ et quant à moi je ne leur en demande pas plus pour les premiers pas d'une relation, car je n'oublie jamais que les premières entrevues avec Goner ne m'ont montré qu'un buffle malgrâcieux.

mardi 28 mai 2013

Neurosis : The Eye of Every Storm

A bien y regarder aujourd'hui, ce fut la dernière fois que l'on a vu une preuve de vie chez Neurosis. L'album sur lequel ils ont mis le mot de la fin à leur période "chose life, que la nature est belle", le plus réussi de la série - le seul, d'ailleurs, celui où ils ont enfin réussi à donner un sens, une forme, une force de frappe à cette étrange voie qu'ils avaient empruntée - mais de quelle manière ! Les adieux des barbus à la nature, au monde, et à la vie, sont de la plus violente et vivifiante beauté, placide, impavide, et dans cet exercice encore, ils ridiculisent et renvoient à la nullité non avenue tous les groupes qui ont eu l'anti-idée de vouloir faire la même chose. Il n'y a pas Neurosis et les autres : il y a Neurosis, et rien. Les autres groupes riffent ; enchaînent et combinent des plans, de variable qualité, parfois même excellente, notez bien. Mais dès le principe, ils ne se trouvent déjà pas dans la même dimension des choses. Neurosis se contente d'être Neurosis. Et de faire à chaque instant ce que cela le conduit à faire. Tout juste comme un animal, ainsi que je l'entendais récemment définir dans un gentil documentaire sur la savane africaine. On ne pourrait glisser l'épaisseur d'une lame entre rien de tout ce qu'il y a là, et dieu sait pourtant si ça respire, formidablement, profondément, à en perdre pied, les espaces sont là immenses et clairs, mais tout ne constitue qu'un bloc indivisible, un seul élément, fondamental, antédiluvien. La voilà la différence ; un disque de Neurosis n'est pas fait de riffs, surtout pas de riffs à la Neurosis, contrairement à Times of Grace ; il est uniquement fait de nécessité, il est taillé dans un seul bloc. Folk, electro, hardcore, noise, folk, cold : rien de tout ça n'existe. Il n'y a rien d'autre que cette sensation si pure, sublime, totale, brutale, insoutenable, de la vie, en cette dernière fois.
Après, il aura fallu s'avancer, rentrer dans l'eau noire, calme comme de l'encre, se laisser figer, tombé en apesanteur dans ses reflets vides.
Comme les gens sont des cons, j'imagine que c'est à partir de The Eye of Every Storm qu'ils ont imaginé de se mettre à faire des albums sur les cerfs.

dimanche 26 mai 2013

Neurosis, 25/5/13, Grande Halle de la Villette, Paris

Une grande halle pleine de courants d'air froids. Une scène trop grande pleine de courants d'air froids entre les musiciens. Un son cru et grossier comme le tranchant d'une vieille pelle, plein de vents froids, entre les guitares, et entre les passages où ça mule. Pas de projections à la con, pas de mouvements endiablés, pas de mots en trop sinon un grognement d'ours ou une menace muette, concédés aux aspirants stagedivers, pas de lumière entre les morceaux, et une lumière crue comme un tombeau pendant.
Juste cinq sinistres gros vieux types qui se collettent avec chacun leur affaire, et meulent cet affreux hardcore lugubre, primaire et transpercé de vents froids.
Je ne sais pas ce que les boys ont fait sur des scènes depuis le temps, la dernière fois que j'avais été présent Von Till avait des locks. Mais voir leurs vieilles gueules de camionneurs m'a fait le même effet que les fois que je croise celle de pépé Broadrick l'ahuri : les traits connus par cœur de vieux potes à qui j'ai jamais parlé, et la joie de toujours les retrouver, radieux si je puis dire. Et j'ai trouvé que la nudité leur allait bien.
On peut, je vous l'accorde, trivialement en traduire que le concert était à l'image de leurs deux derniers albums : simple voire préhistorique, et d'une intensité à faire peur, qui se matérialise comme de juste encore mieux sur scène, où les morceaux de ladite paire de disques ne me fait pas regretter une seconde le statut que je leur ai déjà attaché.
Il paraît que d'autres groupes jouaient ce soir-là, j'ai en effet souvenir d'un apiculteur disco et de Nick Nolte effectuant une gracieuse et enchanteresse squaredance de l'ivrogne, mais rien de beaucoup plus précis n'en est resté après la soufflante, la calmante administrée par les pères peaux de vache.

mercredi 22 mai 2013

Brame : La Nuit, les Charrues...

La Nuit, les Charrues... est moins indus que Tenaille, au sens ambient drone, au sens paysage en friche sonore, au sens bande originale de rêves, du terme. La Nuit, les Charrues... est plus indus que Tenaille, au sens empilade de morceaux en forme d'acharné et mécanique concassage et aliénation des cerveaux. La Nuit, les Charrues... est toujours résolument indus, en tant que musique de la peine, de l'homme de peine. Mieux que de la musique industrielle, cependant, La Nuit, les Charrues... est sa sœur la musique agricole. Parce que comme de juste, Brame est toujours aussi fichûment blues : douloureux, renâclant, lancinant, dur, habité par la foi autant que la rancœur. Les étroits d'oreille continueront de trouver cela répétitif et simplet ; ceux qui ont dans une région de la tête des champs à perte de vue y trouveront musique à leur humeur, pour biner encore et encore leur cerveau poussiéreux toute la brûlure du jour durant. Parce que La Nuit, les Charrues... est plus hardcore que précédemment, en ce que, non seulement Brame ne se racontent pas à quel point ils sont blues, se caressant les barbes qu'ils ne portent pas et vous racontant tous les infâmes bourbons qu'ils n'ont pas bu, se contentant d'être aussi ruraux et bruts que peuvent l'être ces deux aimables ours lunaires, mais encore ne prennent-ils même pas la peine et le raccourci faux-ami de jouer américain, pour faire encore plus court et direct : brut, a-t-on dit ? Brame œuvre à la réhabilitation - et à l'appropriation, en passant - de l'épithète "viscéral".
Bref : les deux vieilles carnes aboient encore comme des loups, et du fond de leur grange avec leurs ustensiles bricolés au fond de la remise, ou l'inverse, avec leurs scies et leurs masses, viennent vous rappeler la saine joie de l'acharnement, et le blues.

Unknown Mortal Orchestra : II

Je suis passé à ça d'entrer dans ce billet sur les mots de "il est rare et précieux de trouver album contemporain qui parvienne ainsi à capturer intacte l'humeur, la sensibilité d'une époque révolue comme les sixties" - ou un truc à peu près aussi ampoulé, pour changer - mais heureusement il n'en sera rien, puisqu'au juste qu'est-ce qu'on en a à foutre en fait de plus-value, que le disque soit pas de l'époque ? De même qu'inversement ce n'est pas "pour son époque" qu'un disque tel qu' Overkill met à l'amende, mais bien à travers les âges sans discriminations de genre ni de rien du tout, de même le second album d'UMO me semble, à moi et je m'en félicite chaleureusement en personne, sans conteste possible meilleur qu'un sacré paquet de disques de l'époque que vous voudrez bien ne pas me rétorquer - et ce quand bien même ledit II peut paraître, je dis bien peut, jouer dans une discipline différente d' Overkill, et que j'aurais mieux fait avec le même effet de parler de Houses of the Holy. Et avec tout cela je n'ai toujours pas précisé la fameuse sensation dont il est question ici, je m'en excuse comme vous vous doutez : il s'agit de cette intime conviction qui vient du ventre et en irradie la confiance en le monde, que la seule raison ici-bas de ne point occuper sa vie échevelé à shooter de l'héroïne, manger de l'acide et forniquer, du soir au matin et du matin au soir, est l'imbécillité de lapin la plus étriquée ; que l'été durera toujours, et que ces sourds bouillons d'angoisse dont il est malaisé de croire qu'ils proviennent de ton ventre, n'en sont que les échos karmiques d'un orage ; comme si cet invincible feu qui te porte ne t'avait pas déjà élimé plus fin qu'un spectre ; comme si ce resplendissant soleil n'était pas en train de te manger le cœur tout pantelant ; comme si tout cela avait la moindre importance et que ta chair était autre chose que la pitance du Grand Dieu Pan.

lundi 20 mai 2013

Barn Owl : V

Indépendamment de leur patronyme aux confus mais bien garnis relents de witch-house/chillwave/drone/folk/krautdub/hypnagowhatever qui auraient dû suffire à ce que je les boude dans mon coin, décrétant que c'était un truc de jeunes qui comprennent rien au vrai truc - ce que je n'ai pas fait, parfois je m'étonne moi-même - il y a le fait que leur musique est de consistance ambiante et résolument édentée, mollement vertébrée, aqueusement diluée... Alors comment ? Comment se fait-il qu'elle ait cette action redoutable, certes émolliente voire balnéo-thérapeutique, et cependant cette, oh et puis disons le d'emblée sans ambages, langueur létale, qui vous dissout au fil du disque tandis qu'il vous lave, avec votre consentement indifférent, cette anxiété béatement diffuse, cette gêne comme d'un thé où est tombée juste une goutte du liquide vaisselle saveur amande douce ? Cet album est un grand vide, et l'horreur que ce dernier vient aider à affronter, l'infinité du désert qu'il invite doucereusement à aborder ainsi qu'on ferait d'un départ vers des cieux dont le soir bleu pétrole chasse les dernières lueurs d'orangé - angle que l'on finit par accepter, au moins le temps de parvenir à l'altitude d'où l'on ne revient pas en arrière, à l'apesanteur, et au noir.

dimanche 19 mai 2013

Slidhr : Deluge

D'aucuns que je connais préfèrent écouter leur black metal l'été pour la salubre, je cite, sensation de manger un mister freeze par les oreilles ; quant à moi je dois confesser mieux l'apprécier bêtement et platement l'hiver, et avoir connu le grand frisson Transilvanian Hunger par une minuit de février en attendant le dernier autobus à Joinville-le-Pont - mais peu importe : l'essentiel est établi, que le black metal est une musique dont on ne saurait nier, n'est-ce pas, l'importante composante météorologique.
Slidhr, en fait de déluge, est un sale et persévérant crachin nocturne en forêt, étouffé, tamisé par les frondaisons, et néanmoins salement pénétrant, aussi agréable que la situation des orteils au fond des chaussures qui démontrent depuis plusieurs heures déjà leur flagrante perméabilité. C'est même probablement de là que vient cette inimitable impression d'entendre de la cold wave, quand le disque est objectivement raw et réactionnaire, nonobstant ses passages de dérive chaloupée, qui viennent tenter de corrompre sa rigidité, laquelle prétend les ignorer de son rictus sévère ; un manège à l'image d'un album sous le long duquel maraude la basse et sa lugubre détermination qui a la simplicité de l'homme des bois, voilée d'une menace, d'une angoisse comme une lumière blafarde, qui lui donne de fugaces airs surnaturels ; sans guère de prise pour déterminer laquelle de ces deux attitudes est la plus inquiétante, ni quelle peur exactement, hurlant en silence, se tapit dans ces futaies aux mines de coupe-gorges.

vendredi 17 mai 2013

Adult. : The Way Things Fall

Nous y voici, ceci devait arriver. J'ai un disque d'Adult.. Il suffisait qu'ils cessassent de s'escrimer à faire du tube à la froideur et l'ost-germanisme calibrés pour fashion-weaks, du revival scolaire  obséquieusement dédié à la frappe et l'efficacité à Paris, qu'ils assument un rien de désirs et de sentimentalisme - ô combien dévoyé - et tout soudain le tempérament, le toucher expert qu'on leur devinait, devient criant et manifeste.
Manifestement pas net, traîtreux, poisonneux, dégueulasse, ainsi que sont ces chansons au goût presque aussi amène que celui de la bile, mais juste dissimulé par une illusion de sucre, translucide, toute prête à s'envoler comme la vertu au premier coup de vent, qui faux-jeton lui aussi ne survient pas justement d'un coup, mais par petites saccades infimes, pour ne laisser peu à peu nue que cette amertume crue qui s'avance du fond de la gorge, sardoniquement évaporée, au fond avant tout indifférente, avec sa molle cruauté, et de clairs et nets moments de franche méchanceté, clairs et nets et doux ainsi qu'une lame parfaitement aiguisée et son usage sans état d'âme - je pense, bien entendu, après cette succession de fausses mélancolies smoggy soutenues par un faux tonus moderne, à "We will rest", aimable et rassurante comme une petite Roumaine croisée sur un trottoir. Vous vous rappelez, naturellement, cette vieille scie d'histoire sur la chute et l'atterrissage. Ceci est la façon dont les choses chutent, et "We will rest" est le nom de l'atterrissage.

Queens of the Stone Age : ...Like Clockwork

Haters gonna hate. Enfin sans doute. Enfin, j'imagine. De toutes les manières, j'ai décidé d'un commun accord avec mon psy de cesser d'imaginer ce que les gens pensent, et cela fait le plus grand bien à mon ulcère et ma verve. Après tout, s'il en est pour n'avoir pas encore remarqué qu'Oliveri était parti, et puis que Songs for the Deaf était un album qui boxait dans la catégorie "sympathique"...
Queens of the Stone Age, donc, accomplissent ce que je vais décidément cesser d'espérer à partir de One of Us is the Killer, des désespérants Dillinger : l'épanouissement complet de sa mue en pop-rock de riche, voire variétoche deluxe si vous y tenez, et peu me chaut que d'aucuns les traiteront de plus belle de designer-rock, après tout Trent Reznor est mort depuis trop longtemps, même si on croit entendre son timbre sur le présent album, et le flambeau de l'érotisme carrossé chez Bertone doit être repris ; puis il n'est qu'enfin justice que Josh Homme se concentre quasi-exclusivement de la sorte sur sa voix à humidifier les culottes, qui est on le sait de longue un de ses plus beaux atouts, et fasse couiner la soie à longueur de disque. On pourrait dire qu'ici QotSA concilie la langoureuse angularité d'Era Vulgaris et les vertiges veloutés de Lullabies to Paralyze - sans oublier bien entendu du FM de dancing d'aire de repos sur une autoroute pour 1985 ; ou tout simplement que QotSA continue de grimper, palier par palier, de nous entraîner loin de l'âge où on l'a connu, en parvenant ici à l'alliage de la vulgarité et de la grâce sans utiliser le coupe-file terroriste du over the top : un des coups les plus difficiles à réaliser ; et comme les Queens restent les Queens, le goût de la gerbe et du tournis n'est jamais bien loin, c'est un euphémisme.

mercredi 15 mai 2013

Crown : Psychurgy

Crown reste Crown, hein ; quand bien même ils ne parviennent ici à effleurer que quelques secondes dispersées la candeur neuneu-wave-metal brusque de The One, et la majorité de leurs riffs souffre-t-elle d'une enflure certaine, gonflement des tissus également connu sous le nom du timesofgrace-syndrome - ils restent Crown, donc continument touchants, avec une nudité et une innocence indivisible - eh, vise un peu aussi la masse glaciaire, t'as intérêt d'avoir un sacré maudit piolet si tu veux ébrécher quelque chose de ces barbes en forêts de stalactites, de ces montagnes perdues dans les cieux lourds de neiges éternellement en suspension - et même quelques unes rescapées de ces maladresses salutaires - dont la moindre n'est pas celle couillûment placée en tonitruante conclusion - qui sont la matière-même dont se forge leur si particulière et inhumaine musique ; les maladresses ingénues de robots terraformeurs tels que celui qui officie à la batterie, voilà en vérité ce que j'attendais à la place de ces fautes bien humaines que j'entends.
Je me suis pourtant acharné dessus, pour la très bonne raison qu'une certaine personne aux avis toujours au minimum dignes d'attention n'a pas mégoté en fait d'éloges dessus, mais j'en reste là : Psychurgy à mon sens ne respecte pas les proportions établies par The One, ne parvient pas sur sa durée à la même densité tartifère, à maintenir comme ledit cette pression permanente sur le palpitant, qui était peut-être du reste le fait de cette absence, que j'ai vue relevée ici et là et qui moi me passe complètement au-dessus, de transitions, de ponts, de ce genre de machins structurels censés lénifier l'abrupt des dénivelés entre les blocs dont sont fait les morceaux - mais diantre, pour quoi faire, dans le cas de Crown ? On pourrait également, pour faire un peu plus le cuistre, dire que Crown est en proie aujourd'hui aux mêmes difficultés que connaît parfois Red Harvest, notamment sur A Greater Darkness, ce qui, faites excuse, est déjà un peu un problème de riches, on ne va pas non plus les plaindre.
On me rétorquera sûrement, peut-être même avec quelque raison, que c'est moi qui ne suis pas aux proportions, qui vois trop petit, et je ne m'aventurerai pas sur ce terrain, où je me verrais obligé de désobliger Crown, pour qui je nourris le plus grand respect. On sait ce que je pense d'un genre musical faux-ami, qui ne s'accommode que de la plus grande et pure simplicité.

mardi 14 mai 2013

The Child of Lov : The Child of Lov

Un bien joli son d'ouate moite titillée de trépidations et de couinis à la Outkast, un chant généralement fausset comme il va bien par les temps qui courent - Unkown Mortal Orchestra, Black Keys... Scissor Sisters ? - à couleur vintageysante et garante de soulfulness, quelques volutes d'encens ramené d'Orient - "Eugene's Lament", y es-tu ?... Non, sincèrement, très jolie tentative d'album de hip-hop aphrodisiaco-tragique en milieu opiacé. On aurait presque atteint le niveau du grand maître de la montagne, nommément Tha Last Meal, dont il faudra bien que je parle un jour et dont en attendant le présent billet servira de recommandation - pressante.
On me signalera que cela n'a rien à voir, gangsta, tout ça, mais que voulez-vous, si j'ai vu Scarface une bonne quarantaine de fois ce n'était ni pour les flingues ni pour la poudre...

lundi 13 mai 2013

Cerekloth : In the Midst of Life We are in Death

Instrumentalement, on est presque sûr que c'est du death - mais pas tout à fait non plus, pour commencer à se figurer un peu le machin : on penserait au Moonspell des premières démos, à Ataraxy, à un truc grec, genre Horrified ou Chaostar, bref à de la malfaisance pompière et poussiéreuse typiquement européenne - à la rigueur à Nightbringer, pour l'amour de la soie et du cramoisi qu'on en déduit, un Nightbringer tout encombré de caillots de sang à différents stades de formation... et à du Deathspell Omega, indubitablement quoique subtilement (relativement), qui vient déjà brouiller la situation.
Mais, soit dit sans vouloir manquer de respect à leurs talents de peintres, on s'en fiche un peu, parce que la grosse affaire, ici, c'est vocalement qu'elle a lieu. Le type de Cerekloth, il te déballe l'agglomérat ultime entre touts les spectres de stridulation utilisés chez, on prend sa respiration, Hell Militia, Arkhon Infaustus, Soilent Green, DsO, Aosoth, Sonne Adam, Disciples of Mockery. Oui, ça fait du monde ; ça tombe bien, le type a du monde dans le gosier, et un nombre de glottes assez difficile à déterminer ; il mâchouille la ferronnerie, aussi, avec une sensualité joliment soulignée par les guitaristes ; on a compris, c'est de bestial, de sanguinolent, de purulent, de turgescent, de Harkonnen qu'il va être question dans l'histoire, quelque mélodiques que puissent être les morceaux ; d'ailleurs, on pourrait parler d'une sorte d'Arkhon ambiance retrouvailles pour la fin du monde au centre de la terre. C'est, vous en conviendrez, d'une importance presque accessoire lorsque de toutes les façons on tient ainsi - ahem - emboîtés (mais si, vous voyez bien...) un organe pareil et une pochette pareille.

Starfish Pool : Amplified Tones

Starfish Pool a son trou noir rouge avec Dante's Carnival plus loin ci-dessous - je n'aurais pas dû divulguer qu'il s'agissait de techno dans le billet, si vous saviez comme je m'en veux, mais on perd la main que voulez-vous... - il a aussi rassurez-vous son trou noir noir.
Oh, on trouve bien des beats, sur Amplified Tones ; mais l'effet en est encore plus engourdissant que l'album de Gez Varley sur Tony Montana, et vous n'en retirerez que ce qu'il y a à tirer de Starfish Pool : une bonne grosse irradiation carabinée, qui va vous immobiliser direct, puis vous paralyser totalement, puis vous faire plonger ; s'il y en a qui s'imaginent encore que la techno est une musique sportive, et puis aussi s'il y en a qui s'imaginent que Plastikman c'est dangereux, dissolvant et qu'on peut y rester, voire que Pan Sonic désigne autre chose qu'un très gros potard de volume : le contact avec Amplified Tones n'est peut-être pas recommandé ; pensez donc, un album qui intitule simplement "Seductive" son morceau le plus toxique, le plus métaboliquement intrusif, le plus étranger aux états conventionnels de la matière et tout spécialement de la vôtre, le plus indifférent à votre intégrité et votre individu - et qui, le sagouin, a le front de porter parfaitement son titre... Les douze minutes qui vont venir sont plus traumatisantes que l'intégrale du Traité du Sommeil de Ritchie "Bertrand" Hawtin ; et ça peut faire un peu concentré pour l'estomac mal accroché ; d'autant que la suite ne va pas faire dans le tendre plateau de succédané de silence pour ceux qui voudraient "atterrir" : Dive, The Klinik ou Suicide paraissent bien plus proches d'Amplified Tones que tous ces machins pour grandes tiges binoclardes qui n'assument leur musique de danse que pareillement corrigée oculairement. Et attends donc d'avoir pris pied dans "Lackland". Tu vas tellement désirer, pouvoir être rien qu'un petit têtard vert fluo dans l'écran bien délimité d'un oscilloscope... plutôt que cette flaque dans l'océan noir.
Le monde est une fable. Ta vie est une fable. Ton identité est une fable. Sois le bienvenu dans ta cellule d'élévation, où rien ne viendra déranger tes atomes pendant qu'ils t'emmènent à ton stade suivant.

dimanche 12 mai 2013

Hypnoskull : Electronic Music Means War to Us 2

Un nouvel Hypnoskull, en quelque sorte c'est pareil qu'un nouveau Darkthrone ou un nouveau Motörhead : du diable si on en a quelque chose à secouer de savoir si ça change la donne ou quoi que ce soit de cette eau-là. Comme c'est la loi en terres électroniques, on y trouvera forcément un peu de dubstep et autres trucs actuels, et comme c'est la loi chez Patrick, ce sera fait avec l'acerbité avec laquelle on expulse l'excédent de jus de chique de sa joue tout en enclenchant le lance-flammes.
Notez d'ailleurs qu'un tel vocabulaire matamore n'est pas le plus adéquat ici, tant malgré son nom cet album n'a pas la méchanceté de IOUM. Il dégage plutôt la tranquille assurance d'un parrain-clochard qui détient toutes les clés de la cité et t'en fait visiter tous les envers et les déversoirs à la nuit tombée, aux commandes de sa pelleteuse sport personnelle, en ré-arrangeant et dévastant quelques portions au passage, voilà la guerre que conduit Patrick, tout dans la décontraction et la chiquenaude, à l'exception de quelques brusques poussages de gaz en forme de rappel acéré du gabarit auquel on a affaire en la personne de ce vieux Patrick, faudrait voir à pas trop le prendre pour un perdreau. Les basses, il en trimballe pas que pour groover, il n'est jamais prudent de l'oublier.
Est-ce que cette suite est le meilleur album d'Hyonoskull à ce jour ? Sans doute pas, mais du diable si on en a quelque chose à cirer, Patrick nous a déjà donné pléthore de boucheries pour les grands jours, alors le chaloupé hip-hop et les copeaux qui voltigent du plat du jour suffisent à faire ronronner d'aise. La prochaine fois, en revanche, il sera temps de penser à faire très mal.

samedi 11 mai 2013

Noshinto : Revenge of the 50ft Monogroove

Patrick, question musiques électroniques tu l'as compris : il est trapu. Je te laisse taper Hypnoskull dans le moteur de recherche sur le côté. Et avec le one-shot Noshinto tu vas comprendre pourquoi Patrick peut tout se permettre. Patrick n'est pas un putain de goth. Patrick n'est même pas bodymen : il est belge, et il connaît Dirk ; la body est dans ses gènes à sa disposition quand il le souhaite. Pas là. Là, il laisse surtout couler de lui toute la techno pure et dure dont il est capable. Pas du hardcore, non. Hardtech et hardhouse parfaites, outrageusement sèches et nerveuses, qui fourmillent dans tous les muscles, le ventre, bouchent le palais, compressent les reins, écrasent les couilles, de la qui fouette, claque et déchaîne, de la qui met la grosse pression et le pied au plancher, les G qui déforment le museau quand ça accélère - c'est à dire, à ce qu'il va te paraître, tout le temps - de la décharnée et affamée, du rush sans merci à l'acide de batterie comme t'en entendras pas d'autre en club, comme un soudain débarquement de capuches que le physio a pas géré : mental et ultra physique tendance tight, un Ghost in the Shell qui retrouve plus sa codéine, dépouillé et ultra compact, serré tassé tendu comme pas deux, démarré à une allure déjà alerte et qui ne fera l'heure durant qu'accélérer de façon aussi alarmante que subreptice, appesantissant de plus en plus une pression qui en dispose en propriétaire avec tes nerfs, dévorant les kilomètres de dancelfoor piétinés tout en rongeant tes synapses avec des sons vrillés de micro-puces étalonnées dans des ateliers clandestins d'écolières japonaises dirigées au fouet électrique, ne pumpant qu'avec une grâce précise et fatale, ambiance bagarre au rasoir dans une ruelle de cyberpole déserte dont même Current Value ressortirait la couenne en fines lanières... tu visualises vaguement le malaise, oui ? ou je continue ?
Patrick is all about the groove ; le reste, c'est des conneries.
Resistance is ... not.

The Sidewinder : Colonized

Blood of Heroes, JK Flesh, Grey Machine, Pale Sketcher... sans oublier accessoirement le titre du prochain Godflesh : non, Justin n'a plus trop la vista ces dernières années, et s'il semble parvenir à donner de bons concerts de Godflesh, pour ce qui est des musiques électroniques, il est juste un peu à la rue. Fut une époque où c'était le contraire d'être le cas, puisque le compact Mick Harris lui-même confessait dans une interview à la sortie d'Evanescence que c'était l'autre grand couillon qui lui avait ouvert tant et plus d'horizons cruciaux du genre dub, world, acidhouse (c'était d'ailleurs bien pour ça, ajoutait-il d'une voix probablement sucrée, qu'il n'avait que de la navrance pour Godlfesh)... Fut une époque où l'on ne guettait que ça, les nouvelles identités technoïdes de Justin le sorcier.
Et si le nom de sorcier, au moins à ladite époque, lui allait comme un gant, c'est peut-être même encore à l'unique album de The Sidewinder qu'il colle le mieux. Comme il s'agit de JKB, bien entendu le hip-hop sourd de toutes les craquelures de la roche aride, nommément ici celui de Techno Animal et même du meilleur, plus précisément, i.e Re-Entry et ses émanations de cauchemar tropical opioïde, mais déshydratées en laboratoire pour venir altérer de poison illbient la composition de la ci-devant came, épaissir d'un léger pouvoir sédatif cette techno acoustico-indus qui peut rappeler autant Riou que Starfish Pool pour la sécheresse caustique de la violente et épuisante hypnose qu'elle opère et qui fouette le mental, nerveuse et pesante tout à la fois, mais rappelle surtout toutes les visions pré-conscientes de transe et de traque rituelle cannibale dont chacun est tout à fait libre de regorger à sa guise, merci, et de savourer à l'occasion justement, tranquillement, dans le chant de la sueur qui s'évapore et des lucioles sur la brousse toujours vigilante, et tous les souvenirs de cette époque mal localisée sur la flèche du temps, où vous n'aviez pas de coccyx au bout de la colonne vertébrale, mais une sonnette.

The Body : Master, We Perish

The Body, je vous cherche pas les liens, je crois qu'à peu près tout ce qu'ils ont pressé sur cd est évoqué ici ou sur Slow End, et vous y trouverez tous les termes apocalyptiques et terroristes qu'il vous faut pour vous faire une idée si vous voyez pas déjà le bousin.
Et donc The Body, on le sait depuis la toute première rencontre avec le bloc de mort formé par leur visuel, leurs intitulés et leurs sacrées foutues tounes, on a essayé de le dénier mais on en est revenu, c'est la pire chose qui soit arrivée au village global hardcore moderne, depuis et pour un bail ; The Body c'est un peu les Blut aus Nord de tout le merdier, il y a les autres et puis il y a eux, et puis après eux il y a plus les autres, c'est le truc qui te donne envie de dire une seule chose et cette chose c'est AH OUAIS D'ACCORD.
The Body c'est le groupe de rock (sans commentaires) qui sait obtenir le même résultat que Haus Arafna et Brighter Death Now, c'est le goupe qui joue ce que This Gift is a Curse s'escrime à ensevelir sous la fureur et la rocaille pilée, c'est ce que Death Engine touche du bout du doigt la nuit au coeur de ses rêves, c'est ce que Neurosis se garde bien de réitérer depuis Enemy, c'est ce que les Swans transforment en communion sur scène, The Body c'est quelques crans bien ignominieux au-dessus de tout le reste de la violence contemporaine parce que The Body ce n'est pas la violence, c'est la terreur et c'est l'épuration ; sale, avec les armes chimiques et les machettes, montées parfois en baïonnettes sur les vits aussi grisâtres que disproportionnés, les radiations, les yeux cousus et les organes saturés d'enzymes qui se nourrissent de leur hôte dans le même temps qu'ils l'hyperstimulent, bref : vous visualisez l'ambiance. Je ne possède hélas pas le vocabulaire psychiâtrique qu'il faudrait pour en donner un encore plus complètement vivant (sans commentaires) panorama.
Et donc, ceci est un nouveau The Body. Court, mais ça ne fera pas une différence fondamentale sur la quantité de vous qu'il restera après. Seulement peut-être la surface de terrain sur laquelle on vous retrouvera dilapidé, vu que du coup ils déballent la puissance de feu adéquate appropriée à cette succinte fenêtre de tir.

vendredi 10 mai 2013

Starfish Pool : Dante's Carnival

Dante's Carnival. L'aura du disque est à la hauteur des promesses du frontispice. Welcome to hard psychedelia. Car sous l'apparence de froideur asexuée tendance Benelux ascendant Dave Clarke, grimacent une aussi vultueuse que tumultueuse foultitude de choses bien plus sûrement nées de la psilocybine que d'aucune sorte d'amphétamine empathifiante, soyez en persuadés avant de songer entrer ici, mes canards.
Prenez les concepts acid, hard, house et trance, mettez-les à fondre ensemble sous un rayonnement torride offrant toutes apparences de nocuité, et laissez rissoler et onduler selon la tectonique de ces appuis rythmiques qui subliminalement sans cesse se meuvent et déséquilibrent le sujet, émergeant et coagulant en nouvelles strates avant de re-gazéifier dans le même temps mais un ordre différent, au milieu du jeu des ombres portées et des reliefs qui se pourchassent tour à tour en une charnelle foire, langoureusement rugueuse, parfois interrompue dans la brutalité d'une torture capricieuse, tantôt consumée en ne laissant derrière elle qu'un cerveau qui caquète de l'appétit d'un opercule plastique sur ressort.
Indépassable sommet de techno, dur comme un soleil africain, trou noir au rougeoiement carmin de pure sorcellerie qui sans garder aucune trace ni preuve d'une quelconque origine organique, parvient à un effet si sensuel, à infliger à la matière obéissante de sa proie toutes les métamorphoses de sa nature. Une harassante séance de vaudou chimique qui ne se traverse jamais innocemment.

jeudi 9 mai 2013

Death Engine : Amen

Forte est la tentation de laisser la méchanceté dire "deux morceaux pour rien". Parce que les deux premiers passent un peu trop sans qu'on s'en aperçoive, privés de la longueur de calvaire et de l'impact quincailler que Death Engine peut déployer live ; parce que même "Gun", le morceau mis en avant un peu partout pour annoncer la parution d'Amen en vinyl, et qui m'avait fort efficacement convaincu quelques heures avant leur concert de ne point m'amuser à manquer quelque chose qui s'annonçait gros - "Gun", donc, leur morceau le plus impressionnant et efficace assurément, perd un peu ici des attraits supplémentaires dont il se pare en concert, la place que peut y prendre "le machin chelou à la guitare" par exemple, et toute l'audace globalement et la fraîcheur qu'ils peuvent mettre à étirer et laisser développer leurs morceaux dans la répétition et la stridence entre indus et noisisme axe Sonic Youth/Kill the Thrill/Binaire, avec le son dur et sec qu'ils pouvaient avoir dans la pierre de la cave de l'Up & Down, mais ça c'est fatal, Gerda aussi au même endroit sonnaient beaucoup plus effrayants que d'ordinaire. Tout cela, cet acharnement halluciné, surnaturel, on le retrouve un peu davantage dans la seconde moitié de cet alerte et alarmant mini, qui du coup, plus qu'une démonstration de ce qu'ils savent faire, et ne fût-ce "que" du TGIAC de plein ciel, de voltige en ciel d'orage, que ce serait déjà beaucoup mieux que bien d'autres aspirants à petits bras - a plutôt les airs d'un teaser, et Dieu sait que cette sorte de chose m'agace. Messieurs, il va falloir passer aux choses sérieuses à présent ; ne me laissez plus cette latitude pour baver sur ce qui me frustre, sur ce qui est absent, et lâchez-moi les chiens un peu dessus. Je chipote, bien sûr, le dernier morceau est vraiment très bien, même justement un peu trop, trop allumeur, et montre un peu trop pour votre propre tranquillité ce que vous avez sous le pied. A bientôt donc.

Terveet Kädet : Musta Hetki


Non, mais Terveet Kädet, c’est de l’histoire ancienne, ça n’intéresse plus les jeunes. Ce qu’il leur faut maintenant c’est des héros virils et musclés, genre Rocky. C’est un fait, mais c’est dommage car les légendaires torgnoles de Tornio n’ont rien perdues de leur saveur : Musta Hetki invite à une fête troglo arrosée d’eau de vie où des têtes de mule en fin de droits, maroufles crucifiés par le système, t’assènent, format brève de comptoir, des convictions de pilier de bar (…et si t’as pas compris… je peux répéter si tu veux…). Ne pas s’attendre à ce que ces finnois finissants finassent, polissent la musicalité rugueuse de leur langue à coups de pierre ponce. Bonnes buffes et bons torchons. Enthousiasme barbare, franc du collier, frontal.
Over 30 years of pure finnish hardcore…on ne se refait pas !

mercredi 8 mai 2013

Mombu : Niger

Je ne vais pas m'humilier tout seul à nouveau en ré-essayant d'expliquer ce que fout Mombu. Il suffit qu'on se fourre bien dans le carafon que Zombi était une récréation, ceci devient bien clair à l'écoute de Niger, et qu'elle est finie.
Prodigieux, ce disque est prodigieux par l'usage fessatoire et monumentalement grisant qu'il fait de la répétition, absurde et forcenée, et de la rugosité, heurtée et cabossée, pour en tirer une limpide musique qui, sur votre serviteur du moins, a l'effet d'une boisson désaltérante comme des litres et des litres d'eau claire bue à gorge déployée, et euphorisante jusqu'à l'orgiaque comme l'oxygène, le speed garage et le divin timbre du saxophone baryton.

Anatomia : Decaying in Obscurity

Cela fait déjà quelques années que vous attendez que Coffins ressortent un bon disque comme ils en furent capables ? Plus la peine d'attendre, ils y arriveront encore moins maintenant que, dans l'exercice du death rituel japonais dégoûtant, les petits Anatomia, qui eux ont connu des débuts bien moins fracassants et pour tout dire laborieux, viennent de hausser le ton de PLUSIEURS crans, avec cet album gluant et triste comme une coulure de sperme refroidi autour de laquelle furètent les cafards dodus. Comme quoi en death il n'est pas nécessaire de réinventer et/ou défaire la Création comme qui pisse pour péter la baraque, on peut encore aujourd'hui, avec un petit album qui n'invente rien, aller directement titiller d'une pesante gifle au poisson mort des choses telles que Forrest of Equilibrium, Transcendence into the Peripheral et Into Darkness, avec un album fétichiste qui plus est ; en y apportant tout de même ce plus-produit du glacial coulis d'air immobile chuchoteur de calme mortel et pénétrant (ben voyons...), et cette si aimable humeur de pierre parce que bien entendu, si vous l'aviez pas vu venir tant pis pour vous, Anatomia et ses parcimonieux mais parfaitement magistraux synthés nous ramènent directement à une certain obscurantisme de chambre froide suédoise - Linköping, si vous voyez ce que je veux dire.
Et malgré tout, après tout, Anatomia restent, non moins qu'à leurs tâcherons débuts où la remarque se faisait souvent à leurs dépens, indissociables d'Autopsy, mais tandis qu'Autopsy donne de cette musique particulière (qu'ils ont inventée, soit) la version surchauffée par les appétits impulsifs et la pression brûlante du désir, Anatomia eux la dressent avec un absolu contrôle vertigineux et permanent, toujours vampiriquement froids même au moment de scier la bidoche pas tout à fait refroidie, même dans les moments groove à la rigidité rigoureusement chambrée, jamais plus véhéments qu'un vieux coldcrust du fond du bac à légumes ; les deux groupes sont si l'on veut des sortes de frères n'ayant juste pas la même définition, thermique surtout on l'a saisi, de la mort-vie - c'est bien ainsi qu'on dit ? Il va sans dire que l'un et l'autre sont aussi massivement sexuels.
Et au bout du compte c'est rien qu'un peu aussi ce qui compte, pour faire du death, qui est une musique sensuelle, et qui ici donne à toucher, à lécher et à humer, avec son grain à la fois engourdi et visqueux comme rarement, et tellement gros, cru et denté, et ce chant profond comme une grosse souche morte d'humidité depuis quatre-cents ans, et cette succession de pièces surgelées aussi gonflées de lumière, de pureté, de beauté, d'espoir qu'un chapitre de Berserk - et cela est bel et bon, car un album de death, il doit aussi nous donner une bonne tranche de terreur. Et là croyez-moi, les gourmands vont être régalés.

Death Engine, 7/5/13, Up & Down, Montpellier

Au début, tu te dis que peut-être après tout Céleste ont-ils vraiment initié quelque chose, et que surtout This Gift is a Curse est passé par là et ça y est, les kids ont pété les plombs et muté, et l'ultra-violence a franchi un nouveau palier historique, tout ça.
Puis tu te dis que t'as du mal à savoir ce qui fait tourner leur moteur, si c'est l'indus, le screamo, le postmachin, un beumeu subliminal... Et que même si tu as un peu peur de ne sûrement pas retrouver le son de laminoir qu'ils peuvent rendre dans la délicieuse cave exigüe de l'Up, tu DOIS savoir de quoi il retourne, essayer du moins de comprendre un peu mieux comment il goupillent leur truc, et faire tourner ce cd sous toutes ses coutures. Ça tombe bien, quelques exemplaires sont à vendre sur cette tournée. Bon à savoir si jamais vous la croisez : ils font des rappels pour les mecs qu'arrivent à la bourre, n'hésitez pas à demander, ces gars sont des petits cœurs.

mardi 7 mai 2013

Antediluvian : Logos

Un album d'Antediluvian et a fortiori un album tel que Logos ne se décrit pas commodément, et ne s'analogise pas mieux.
Deux indices, toutefois : si vous avez trouvé de la jouissance à écouter Vexovoid, n'écoutez pas Logos, notre équipe à votre service vous invitera plutôt à vous orienter vers la discographie du groupe Nile. De deux, n'écoutez pas non plus Logos si l'idée de vous palper et tâtonner parmi les viscères vous rebute le moins du monde et si l'étoffe dont sont faits les cauchemars (vous savez, ces trucs fouillis avec des larves annelées qui palpitent et s'insinuent, des fois) n'a pour vous rien d'élémentairement sexuel, ni les déchirures justement dans le chaste tissu de la réalité : c'est un conseil d'ami à prendre très amicalement.
Va vraiment falloir cesser de me faire radoter et tâcher à trouver un autre suffixe que -metal pour ce genre de clients, la dernière fois c'eût été -mud, pour celle-ci -pulp me semblerait très à propos. L'album est d'ailleurs également recommandé à tous ceux qui auraient, malgré leur non-détention d'un tourne-disques, puissamment hésité à se procurer le dernier Anatomia dans son édition vinyl.

dimanche 5 mai 2013

Wrathprayer : The Sun of Moloch - The Sublimation of Sulphur's Essence which Spawned Death and Life

Au milieu de la coupante poussière minérale des corniches du Monde Inférieur, le large et majestueux cours d'un fleuve d'or en fusion et ses acerbes méandres descendant vers le Centre... est un spectacle suffisamment impérieux et hypnotique pour que je me dispense de plus ample construction narrative, merci, d'autant que l'effet de cette collision entre Jules Verne et Pete Helmkamp est surprenamment extatique de limpidité somptueuse, voire monacale.

samedi 4 mai 2013

Aosoth : IV : Arrow in Heart

Il va être difficile à propos de ce disque de se retenir de citer un ami du Roi Heenok, "je suis le gros chien" - parce qu'il ne faut pas, ce disque ne prête pas trop à rire - et pourtant, tellement si ! tant il est, comme disent les anglo-saxons, ridiculement méchant et contondant, tant il donne envie d'éclats de rire, de joie à la découverte de sa méchanceté majestueusement écrasante qui, et ce n'est pas plus mal pour tout le monde, achève de le détacher de Hell Militia à qui il laisse le pus, la pisse et la concupiscence, pour devenir pour sa part une manière de Neurosis du black metal - et donner s'il vous plaît à la formule un sens qui n'est pas celui de tous ces machins binoclards pour fétichistes des cervidés, qu'on nous fourgue par palettes biodégradables entières depuis bien trop d'années. Oui-da, il y a du Neurosis ici ; ne fût-ce que pour la façon de jouer hardcore, alors même qu'Aosoth est si puissamment metol, avec ses doubles-pédalages léonins ; car, autant Aosoth ne peut se classer  ni avec évidemment le black scandinave assermenté ni avec le gris-black nord-américain, autant sa brutalité ne l'affilie-t-elle pas pour autant à une quelconque confédération de crevettes méchiflues ; on pourrait à la rigueur essayer de s'imaginer un Deathspell Omega moins mental, moins confiné à sa cellule capitonnée, un DsO - celui des grosses pièces empoisonnées pour les compiles et de Fas, n'est-ce pas - plus charpenté, trapu et affamé : un DsO molosse, pour y revenir, décidément ; car où Hell Militia, pour rester à rôder dans la nuit froide qui tombe, convoque la campagne française sous l'Occupation, Aosoth lui nous emmène baguenauder  et claquer des dents sur la lande des Baskerville. Et puis, pour continuer sur les mâtins et les mâchoires en étau, je trouve également dans Arrow in Heart un développement plus franc, avec cette cohabitation entre le blizzard-guitare et une basse qui concasse des noix entre ses phalanges, du quasi-hardcore carnassier que j'entendais par endroits dans The Desanctification.
Arrow in Heart, naturellement, n'est rien de tout ceci, de tous ces noms cités pour rien. Vous entre-apercevrez peut-être Aosoth coulé, tapi, dans les ombres profondes creusées entre toutes ces choses qu'il paraît être tant qu'il ne nous a pas pris à la carotide, dans ces fosses où le goudron prend des reflets de tissu de pierre précieuse ; dans les mystères de ce brin de voix râpeux comme peu, de cette basse qui épaissit de ténèbre orageuse ces bourrasques ébourrifantes de superbe, de cette batterie rigoureusement sauvage ; et tout ce qui fait la menace sourdre de cette musique éclatante et fruste, moderne et archaïque, animale et théâtrale, qui égare sa proie aussi bien qu'une promenade nécromantique en forêt - insérez ici la citation de Dante la plus pédante que vous aurez en réserve - entre ces ombres qui rapidement grandissent et grandissent et bientôt avaleront tout et tout rond.

David Meiser : Transitional Stage

C'est amusant, le bal des promos. celle que vous guignez et badez comme un crapaud mort d'amour parce que vous l'avez assidument courtisée et fleurie depuis ses timides et pourtant si ravageurs débuts, vous bat froid parce qu'elle est devenue la reine de la soirée, tandis que toutes sortes de petites olivâtres arrivées au dernier trimestre et que vous n'aviez même pas remarquées viennent vous proposer toutes sortes de choses un peu curieuses, mais ma foi, pourquoi pas ? Où y a de la gêne y a pas de plaisir, ne dit-on pas ? Et puis il y a bien un prix à payer pour écrire de manière aussi insupportable : ce sera donc, il apparaît, de n'avoir de rapports que de dépit, et de voir se tirer les soupirantes dès lors qu'elles ont commencé à signer de autographes. J'exagère, naturellement, il y aura toujours Cercueil, Gorse, Welldone Dumboyz et Caligula, pour ne pas m'oublier tout à fait dans mon grenier rose. Mais profitons donc de David Meiser pendant qu'il n'est pas encore big in China, et pas seulement pour pleurer misère, s'il vous plaît.
David Meiser fait très bien deux choses à la fois de ses petits doigts agiles : tartouiller une solide et épaisse ambiance de futur administratif et paranoïaque, névrosant, sédatif, claustrant et assommant  à souhait, et bâtir une pure efficacité techno, idéalement rectiligne et hypnotique, dit ainsi avec ces adjectifs ça ne paraît pas si a priori antinomique, et pourtant croyez bien que ça l'est, il y a bien cette transe infatigable, mécanique, irrésistible, sans entraves spirituelles, cette compulsion purement physique de la techno, et ce climat résultant d'une action elle bien mentale de la chose en question, laquelle par surcroît commande en l'occurrence assez impérieusement de regarder entre ses pieds et se laisser moisir sur pied bien gentiment, en inspirant bien à fond le lourd gaz d'obéissance qui nous est dispensé par le tube à l'austère robustesse couleur de mastic. Depuis les promesses jamais tout à fait réalisées d'Aural Blasphemy et Tarmvred ce qui ne nous rajeunit pas, on n'avait pas eu tarpin d'occasions de se payer des tranches de ce type d'expérience de soumission assourdie, de couvercle psychique, de free party mi-onirique chuchotée sous couvre-feu et camisole, si ce n'est bien sûr de loin en loin avec les événements que sont toujours plus ou moins les albums d'Asche.
Alors ces deux modestes morceaux de David Meiser, supposés être les premiers d'une série d'e.p qu'on espère longue et mise un jour bout à bout, ça vous console de bien des choses.

vendredi 3 mai 2013

Vhöl : Vhöl

For fans of/file under : alchimie.
"La suite de Ludicra", a dit un de nos lecteurs.
Je ne saurais être plus en désaccord. Chacun voit évidemment midi à sa porte, et il y a dans le présent orchestre autant de VIP que d'instruments, mais qui d'autre, sérieusement, que ce volcan de fleur d'oranger de Mike Scheidt, pouvait-il pondre cet album incandescent et hystérique de beauté ascensionnelle ? Cette manière d'anti-Absu en miroir dont l'avalanche d'orcs furibards serait remplacée par la même sainte fureur mais portée sur les ailes d'aussi pieux que longilignes templiers nimbés de lumière blanche ? Cet aller-simple pour le soleil qui t'est donné à vivre depuis la meilleure place : le cœur porté à blanc du réacteur de la fusée ? Vhöl aveugle et liquéfie, pour refaçonner son auditeur à sa convenance, à son extra-terrestre semblance taillée pour les fougueuses chevauchées à travers les cieux de mercure pâle et de toute-puissance gazeuse, et pour sa trajectoire non euclidienne futuriste et dionysiaque, mytholgiquement aussi endiablée qu'un Riitiir orchestré par une Jex Thoth à califourchon sur Proscriptor McGovern. "Insane with Faith", et tout est dit. C'est encore bien plus splendide, clair et enivrant que tout ce que je saurai jamais dire. La preuve radiochimiquement turgescente que ça fonctionne dans les deux sens : autant des disques tels que les derniers Merrimack et Aosoth peuvent me scier les pattes par la façon dont ils jouent une musique si loin détachée du rock, autant il peut me foutre par terre ici d'éprouver combien il est bon de jouer du Liturgy mais en y réinjectant du putain de feu rock surgi des lombes de l'histoire ! Non, vraiment, à part Mike Scheidt...