mercredi 8 mai 2013

Anatomia : Decaying in Obscurity

Cela fait déjà quelques années que vous attendez que Coffins ressortent un bon disque comme ils en furent capables ? Plus la peine d'attendre, ils y arriveront encore moins maintenant que, dans l'exercice du death rituel japonais dégoûtant, les petits Anatomia, qui eux ont connu des débuts bien moins fracassants et pour tout dire laborieux, viennent de hausser le ton de PLUSIEURS crans, avec cet album gluant et triste comme une coulure de sperme refroidi autour de laquelle furètent les cafards dodus. Comme quoi en death il n'est pas nécessaire de réinventer et/ou défaire la Création comme qui pisse pour péter la baraque, on peut encore aujourd'hui, avec un petit album qui n'invente rien, aller directement titiller d'une pesante gifle au poisson mort des choses telles que Forrest of Equilibrium, Transcendence into the Peripheral et Into Darkness, avec un album fétichiste qui plus est ; en y apportant tout de même ce plus-produit du glacial coulis d'air immobile chuchoteur de calme mortel et pénétrant (ben voyons...), et cette si aimable humeur de pierre parce que bien entendu, si vous l'aviez pas vu venir tant pis pour vous, Anatomia et ses parcimonieux mais parfaitement magistraux synthés nous ramènent directement à une certain obscurantisme de chambre froide suédoise - Linköping, si vous voyez ce que je veux dire.
Et malgré tout, après tout, Anatomia restent, non moins qu'à leurs tâcherons débuts où la remarque se faisait souvent à leurs dépens, indissociables d'Autopsy, mais tandis qu'Autopsy donne de cette musique particulière (qu'ils ont inventée, soit) la version surchauffée par les appétits impulsifs et la pression brûlante du désir, Anatomia eux la dressent avec un absolu contrôle vertigineux et permanent, toujours vampiriquement froids même au moment de scier la bidoche pas tout à fait refroidie, même dans les moments groove à la rigidité rigoureusement chambrée, jamais plus véhéments qu'un vieux coldcrust du fond du bac à légumes ; les deux groupes sont si l'on veut des sortes de frères n'ayant juste pas la même définition, thermique surtout on l'a saisi, de la mort-vie - c'est bien ainsi qu'on dit ? Il va sans dire que l'un et l'autre sont aussi massivement sexuels.
Et au bout du compte c'est rien qu'un peu aussi ce qui compte, pour faire du death, qui est une musique sensuelle, et qui ici donne à toucher, à lécher et à humer, avec son grain à la fois engourdi et visqueux comme rarement, et tellement gros, cru et denté, et ce chant profond comme une grosse souche morte d'humidité depuis quatre-cents ans, et cette succession de pièces surgelées aussi gonflées de lumière, de pureté, de beauté, d'espoir qu'un chapitre de Berserk - et cela est bel et bon, car un album de death, il doit aussi nous donner une bonne tranche de terreur. Et là croyez-moi, les gourmands vont être régalés.

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