mercredi 22 mai 2013

Brame : La Nuit, les Charrues...

La Nuit, les Charrues... est moins indus que Tenaille, au sens ambient drone, au sens paysage en friche sonore, au sens bande originale de rêves, du terme. La Nuit, les Charrues... est plus indus que Tenaille, au sens empilade de morceaux en forme d'acharné et mécanique concassage et aliénation des cerveaux. La Nuit, les Charrues... est toujours résolument indus, en tant que musique de la peine, de l'homme de peine. Mieux que de la musique industrielle, cependant, La Nuit, les Charrues... est sa sœur la musique agricole. Parce que comme de juste, Brame est toujours aussi fichûment blues : douloureux, renâclant, lancinant, dur, habité par la foi autant que la rancœur. Les étroits d'oreille continueront de trouver cela répétitif et simplet ; ceux qui ont dans une région de la tête des champs à perte de vue y trouveront musique à leur humeur, pour biner encore et encore leur cerveau poussiéreux toute la brûlure du jour durant. Parce que La Nuit, les Charrues... est plus hardcore que précédemment, en ce que, non seulement Brame ne se racontent pas à quel point ils sont blues, se caressant les barbes qu'ils ne portent pas et vous racontant tous les infâmes bourbons qu'ils n'ont pas bu, se contentant d'être aussi ruraux et bruts que peuvent l'être ces deux aimables ours lunaires, mais encore ne prennent-ils même pas la peine et le raccourci faux-ami de jouer américain, pour faire encore plus court et direct : brut, a-t-on dit ? Brame œuvre à la réhabilitation - et à l'appropriation, en passant - de l'épithète "viscéral".
Bref : les deux vieilles carnes aboient encore comme des loups, et du fond de leur grange avec leurs ustensiles bricolés au fond de la remise, ou l'inverse, avec leurs scies et leurs masses, viennent vous rappeler la saine joie de l'acharnement, et le blues.

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