mardi 28 mai 2013

Neurosis : The Eye of Every Storm

A bien y regarder aujourd'hui, ce fut la dernière fois que l'on a vu une preuve de vie chez Neurosis. L'album sur lequel ils ont mis le mot de la fin à leur période "chose life, que la nature est belle", le plus réussi de la série - le seul, d'ailleurs, celui où ils ont enfin réussi à donner un sens, une forme, une force de frappe à cette étrange voie qu'ils avaient empruntée - mais de quelle manière ! Les adieux des barbus à la nature, au monde, et à la vie, sont de la plus violente et vivifiante beauté, placide, impavide, et dans cet exercice encore, ils ridiculisent et renvoient à la nullité non avenue tous les groupes qui ont eu l'anti-idée de vouloir faire la même chose. Il n'y a pas Neurosis et les autres : il y a Neurosis, et rien. Les autres groupes riffent ; enchaînent et combinent des plans, de variable qualité, parfois même excellente, notez bien. Mais dès le principe, ils ne se trouvent déjà pas dans la même dimension des choses. Neurosis se contente d'être Neurosis. Et de faire à chaque instant ce que cela le conduit à faire. Tout juste comme un animal, ainsi que je l'entendais récemment définir dans un gentil documentaire sur la savane africaine. On ne pourrait glisser l'épaisseur d'une lame entre rien de tout ce qu'il y a là, et dieu sait pourtant si ça respire, formidablement, profondément, à en perdre pied, les espaces sont là immenses et clairs, mais tout ne constitue qu'un bloc indivisible, un seul élément, fondamental, antédiluvien. La voilà la différence ; un disque de Neurosis n'est pas fait de riffs, surtout pas de riffs à la Neurosis, contrairement à Times of Grace ; il est uniquement fait de nécessité, il est taillé dans un seul bloc. Folk, electro, hardcore, noise, folk, cold : rien de tout ça n'existe. Il n'y a rien d'autre que cette sensation si pure, sublime, totale, brutale, insoutenable, de la vie, en cette dernière fois.
Après, il aura fallu s'avancer, rentrer dans l'eau noire, calme comme de l'encre, se laisser figer, tombé en apesanteur dans ses reflets vides.
Comme les gens sont des cons, j'imagine que c'est à partir de The Eye of Every Storm qu'ils ont imaginé de se mettre à faire des albums sur les cerfs.

4 commentaires:

KPM a dit…

Il est surprenamment à la fois introspectif pour ce qu'il a de purifiant à grand coups de poumons, mais aussi contemplatif envers la froide peinture (mais pas figée car oui, voici la vie) qui s'esquisse à travers ce bloc, de glace pour moi.

Après tout, ce n'est pas si surprenant, cet intérieur/extérieur : ne dit-on pas que c'est en se frottant à la nature que l'on se rend compte de notre si petite taille ?

Raven a dit…

"Il n'y a pas Neurosis et les autres : il y a Neurosis, et rien. Les autres groupes riffent ; enchaînent et combinent des plans, de variable qualité, parfois même excellente, notez bien. Mais dès le principe, ils ne se trouvent déjà pas dans la même dimension des choses. Neurosis se contente d'être Neurosis." Dans le genre gros cliché cette phrase se pose là, on en a déjà lu des centaines du même acabit, c'est lourd à la fin... oui, mais sauf que cette fois, c'est VRAI. et c'est on ne peut plus raccord avec cette entrevue française que je viens de découvrir du père Kelly (j'avais jamais eu l'idée de matter une itw de neuro avant de découvrir la façon dont ils sont descendus par un certain public dernièrement), dont le passage le plus lourd de sens se résume en gros par : "je sais pas ce que c'est que le solfège, les notes. Je suis pas musicien, d'autres sont des musiciens".

gulo gulo a dit…

Au risque de radoter, ce qui serait étonnant, je signale que la vérité est une condition sine qua non du cliché, qui est une figure de style tellement vraie et évidente pour tout le monde qu'elle est devenue justement trop évidente, et quasiment un effet de non-style parfaitement plat. D'ailleurs Neurosis aux-mêmes sont un cliché - depuis Times, hein, Enemy of the Sun est tout sauf un cliché puisque c'est une anomalie - en témoigne les lieux communs qu'ils brassent tout comme cette chronique, ou plutôt ils sont l'incarnation de la vérité première et de l'évidence à la base d'un cliché que tant de tâcherons annôneront fièrement comme s'ils venaient de faire le plus majestueux colombin du monde...
Neurosis, c'est des camionneurs, c'est comme ça, c'est d'ex-travellers-tox-crust-whitetrash-beatniks, qui ont bien l'âge d'avoir le droit de faire ce qu'ils ont envie. Les voir sur une scène m'a encore plus persuadé de ce que j'en sentais. Neurosis n'a pas besoin de justification ; les autres eux n'en ont pas.

Raven a dit…

état sauvage... civilisation... démocratie... guerre. (moi qui les ai découverts dans leur période d'après le cliché, justement, donc après Times, si au lieu de me prendre le chou sur des visions après tout intimes quant à la chronologie des vieux velus, j'allais enfin l'écouter, ce Honour Found ?... et pourquoi pas enclencher une session Neurosis, depuis le temps...)