dimanche 30 juin 2013

Eibon : II

Les vrais bons groupes n'ont pas besoin d'inventer quoi que ce soit - et peu importe, aussi, de savoir ce que fait Eibon, si c'est du doom, du black, du sludge - ou bien alors tout simplement du hardcore de cauchemar ? Les vrais bons groupes se contentent de jouer ce qu'ils ont à jouer, avec l'intensité, l'implication, la croyance, appelez cela comme vous en avez l'habitude, que cela réclame. Le second Eibon n'a pas besoin de peindre la fin du monde pour susciter la sensation vivante de la fin du monde. Le second Eibon raconte la guerre, et la bagarre dernière pour survivre, désespérée, sale, désertée de toute autre considération que cette ruade sauvage et primordiale - c'est peut-être pour cela que le terme hardcore vient à l'esprit. La guerre c'est la fin du monde à portée de l'expérience individuelle - dit-il comme s'il l'avait déjà faite, le fat. C'est que II la raconte, la convoque, la solidifie tellement bien - cette imminence hurlante, cette accélération vertigineuse de la sensation de danger, de présent comme une suite de fondrières, qu'on ne peut qu'être apostrophé. Il la raconte tellement bien et vivacement que ce n'est pas aujourd'hui que je vais vaincre mon allergie à l'effort, et m'atteler plus longtemps à vous en mal brosser le tableau - d'autant que question tableau, on aura reconnu qu'il y en a un auteur assermenté ci-à droite. Les vrais bons groupes ne laissent pas grand chose à dire dessus eux, en fait, et à la vérité n'en ont pas vraiment besoin, simplement qu'on dise qu'ils sont vraiment très bons.

Klaus Schulze : Cyborg


Membre d’une synarchie opaque et cadenassée, dissimulé derrière d’inextricables réseaux, retranché dans sa tour d’ivoire, le Cyborg de Schulze n’a rien d’un glorieux surhomme. Asservissement économique, assujettissement politique, armée d’hommes de pailles, il n’a ni visage ni existence médiatique mais tient le monde en laisse; c’est l’ultime vainqueur de la course à l’échalote, celui qui a décroché la queue du Mickey. Fin de l’Histoire, merci d’avoir participé.
Il observe, par caméras interposées, les jeux des enfants d’une école. Le rouquin bagarreur, le binoclard pleurnicheur; foire d’empoigne et cannibalisme latent, toute cette vitalité anarchique qui viendra se fondre dans le troupeau des humbles, se mouler un masque pour le théâtre du Grand-Guignol. La petite grosse empotée, là, c’est sa fille. Régulièrement il fait clandestinement substituer des échantillons de semence congelés dans les établissements spécialisés, suivre l’évolution de sa progéniture illégitime est à peu prés son seul loisir..
Chimie du sang sous servo-contrôle, des organes remplacés préventivement ou au fur et à mesure des dysfonctionnements biologiques par des polymères céramique, par de l’acier inoxydable, par Dieu-sait-quoi; toute une ingénierie médicale dédiée lui a permis d’atteindre un âge insensé de patriarche biblique. Pas de rejets de greffe mais les vestiges de son corps d’origine s'indignent en une symphonie cénesthésique qu’aucun anxiolytique n’étouffe. La conscience en pointillée, il s’efface progressivement. Ses neurones éclatent en bouquets de lumières furtives. Il finira gâteux jusqu'à l’os, il le sait et ça le rend mélancolique.
Le Cyborg de Schulze écrasera le destin de ma descendance. Il s’assemble maintenant, quelque part, découpe méthodique inversée d’un animal de boucherie. Si d’aventure je le croise, je le bute. Le Dr Fenouillet n’y voit pas d’inconvénients.

Kylesa : Ultraviolet

Tiens, je ne savais pas que Kylesa étaient partis s'installer aux Caraïbes. Ils y ont sans difficulté débarqué de leurs cartons tout ramollis par l'humidité leur crustgoth lotophage, ayant retrouvé la lune qu'ils affectionnent tant dans le blanc du sable des plages où ils s'adonnent aux fêtes troubles qui s'y ébattent, entre des foules languides d'individus encastrés, lovés les uns dans les autres là où ils trouvent de la place entre des ventres gravides tendus à rompre et arrosés de pâle miel de jasmin, assoupis bienheureusement sur des mamelles gonflées de lait en guise d'oreillers tièdes, l'esprit empli de papillons aux ailes en fruits confits, le membre bourdonnant d'inquiétude comme l'abdomen d'une luciole ; la joie y suinte et perle de partout, des lames de mélancolie en profondeur autant que des frissons d'allégresse qui caressent la peau des tambours...
Et puis je vais pas continuer des plombes et m'escrimer à vous convaincre que le plaisir c'est bien. Si vous êtes restés coincés sur Kylesa le groupe de sludgecrust hirsute avec des têtes de mort sur les pochettes, que vous n'aimez pas L7 et que vous n'êtes pas aux anges de les imaginer en déesses au centre d'un culte dionysiaque et intoxiqué, en béantes portes offertes vers une autre vie, si vous préférez chercher si tout ceci est construit et va quelque part, si vous refusez de vous laisser porter au hasard sur les renflements de l'onde hédoniste et dévoratrice : c'est au-delà de mon ressort. On parle de rock, ici. Mais tant qu'à donner dans la cuistrerie, allons-y gaiement : la "scène de Savannah" était une notion qui m'avait toujours laissé profondément perplexe ; cette fois c'est précis et indiscutable : les seuls groupes avec lesquels Kylesa construise une famille sont Neurosis (dont ils sont peut-être à la fin la seule progéniture non tarée) et Killing Joke.

samedi 29 juin 2013

Cult of Occult, 28/6/13, le Black Sheep, Montpellier

Je ne devrais pas relater ce concert. D'une, parce que la densité de potes au mètre carré d'une part, et d'autre part la densité de pékins en terrasse, à tort attribué par moi au changement de plateau et dûe en fait ainsi que je l'ai compris trop tard au volume jugé obscène où jouent CoO et à la fuite des cerveaux y concomitante, m'a fait louper au bas mot la moitié du machin. De deux parce que je n'ai toujours pas pondu, pour pouvoir m'y appuyer séant, ce billet sur le dernier Funeralium où je lance des ponts entre eux et Kickback.
Mais peu importe, c'est drôle, et ça le mérite. Parce que ces types-là, Cult of Occult, qui ont l'air comme ça aussi drôles que le laissent présager un album dont le titre commence par hic et des titres de morceaux comme "In vino veritas", ont achevé de me réconcilier avec les Lyonnais (avec, sans respect de l'ordre d'apparition, les tauliers de l'Up & Down, les Binaire, Hazam Modoff, et un ancien employé de Slow End), en se chargeant d'être ceux qui tout simplement jouent cette musique au volume, pas trop prévu pour les tafioles, où elle doit être jouée, froissant et fracassant l'espace mieux que Greg Chandler et ses continents de pédales d'effets, et achevant de prouver qu'il n'est aucun besoin de riffs au sens de "qui tue" pour jouer le doom qui tue, avec ces accès homériques et presque trop beaux de houle et d'orage maléfiques où l'on ne fait plus que deviner, voire croire, les riffs et les rythmes, les accords traditionnels éprouvés faisant le reste pour mouvoir ton pauvre chapelet de vertèbres à ta place... Khanate reviens parmi les tiens ? Pour en revenir à mon second point, il était vraiment de bonne inspiration d'écouter le dernier Funeralium sur le trajet aller, tant ils semblent vu d'ici être les seuls sinistres à qui l'on puisse comparer Cult of Occult, et à pouvoir se ranger avec eux dans une très sélective niche brutal doom.
Le concert doom à la bien, dont on ressort dans une hébétude extatique, le sourire idiot, le métabolisme au ralenti, en suspension... assoiffé de plus. Bien plus.

vendredi 28 juin 2013

PAS Musique : Abandoned Bird Egg

Peut-on sérieusement accepter les promos de l'officine Alrealon quand on n'y connaît presque rien à Coil ? La réponse est d'intérêt purement anti-rhétorique, puisque comme on le sait peut-être, Coil et Black Sabbath, avec moi c'est même combat - indice : activité qui se pratique surtout la nuit, et : non, ce n'est pas le rêve, justement. Et puis surtout, Abandoned Bird Egg me rappelle bien assez de bien meilleurs souvenirs bien à moi, pour que je continue à cultiver la susdite bienheureuse ignorance. Bien.
A commencer par Download du temps que c'était potable, voire mieux que ça, en particulier la bande originale qu'ils ont donné à ce film sur la Manson Family, là, faites donc fonctionner votre navigateur comme vous savez le faire, et puis à Black Lung, dans ses phases les plus ambient et imprédictibles... Ça fait déjà rien qu'un peu une bonne idée de l'eau-de-vie de marc d'ambient techno psychédélique dont il est question ici, et libre de toutes les guitares industrielles piaulantes et fissurantes qu'elle veut ; ça fait déjà un très bon départ pour se laisser de bon gré enfoncer des aiguilles dans les lobes, frontaux et autres, par ce protocole de cauchemar aiguisé, grinçant, surréaliste, et pourtant aussi confortable et accueillant qu'un salon tout à fait aristocratique, douillet et bien équipé de toutes les commodités du psychonaute qui se respecte, je pourrais même ajouter aisément Vromb et Silk Saw sur un guéridon si besoin, pour me rassurer avec la possibilité d'une paire d'électrodes supplémentaires tandis que je me ressers une tasse de cet excellent thé dont je sens se propager déjà les fourmis luminescentes dans toutes mes ramifications nerveuses, brouillant leurs rapports d'un surmenage euphorique, les rongeant et effrangeant d'une onde de sensualité douce et malade, de provenance manifestement extra-terrestre, qu'à ce point-là et sans même la participation de Kevin Crompton c'en est proprement sidérant, qu'on s'en prendrait presque à bêler tel le porridge "beautyyy iiis thee enemyyyy" - et dont la fièvre (ne cherchez donc pas à rattraper le début de la phrase, ça n'a pas le moindre utilité, laissez aller), pour être douce et fleurie n'en est pas moins sûrement éreintante et délétère, à mesure que s'étire encore et encore le plaisir et les abeilles qui vous bourdonnent dans le cerveau, à moins que ce ne soit le cerveau qui comme un grand se sécrète des abeilles de plaisir dans son aquarium, pour une raison aussi soudaine et mystérieuse qu'un cancer et jusqu'à en grésiller à la limite du malaise incapacitant, d'ailleurs... Tout ceci est-il seulement réel ? Ce qui est réel, c'est que le cerveau est une bien belle machine, pour faire joujou à la mort dedans. Laissez donc aller.

samedi 22 juin 2013

Obszön Geschöpf : Erection Body Mutilated (Back from the Dead)

Obszön Geschöpf fait honneur au titre de ce disque, et de ses gros doigts culottés de cambouis va tripoter des sommets de graveleux anabolisé, se dandinant avec une cyberimbécillité digne de Digital Factor et une monotonie digne d'admiration, qui lui permet de téléporter directement l'album dans une autre dimension d'immondice et d'assommoir, là où ne s'aventure guère que l'abominable Hypnotizer. Il n'y a guère autre chose à en dire, ce n'est qu'un signe supplémentaire de l'aliénante réussite de ce nauséeux disque qui donne envie de retourner se faufiler dans la pénombre accommodante d'une discothèque et tous ses corps innocents. Oublier enfin ce stroboscope qui vous cogne sans répit, dedans, juste entre les yeux.

Obszön Geschöpf : Symphony of Decay

Si des fois comme moi vous seriez un peu con-con, et n'ayez jamais renoncé dans un coin de votre planning à piger lequel qu'était le bon album de Swamp Terrorists... Eh bien vous êtes un peu con, parce qu'il y avait mieux à faire, comme par exemple ne pas passer si longtemps à côté d'Obszön Geschöpf, qui y procure ici une très avantageuse alternative, avec cette sorte de Nine Inch Nails pour convention annuelle de l'andouillette qu'il joue pour l'occasion.
Car Obszön Geschöpf manie donc avec également beaucoup de doigté, ahem, l'indus rock à l'américaine et ses basses qui claquent, Chemlab, H3llb3nt, Haloblack et ainsi de suite... et l'insère avec la douceur qu'on imagine dans un album où il libère une toute-puissance mechadeath metal digne de la machine à collecter les énergies d'Urotsukidoji 2 - et il a bien le droit aussi, à ce stade où il a achevé de virilement asseoir son statut d'austère, infatigable, inexorable et belliqueux Bolt Thrower de la dark electro dépravée. En fait ce con-ci s'avère aussi insolemment expert pour manipuler le mormétal que la moustache, puisqu'il conjugue ici avec adresse et naturel le gore travaillé à l'établi avec l'odeur de l'étau et des tenailles rouillées héritées de papa, et le boulot inoxydable fait au matos très haute technicité à renvoyer le gros Cazares et les frères Clayden à leurs chères études, valider déjà la première année du CAP - tandis qu'Obszchen, lui, deviendra l'artisan secret bien gardé, la bonne adresse en or sur laquelle on ne tuyaute que son cercle d'amis.

vendredi 21 juin 2013

Obszön Geschöpf : Highway of Horrors

Le namedropping, y a pas : lorsque je parviens à m'en abstenir, je ressens ce qui s'approche le plus de la fierté chez moi - un genre d'envie de briser des crânes, en fait. Mais ce qu'il faut bien s'y fourrer justement, dans le crâne, c'est que ces "names" ne sont, tout comme les fameuses et si débattues étiquettes stylistiques, rien que des mots, utilisés en tant que tels pour véhiculer les sensations et visions à moi évoquées par la musique, jusques à vous doux agneaux - rien qu'un peu si cela est possible. Dit-on "couleur-dropping" chaque fois qu'un écrivaillon utilise des adjectifs de couleur ?
Adjectifs, adverbes, substantifs, verbes, j'aime les mots, notoirement, et forcément j'aime ceux qui portent du pouvoir en eux ; alors, si je dis "Bile" dans ce billet, ce n'est pas tant qu'Obszön Geschöpf ressemble à Bile, ce qui est un peu le cas, ce n'est pas tant pour que vous imaginiez quelque chose comme un Bile-like en tentant de vous imaginer ce disque ; c'est que vous mesuriez un tantinet l'épaisseur suffocante de l'atmosphère de Highway of Horrors, la brutalité toxique des émanations chimiques qui en exsude de partout, bien encore plus malgré son orthogonalité que d'un Suckpump finalement trop martial et service d'ordre, ou même d'un Teknowhore trop hyperactif pour correctement hacher votre cerveau jusqu'au gabarit premier âge, tandis que HoH possède quant à lui la, ahem, tousse-tousse, festivité electro-goth des Psychopomps (ou Biopsy, pour donner dans un tiers-mondisme assez approprié) - vous appliquerez les mêmes consignes de précaution qu'au-dessus... - mais là encore va un peu plus loin, car HoH est un disque moustache comme pas deux, et un disque voué à la prise de pouvoir totalitaire, à laquelle il parvient d'ailleurs presqu'entièrement dès la deuxième piste, avec son passage Drexl-mon-pote qui crame le cervelet et toute résistance concomitante,  un disque de boîte à cul autant qu'un disque de massacre à la tronçonneuse, par la grâce (rires hachés) de ses beats à compresser les semi-remorques, et plus encore de cette voix unique et qui ajoute directement 2000 points glauquerie décompositoire à tout ce qu'elle touche de ses soupirs gluants, lesquels font passer la belle taille élancée et le romantisme de Jason Vorhees dans le souffle d'un asthmatique demi-moisi ; c'est à dire aussi qu'on entend distinctement qu'avant de s'amuser à jouer avec, ou plutôt faire jouer, des guitares, et pas tout à fait par les premiers pimpins venus puisqu'on a du Mercyless dans la salle s'il vous plaît - le monsieur obscène a longtemps traîné ses guêtres dans l'electro-dark sordidoïde la plus basse de plafond et d'appétits, affreusement monocorde, Allied Vision, Trial, Suicide Commando (dés débuts, bien entendu), amgoD, yelworC... toutes ces merdes ternes, lobotomiques et hargneuses, cette eurodance albinos nécrophile et néanmoins milicienne. Obszön Geschöpf y injecte aujourd'hui en guise de pot belge à base d'engrais chimique et de stéroïdes, une huileuse marmitée de rock'n'roll pas drôle et abalourdi de hip-hop attardé, taillé pour les after-parties dans les chiottes des restoroutes, à l'heure où personne n'entend plus crier personne, c'est bien ce qui les met de cette humeur de bêtes insatiables.

mercredi 19 juin 2013

Rudimentary Peni : Cacophony




Salut fiston, je suppose que tu sais que, sans moi, tu serais à l’orphelinat. Tu es la fleur de mon cœur à l’ombre d’un pommier par une après-midi de dimanche. Le troupeau se moque de mon écriture. Je suppose que tu sais que je suis une petite fille. Une petite fille décharnée à la tête carrée et aux battements d’ailes impossibles. Que je suis une petite fille aux sarcasmes cinglants les veines dans le marbre. Une chèvre étourdie descendue des sept soleils pour châtier les géants paresseux et décadents de l’ancienne tribu des collines, leur peau rosée et leur mauvais sang néandertalien. La musique que tu entends est faite de craquements d’os et d’écoulements de sang. La musique que tu entends est jouée par des chauffeurs de corbillard ivres, séquestrés dans des catacombes inondées d’eau jaunâtre et malodorante. La basse capture, par l’intact instinct de l’insecte éteint, le gris neutre et les extrêmes du blanc et du noir pendant que les corps les plus malades, emmitouflés jusqu'au bout du menton, produisent les couleurs primaires primitives. La musique que tu entends est un sermon cacophonique ayant débuté dès la naissance de son prédicateur, elle est tour chancelante, elle est cloche de bronze fêlée par l’accumulation des siècles.
Je suppose que tu sais que la sœur étrange est des nôtres. Vois comme mon épée pleure la mort du pauvre roi, ô puisse de telles larmes pourpres toujours être versées ! Plagiat rudimentaire, mon cher Peni. Retour aux valeurs victoriennes : Henry besogne consciencieusement sa mère. Vision de batracien asthmatique. Temple cosmique hémisphérique. Crânes hurlants mus par leur propre souffle, en lice pour le vent des globes oculaires.

Différenciation aliénation solitude. Puissante perruque, quelle futile affaire que de continuer à vivre.

jeudi 13 juin 2013

Snapcase : Lookinglasself

Mais bon dieu ! pourquoi ne s'est-on jamais avisé de me dire que c'était lui, l'album qu'il fallait écouter, de Biohazard ? Celui avec le line-up d'origine.
Fyfe Ewing, Justin Broadrick, Tommy Victor, Mike Muir, Robert Fish, Page Hamilton : tu m'étonnes, avec ça, que c'est la mise à m'amende intégrale.

mardi 11 juin 2013

Seven Sisters of Sleep : Seven Sisters of Sleep

Des riffs qui touchent de leurs doigts en charpie la perfection, pile entre Grief à son plus ascensionnel et Eyehategod à son plus religieux (relis cette phrase jusqu'à ce que tu piges que j'ai raison) ; et un chanteur tout simplement hallucinant, la voix d'un grumeau de sang mi-coagulé. Il n'en faut pas plus, il n'y a pas beaucoup plus à en dire, et il n'est pas besoin d'en dire plus. Écouter ce disque renvoie au néant tout autre besoin.

lundi 10 juin 2013

Slava : Raw Solutions

Peu importe comment les connoisseurs - allez, soyons pas de mauvaise foi pour une fois : ceux qui ont pas décroché de l'histoire dance en marche, et qui savent à quel fourmillement renvoient des termes tels que juke - ce dont il s'agit c'est de la house selon mes rêves, manifestement intacts malgré les années d'abstinence : tendue à souhait du nœud spirituel, ses beats tout brisés voire rompus sous l'amoureuse caresse de la cravache, ses nappes et ses cotonnosités vocales toutes grelottantes d'extase, dit en termes plus triviaux c'est l'accouplement de Fetisch Park et Carla Subito, de leur étrangeté de chair, avec le UK garage - il est donc toujours vivant et cela me fait chaud au cœur - et sa lubricité soul futuriste, sa palpitation sans répit, engourdissante de plaisir, encore enflée en syncopes par ces modernes nodosités abstract-reggae-bambaataa-crunk - rassurez-vous, cela aussi doit porter un nom homologué dans le monde réel - pour venir rappeler avec régularité que l'extase n'est pas que stase et disloquer le corps avec une grâce surnaturelle ; et une fois que vous aurez entendu "Girl like me", c'est l'esprit que vous aurez de disloqué, et vous ne pourrez plus vous arrêter d'y plonger, hagard, égaré, bienheureux.

dimanche 9 juin 2013

Author & Punisher : Women & Children

M'infliger le même gabarit de choc esthétique que The Downward Spiral en 94, mais aujourd'hui avec tout ce que cela suppose entretemps, faites excuse, ce n'est pas rien. Si Navicon Torture Technologies avait jamais eu une importance et un effet, le présent album viendrait de les rendre à la poussière en un éclair de cyclotron.
Ce qui fait déjà bien trop de références pour un album qui mérite de n'en supporter aucune ; retenons donc toutes les autres, toutes hagiographiques, qui brûlent les lèvres adoratrices à son écoute.
Bienvenue dans ta cathédrale-couveuse à fission, naïf et sentimental petit atome. Accroche-toi à tes dents pendant que je les désintègre sans un seul petit couac. Regarde fondre ta conscience. Jouis du sang dans lequel tu t'offres à moi tout entier grâce à cet amoureux pressoir fruit de la plus angélique technologie. N'aie nulle crainte. Viens.

Seven Sisters of Sleep : Opium Morals

Peut-on jouer du sludge et irradier la festivité tonitruante de Napalm Death ? La réponse est, non pas Mistress, mais ooooooooh oui, mon enfant, va guilleret et fais ainsi que ton petit cœur bout de te voir faire. Seven Sisters of Sleep peut paraître trop beau pour être vrai, trop beau gosse pour être beau : le nom du groupe, le nom de l'album, l'amalgame moderne de tout ce qui dévaste les tronches sur un rayon taille continentale, la production molotov à en rôtir Complete Failure, la pochette de carnaval mexicain hommage à Show no Mercy, la vertigineuse intensité masochiste mono-directionnelle à réveiller le fantôme de Charger... Mais il est parfois recommandé de retrouver son âme d'enfant - et de la suivre. Dans les flammes.

mardi 4 juin 2013

Skinny Puppy : Weapon

J'avais vaguement pensé à une vieille vanne sur le mode "tiens, Din_Fiv se sont reformés, mais en éternels seconds couteaux ils ne seront jamais meilleurs qu'avec une reprise de Skinny Pup... oh wait" mais la flemme l'a emporté sur la motivation de bien vous mettre ça en forme, après une ultime écoute de repêchage idéaliste cet après-midi au boulot : le disque le vaut même pas, cet effort. Quand le seul moment ou un groupe réussit à bousculer un peu ta concentration d'une activité palpitante comme de la liquidation de masse, c'est lorsqu'il s'auto-reprend en piochant dans son passé le plus reculé - si on ne compte pas le moment où il s'auto-parodie, deux pistes avant, toujours la même période de son histoire ... il y a un malaise.
On avait nos amis qui plongent dans le coma légumineux et n'en ressortent plus, tels Adrian Thaws. On avait ceux qui en reviennent, miraculés - un peu abîmés, aussi, mais c'est le prix - tels Aaron Funk. Visiblement, il faudra aussi compter avec ceux qui font des allers-retours, qui se sentent aussi bien dans la médiocrité naufragère que dans la vieillesse pleine de superbe, tels Kevin & Kevin. On vit une fichue époque.

lundi 3 juin 2013

Cultura Tres : El Mal del Bien

Quel effort et quelle discipline, pour employer le présent en parlant de Cultura Tres... Davantage qu'une pépite archéologique, ainsi qu'incitent à l'imaginer leurs origines géographiques, c'est une uchronie qu'on croirait contempler ici. La preuve d'une autre possibilité de monde, où le néo ne serait jamais né, où Sepultura et Korn n'auraient jamais perdu de vue qu'ils ne seraient rien sans Staley le Serpent à Plume et ses apôtres de la mélasse - et seraient par voie de conséquence restés au foyer en forme de marigot perdu dans la jungle, de ces premiers sirupeux vagissements du sludge, là dans cette partouze nineties qui est un peu la matrice que la décennie d'après a achevé de défigurer : vous m'excuserez si j'ai la fatuité de croire que j'ai commencé à écouter du sludge voici 20 ans, avec Dirt. Un monde, disions nous, qui n'aurait pourtant jamais découvert l'autre côté de l'Amérique et le rap, et qui ne connaîtrait pour toute nourriture, spirituelle et charnelle, que des composés et dérivés oléagineux. Une religion, une mystique du pétrole en vérité, vierge comme l'huile d'olive de toute notion de sa possible valeur marchande et triviale. Assez logiquement, l'on se sent ici aussi isolé, protégé, couvé, que dans une adipeuse et nourrissante bulle de ce pétrole. Certains disques sont des havres et c'est tant mieux.

samedi 1 juin 2013

Lantern : Below

Un disque aussi prodigieusement cave et creusé à l'eau-forte que Necrovation, c'est comme la bandaison papa, ça ne se commande pas.
Et surtout, heureux que nous sommes, ça existe dorénavant, la preuve ci-contre. L'atmosphère, si j'ose dire, de planétoïde maudit nu sous les étoiles concupiscentes qui ont bu son atmosphère, qu'est-ce que je vous disais, depuis des éons et en bavant à foison, en est parfaitement retranscrite dans le matériel pour les oreilles y inclus, la partie vocale en est idéalement à la fois dévitalisée et pleine de puissance clébarde, entre votre Lars Goran préféré, le gonze de Death Breath, un Chris Reifert minéralisé : copieusement prognathe et mangeuse d'âmes avec les doigts, donc, et pourtant tout à fait cossue niveau profondeur occulte parfaitement pas rassurante - une profondeur plate, pour être non-euclidiennement exact - au milieu de ce rendu général aqueux et lointain, et pourtant tellement horriblement présent, comme l'avant-garde sourde et labile à l'horizon d'une migraine à vous faire pousser une arcade sourcilière de taille à défier le susdit au pancrace, tenez - celui de votre choix. Le disque est à cette aune, agaçant et redoutablement enivrant à la fois, il alourdit le front, et fait sombrer dans sa tourmente, sa tourbeuse agitation si apaisante, balayée par le froid des vents astraux charriant l'odeur de la bidoche oubliée à l'autre bout du monde ; toute la plénitude harassée d'un genre de gueule de bois outre-stellaire, si vous voulez.
Foutus connards de Finlandais ; Corpsessed a intérêt à assurer maintenant, pour rester au niveau ; mais en même temps, ils le sont aussi, finlandais...

These New Puritans : Field of Reeds

L'ennui, si je dépeins ce disque comme le dernier Foetus après ingestion d'une pleine remorque de lexomil, ça va vous écœurer pour la plupart, ce qui est tout le contraire de lui rendre justice, parce que tout y est pourtant : l'ambiance  James Bond en abyssalement plus classe et métaphysique, et l'atmosphère médicamenteuse entre Geisterfaut et un album de Manorexia... Field of Reeds avance comme une chose parfaitement bienveillante et reposante, mais les dures arêtes de ses pâles effluves pharmaceutiques font sonner un carillon à la langue coupée, et dont on ne sait plus où il est accroché. Ces vagues de musique aux lignes pures et calmes sont toutes bien raisonnablement éteintes et coupées des ailes comme est ce timbre de voix mesuré, terne, tiède, qui vient non seulement confirmer que These New Puritans est mon pendant pas drôle des Liars, mais aussi leur version qui larde le foie, maintenant que lesdits Liars se sont peu à peu perdus dans des concepts émoussés, avec entre autres justement un dernier album dans une veine ouvertement médicale qui peine à camper le climat qu'ils irradiaient par nature par le passé.
Vous trouverez à coup sûr des palanquées d'articles bien informés et d'autorité pour vous décortiquer la construction et la portée musicologique du disque, certainement cruciales, alors quant à moi je vais m'en tenir là, ma part du boulot dûment accomplie.