mardi 9 juillet 2013

Lustmord : The Word as Power

Sous vos applaudissements (applaudissements nourris), c'est à présent le jeune Brian Williams (rires crépitants) qui rejoint le petit club select des miraculés du coma esthétique.
Après des années d'embarrassantes panouilles gamme Black Ushuaïa, The Word as Power, avec son retour au thèmes cosmogoniques monumentaux, ressemble d'abord vaguement aux deux disques lugubres de Lisa Gerrard - The Silver Tree et Immortal Memory - avec ses incantations aussi mornes et  longues qu'elles sont sinistres, mais nous remémore surtout beaucoup The Monstrous Soul, la puissance profonde et occulte de ses motifs répétés avec une lenteur inexorable à tout vestige de commisération, dans la nuit où il nous exposait nu et sans défense au vide vorace qui tombait des étoiles, à leur antique hostilité, à leur calme épais de malveillance, qui vient ici  comme une mélasse clarifiée à la bile napper la steppe d'Omala qui aurait été déshabillée de toute atmosphère en guise d'armure de pudeur à l'intention des minotaures cosmiques. On peut bien parler, du reste, de Lisa Gerrard, puisque le même type de syncrétisme et d’œcuménisme semble être à l’œuvre, mais ici avec une économie de moyens, un laconisme minéral, morose, antédiluvien, qui rend encore plus impossible à déterminer la teneur exacte des mantras ci-fossilisés et peu à peu lentement palpitants, et ne les en fait que plus glacialement inquiétants, avec l'insondable tristesse des proies qui les infuse, et de surcroît que si le mesclun de mémé Gerrard, même dans ses susdits moments funèbres, semble vouloir faire œuvre de communion, d'aménité, de générosité, d'empathie, l'idiome employé ici - c'est écrit dessus - comme pouvoir, vise... le pouvoir, pur, distillé qu'il est à partir de ses éparses manifestations tibétaines, balkaniques, moldaves, mèdes, ottomanes, et tout ce que vous voudrez reconnaître d'autre du moment que cela charrie l'image de moustaches cruelles et d'yeux de braise aux appétits impies. Car autant les quelques précédents navets de Lustmord (depuis Carbon Core, quelle triste plaine...) pouvaient évoquer justement ce que Dead Can Dance a de pire et de National Geographic, autant la présente vermine n'a-t-elle la limpidité que de Phallus Dei, de Haus Arafna, de Raison d'Etre, et l'apparence laquée qui peut en résulter n'est-elle que le mirage renvoyé par la gluante sueur de la plus morbide des fièvres, née de l'humeur noire, du désespoir qui infeste les os, du plomb qui ralentit le sang afin que les étoiles descendent le sucer, tandis qu'avec une lenteur d'éternité vous plongez dans le ciel.

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