vendredi 26 juillet 2013

Merzbow : Suzume - 13 Japanese Birds Pt. 1


Juillet 2013, canicule. Sabotières, lavandières, blanchisseuses : toutes se promènent en toute petite tenue… dégel des sens… montée des eaux… le fleuve Amour en crue sort de son lit, inonde les plaines de bordure ; la rue se transforme en gigantesque traquenard ; partout des bouches suppliantes, partout des gorges oppressées appelant à l’aide. Que dire de l’insane promiscuité des transports en commun aux heures de pointe, de ces plongées en apnée dans des taxi-brousse bondés, le standard saturé de télégraphies suggestives : dents blanches derrière lèvres écarquillées - fuselages insensés - caresse furtive chevelure odorante - frôlement tissu délicieusement tendu. Pfffffff. Le taf et ses locaux non climatisés ne sont d’aucun refuge. Le personnel d’accueil en vacances a laissé place à deux saisonnières nettement plus jeunes, boudeuses et lascives. Deux bombâsses confites à l’eau de rose, loukoumisées, suintantes d’ennui dans leur vivarium. Figure de proue du vaisseau amiral, Perrette, divine boulangère à l’invincible armature, est redevenue infréquentable. Le triste paquet de 102 biscottes format familial dans la cuisine peut en témoigner. Alors que faire ? Rester cloîtré jusqu’à l’automne ? Se mettre au bromure ? Aux bains d’eau glacée ? Plutôt adopter un piaf-au-pif, tiens : un oiseau japonais.
Le soir même, en quête de fraicheur, nous sortons flâner le long du canal et tombons sur ce qu’il faut bien appeler un guet-apens : tout ce que la ville compte de volupté séraphique semble s’y être rassemblé, c’est le festival du jogging féminin, mille et une façons de trottiner gracieusement, un vrai bichodrome. L’emplumé se met alors à hurler à l’intérieur de mon crâne, le bec ouvert à 180 degrés. Agressions conjuguées de pépiements déstructurés, de vents solaires et de rythmiques multidirectionnelles. Matraquage, mazoutage, écrêtage, matraquage encore. Convulsivothérapie intérieure. Rapports de calibrations, carnets de vols cryptés. Reddition, mise à la masse des autres stimuli. Le monde au travers d’un scaphandre. L’ataraxie dans un magma de jaillissements sidérurgiques et de gargouillis séquencés.
Devant nous une nymphe au corps mince et sculptural s’arrête et commence ses étirements, paumes plaquées contre un tilleul, bassin légèrement relevé, dos cambré, souffle court. Au changement de jambe l’arbre s’émeut, a une montée de sève, je vois ses feuilles frémir malgré l’absence totale de vent. Une carpe aspire une goulée d’air et pousse un râle de désir muet ;  je passe mon chemin avec une indifférence de monogame intégriste.

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