jeudi 29 août 2013

Nine Inch Nails : Hesitation Marks

Fin du suspens. Ç'aura pris deux écoutes à piger même s'il en faudra sans doute bien plus pour donner un sens à "Everything" : l'album est excellent. Enfin, et c'est peu de le dire, la suite du famosissime et traumatisant morceau avec Josh Wink, enfin la réponse et la relève aux Vogel et Lidell chéris de Super_Collider, enfin un album qui prend le chemin ouvert sur With Teeth, un album disco de survivant - d'ailleurs un des morceaux vous a de ces airs de Beyonce... - bien intégré socialement et toujours inquiétant, instable, interlope, Monsieur Auto-Détruis enterré au fond du jardin, avec sa guitare dentée, et Monsieur Biaiseux qui fait pousser dessus ses bonsaïs, ligaturés avec la meilleure angst-techno et le meilleur pop-microfunk glacé qui soient. Il en donnerait presque des leçons à Depeche Mode, dans la catégorie vieux ringard qui a tout digéré la musique des jeunes qui savent comment qu'il marche le computeur, avec son spacieux estomac de caïman, pour la plus grande gloire de ses lovesongs constrictrices - mais ce serait surtout mon goût incorrigible pour les phrases en forme de confrontation, qui parlerait alors. Ce sont simplement ses pairs. Mais Trent est Trent. Et Hesitation Marks un album lourd - de présence, d'haleine trop proche, collante, pressante, chaude, d'hésitation - ben tiens, on va se priver - de doute, de soupçon, d'angoisse. Un album bien plus de l'auteur de The Downward Spiral, que de celui du geignard The Fragile et ses plaies claironnantes en bandoulière. Un album sleaze qui rampe dans son canapé ondulant de courants hallucinogènes, pulsatile, fourmillant, à l'image d'un hôte toujours aussi libidineux et prédateur sous l'aftershave et la sape luxueuses, toujours le même adolescent malade qui doute derrière le maquillage et s'hypnotise des fièvres qui le rongent en stridulant... à moins que ne soit un autre mauvais rêve, et que l'album soit bien ce disque de Soul Coughing viré new romantic, de QotSA shemale, qu'il semble vouloir être avec une candeur presque pas démentie par les couinements élastiques qui accompagnent ses génuflexions, ses révérences et ses gracieuses attentions ? Non, c'est bien toujours la même ablette  blême et nulle en sport, là dans le décor laqué et géométrique de son actuelle villa conçue par Michael Mann. Là-haut, dans la colline, sur l'emplacement de la Piggy Mansion. Ne vous y trompez pas, les grondements que vous n'êtes pas sûrs tout à fait d'avoir entendu entre les brames glam, dans les fondations, sont bien ceux de "Closer", de "Ruiner", de "Reptile" ; ils courent sous la peau, ainsi qu'une ombre...

mardi 27 août 2013

Elizabeth : Where Vultures Land

Les mots. Il suffit d'un pourvu que ce soit le bon. C'est bien pourquoi j'en empile pareilles quantités et, comme certains me l'ont entendu récemment professer, suis toujours prêt à bâcler un nouvel article sur le même disque pour simplement en placer un qui manquait, et risque de toucher - une cible, intentionnelle ou inconnue.
Les seuls mots que pour ma part j'avais lus partout sur le présent album dont on a parlé partout, ne m'ont donné l'indice que du pur machin gorgeruineur, et Dieu et Matthias savent la méfiance que j'ai à l'endroit de l'efficacité me concernant de tous ces trucs. Nostromo, Suisse, carnage, ultraviolence tronçonnante : voilà les mots que j'ai lus peu ou prou.
Triste, voilà le mot que je n'avais pas lu, et qu'un compère a eu la bonne inspiration de me glisser - quand on vous dit que le Yell Fest, ça ne se manque pas... Il a touché, et qui plus est, il parlait vrai. Cet album tient au moins autant de Converge (celui de You Fail Me, d'ailleurs) que d'un Daggers qui aurait les jambes en coton, la tête étrangement légère, et la tentation de rocker des rotules, avec cette tristesse que l'on dit slave, teintée de joie sans lendemain, exsangue et pourtant mordante. Ajoutez l'élégance funambule, emo et bourricot à la fois, commune à leurs compatriotes de Coilguns et Cortez, et surtout celle de torcher l'histoire en une vingtaine de minutes, décapantes, furibondes, carnassières, et qui pour tout dire me fait plutôt, moi, penser à des loups, quoique les noirâtres cous décharnés des vautours... - sans s'appesantir ni en larmes, ni en menaces, ni en déglingue, et voilà : d'une, commencent à s'effriter mes préventions contre les Suisses (qui ne sont donc pas forcément tous des Mumakil, Unfold, Sludge ou Kruger), de deux, commencent à se réconcilier les statuts d'ex-homme de très bon conseil sur Vs et d'éleveur de barbus, d'un certain monsieur Sangfrais qui m'aura mis plusieurs fois à l'amende cette année, ce qui fait toujours plaisir. Ça tient à un mot. Merci.

Yell Fest, 23 & 24/8/13, Le Loup dans la Bergerie, Chambalon

Les gifles cuisantes de cette troisième édition :

Satan : loupés voici quelques mois à Montpellier pour cause de nom qui semblait trop augurer de rockin' lolcore à la Cobra, c'est donc à côté d'une quasi-manière de résurrection du Mayhem de Deathcrush que j'étais passé. Impressionnants de malveillance à peine pubère en apparence - le Mal conserve - et toute entière vouée à Sa plus grande gloire, sans aucun décorum ni fanfreluche, juste le feu de l'enfer dans le fond du slim, et un chanteur magnétique de teigne livide et grêle. Un t-shirt Danzig, bien entendu, ça aide. Quelques "hough!" de champion envoyés avec un goût sûr et parcimonieux, aussi.

Hungry like Rakovitz : le contraire exact, précis comme un coup de couteau à gigot, d'une écrasante majorité de groupes en math- et en chaotic-, dont certains hélas pour eux ont joué sur le Causse Méjean ce week-end : une invraisemblable bousculade de plans grind, hardcore, black, stoner, death et tutti quanti - et jamais la moindre sensation de greffe gratuite, stérile, surenchériste. Mais la vivante sensation que tout obéit à une logique, que pour sûr eux seuls savent voir, mais dont l'évidence transpire et contamine un auditoire conquis massivement par la paradoxale fluidité aérée de cette tornade de punk méchanoïde et bouillant, haché et hachant, d'expéditives mesures stoner voire de mesures magistrales autant que contrepodologiqes balancées là comme ça en toute fin de certains morceaux, laquelle fin est rarement où l'on croit, sans oublier surtout une bonne vieille vibe hardcore old-school à vous faire des moulinets joviaux cependant que vos cervicales continuent de se disloquer en tous sens ; et encore : une élégance sans apprêts ni pareille dans les riffs convulsifs et/ou marteleurs, un équilibre étourdissant de l'acide et du gras, une gracieuse agilité acrobatique digne d'un Soilent Green qui tirerait dans la catégorie de poids de Binaire. Fessée en règle.

Cult of Occult : ont été fidèles à ce que j'en attendais, dans la mesure des possibilités offertes par les conditions. La grande scène, du peu que j'ai pu voir les rares moments où j'ai ouvert les yeux, était bien occupée par une mise en scène dont chacun jugera pour lui la sincérité et la moralité ; et le volume sonore pur a réussi malgré le ciel ouvert et l'absence de guitare, à sonner aussi dégueulasse, vil, et sacré, que d'habitude - quand bien même il aura un peu fallu s'auto-suggérer les si délicieux passages où on ne comprend plus rien à ce qui se passe tellement les riffs s'embourbent dans leur propre obésité. Doom à l'extrême. Donc parfait. Voire doom à la Kickback, et parfaitement cérémoniel avec ça , et parfaitement sans prétention. Plus-que-parfait, donc.

Trois bonnes grosses  tartes, en somme, dont la qualité suffisait haut la main à rendre la saison plus que rentable, puisque pour ne pas changer, l'ambiance et l'accueil ont été miraculeuses et au petit poil.

Les autres groupes, mis à part Sofy Major que j'ai été agréablement surpris de découvrir aussi camionneurs, et dont le mélodisme vocal pour le moins... étrange, mais conquérant, aura presque réussi à me consoler du forfait inopinément déclaré par Watertank - ont été écoutés avec une désinvolture qui allait de la paresseuse bienveillance paternaliste, à la plus sèche et hostile abhorrence. Il n'en sera donc pas question.

vendredi 23 août 2013

The Asphodells : Ruled by Passion, Destroyed by Lust

J'ai bien fait d'être patient pour pisser une copie sur cet étrange album embrumé. Il suffisait d'attendre qu'elle jaillisse au bon endroit.
Respect.
Pas d'autres commentaires.

mardi 20 août 2013

11 Paranoias : Superunnatural

Ce n'est pas foncièrement mauvais, cette choserie comme dirait mon compère, le son est évidemment câlin comme un mur en crépi "big chunks" (bon, ok : même en mp3, il a l'air rigoureusement grandiose), les riffs sympathiquement mongoliens ascendant béat-carbonara et c'est déjà beaucoup de ce qu'on demande (d'autre, avec le son qui ramone le cerveau d'un tympan à l'autre avec un tronc d'arbre) à cette musique, et après tout y a juste un peu du curriculum vitae de bourreau assermenté qui chahute fort là-dedans, et il est probable que si je l'écoute une fois convenablement raide je le trouverai tormel, d'ailleurs ça n'a jamais été le quotient intellectuel des riffs qui conditionne la profondeur où on peut vous faire plonger, où alors (ça paraît logique) par proportion inverse ; et sur "Ossuaries" cette vérité scientifique vous frappe l'entendement avec la tendresse d'un donjon à maléfices qui se pète la gueule... Mais de mon strict point de vue étriqué, maintenant que j'ai entendu de quoi cette voix-ci est capable, et sur quel ordre de paradis mutagènes elle pouvait planer le plus à son avantage, j'ai du mal à m'empêcher de trouver quelque peu regrettable qu'on se contente de repartir à la case départ jouer du early Ramesses, conditionnement par packs de quatre compris - et accessoirement qu'on emploie un gonze de Bong pour de risibles vacations de moins de huit minutes TTC.
D'ailleurs eux-mêmes doivent bien trouver la blague déjà moyenne, puisqu'au dernier morceau ils craquent, et font déjà mine de revenir - paresseusement, bien entendu - vers le sillon autrement plus brumeux et odorant du charnier, qu'ils avaient laissé en plan avec leur défunt groupe - là où la musique de stoners et la cold s'écroulent ensemble comme un paquet de chiffons, non loin de quand Wonderland s'est fini, si vous situez.
Le jour où on pourra faire confiance à un satané doomster...

lundi 19 août 2013

Therapy? : Caucasian Psychosis

Là encore, il aura fallu du temps (vingt ans, tout de même) pour en convenir, mais les tous débuts de Therapy?, c'était déjà sacrément quelque chose ; une fichue new-wave de racaille replicant qui trimbale sa déglingue famélique, les tendons métalliques au vent exposées dans diverses blessures et accrocs de sa blafarde couenne synthétique vérolée ; en toute bonne logique, les morceaux portent aussi bien les fétiches cyberpunk des pochettes des deux petits e.p. d'origine, que la vision Schielo-Ungarienne ci-contre adoptée pour leur édition compilée. Sacré fichu groupe, étaient-ils déjà, sous leurs modesties punk - l'hésitation du patronyme qui semble ne revendiquer même pas ses névroses, la banalité beaufe de bouboule Cairns sous laquelle couve un vrai Joker, acide, fiévreux, amoureux, brouillon, incontrôlable, affamé - une sorte de gigue électrique grelottante et coupante de la folie ordinaire, où pourraient venir se tenir par la main les débuts de Faith no More, ceux de Foetus, de Killing Joke, de Cure, et puis Pailhead, Billy Idol, Hammerhead, Big Black, Joy Division, et je pourrais sans doute ajouter un bon paquet d'autres punks lunaires, comme pour tous les groupes dont l'identité est trop forte pour se définir en rapprochements autres que fugaces et aussi éclairants qu'un miroir éclaté, et qui ne sont que la gaucherie devant la simplicité des grands.

High on Fire : Blessed Black Wings

Dans un monde idéal, Metallica, ou Mastodon, celui que vous préférez, ou les deux, c'est de peu de différence - auraient su négocier les virages sans prendre le décor et sortiraient des albums tels que celui-ci. Ce qui serait d'autant facilité que dans un monde idéal, High on Fire n'aurait pas sorti d'album tel que celui-ci, ainsi sympathique et fort bien fait de sa fort vigoureuse et fort accorte personne, mais si joli cœur et escrimeur à côté de ses ténébreux bouchers de frères. Malgré qu'en aie le matou sur la jaquette.

mardi 13 août 2013

Cult of Occult : Hic est Domus Diaboli

Pour tout vous dire, j'ai un peu la cagne de goupiller un truc à peine potable sous photoshop et d'y trouver un titre spirituel, alors on y va franco : si Embrace the Narrow House est comme d'aucuns savent très bien le dire un giallo, aussi osseux, séché et poussiéreux que je l'ai toujours trouvé également, avec une Asia Argento en proie à toute toute la collante migraine des quatorze ans dans le rôle souffre-douleur - son père à la réalisation, bien entendu - alors Hic est Domus Diaboli est plutôt quant à lui un remake porno-rural du Satyricon de Fellini, avec Darry Cowl, Philippe Nahon, et minimum une Claudia Cardinale qui aurait un peu tous ses âges à la fois et à la cantonade comme son cul ; du massif, du rubicond, de l'écarlate, du violacé, du cramoisi, Cult of Occult professent l'amour du vin et du sabbat, et on a quelque peine à les imaginer boire du chablis, allez savoir pourquoi (du quoi, du "ro-sé", avez-vous dit ? je suis complètement sourd, de cette oreille...). Ceci est ma chair, ceci est mon sang, et patin couffin, cannibalisme, pain, fromage ; la recette a pas changé depuis le temps, c'est toujours au temple qu'on se fait ses plus délicieuses rigolades, et vice versa.

Oathbreaker : Eros|Anteros

Toujours sur votre faim de moments recueillis à nettoyer ses plaies au vitriol tout en se fredonnant des kaddish en langage grondé, depuis le Rise & Fall d'après Our Circle is Vicious ? Vous les trouverez peut-être ici - oh, pas beaucoup plus nombreux, mais saisissants, douloureux, coupants comme est l'odeur de maladie qui sourd de partout de cette musique mangée de toutes sortes de gales, tiques et autres mites plus souffreteuses et acrimonieuses les unes que les autres - on croit reconnaître un peu en fatras irréel mais pour autant en parfaite cohérence les gonzesses de Ludicra, de Kylesa, de SubRosa... Bref tout ce que le hardcore peut compter de harpies décrépites, de douces lèvres retroussées écumantes sur des dents aussi jaunasses que tranchantes ; on trouvera sans doute un peu de Converge, aussi, mais ce n'est pas comme si le groupe était réputé pour la bonne santé qui en irradie ni pour une féminité loin enfouie. Le titre du présent disque encouragerait somme toute assez volontiers à qualifier ce hardcore de vénérien, mais il n'est pas que cela, puisque sur ces vagues de pulsions masochistes et délétères viennent souffler d'étranges vents vikings, d'étranges appels du monde des esprits, qui viennent encore rendre un brin plus trouble le bouquet stupéfiant et corrosif d'un album lunaire, forestier, magique, excessif, éprouvant, vertigineux - femelle, certes et en un mot comme en cent ; unique, surtout.

vendredi 2 août 2013

Pop. 1280 : Imps of Perversion

OK. On se calme et on boit frais. The Horror, c'était du bon, c'était du sympathique et bien fait, y avait même quelques tubes, du type vraiment tube, à savoir qui te laisse sale parce qu'une fois post coitum, tu te regardais et tu te disais que tu t'étais laissé basculer à bien vil prix.
Là, on ne parle plus de la même. Là, on oublie que mille fois hélas Clockcleaner ne sont plus, on oublie que zZz, les cons, ils traînent à enchaîner. Là, ça devient dead fucking serious. Là l'hystérie est à ta porte et elle va la défoncer, genre instamment, là tu te contiens à grand peine parce que le ridicule guette et que tu sais qu'il ne s'en faut pas de grand chose pour que tu te mettes à tenter du LJB au rabais. Que tu ne vas pas te tenir, pas te respecter, boire plus que de raison, houspiller à pleins seaux et grimper toutes les jambes qui passent, avec un harpon. Comme à chaque fois que le vrai truc est là, le goth coyote truc, la grosse dalle swamp, le hooligan du crépuscule sur la Sierra.
Alors tu vas t'asseoir avant d'avoir dit plus de conneries que tu n'en peux regretter, boire frais, et partir en vacances. Et on verra bien au retour ce qui restera de toute ce bel appétit qui te mange les os de l'intérieur quand tu écoutes ce fichu disque.

Cavo : Cazca

À l'heure où l'on adapte même les films d'horreur en comédie musicale, quoi de plus pertinent que de demander à la progéniture bossue des Boredoms et de Corrupted de composer la version butoh du prochain péplum shintoïste de chez Sushi Typhoon avec le zombie d'Akira Kurosawa à la réalisation ? Maquillages-grimaces et spectres carnivores, dix-mille figurants, sacrifices humains, le tout à grand renfort de haches pour mieux faire gicler tout ce qu'on voudra, au nez et à la barbe de l'éminent Bouddha qui devra cette fois encore fermer les yeux, tant est lumineuse cette totale opération de purge spirituelle.
Ou si comme moi vous êtes resté longtemps scotché sur le mignonnet mini-cd dont la pochette cartonnée semble directement découpée d'un grand format de Daisuke Ichiba, il serait temps pour vous d'entamer la version longue durée, moins bestiale mais avec beaucoup plus de nuances colorées dans les flaques du sang qui coule toujours à chaud dans ces farces grotesques du petit théâtre d'Hiroshima.