dimanche 8 septembre 2013

Nine Inch Nails : Hesitation Marks

Évidemment, qu'on a pas fini d'en parler.
Déjà, parce qu'inexplicablement, j'ai omis de mentionner le nom de Prince, et que quand bien même c'est l'évidence même, il faut le dire tout de même.
Bien sûr que Prince est ici, de retour, le Prince à peau de python molure jaune ; puisque, bien sûr, on est ici clairement au niveau de The Downward Spiral. Au moins aussi sale et collant, même si moins éruptif, abrasif et désordonné ; l'ancien se vautrait, plongeait comme l'adolescent ordalique qu'il était au fond du gouffre baudelairien, comme on avale quand même le pauvre fond de tube de lexomil avec la gnôle, même si ce ne sera vraisemblablement que pour se mi-légumifier le cerveau. L'actuel est adulte, en pleine possession hélas de ses moyens, il sait parfaitement où inciser, lui ou les autres, en ricanant seulement quand il y pense, et il joue à tituber au bord du gouffre en permanence, il joue avec le vertige et avec les bouffées de panique naissante de la raison aussitôt étouffées, à la façon d'un organiste, car Trent a toujours été un maître du baromètre, tout comme il se montre ici toujours le même roi de l'espace et du champ, avec ces si typiques bruits indéfinissables d'ustensiles et d'aiguisages au loin dans la cuisine, cependant qu'on est ligoté, à poil, au fauteuil dans l'immense salon design avec vue sur la nuit indifférente d'Hollywood ; des migraines démentes qui commencent infrason et qui peu à peu s'en viennent depuis le fond jusqu'à vous scier le cerveau devant toute autre idée - et on se demandera, après, pourquoi, Angelo me pardonne, Mulholland Drive est appliqué et Lost Highway surnaturel...
Et "Everything" ? "Everything" est l'horreur suprême : la lumière ; discordante, aigüe, tintamarresque ; la terreur quand au bout de la nuit, de la défonce et du stupre vil et alangui à l'infini tu vois soudain l'aube se profiler sur l'horizon, rampant pour te poignarder de son fracas vivant ; le toujours aussi drolatique Trent joue à se et nous faire mal et peur, avec cette brusque ouverture des rideaux sur la vie, la lumière, le monde, l'espoir, à en faire dégueuler du sang et de la bile, comme ça en plein milieu du si rassurant sordide saurien de l'éternelle nuit moite et cauchemardesque qui constitue le cœur du disque. Une explosion, une pollution brutale, une condamnation. Ouais, c'est carrément gothique. Trent a bien fini de faire semblant, fini les (touchants) albums lettres de motivations pour la vie normale. Trent humilie Front Line Assembly, humilie Skinny Puppy, humilie Patrick Bateman, humilie ses propres tentatives gospel sur The Fragile, humilie Kanye West, humilie Oliver Chessler, humilie la lumière et l'ambroisie, humilie qui vous voudrez. Trent humilie même par le mépris ses propres coquetteries de réitérer encore et encore les finales à la "Hurt". Trent est toujours le prince des sécrétions collantes dans le cuir des canapés.
Ah... j'avais oublié comment c'était, d'être Trent une heure durant.

1 commentaire:

Frédéric Garcia a dit…

C'est de loin la meilleur chronique sure cet album que j'ai lu de tout l'internet, chapeau !