dimanche 8 septembre 2013

Primitive Man : Scorn

Comme une impression persistante, en plusieurs moments de ce gouffre d'album, d'être transporté à la fin des années 80, pour assister au cataclysme originel, de voir, ainsi que le Terminator un peu avant la fin du premier film émergeait telle une inhumaine et intolérable Nemesis mise à nue, de la ruine, la débâcle universelle et l'incendie - émerger Godflesh de la confuse bourrasque Napalm Death ; une manière de reconstitution : certes Clinging to the Trees of a Forest Fire sont tout sauf aussi historiques que Napalm, et tant de choses extrêmes ont flâné sur la place publique déjà entretemps, avant que Primitive Man n'y vienne traîner ses bras qui touchent par terre : pour sûr, il n'y a là pas grand chose d'inédit, et ce n'est pas de la surprise que viendra l'hypothétique frisson - quand bien même Scorn est un peu l'album que pour ma part j'attends désespérément de Napalm Death.
Et de toutes les manières, Scorn n'est pas Streetcleaner non plus, il n'est pas ses mécaniques et maléfiques rafales de napalm dans la nuit nucléaire, Scorn est bien plus immobile, comme figé dans l'horreur de son instant de naissance, le placenta ruisselant sur ses traits affreux et miaulants - et puis Scorn est plus proche de Selfless, d'abord. Il en a la théâtralité métallisée, l'aura astrale, le menu à base de terre cramée par les radiations à tous les repas. Scorn est autant industriel - et ce non pas particulièrement grâce à ses interludes death industrial délicatement congelés - qu'il est black metal, qu'il est funeral, qu'il est hardcore, qu'il est grindcore. A moins qu'il ne soit, pour le meilleur ou pour le pire, rien de tout ceci. Peu importe, à la vérité, puisqu'il est surtout un disque qui devait logiquement faire sa sortie initiale sur le label d'un fan hardcore de The Great City - attendu que, au même titre que ce dernier, Scorn est un gouffre, un ailleurs, un instant infini, une immersion totale dans l’œil du cataclysme. Au cœur de l'impensable tournis, là où rien absolument ne bouge, parfaitement inerte dans l'horreur.

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