vendredi 29 novembre 2013

Beastmilk : Climax

Peut-être que ce coup-ci on tient le groupe qui va décrocher la timbale, et vengera tous ces petits combos restés tristement obscurs, et que le découragement et l'amertume n'ont jamais laissés aller au-delà de premiers albums pourtant très inspirés, dans un style très proche. Cette chronique leur est dédiée à eux, les U2, les INXS...

dimanche 24 novembre 2013

Adieu Dead Church Fest, 23/11/13, Secret Place, Saint Jean de Védas

Une soirée hommage funèbre au fanzine et (pas funèbrement) à l'homme derrière le fanzine (et les chroniques de polars, de films, et les Ecolobeignes...), le grand Ged. Forcément, c'est du death, et forcément, y a que des groupes de vieux pour les vieux...

Reptilicus : ... à part eux, de ce que j'en ai perçu un groupe de jeunes pour les jeunes ; sympathique, le death punk (crust), mais l'ambiance fête à neuneu n'aide pas trop. Cependant, comme on dit, "belle énergie".

Morgue : sont, décidément, au death metal ce que 400 The Cat sont au noisecore : la version radicalement dégraissée de tout le decorum et les fanfreluches, et entièrement concentrée sur la sauvagerie intrinsèque, limite on dirait "abstraite" si tout cela n'avait un impact si directement physique, et une présence si incarnée dans ces trois variations sur le thème de l'attitude zen - d'une musique dont, de toutes les manières, il se confirme chaque fois que les deux groupes sont les deux faces jumelles, tout aussi tranchantes et incontrôlables l'une que l'autre, malgré les compositions légèrement différentes des atmosphères qu'elles donnent à respirer. La classe selon des types venue d'une ville sinistrée. Et un nouveau morceau pour la route, qui présage que les vieux trop vieux auront leur grain de sel brûlant à apporter dans la mare clapotante du nouveau death opaque. Allez hop, l'album !

Mercyless : la classe d'Alsace... m'a peut-être un peu moins mis la grosse gifle qu'à leur passage d'y a quelques mois en ville - déjà organisé par le grand escogriffe sus-mentionné ; mais on reste, tout comme avec un nouvel album très chouette mais peut-être pas tout à fait au même niveau de magie vénéneuse que les deux illustres premiers, largement dans les contrées si appréciables de leur death ambiancé à l'ancienne, et surtout de leur inimitable don pour le glissement permanent de tempo, naturel et inspiré à l'extrême. Inoxydable, généreux, désaltérant, et tout et tout.

Sublime Cadaveric Decomposition : de bons moments de goregroove et d'apocalyptique bruit griffu, mais pas beaucoup plus de palpitation de mon côté.

Et puis, voir Ged arpenter le mosh avec sa grâce de vieil éléphant, ça n'a pas de prix. Et il n'est pas encore en route pour le cimetière, ce con.

vendredi 22 novembre 2013

Sun of the Blind : Skullreader

Ainsi donc, tout Darkspace n'est pas un gâchis d'argile humaine, et l'un au moins de ces types s'attelle-t-il à peindre de vrais paysages de l'autre bout de l'infini, aptes à recevoir des scénarios de science-fiction monumentaux et inhumains à souhait - oh, il emprunte bien un peu, hop un thème très inspiré du Dune de Lynch, hop un plan piqué au plus fameux album d'Orbital - mais c'est égal, et du reste qu'importe ce qui tient proprement de l'emprunt, et ce qui relève de la suggestion, voire de l’imaginaire, puisque justement Skullreader ne s'avance jamais sur la réalité de ses épiques visions, sur l'épaisseur hallucinatoire de ses immondes merveilles qui se dérobent dans l'obscurité, dignes des décorateurs des Riddick, Arrakis ou l'Oeil de la Terreur on ne sait, ou bien un Vangelis en organiste fou de peur qui joue et joue encore, pour ne pas rompre le charme qui maintient hypnotisée une cathédrale tapissée d'aliens grouillants du sol au plafond...

dimanche 17 novembre 2013

Calvaiire : Forceps

Forceps ressemble à du Converge. La belle affaire ? Oui, mais Forceps ressemble vraiment beaucoup à du Converge. D'un autre côté, aujourd'hui Converge ressemble beaucoup, les bons jours à Kill Sadie, et à Baroness les mauvais. Et puis ce n'est pas comme si le Ruine-Gorge s'était jamais caché de sa joyeuse candeur de fanboy de Converge. Puis, surtout, Forceps, sous son imagerie benoîtement taillée pour parader sur toutes les pages abonnées aux sensations du moment quelles qu'elles soient (la peste soit des fakirs et de leurs lapins !), possède toujours bien assez, malgré le tranchant et la patate qu'elle a légèrement gagnés ici,  l'aura sale d'un Rigorisme qui portait si bien son titre et sa façade, blafards, cafardeux, carencés, lunaires, tavelés, informes, gibbeux... Quand bien même Calvaiire paraissent ici ou là sur le point de faire le pas de trop sur le terrain des moment suspendus dans les nuées - le "plan aérien" qui te vaut direct un "post" de sanction - ils conservent en toutes circonstances cette humeur sinistre, terne, stérile, stagnante, qui leur interdit tout véritable envol, leur bride l'arrivée d'air (même si l'on rêve vaguement d'une séance longue durée qu'ils n'auraient pas négociée avec la moindre injection d'oxygène, aussi chiche et frelaté fût-il... une prochaine fois peut-être) et veille toujours au grain pluvieux et acide d'un punk hardcore qui, peu importe qui sont ses influences, aura toujours d'avec elles cette différence qu'eux ne seront jamais des ricains, et qu'à ce titre ils n'ont pas en eux cette compulsion à exhiber la puissance de feu, à donner dans la sape, et l'épique du juste. Fans de Converge qui laissent au parrain ce qu'il sait mieux faire, le Slayer qui explose sa camisole de force et tutti quanti - et s'adonnent tout leur saoul à une expéditive orgie de leur nature propre, pour la définition de laquelle je ne peux que reprendre le mot d'un confrère qui l'a mieux su dire avant moi : le masochisme.
Et le mauvais esprit, qui fait que non, tout de même, Calvaiire n'est pas toujours trop occupé à s'acharner sur sa propre carcasse pour vous témoigner quelques chaudes attentions.

vendredi 15 novembre 2013

Pestilence : Obsideo

Pestilence raffine encore un peu davantage sa miraculeuse recette, d'une version au toujours plus mongoloïde groove quasi-SFUien, mais du death élasto-cartilagineux à la Diskord. Si. Pourtant il n'est que de voir, pour comprendre de quoi il retourne, avec quelle vitesse et aisance une chose telle que "Soulrot" vous rentre dans le crâne, aussi mal préparée paraisse-t-elle au premier abord pour ce faire - aussi bizarrement et évidemment obsédante qu'une manière de Pork Soda du death metal, ce qu'est cet album, à sa façon. A la différence d'un Meshuggah - à qui peuvent faire penser ces solos ethérés, ces vertèbres gondolées et ces pochettes embarrassantes - dont les mathématiques ultra-trapues montées sur jantes de trente-cinq pouces ne sont que la montagne de chromes qui masque bien mal la fulminante essence de zouk à la base de tous leurs faits et gestes - Pestilence eux ont encore pas mal d'Obituary en eux, de congénitalement bossu, contrefait, polyscoliosé, viscéralement bizarre malgré des morceaux d'apparence moins d'emblée xénomorphe - il ne s'agirait pas d'oublier que Meshuggah, lorsqu'ils assumaient encore une défroque humaine, apparaissaient à voir comme un genre de Metallica plus mental, tout de même ; il ne s'agirait pas d'oublier qu'il y a une différence entre un groupe de thrash, et un groupe de death.

jeudi 14 novembre 2013

Bad Tripes : Splendeurs et Viscères

C'est encore plus humiliant la deuxième fois. On se dit a priori qu'on s'est encanaillé la première, comme un connard de précieuse qu'on est, que s'il a fini dans le top de fin d'année c'est qu'il faudrait se poser la question d'un besoin compulsif d'une franchouillarderie imposée dans l'exercice... On besogne laborieusement les premières écoutes, traîne les pieds, se dit que bordel c'est du néo, quoi, merde ! avec pour l'aggraver tout ce qui peut aggraver dans le metal, le gros son goguenard, les niaiseries médiévalisantes discount, la rammsteinerie tout aussi bon marché... Et d'ailleurs force est de le reconnaître, les premiers morceaux ne montrent pas Bad Tripes sous le meilleur jour qu'ils puissent connaître ; certains des derniers aussi d'ailleurs ; c'est à dire tous les morceaux engagés, aux thèmes un peu trop revendicatifs - n'allez pas croire que c'est une obstruction personnelle, quant à moi je suis convaincu de mon impression, qu'ils s'y montrent simplement moins allants et allègres...
Mais dès que Bad Tripes se remet à parler de (son) cul, de cimetières, de béquilles, de hachoirs, d'abats, d'huis clos, de pétales violins et de pédoncules érectiles, pardon ! l'intonation théâtrale maraîchère d'Hikiko retrouve ses effluves puissantes et corrosives, ses figures de style leur crudité musquée, les arrangements leur effronterie busquée - et nous notre rougissante excitation, honteuse mais non moins vultueuse de revenir sur ses trois jambes empressées, frétiller gauchement sous les assauts de ce tellement gueulard mais tellement jubilatoire gothique harenger...
Oui mais alors quoi de neuf, si ce n'est que cette fois je n'ai pas cité les Tétines ? Eh bien justement, je n'ai pas cité les Tétines ; et si ce pourrait sembler n'être pas pour leur rendre service, ce l'est bien. Non pas du reste qu'ils leur aient jamais ressemblé comme des clones ; mais disons que Bad Tripes s'éloigne ici d'une certaine gaudriole effet de la modestie, devient plus sérieuse affaire - mis à part, on l'a noté, sur les trop sérieux morceaux sus-vilipendés - et affirme de façon plus inquiétante son univers morbide et libidineux, ses puissantes odeurs d'humeurs et d'humus, ses obsessions qui saisissent et révulsent un peu les sens, cependant qu'elles les aguichent et les entraînent sur la pente trompeusement douce, de cette morbide lubricité crânement déballée et promenée sous tous les regards crevards dépoitraillée, dans laquelle on entend d'autant mieux rôder, indistincts mais indiscutables comme un sillage de requin, les tourments d'une vie réelle, les idées noires, les vrais morceaux de rage blessée animale, les angoisses, les lambeaux de détresse en bouchon, toutes choses dont la simplicité, la nudité devinée, vient encore tout renverser, et éclabousser de grâce candide tous les traits de l'épaisse partie ; voire taquiner quelques frissons sur l'épine dorsale. Au final, toujours en toute candeur, le groupe annonce tout ce qu'il y a à en attendre dès son patronyme. Et donne envie, avant même qu'on s'aperçoive qu'on avait fait pareil la première fois, d'invoquer Sainte Patricia en guise d'apothéose pour situer vraiment leur charme ombrageux.

samedi 9 novembre 2013

Ihsahn : Das Seelenbrechen

Il y a des jours, je comprends un tout petit peu le désespoir qui a fauché tant et tant de ceux qui essayèrent de comprendre mes goûts - pourquoi croyez-vous que moi-même je m'en garde bien ? Pas si bête ! Il faut avouer que ce disque-ci a tout pour me passer à trois mille au-dessus - pensez donc : un ex-type d'un groupe de black qui n'a jamais su faire autre chose que de la merde en pâte à tartiner, se met à faire du Opeth... Opeth, j'aime, mais la moitié du temps, grosso modo ; le reste, je déteste. Enfin, je dis Opeth... certains passages kitschouillants rappellent vaguement les penaudes et attendrissantes quasi-pattonneries en jupette grecque de Watershed ; mais on pense plus loin carrément à Foetus, dans le genre shebam-pow-blop-wiz!... avant de tout à coup vriller en piqué dans un morceau de black qui ne pourra guère être affilié qu'à Ordo ab Chao, dans une interprétation forcément plus aristocratique, ou alors évidemment au Shining qui ne joue pas de beumeu ; on songe surtout à toutes sortes d'effleurements inouïs et indicibles, entre plume et électricité virtuose ; une poussée de fièvre symphonique survoltée, et méditative, un genre de Batman tourné par Fritz Lang après un visionnage de Ghost in the Shell, enguirlandé d'électronique guindée et pointillée ; un périple septentrional, dont la neige tantôt tombe douce et mélancolique, en pétales de cerisier, tantôt tourbillonne et mitraille en furie crépitante, en micro-tempêtes chirurgicales de bruit blanc, tantôt se met à remonter vers les nuées, en psaume futuriste ; avant de se poser en silence, pour laisser grincer et cliqueter les osselets de quelque macabre partie mentale. En somme une de ces valses au clair de lune qui ne s'imite ni ne s'oublie.
Alors, par pitié, qu'on ne vienne pas me parler d'un quelconque Canadien demi-chauve, au motif qu'il aurait quoi que ce soit à me dire d'intéressant. Les miracles se définissent par leur singularité.

PS : faites vous une faveur et prenez vous l'édition limitée ; ces deux morceaux d'ambient-glitch anxieux sont bien mieux à la fin de cet album qu'à celle du pompier single.

mardi 5 novembre 2013

Carne : Ville Morgue

Flottante : voilà ce qu'est la musique de Carne. Flottant confusément entre contusions et hémorragies internes, de retour des années 90 de la noise française - par le Lyon-Marseille de 2h37, si vous voyez ce que je veux dire - et dermabrasion et plaies ouvertes, du noisecore français  de ces dernières années ; flottants ses tempos titubants, groggy, sur leur propre continuel roulis salé, flottante sa violence douloureusement nette et crue, mais derrière la vitre où l'on croirait la regarder se cogner, assourdie sans l'être, dans la piscine de sang où elle nage éperdue, au milieu du patio de l'hôpital psychiatrique...
Bref, Carne flageole, en un mot comme en sang, car des fois que ce ne serait pas bien clair Carne sanguinole, abondamment, à en faire tourner la tête, sans discontinuer, le raisiné coulant épais de ses cheveux glués, de ses nippes trempées, ce qui ne l'empêche pas de tenir sur ses ruines de guiboles, et d'arpenter le froid et de mordre sauvagement le vent dans cette ville foutue dont il est la seule âme qui vive, et d'aboyer de démence et d'épuisement. Chacun ses nineties, j'imagine, mais à l'heure où je crois entendre qu'on réédite sous les hourras le mignon 100 % White Puzzle, les miennes assurément sont ici, leurs moments les plus tangents en tous les cas, les plus lancinants, les plus transis, les plus meurtris ; Ville Morgue, avec sa violence éperdue qui ne laisse plus le loisir de se rappeler si Carne joue juste du rock, ou bien du hardcore le plus extrême, n'est pas un de ces endroits où l'on acquiert jamais aucune habitude, d'y aller, où quoi que ce soit puisse être qualifié de sûr. On y tâtonne les yeux grands ouverts. Rendu à son état de plus native nudité.