jeudi 14 novembre 2013

Bad Tripes : Splendeurs et Viscères

C'est encore plus humiliant la deuxième fois. On se dit a priori qu'on s'est encanaillé la première, comme un connard de précieuse qu'on est, que s'il a fini dans le top de fin d'année c'est qu'il faudrait se poser la question d'un besoin compulsif d'une franchouillarderie imposée dans l'exercice... On besogne laborieusement les premières écoutes, traîne les pieds, se dit que bordel c'est du néo, quoi, merde ! avec pour l'aggraver tout ce qui peut aggraver dans le metal, le gros son goguenard, les niaiseries médiévalisantes discount, la rammsteinerie tout aussi bon marché... Et d'ailleurs force est de le reconnaître, les premiers morceaux ne montrent pas Bad Tripes sous le meilleur jour qu'ils puissent connaître ; certains des derniers aussi d'ailleurs ; c'est à dire tous les morceaux engagés, aux thèmes un peu trop revendicatifs - n'allez pas croire que c'est une obstruction personnelle, quant à moi je suis convaincu de mon impression, qu'ils s'y montrent simplement moins allants et allègres...
Mais dès que Bad Tripes se remet à parler de (son) cul, de cimetières, de béquilles, de hachoirs, d'abats, d'huis clos, de pétales violins et de pédoncules érectiles, pardon ! l'intonation théâtrale maraîchère d'Hikiko retrouve ses effluves puissantes et corrosives, ses figures de style leur crudité musquée, les arrangements leur effronterie busquée - et nous notre rougissante excitation, honteuse mais non moins vultueuse de revenir sur ses trois jambes empressées, frétiller gauchement sous les assauts de ce tellement gueulard mais tellement jubilatoire gothique harenger...
Oui mais alors quoi de neuf, si ce n'est que cette fois je n'ai pas cité les Tétines ? Eh bien justement, je n'ai pas cité les Tétines ; et si ce pourrait sembler n'être pas pour leur rendre service, ce l'est bien. Non pas du reste qu'ils leur aient jamais ressemblé comme des clones ; mais disons que Bad Tripes s'éloigne ici d'une certaine gaudriole effet de la modestie, devient plus sérieuse affaire - mis à part, on l'a noté, sur les trop sérieux morceaux sus-vilipendés - et affirme de façon plus inquiétante son univers morbide et libidineux, ses puissantes odeurs d'humeurs et d'humus, ses obsessions qui saisissent et révulsent un peu les sens, cependant qu'elles les aguichent et les entraînent sur la pente trompeusement douce, de cette morbide lubricité crânement déballée et promenée sous tous les regards crevards dépoitraillée, dans laquelle on entend d'autant mieux rôder, indistincts mais indiscutables comme un sillage de requin, les tourments d'une vie réelle, les idées noires, les vrais morceaux de rage blessée animale, les angoisses, les lambeaux de détresse en bouchon, toutes choses dont la simplicité, la nudité devinée, vient encore tout renverser, et éclabousser de grâce candide tous les traits de l'épaisse partie ; voire taquiner quelques frissons sur l'épine dorsale. Au final, toujours en toute candeur, le groupe annonce tout ce qu'il y a à en attendre dès son patronyme. Et donne envie, avant même qu'on s'aperçoive qu'on avait fait pareil la première fois, d'invoquer Sainte Patricia en guise d'apothéose pour situer vraiment leur charme ombrageux.

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