mercredi 31 décembre 2014

Mourning Mist : Mourning Mist

Mine de rien ça faisait un bail, qu'on n'en avait pas rencontré, ou ne s'en était pas permis un de peur de l’écœurement - d'album de ce type de black si typé. Sauf que mine de rien, si forcément les violons et leur proéminence donnent de suite envie de raccrocher Mourning Mist au black de dandy forestier fou à la A Forest of Stars, ce n'est certainement pas aussi simple après tout, on en est vite ramené à le constater ; ni davantage de les raccrocher pour se rattraper, autre branche, autre perche qui vous tend le bras, à la variante un peu plus alcoolique, exubérante, bafouillante, à savoir l'école Urfaust du black metal médiéval vagabond, pour la simple raison que Mourning Mist manierait ledit violon de manière un peu plus extravagante, délirante, acrobatique, que les sages et gracieusement mis A Forest of Stars dans leurs beaux manteaux soyeux.
Parce que Mourning Mist sont certes typés mais n'ont de type que le leur propre, ne ressemblent à rien d'autre qu'eux-mêmes, et que c'est ce billet qui pour sa part s'en va aller rejoindre la cohorte de ceux qui ne ressemblent à rien, s'il tente de commencer à recenser toutes les réminiscences folles et enivrantes qui se bousculent ne serait-ce que pendant et pour décrire un seul morceau de Mourning Mist - ne serait-ce que pour rendre compte d'un premier morceau tavernier bousculé de grosses beugleries franchement hardcore à l'ancienne, et auxquelles ce qu'on pourra trouver de plus raccord et de moins farfelu à citer en comparaison sera le crust à cheveu feuillu de Wormwood - ce qui sera pas mal après tout : ainsi on voit comment on reste ici chez les fous des bois, les solitaires lunaires, d'ailleurs l'autre qu'il faudrait absolument tacher à caser dans ce bafouillis s'appelle Lugubrum, oui Monsieur, car par ici on a trop de couteaux dentés à sa ceinture pour se ranger avec les troubadours du black-folk, ici on mélange les barrissements de gorets en proie à la folie lubrique et les gigues et autres dérapages jazz-metal et crises d'hystérie guitaristique volubile, dont l'ivoire se confond admirablement avec la chitine dudit violon, entre fous après tout on se comprend, surtout quand tous les entrechats sont gris, mais il ne faudra pas oublier de témoigner comment dans toute cette furie pleine de branchages dans la barbe et de petits ossements d'oiseaux entre les dents, parmi tous les hululements d'aliéné élevé par les loups qu'on imagine, Mourning Mist se montre capable d'élans folk apocalyptiques d'une distinction qui n'en rend guère qu'au vieux Tony Wakeford soi-même, oui Monsieur, Sol Invictus voire carrément les sinistres premiers Orchestre Noir : d'autant moins parable quand c'est l'exquisément délicate létalité d'un "Lament" de conclusion qui vient vous cueillir avec la douceur d'une lame de rasoir, dans les accents du même violon qui vient de vous chanter les chants de tous les oiseaux biscornus et inquiétants de la forêt des rêves, et ce juste après le final d'un "Rise & Decay" dont la rythmique épique à la lisière de tout ce que le metal peut avoir de bontempi-albator, se voit visitée en guise de point culminant d'une montée qui aura laissés cramés en poussière d'étoile dans le sillage de son réacteur Stargazer, Enslaved et De Magia Veterum - par une lead proprement intersidérale incroyable, qui vous a préalablement découpé de bord à bord. Les amateurs de Calva Y Nada, Stendal Blast, et de leurs plus beaux accès d'enfance perçante s'exposent également à quelques lésions en mettant le pied chez Mourning Mist, oui Monsieur.
Ces va-nu-pieds-là sont les princes des assassins.

lundi 29 décembre 2014

Primordial : Where Greater Men Have Fallen

Pourquoi repiquer à Primordial, lorsqu'on est sûr qu'on connaît son Averill par cœur, et que les riffs épiques tourbillonnants vous épuisent rien que de vous y préparer ? Mais, voyons, parce qu'y a-t-il photo, entre devoir se fader les lunettes trois dé et les scènes qui leur obéissent le petit doigt sur la couture jusque chez Tolkien, et un album qui n'a besoin d'aucune image pour charrier un torrent d'émotions puissantes comme on n'en trouvera pas même en se tapant toute la filmographie de Mel Gibson dans la nuit - et des autrement plus équivoques, pour le coup, et carnivores - un disque capable de vous mettre une pareille amende en vous démontrant comment un batteur à lui seul peut raconter des histoires, et au souffle plus long, s'il vous plaît, qu'un vent qui vous arriverait directement sans obstacles des Hébrides (pas la peine de me signaler qu'ils sont Irlandais), et aussi chargé de grain et d'iode, au point que la basse qui racle le sol avec l'élégance d'une pelle bientôt brandie, en semble presque une extension, une odeur fauve - comme si déjà ne suffisait déjà pas le douloureux rappel qu'un solo de guitare peut vous fiche la chair de poule, le cœur en marmelade et le couteau dans les boyaux ? Parce que depuis Hammerheart on n'avait pas fait aussi beau, mais qu'on le voit aujourd'hui, la gaucherie de primitif n'en est pas condition indispensable.

jeudi 25 décembre 2014

2014




Les morceaux de l'année :


Anatomia "Submersion End"
Young Widows "Kerosene Girl"
Satan's Satyrs "One by One"
Sia "Chandelier"
Il Malpertugio "Sign of an Open Eye"
Got A Girl "Heavenly"
Rainbows Are Free "Snakebitten by Love"
Planningtorock "Steps"
The House of Capricorn "Ashlands"
The House of Capricorn "Ivory Crown"
The Knife "Pass this on (shaken up version)"
The Order of Israfel "On Black Wings a Demon" 
Doctor Smoke "Evil Man" 
Primordial "Babel's Tower"



La pochette de l'année : triple ex-æquo 


Le disque de 2014 pas de 2014 :


Et pour finir l'invité surprise qui se présente à la porte tardivement, ne présente pas toutes les garanties notoires de respectabilité, mais a trop séductrice mine pour qu'on le laisse marner sur le perron alors que minuit approche.



Voilà ; vous pouvez envoyer 2015 à présent, y a un Cowards qui s'ennuie un peu, tout seul, à se faire craquer les jointures d'un air gourmand.

vendredi 12 décembre 2014

Doctor Smoke : The Witching Hour

C'était la version stoner-cartoon de Facelift, que tu cherchais, c'est bien ça ?
Surveille bien derrière ton dos.

jeudi 11 décembre 2014

Killing Joke "Primobile"

Bonjour, je passais juste pour dire que ce morceau a déjà deux ans, et qu'au milieu d'un album et une discographie peu avares en punitions corporelles, c'est toujours la sacré bon sang de RACLÉE. Tentez l'expérience chez vous, ou carrément dehors d'ailleurs, avec le froid de canard c'est parfait, réécoutez-le si comme bibi ça fait une paye que ce n'avait été fait, et si vous n'avez pas la chair de poule dès que s'ébroue le premier riff, ou au plus tard quand commence ce satané coup de pute de pré-refrain, et que vous entendez déjà de votre côté dans votre poitrine résonner le cri qui va venir, comme dirait un ami : "votre vie est triste". Si vous ne connaissez pas encore le morceau, votre vie est triste, mais l'espoir est encore permis.
Voilà : il est bon de rappeler de temps à autre qu'à bientôt un sacré paquet d'années d'existence, Killing Joke continue, à chacun de ses albums, d'allonger la liste très select de ses morceaux grandioses et définitifs, toujours au moins un par disque, "The House that Pain Built" sur le jaune, "The Raven King" sur Absolute Dissent - sur Hosannas c'est plus vache il y en a carrément plusieurs... Ce qui est fait qu'on est bien content d'apprendre que le prochain approche, toujours trop lentement, mais approche.

dimanche 7 décembre 2014

Stargazer : A Merging to the Boundless

Je suis embêté : j'ai deux entames-chocs pour ce billet.
L'une fait : voilà très exactement pour quoi on écoute du metal. Et ce qui est non moins prodigieux, c'est que c'est très exactement la formule définitive et enflammée par laquelle je pourrais aussi bien entamer une chronique du dernier Primordial. Mais au fait, sont-ils si différents, eux et leur assaut sur l'auditeur ? Where Greater Men Have Fallen n'a certainement pas la même esthétique, mais question de s'en prendre plein les yeux, les dents et le palpitant, les deux se tiennent côte à côte comme des frères.
L'autre fait : l'acharnement paye ; non pas celui de Stargazer, qui sont bien au-dessus de ça, peuchère, mais le mien, à écouter chacune de leurs sorties malgré les déceptions répétées, l'incompréhension totale, la répugnance ennuyée... pour une raison pas très mystérieuse : la pochette de The Scream that Tore the Sky ; et le line-up, aussi, qui se cache discrètement derrière. Et grâce à eux, je ne suis pas passé à côté de leur ci-devant album enfin fait pour me plaire, celui qui vient me rendre la monnaie de ma pièce, de ma facétie empoisonnée d'autrefois, en présentant ci-devant peut-être bien le meilleur album que Weapon n'a jamais sorti, celui que je n'aurais même pas songé exiger d'eux.
Ou alors pourrais-je encore commencer par me demander si un groupe autre que néozède ou australien aurait pu sortir pareille... chose, parfaitement attitrée à porter pareille pochette, aux pareilles teintes gluantes, pareillement parfait pour renfermer ces morceaux tissés de vocaux gluants d'euphorie chaoticosmique à en faire verdir le dernier Inquisition lui-même, de gigue maléfique à faire frétiller d'aise Howls of Ebb, de mudmetal xénocculte typiquement des antipodes, d'élans héroïques franchissant allègrement la ligne jaune Maiden, de tricottis de basse au-delà de la pédalerie prog à petites lunettes de pédales, de rafales de blizzard venu à pied par la Norvège plutôt que la Chine, d'accès d'hystérie dignes de Rites of Thy Degringolade ou Warmarch, de tempêtes de postillons lubriques à la Absu, de golfes stellaires où l'on attend narquoisement le débarquement d'Enslaved, de trombes de munificence à la Nile...
On ne le dirait pas à lire ces mots, mais les références euphoriques manquent, pour dire quelque chose de l'étrangeté virevoltante ci-déchaînée. Comme un kata-cantique de sabre exécuté avec une exquise et mortelle expertise par un soudard gobelin. A part Cauldron Black Ram ou Misery's Omen, il y a Stargazer, et voilà - où s'arrête le haut comité de la conspiration ; et Stargazer trouve encore le moyen de s'y hisser, au moins pour cette fois, une tête au-dessus des autres ; la souillure qu'ils portent n'affichant aucun besoin de s'y rehausser dans l'indistinction, le mystère, l'obscurité, sonore et mathématique, comme au hasard Portal - puisqu'elle s'incarne, justement, lunaire, se définit dans cette blafarde et terreuse phosphorescence de sa révélation glorieuse. Sa gibbeuse splendeur. Fichtre.

jeudi 4 décembre 2014

Cut Hands : Festival of the Dead

Ça fait seulement quinze ans que je l'attends. L'album qui prolongera sur à toute sa durée l'abominablement orgasmique transe robovodou du dantesque "Full Moon" de Delta Plan, et remettra le doigt, tout à loisir et à plaisir même, sur ce type de beat autoritaire, et de terror techno sautillante de marabout déchiré aux dissociatifs de contrebande ; ces rythmes qui traduisent Starfish Pool en éprouvante séance de tatouage traditionnel avec un petit burin en corne, ces nappes synthétiques qui vous disloquent le tissu cérébral ainsi qu'on file un collant...
Bref : ceux qui ont déjà entendu "Full Moon" comprendront la nocuité d'un disque qui aurait pu sortir chez Nova Zembla voire KK, et encore mettre presque tous ses collègues à l'amende - mis à part Fetisch Park, il n'y a pas vraiment beaucoup de contenders pour ce genre de clients... Les autres découvriront leur cauchemar. Le disque d'afro-sado techno qui rend fou. Marteau.

lundi 1 décembre 2014

Cowards : Rise to Infamy

Est-ce qu'on est obligé de se fader des comparaisons avec Kickback à chaque disque de Cowards ? Certes non - pas plus que ne l'impose le fait que les deux jouent une mouture de hardcore fortement infestée par le black avec un type de voix qui a probablement été inventé par Arkangel.
Ça s'arrête là. Parce que, d'évidence, Cowards n'a pas cette dimension pop - dites rock, si vous préférez, ou NYHC, c'est pareil - qu'ont Kickback, et l'humeur screamo à bouche-que-veux-tu de leurs derniers disques - ce qui est pour le moins amusant, lorsqu'on met en parallèle les hérédités musicales respectives et revendiquées de Bessac et Henri... C'est normal, aussi : toutes choses étant dites dans cette perspective, qu'on gardera soigneusement à l'esprit, que Kickback est un groupe que j'affectionne autant qu'on peut, et qui a sorti deux redoutables dragueurs un peu bruts de décoffrage d'albums - mas il ne s'agit pas du même batteur, si vous voyez ce que je veux dire ; ni du même chanteur ; pour les cordistes il va falloir qu'ils m'excusent, ils sont bien trop nombreux et je ne suis pas du genre qui sait entendre qui fait quoi, mais... c'est pas les mêmes non plus, pour sûr ; on apprécie, autant que réclame l'honnêteté, ce que fait Damien Toxique Truc, mais on l'admettra volontiers, c'est très reconnaissable, très toujours la même chose, et très outré ; c'est parfait pour Kickback, qui est un truc outré, mais, puisqu'à la fin on va pas passer la nuit à parler foot, ce n'est pas ce qu'est Cowards.
Non ; Cowards est un truc bien plus tortueux, obscur, imprévisible, dense, équivoque, interlope - même sur ce nouvel album précisément qui semble leur chose la plus explicitement, unilatéralement brutale à ce jour, devant quoi l'on commence par regretter l'absence de ce qui en premier lieu avait fait basculer mon point de vue sur eux, à savoir ce vague à l'âme, cette mélancolie d'un type qui prend des détours fantasques dans Paris pour rentrer chez lui à quatre du mat', toutes les dents tout juste pétées et un œil qui se fait la malle - et pourtant l'errance est bien là tapie, prête à vous happer, à vous envelopper, dans les rudes méandres d'un disque qui a les manières amoureuses d'un serpent constricteur, et les caresses d'un dédale de ronces concupiscentes. Satan n'est pas ici, ni aucune autre métaphore : bienvenue chez vous, dans votre propre manoir intérieur et sa riche palette d'ombres, sans le moindre recoin de lumière où souffler un misérable instant, mais avec vous-même dans votre peau de serpent qui y rôdez une machette au poing, le plus dangereux des hôtes sur qui vous risquez de tomber ; toujours plus hanté, en somme, de ces fantômes qui sont, pour ceux qui l'ignoraient, tout sauf des courants d'air impuissants - courants d'air desquels, par ailleurs, ils n'ont en partage que la fulgurance assassine ; pour le reste, ici plus que dans n'importe quelle autre de ses productions, difficile de faire la part du travail de Castes et celle du jeu des Cowards, dans la qualité de terreur qui exsude à pleins ruisseaux de toute la bâtisse sonore : on la parcourt en volant au travers de fenêtres aux montants hérissés de monstrueux crocs de verre brisé, en roulant et ruant avec la furie d'une mêlée de chats de gouttière survoltés au milieu de tapis de tesson de métal aiguisé (bon dieu ces larsens comme des rasoirs, bon dieu cette basse lit de braises, bon dieu ces grattes hérissées de clous... et au milieu de tout ça cette batterie qui loubarde avec grâce... et pète les rotules qui lambinent avec swing) - car en effet si Hoarder dégageait en dépit de tout une aura d'élégance indécrottable même à genoux dans le caniveau, Rise to Infamy n'a d'élégance que celle qu'on ne peut s'empêcher de trouver aux chats alors même qu'on sait pour certain quelle démence meurtrière ils couvent à tout instant ; avouons-le, on y vient en comptant un peu y trouver, très grossièrement et pour changer un peu de comparaison foireuse, un machin purificateur à la Trap Them, où se défouler et s'enivrer... et on en ressort tuméfié, déchiqueté, lacéré, étourdi, estourbi ; avoiné ; abusé ; et si ces Connards ont estampé la majeure partie du blues nocturne qu'il y avait à leur musique, au bout de quelques écoutes pourtant, compulsives, addictives, suppliciées, on sent monter peu à peu de nulle part comme une envie de chanter l'air de "House of the Rising Sun"... New Orleans devenue Paris, et le bouclard une maison de correction. Appelons-la la Maison de Papa Violeur.

jeudi 27 novembre 2014

Pain Station : Cold

Le moment où les choses commencent à devenir horriblement réelles avec et chez Scott Sturgis. Celui où il commence à laisser tomber peu à peu l'expression sous formes traditionnelle de chansons à paroles - paroles où l'on doit le reconnaître particulièrement peu doué et désagréablement plat et téléphoné, si l'on réécoute un premier album par ailleurs particulièrement téléphoné et administrativement geignard, pour les réduire ici à quelque chose de fonctionnellement signifiant, dépouillé, minimal, simplement percutant, tenant du coup déjà de la contondance de Converter, à sa façon - et s'attache à ce qu'il sait le mieux faire : les ambiances délétères très très toxiquement gazeuses, et les breakbeats électroniques très haute technologie : tout ce qu'on sentait déjà poindre sur un Disjointed qui mariait ce beau monde en pleine éclosion à de fortes réminiscences de Leaether Strip, certes rafraîchissantes chez un Américain et jamais à dédaigner lorsqu'elles sont aussi bien comprises du reste, mais tout de même dommageablement oxygénées... Il met enfin en avant ce qu'il est juste un peu le seul à posséder... à part les autres extra-terrestres que sont Kalte Farben, bien entendu. Mais chez lui cela touche à une sorte de voyage au coeur de l'horreur façon The Downward Spiral, dans l'esprit - si ce n'est qu'elle fait passer Trent pour ce qu'il est : un Roger Nelson. Scott, lui, est le sociopathe sans poésie aucune, sans mysticisme, sans charisme sexuel ni luxe ou superbe d'aucune sorte, à l'allure passe-partout, le chauffeur-livreur sapé plus anonyme qu'une muraille, avec juste en dedans son appétit prédateur, brutal, inhumain, sexy comme une dalle en ciment. Le maigre espace laissé, cette fois, à ce fameux penchant new-wave de drama-queen qui ne sera pourtant jamais tout à fait renié, et pour l'occasion sous-traité par Assemblage 23, n'en prend que des accents plus poignants encore, dans sa mièvrerie confondante, éperdue, désespérée. Oui, le début des choses affreusement sérieuses. L'album se terminait très logiquement sur un remix par un Converter qui commençait déjà à concasser les fondations de l'esprit de Sturgis. L'humanité prenait fin ici. Par un matin froid et vil.

mercredi 26 novembre 2014

Baring Teeth : Ghost Chorus Among Old Ruins

Que voulez-vous qu'on vous dise ? Pensez-vous qu'on ait seulement été réécouter le premier être sûr de voir si ils auraient ré-inventé quelque chose dans leur jeu - quand la succulence de ce dernier leur garantissait les doigts dans le nez le droit de nous en resservir au moins une pleine nouvelle platée de pièces ?
Baring Teeth joue toujours du brutal death chaotechnique bien plus chaud, sensuel, charnel, organique qu'il n'est généralement permis dans la branche, parce qu'il choisit au moment d'emprunter ses dissonances deathseplliennes de ne prendre que ce qu'elles ont de vénérien et de paludique, parce qu'il n'évoque du jazzcoretruc que les tenants les plus rugueux et animaux tels ZS et Tyft - parce qu'il joue du death, aussi, tout simplement, au sens où il n'oublie pas la profonde et indispensable dimension érotique et mystique qu'il y a à la chose, raison pour laquelle on a plutôt envie de les rattacher étroitement au free-death de Chaos Echoes, qu'à n'importe quel chercheur en sciences dures rigoriste du cul, de la scène, d'autant qu'ils ajoutent encore au feu d'artifice un sens du swing qu'ils ne partagent guère qu'avec les funambules de 400 The Cat et les électrocutés de Pord grâce surtout à ce batteur aux lourdes cavalcades félines de fausse-patte encore plus redoutables que ses stroboscopies les plus acérées.
Bref, on le voit : un peu plus qu'il n'y a d'ordinaire à votre groupe de death enfant de Gorguts ordinaire. Plutôt le genre qui fait la fierté de son ascendant jusqu'à serrer le cœur.

jeudi 20 novembre 2014

Jessica93 : Rise

Afin qu'on aille pas croire que je fais de l'acharnement : j'ai écouté Rise en espérant sincèrement y trouver mon compte ; attendu que mainte personne recommandable continue de vanter le projet ; et que je ne déteste même pas Jessica93.
Mais il faut reconnaître les faits : il n'est pas un morceau là-dessus qui ne donne envie d'aller promptement écouter le morceau de Cure auquel il a emprunté son idée propre - pour autant qu'il y en ait effectivement plusieurs, ce qui reste à me prouver - et qui la met incomparablement mieux à exécution. Diagnostiquez moi ce qu'il vous plaira d'en déduire, mais permettez-moi de vous rendre la pareille : aimer Jessica93 révèle sûrement une affection et tolérance modérées, mesurées, à la cold-wave et à The Cure. Ce n'est pas, hélas, mon cas, depuis bientôt trente ans : ce n'est pas de la frime, ce sont les faits.
Les voix lointaines, nasillardes et les accents maladroits donnent bien un air paumé à votre musique à coup presque sûr, un parfum saisissant de détresse sans fond c'est moins automatique. Avoir une Citroën Visa ne fait rien à l'affaire. Et donner dans le morceau minimal, décharné, répétitif peut parfois simplement résulter en l'impression d'une équipe bis qui tenterait de finir un album à la réalisation interrompue par un décès, à partir de démos et brouillons qu'on ne comprend que très approximativement, en bouclant vite fait toutes les entames sur quoi on met la main, dans tous les sens du verbe ; ceux qui ont lu la conclusion que le fils de Frank Herbert a tenu à donner à Dune verront de quoi on parle.
Si vous aimez The Soft Moon, ceci dit, et les groupes du petit frère de quelqu'un, il n'y a aucune contre-indication.

vendredi 14 novembre 2014

Soulstorm : Fall of the Rebel Angels

L'acharnement paye, quelquefois. Non celui que je n'ai pas mis à me procurer ou suivre la discographie d'un groupe dont le frisson qu'il me colla, avec son hybride de Godflesh et de Skinny Puppy très très rabique, faisait partie des quelques expériences fondatrices que je fis via la fameuse (je vous assure !) compilation A Fond qui Tue ! - les autres étant Proton Burst, Elend et Fisherman.
Mais celui d'un groupe qui, je le découvre aujourd'hui en bloc, ne s'est pas laissé décourager par l'ingrate réussite d'albums contrefaits, grotesques et mal inspirés, a continué, jusqu'à enfin, comme on dit, décrocher le bon. En 2012, pile entre Winter et Streetcleaner ; avec la texture et l'amabilité du rôti que l'âge a rendu plus fort et virulent même que la moutarde dont on prévoit de le castrer chimiquement, et la pochette farouchement bloquée sur le death metal du siècle de la mythologie, qui impose le respect sinon l'émerveillement. Le groove est mort, tas de vermisseaux, dispersez-vous. De douze balles à têtes creuses dans sa panse pleine d'humeurs polluées.

Horseskull : Horseskull

Alors voilà, c'est facile quand on y pense : Electric Wizard, mais avec ce sens du groove à décorner la mascotte de Monster Magnet par troupeaux chagrinés entiers - celui qui dans l'instant te vous donne la démarche d'orang-outang priapique de Lee Dorrian et fait déambuler dans votre salon en dandinant du cul et cherchant quoi bifler avec le tronc d'arbre qui vous sert de membre ; un son cru et brutal comme seul les petits groupes savent en avoir, et un timbre qui, quand on y pense c'était logique, convoque promptement la vision de Gibby Haines en feu au micro de Cathedral.
Facile.

samedi 8 novembre 2014

Manes : Be All End All

Je ne devrais certainement rien en dire, vu la plus que probable demie écoute seulement que j'y avais accordée, mais ce n'est pas grave, aussi le dis-je : le vieux Manes m'emmerde. J'y ai seulement entendu l'un de ces nombreux groupes metal qui s'entichent de jouer de la pop synthphistiquée - wavey-jazzey, en l'occurrence - et qui ne sonnent que comme les veaux qu'ils sont - ou plutôt, car il n'y a aucun mal à être un veau qui resplendit dans la plénitude de sa vitellonerie, des veaux qui se croient zèbres. Mais passons, on n'est pas là pour parler d'Ulver et autres Mathew McNerney.
On est là pour parler de Manes, qui présentement sonne comme un groupe de pop synthphistiquée cotonneuse, voire dans le genre surclasse les faiseurs de I Monster, et dans la famille pharmaceutique renvoie les derniers Liars à leur désinvolture fatale, en rappelant pour sa part des vagues anciennes autant que désirées : les brumes sadéennes de Discouraged Ones, et le meilleur Bowie à savoir Absente Térébenthine ; ajoutez pour faire bonne mesure quelques effluves d'une essence hip-hop hermaphrodite qui aurait été prélevée chez les plus alcôve - et chambre d'hôpital, toujours, on reste cohérent - des morceaux de Korn. On n'a peut-être pas encore tout à fait la sveltesse et prestance surnaturelles, le teint de marbre antique et la fantasquerie lunaire de Beyond Dawn... mais on les a déjà en vue et ce n'est pas tout à fait rien.

Atriarch vs The House of Capricorn

Oakland's finest contre Southern gothic : bigre, le match pour le titre d'album grouft-chic de l'année s'annonce fournaise.
On me signale que je n'ai pas encore parlé ici de The House of Capricorn, et c'est un tort. Comment vous dire toute l'affection que je voue à ce groupe qui s'enfonce toujours plus dans l'abîme éclatant de clarté... Southern gothic, que dire d'autre en vérité ? Southern car ils n'habitent pas qu'au sud du monde, mais à celui du paradis aussi bien, et en sont les desperados ; gothic car comment s'appelle, autrement, cet art de flamboyer indécemment sur les plaines célestes de l'épopée, flamberge noirâtre indécemment au vent, et pourtant de jamais descendre des hauteurs escarpées d'une morgue à couper les gorges sur le tranchant de son ton acerbe autant qu'austère ? Pour ce qui est de placer le gospel qui manque à la définition de leur art, quant à moi j'y renonce, c'est là que le grand style commence. Où limpide et terrassant ne sont pas contradictoires.
Quant à Atriarch... L'enfant prodige d'Oakland, est-on démangé de dire, ne fût-ce que pour saluer à sa juste valeur groupe qui pareillement révèle ce qu'il y a de corbeau en latence dans le génotype des vieilles carnes de Neurosis ; puis la bestialité vocale triplice desdits y mugit anarchiquement au fil de morceaux où résonnent aussi bien les brames altiers d'Asunder que les déchirants kaddish de The Gault, tandis que plane la silhouette vocale parcheminée de ce cher vieux Gavin Friday - oui, il n'est pas d'Oakland, mais à ce compte-là John McEntee non plus, pourtant c'est bien la majesté bestiale d'Incantation que l'on croit entendre se rire de nous rocailleusement, çà et là... Ni, découvré-je à l'instant sous vos yeux consternés, Atriarch eux-mêmes. J'ai eu la berlue depuis le début à ce qu'il semblerait, ébloui par leur captation de l'esprit de la côte de là-bas dès Forever the End, au point de ne pas réussir une seule fois à lire correctement le nom de Portland, mais ce coup entre tous c'est tout bonnement un baise-l'esprit, que de tenter de se dire qu'ils n'en sont pas, de ce rivage dernier et salé du monde, perchés comme des vautours vénérablement galeux au bord de l'abîme - le revoilou et c'est bien normal, car An Unending Pathway est bel et bien le jumeau séparé à la naissance de Morning Star Rise, tous deux aussi authentiquement surtubesques que faussement simples, tout en drapés d'airain à la roideur archi-classique, et tout piquetés et d'une vertigineuse dentelle de rouille et de ruine lorsqu'on s'y penche de plus près, richement, artistement grignotés par une baroque vermine.
Match il n'y aura donc pas, à dieu ne plaise. Je prends tout, merci.

mercredi 5 novembre 2014

Protestant : In thy Name

Fonfon, descendant d’obscurs immigrés norvégiens dévastés par la consanguinité ; Fonfon, tête chenue, presque aveugle devenue ; Fonfon et son éternel sifflet autour du cou ; Fonfon le vieux nécro-pédophile du bois-joli a flairé une proie ! Et pas n’importe qu’elle proie, un gibier de choix : Kirru-Kirru, l’enfant prodige à la précocité légendaire, Kirru-Kirru l’impatient, sorti lui-même du ventre de sa mère, Kirru-Kirru le sprinteur de la vie dont il crame chaque étape avec un acharnement pyromane.
"J’arracherai le clou de son dos, ou je mourrai !" avait-il lancé, bravache, aux membres du bas-clergé le priant de libérer Chaude-Figue, la sorcière du bois-joli, du curieux mal qui la rongeait, un mal étrange que les frocards aux démangeaisons coupables attribuaient à une pointe métallique coincée entre deux de ses basses vertèbres. Solide comme un œuf, costaud comme un bœuf mais vaniteux comme trois paons, le petit péroreur s’était vu trop beau : sa prédiction se réalisa à la conjonction de coordination près. Au moment qu’il choisit pour se laisser choir d’une branche sur le dos de sa cible - agenouillée au sol cherchant des truffes - un coup de vent le déséquilibra.
Une réception bancale, une morsure précipitée, l’étreinte de la mâchoire qui brièvement se relâche, le clou qui glisse et se plante au travers de l’arrière-gorge : l’accident bête ! 
Dans la désastreuse opération le chirurgien-boucher sectionne également la moelle épinière de Chaude-Figue qui perd ainsi l’usage des membres inférieurs. Le gnome hyperactif est maintenant gonflé comme une outre, un rictus atroce déforme son visage et ses petites jambes gigotent dans le vide tandis qu’il roule lentement sur lui-même, de gauche à droite, de droite à gauche, comme un tonneau embarqué couché, mal calé et au 3/4 rempli. Autour de lui les plantes se dessèchent, les feuilles se fanent, les fleurs tombent, les vers de terre se scindent en deux et les escargots implosent dans leur coquille.
- "Dieu, par pitié, offrez-moi une sépulture décente" implore-t-il mentalement.
- "Un enfant qui s’enfante lui-même, s’enterre tout seul" s’entend-t-il répondre
Pauvre Kirru-Kirru, le monde est méchant, le monde est cruel et les coups de sifflet se rapprochent.

jeudi 30 octobre 2014

Art 238 : Atavism

Damien Luce est un homme qui aime Red Harvest : cela se voit lorsqu'on le côtoie numériquement, et cela s'entend lorsqu'on se penche dans Art 238, car ce n'est pas là chose dont il se cache ou se défende - et pour quoi faire d'abord ? Damien Luce est un homme qui aime Red Harvest d'amour vrai ; ou bien, pour le dire de manière moins figurée, pourrait-on utiliser le terme peut-être d'engouement, et d'enthousiasme, en tous les cas un qui ne suggère pas le si navrant rapport de fanatisme ou d'obédience qui tient le plus souvent lieu de celui d'influence artistique.
Le rôle du pédagogue étant de répéter, on le répètera : comme encore récemment démontré par Process of Guilt, la priorité à se donner lorsqu'on veut parler aux gens sensibles n'est pas de trompetter et tambouriner une personnalité à tout prix non pareille, comme chacun de nous au pu le faire à la poussée de ses premiers poils au menton et au moment où de sa vie il aura eu les plus grotesques moyens vocaux à sa disposition, pour exprimer des certitudes vigoureuses et guère moins bouffonnes ; c'est perte d'énergie, et se vouer à de sévères lendemains qui déchantent dans la honte.
La priorité est de s'exprimer tel qu'on est vraiment ; ni plus, ni moins. Et Damien Luce aime également la science-fiction ; c'est l'évidence à l'entendre comme Art 238 évoque ce qu'il y a de commun entre Red Harvest, donc, et Darkspace - il aime aussi - ou plutôt, puisque pour ma part je n'aime pas tant, leur meilleure part à savoir Sun of the Blind, dont on sait de quelles dantesques visions SF elle est synonyme, et du coup on est obligé de se rappeler que la compilation de son label (Cold Dark Matter.. quand on vous dit qu'il a le goût sûr), à paraître prochainement, pratique la référence ouverte à Dune et plus spécifiquement la Maison Harkonnen. Ce qui, pour boucler en toute pédagogie son propos, atteste en soi plus que suffisamment à quel point l'homme est réceptif à ce qui fait Red Harvest, et donc très bien placé pour conduire un projetqui en développe le propos interrompu et l'idiome ; voire l'air de rien de donner sa version d'un qui marie Godflesh et beumeu pour un toujours-mieux-disant inhumain.
Parler du disque ? Mais n'est-ce pas ce que je viens de faire ? Si vous voulez de la spéculation : je gage que Monsieur doit également, en voilà du non-vérifié, doit aimer Napalm Death, et pouvoir prêter une oreille favorable aux arguments selon lesquels Shane Embury pourrait en faire un groupe bien plus indus et grandiose et terrifiant, s'il s'en donnait la peine... Damien, lui, mériterait de se donner une plus longue durée pour y dérouler tout son univers, aussi présent, vivifiant et attachant malgré, ou grâce à, son absence de tremolos, de poses tragiques et de grands moyens sans guère de fin, que, pour rester dans le cinéma SF et la spéculation risquée quant aux goûts de l'auteur, la série des Riddick.

lundi 27 octobre 2014

Obituary : Inked in Blood

Parce que c'est ça, le death metal.
Entendons- nous : le temps qu'il faut pour l'écouter, le dernier Grave Miasma EST le death metal ; et le temps qu'il faut pour l'écouter, le dernier Encoffination EST le death metal ; et le temps qu'il faut pour l'écouter, le dernier Incantation EST le death metal ; et... ah non, pas le dernier Portal ; ni l'avant-dernier ; mais celui d'avant, OUI ; et le premier Impetuous Ritual également ; et le dernier Teitanblood ÉVIDEMMENT.Chacun dans son genre, à leur façon ils incarnent une divine face de ce genre merveilleux et aux visages divinement proliférants.
Mais le death metal, c'est aussi ceci : une pochette révoltante de laideur tiède et bon marché, pour commencer ; et d'ailleurs tout le reste à l'avenant, finalement ; fidèle au poste depuis Slowly We Rot, l'infecte tiédeur acide du vomi qui s'étale paresseusement dans le caniveau, jamais tout à fait de la même manière, comme pour un album de Motörhead, d'ailleurs du Motörhead il se trouve que j'en entends distinctement dans Inked in Blood, autant que du Celtic Frost et du hardcore le plus arriéré possible, le marcel tout tâché de vomi-bolognaise, le groove vermillon d'excitation, hideux et magnétique pourtant ; et bien sûr de pure sinistre morosité obituarique, suffocante sans forcer une seconde sur quoi que ce soit, bien au contraire tu penses bien, malgré le son moderne, malgré les baskets neuves de ces riffs luisants de vulgarité, malgré tout ce qu'on ne manquera pas de leur reprocher, sûrement à raison : Obituary est toujours aussi moche, dégénérément con et connement nuisible, inconstructif, borborygmique, toujours aussi prodigieusement doté en qualités mormétalliques fondamentales, savoureuses comme une migraine spongiforme. Et c'est tout. Parce que lorsqu'on a le death metal, on n'a besoin de rien d'autre.

dimanche 26 octobre 2014

Zumba 4tet : Zumba 4tet

Les disques (Nooumena, Bild...) que m'envoie le type de Heart in Mouth ont un point commun, entre eux et avec Heart in Mouth : ce sont, plus que maints autres, du cinéma pour les oreilles, et pour l'imaginaire.
Celui de Zumba 4tet, de film, parle de la fête foraine ; la belle affaire : c'est indiqué à peu près clairement dedans. Oui mais il a beau voir l'apparition en son mitan de l'être humain, après avoir commencé dans la nuit, la fermeture, et le chuintement des machines au rancard qui y houspille le silence - l'on ne s'y sent certes pas tout à fait à son aise ni en sûreté - ni tout simplement en son habituel centre, lorsqu'on est être humain, dedans ; ni ne se sent rassuré pour les congénères à soi que l'on y voit baguenauder innocemment, une fois la foire ouverte, et semble voir à travers le brouillard rouilleux d'une étrange conscience de ruche, toute en poutrelles malignes, poulies grincheuses, toiles défraîchies et câbles acariâtres.
Car Zumba 4tet est un film à la première personne ; en perspective subjective, même ; mais le personnage central, auquel on est forcé si non de s'identifier du moins de confier ses perceptions des choses, est la fête foraine. Et la fête foraine semble rien moins qu'amène, envers nous autres. C'est dans les grincements amers de son esprit rumineur et rancunier que l'on est pris tel la mouche dans la toile d'araignée, collante comme est l'attente impuissante du triste sort qui constitue votre plus probable perspective, et qui finalement serait moins odieux que cette attente même, et son labyrinthe de gamberge bilieuse, qui s'aigrit encore tandis que le tintamarre grandit en fracas, et en menace chargée d'inhumain sarcasme mécanique capable des pires supplices... Suspens qu'évidemment Zumba 4tet ne résout pas, puisqu'un film pour les oreilles se porte beaucoup mieux de n'avoir pas de synopsis trop rigoureusement découpé, et encore moins de conclusion, dans tout le triste univoque de la chose. L'onirisme, tout comme la peur, en sont restés intacts à la sortie, tout comme vous-même d'ailleurs, indemne ; prêts pour le badaud suivant - vous peut-être, si vous avez le cœur d'y tenter à nouveau votre chance et vos nerfs. Un tour de manège, mon bon monsieur ?

samedi 25 octobre 2014

Dysangelium : Thánatos Áskēsis

Les blagues sur les bassistes, j'ai jamais pigé. Pour ma part, l'exception remarquable c'est lorsqu'un album parvient à s'avérer réussi sans une basse un minimum qualifiée. Ainsi la preuve par l'exemple contraire, cet album de Dysangelium.
En soi, un très honnête album de black honnêtement orthodoxe très honnêtement exécuté, vous me dispensez le descriptif, merci. Mais avec cette basse, qui possède tout bonnement un des meilleurs sons et un des meilleurs grouillements que je connaisse, mat et vrombissant comme un essaim de frelons, moitié terre moitié limaille de fer, raclant, menaçant comme le tambourinement d'une grêle furieuse sur votre toit qui pantèle, à la peine...
Après, il convient d'accorder quelques mots à l'honnêteté, pour reconnaître qu'elle n'est pas tout à fait toute seule, la basse, et que l'ensemble, le chanteur en tête, démontre un caractère préhistorique, hirsute, rugueux qu'on a envie de qualifier de grec, en pensant à un bandit des montagnes bien plutôt qu'à Septic Flesh, toujours particulièrement rafraîchissant voire désaltérant dans un contexte black si facilement guindé... caractère donc qui joue beaucoup dans la discrète singularité de l'album, justement proportionnée à ce qu'il est permis dans la partie. Lui pour sa part - le chanteur - n'est pas pour rien dans ce qu'on se défasse difficilement, tout le disque durant, de l'envie de citer Ringworm en guise de parent inattendu de cette orthodoxe chose-ci, orthodoxie dans laquelle du reste leurs riffs font, comme dit au début, plus qu'honnêtement leur office.
Mais l'aurais-je remarqué sans les sournoises menées de cette basse d'orage ? C'est tout sauf sûr.

mardi 21 octobre 2014

Bild : OOBE

Influencés par Swans ? Bild l'est assurément. Ils peut d'ailleurs le porter fièrement, cet étendard, puisque du reste non content de poursuivre un brin la veine teintée de cabaret surréaliste proposée par Sigmund und sein Freund, il fait même mieux, bien mieux que le Swans récent, dans le genre concerné.
Ce que je discernais en germe dans les champs de maïs faulkneriens de My Father Will..., qui s'est éteint dans ceux d'après, ce qu'on voudrait tant voir poindre dans cette petite danse de la cigogne cintrée dont Michael Gira vous a certainement fait le coup pour peu que vous l'ayez vu récemment sur des planches dans son numéro de dictateur-farmer... est ici.
Pas besoin de tyran évangélisateur ici, ni de titanesque volume sonore, d'équerre au nano-dB près : Bild compense largement la frigide inutilité de tout ceci par une démence estivale bien plus riche en saveurs ambrées et brûlées, une violence plus libre et sensuelle (Gira ne se refera jamais), une aptitude naturelle merveilleuse au délire et au vol libre haletant dans les horizons poétiques et ensanglantés de l'hallucination. Tant qu'on est dans les plus brillants de rejetons d'un certain rock industriel, et dans les agrestes parmi eux, il y a du Brame chez Bild, dans sa simplicité, cette humilité au sens propre de qualité des gens liés à la terre, autant que dans cette capacité à la violence avec le cœur, et dans la tresse étroite et nerveuse qu'elles forment ensemble.
Le cœur, voilà bien de quoi il s'agit, puisque tout comme chez Brame c'est le seul endroit où se vit un film  qui ne se raconte pas mais vous embrasse, de plein fouet, à pleine bouche. Dès lors, évidemment, le blues tombé des étoiles de 202 Project est lui aussi dans l'air. Oui, voici dans quelle genre d'auguste compagnie on se trouve au milieu des acides enlacements de OOBE, et de leurs grisantes énigmes.
(Bref, et justement pour ne pas l'y ramener toujours, pas grand chose à voir avec Swans, eux qui sont aujourd'hui cette sorte de Nick Cave en encore plus pédant si seulement c'est possible.)

jeudi 16 octobre 2014

Iceage : Plowing into the Field of Love

Bien sûr, le chanteur donne toujours plus envie de lui tirer des claques, vu comment il surjoue les têtes à claques mêmes, et la flemme existentielle et l'ennui comme délinquance ; avec toute l'impossible assurance que peut déployer une de ces petites merdes telles que la jeunesse d'aujourd'hui en produit, bien évidemment. Un peu beaucoup comme Young Widows, en somme, et comme tous ces jeunes cons persuadés d'avoir tout compris au "post-punk" parce qu'ils ont perdu vingt-cinq dioptries chaque œil sur soulseek. Sauf qu'Iceage au moins ont compris quelque chose ; ou peut-être même pas, et qu'ils ont juste été dotés d'un talent aussi insolent que leurs manières.
Bref, voici un peu le second album des Horrors si après Strange House ils s'étaient mis à dealer - et consommer - de la colle, au lieu du laudanum.

dimanche 5 octobre 2014

Reverorum Ib Malacht : De Mysteriis Dom Christii

On pourrait - on devrait même, j'imagine - commencer ce billet sur la précision que Reverorum Ib Malacht sont chrétiens. On le fera, du reste, ne serait-ce que par la gourmandise de ce que cela permet de les apparenter à Huysmans et Barbey d'Aurevilly, ces auteurs chrétiens auxquels l’Église demandait de faire moins publicité de leur foi, embarrassée qu'elle était de leurs façons sulfureuses de la démontrer et propager.
Mais on entend un peu trop relever ce fait à propos du groupe par supposé sensationnalisme, rapport à une appartenance à la famille black metal qui, si vous voulez mon avis, est au final tout aussi putative ; malgré les apostrophes patentes du titre, et de l'illustration concomitante. Car enfin : où sont les guitares ? Il y en a peut-être, hein, ne venez pas me répondre en commentaires, je m'en tape, et s'il y en a c'est encore plus merveilleux tant on ne les reconnaît pas, dans le genre même les pires ignominies de Blut aus Nord sont enterrées - et l'on sait à quel point MoRT par exemple peut susciter de rixes au sujet de son appartenance ou pas à la famille panda, justement. Le black metal commence-t-il avec le blast ? A la rigueur, on peut qualifier ce disque de death industrial blasté - puisque Cold Meat Industry dans le temps a réservé le terme de black industrial aux ogresques MZ. 412, dont on est loin ici au demeurant. Et puis, rapport à ce qu'on disait tantôt... white industrial ? White comme peut l'être la ouate sous-marine de Lurker of Chalice, certes, comme la neige sale du Nom de la Rose, et ses tout aussi sales marmottements malédicteurs de moines déments ; white comme pourrait l'être du Raison d'Être en bonne voix de décomposition, à force de somnoler tout nu l'hiver dans les cimetières, ou du Kriegsmaschine exorcisé de son insanité par la technique odontologique de la dévitalisation. Aussi blanc en somme que peut l'être cette pochette que vous voyez là, et qui figure bien comment ce disque peut vous inonder de sueurs gluantes et gelées, tout en vous y faisant nager ainsi que dans de la soie. Ce qui s'appelle entrer - très physiquement - en religion, peut-être.

samedi 4 octobre 2014

October 31 : Bury the Hatchet

Du thrash, qu'on a envie d'appeler ça ; alors que très probablement c'est juste du heavy ; oui mais ç'a l'effervescente et interlope libidinalité de Megadeth, et la voix d'un jeune Hetfield qui aurait avalé toute une bétonnière de couilles avec sa chicorée-camembert du matin ; et aussi, qui aurait ce petit savoir-faire en sus, de ne jamais tout à fait se résoudre à obéir au métronome tandis qu'il s'escrime à ne pas s'emmêler les pinceaux dans l'articulation de ses diatribes aux syllabes en surnombre allègre, et à la cadence suivie par ses petits camarades, lesquels il faut bien l'admettre ne se suivent pas nécessairement non plus entre eux, question passage des rapports ; quant à son charisme physique tout bonnement renversant, je laisse à chacun le choix de chercher des photos ou pas. Préparez tout de même un prie-dieu.
Bref, on tient en Bury the Hatchet un digne héritier de Megadeth, Judas Priest, Vio-lence et de leurs albums de vicel'hard à cran d'arrêt et débardeur de cuir. Un disque qui conjugue les effets d'un bon Motörhead et ceux d'un bon Misfits. Compliqué à écouter assis, même si c'est pour attendre qu'on vous serve une fichue bière : on risque plutôt dans l'intervalle de se laisser aller à des démonstrations d'extravagance et d'enthousiasme propres à effaroucher le personnel du débit de boissons et compromettre tant l'approvisionnement que l'intégrité fessière. Mais on n'y résiste pas, c'est comme la troisième pinte de brune bien fraîche, qui signe la garantie d'une future bonne migraine des familles peu importe la quantité qu'on va s'en renverser sur le benne.

vendredi 3 octobre 2014

Electric Wizard : Time to Die

Ils l'ont fait ! Oh my, que nous sommes d'humeur journalistique en ce moment. Mais enfin, c'est qu'ils l'ont fait ! Black Masses était un sommet - ou un fond du fond, c'est selon, ou les deux mais peu importe : une impasse ; ils ne pouvaient pas aller plus loin sur cette voie après Witchcult Today et Black Masses et rester offensifs, il fallait à tout prix qu'ils trouvent autre chose.
Eh bien ils l'ont trouvé, exactement ce qu'annonçaient le line-up et cet "I am Nothing" livré en apéritif. Un putain d'album de doom racaille juvénile, puéril avec arrogance, l'alliance envoûtée du meilleur de ce qu'a à offrir ce gosse pourri de Jus Oborn, et du meilleur de ce qu'a à offrir ce petit merdeux débauché de Clay Burgess ; du El Wiz du meilleur cru We Live!, enrichi de toute la vicelardise et l'extravagance à la Pulling Teeth que peuvent irradier Satan's Satyrs mais qui ne suffisent pas tout à fait chez eux, de peu. Electric Satyrs. Les guitares donnent envie de se trémousser comme un travesti camé dans un clip d'exploitation et de boire des litres de pinard, la basse est un cheval de guerre qui vous charge à un petit trot scélérat et va donner des sueurs au bas du dos au nouveau Godflesh, nauséeuse et psychotrope à l'image de tout ce qu'est ce disque auto-satisfait jusqu'à s'en vomir dessus de plaisir ; "Lucifer'SSlaves" qui tourne au jam donne envie de nager dans des mares de pisse ; oui, je sais vous en avez plus qu'assez de vous cogner ce genre de formules qui ne renvoient à aucune réalité dans les chroniques sur internet ; mais il y a les fois où on les balance parce qu'on pense que ça en jette, et il y a les disques qui vous donnent l'impression, l'espace d'un instant, que ce serait une bonne idée et que vous en avez véritablement envie. On parle d'un de ces disques ; et aussi, d'un qui donne envie de jeter les quelques qu'on a pu acheter de la période hippies-de-satan de Der Blutharsch, parce que tu es gentil, Hansi, mais voilà ce que c'est un groupe de rock, merci. Obscène de satisfaction à exhiber ses appétits toxicomanes galopants, dévorants, et à la célébrer sur ce qui n'est au fond qu'une forme toujours de rock, morbide, vaniteux, huileux, vénérien, vénéneux, blet, flegmatique...
Les Stooges, Motörhead, Electric Wizard, quoi.

samedi 20 septembre 2014

Code Orange : I am King

Blackened, blackened, blackened on vous dit. Aujourd'hui, tout doit être plus blackened que le café d'Olivier Marchal, le péplum et les superhéros comme le hardcore.
Voyez : Même Limp Bizkit s'y est mis.

vendredi 19 septembre 2014

Ministry : Twelve Inch Singles 1981-1984 (expanded edition)

En fait la trajectoire de Ministry, c'est l'histoire d'une longue mais sûre chute ; un vrai film de De Palma ; une sorte de leçon pour les jeunes cœurs intrépides, sur ce qui leur pend au nez s'il leur prend la témérité de s'écarter du saint chemin de la new-wave ; toujours plus bas : aucune horreur ne sera abîme trop profond pour les y voir perdus corps et âmes...

Bien ; j'imagine que pour la compilation Twelve Inch Singles, je devais être un des rares pimpins à ne pas encore être dans la confidence (et je compte à ce propos poursuivre One Love en justice, pour avoir failli grièvement à son devoir), mais pour ce qui est de cette édition augmentée d'un second disque : que voulez-vous dire, par cet "Unreleased" que je lis partout ? Attendez : vous voulez dire que vous avez là facile une nouvelle fournée de morceaux à ajouter au panthéon de Ministry, y inclus un morceau de vigilante-wave mitigé Stranglers nommé "Overkill", une fournée qui si elle avait été rassemblée sur un long avec lesdits singles aurait établi avec l'autre fameux album les bases terrifiantes d'un groupe faramineux - et ils n'ont jamais été édités ?
Non Stop Erotic Cabaret, Seventeen Seconds, Oomph!, Gashed Senses & Crossifre, We Care a Lot, Scarface, tout était là, au creux de sa main, et... From Beer to Eternity, quoi.

mercredi 17 septembre 2014

The Deathtrip : Deep Drone Master

On peut dire qu'on l'aura attendu. Le retour d'Aldrahn sur autre chose que des démos introuvables et inécoutables. Ce qui fait déjà, si mes comptes sont exacts, un bon paquet de raisons de s'attendre à du spectaculaire - y compris justement le fait que lesdites démos étaient spectaculairement crues, hermétiques et érémitiques. Ça en fait suffisamment d'être déçu de ne pas en trouver, de spectaculaire. Au moins la première fois.
Parce que quand bien même il s'agit de toute évidence de true black norvégien rigoureux et concentré sur l'atmosphère, il s'agit de tout de même pas n'importe quel Norvégien. Aldrahn : l'atmosphère-même aura du mal à se retenir de l'être, spectaculaire ; spectaculairement expressive, plus précisément. Le riffeur, un cochon d'Anglais mais après tout on sait comment Nouveau Gloaming au hasard sonnait plus astralement norvégien que bien des Norvégiens natifs, Host donc pour le nommer n'y est probablement pas pour rien, dans ce tableau saisissant, lupin, âpre, boréal, ce rêve chamanique aux couleurs de western sistersofmercien et de traque tragique dans la toundra enneigée, sous le soleil glacial et la lune graveleuse du Grand Nord du pays de l'esprit - si c'est trop mystique pour vous, vous n'avez qu'à vous figurer Transilvanian Hunger, Void et Unravel habitant la même famélique enveloppe corporelle.
C'en serait presque à se poser des questions journalistiques sur le processus de composition, devant la miraculeuse osmose entre ces riffs et cette voix - dont vous pouvez me croire qu'elle vous fait bien vite oublier la semi-déception obligatoire, et trompeuse, de ne pas trouver ici de décadentes descentes à la 666 Intl. - pareillement efflanquées et bien garnies en longs crocs avides, et qui pareillement vous découpent en exquises tranches de Parme ; c'en serait presque à dire mal gré qu'on en ait des méchancetés flutées au sujet d'Ekpyrosis ou Azrael Rising, dieu sait pourtant s'ils me sont chers, mais dans le genre froid qui broie les poumons c'est le niveau où l'on se situe ici, à cette différence qu'Ekpyrosis scrute le sol depuis l'altitude du rapace ; tandis que The Deathtrip, le nez au ras du sol dans sa course affamée, se grise et se nourrit de l'odeur du sang, comme l'on fait d'un bourgogne.
Eh oui, on était bien sot de croire qu'on pourrait écouter un récital d'Aldrahn, même le plus respectueux des anciennes traditions, et échapper à l'ivresse rouge, à ses vertiges, à ses sauvages et rabelaisiennes embardées, à Das Ich, et à tous les autres tours de cet ogre au charme ravageur qui fait des outrances d'un tango ivre et de la sévérité ritualisée d'un kata de sabre une seule et même cérémonielle choserie. Alors on s'incline bien bas et on savoure en toute servilité heureuse sa joie de voir Monsieur revenu, en bredouillant des formules d'adoration où la saison de norge spiritual peut reprendre, l'astre majeur ayant fait sa réapparition au firmament, gothique as fuck et true as hell, et autres fadaises trébuchantes et grelottantes.

mardi 16 septembre 2014

Moodie Black : Nausea

Ne fais pas comme bibi. Ne pense pas gros homme noir maussade, cafard, breakbeats, guitares déchiquetées, grondements industriels : doublon de Dälek. Récolte directement ici le bénéfice de son écoute ravisée. Pense : The Klinik. Pense Skinny Puppy et Download ; et Converter, aussi ; si tu dois absolument penser à quelque chose ; imagine même Winter in the Belly of Bigg Jus Finding Candace ; le disque se chargera de te faire tout oublier.
Parce que Moodie Black tient pour sûr mieux que dignement sa place au milieu des Dälek, des Octavius et des Rubberoom, avec son flow désincarné et dur à la fois, son timbre de cendres, ses reflets de cold wave et de mercure, ses échos de western minéral, sa pochette qui ne rappelle pas pour des nèfles The Downward Spiral, ses lichens et ses délicates larmes d'acide...
Parce que si vous y tenez, Nausea ne serait peut-être pas là sans Absence et Audio Noir, mais il est là, et maintenant qu'il est devant vous il n'a pas cette dominante hip-hop qu'ont Dälek, ni cette dominante electronica qu'a Octavius : il n'est rien de véritablement déjà connu pour tout dire. Moodie Black est un extra-terrestre, la dimension inquiétante y compris. Et la dimension départ.
Alors, vraiment, si vous devez penser à quelque chose, pensez The Klinik ; ne fût-ce que pour prévoir la vigilance en conséquence.

lundi 15 septembre 2014

Cocksure : TVMALSV

Je me devais de me le payer ; pour le principe. Parce que Chris Connelly, sauf son respect, je l'attendais patiemment mais sûrement, il vient bien sagement compléter la triplette magique des petits malins suffisants qui méprisent avec effarement ceux qui les ont aimé, avant de retourner leur veste de la plus foireuse des manières.
Justin K. Broadrick a déclaré voici quelques années qu'il ne pourrait plus faire du Godflesh, qu'il avait grandi, eu un enfant, déménagé à la campagne, tout ça, m'voyez, et qu'il ne pourrait plus se mettre dans cet état de rage adolescente si approximative et insatisfaisante créativement parlant. Michael Gira a déclaré qu'il faisait désormais de la musique joyeuse, mais lui s'exprime, le rusé, d'une façon suffisamment sibylline pour qu'on ne puisse jamais le prendre en flagrant délit de propos programmatique et explicite. Et Chris Connelly répondait à la question de savoir s'il envisageait de rejouer pour Revolting Cocks, qu'il avait le même embarras à écouter ses disques avec eux qu'on en éprouve à regarder ses photos d'ado looké, coupes de cheveux improbables et t-shirts grotesques à l'avenant. Monsieur aime Scott Walker et Bowie par-dessus tout, voyez vous ? Tous trois sont mêmement confus et désolés pour nous autres primates qui continuons à barboter dans la soupe primordiale de leurs balbutiements musicaux, lorsqu'ils étaient eux aussi des avortons cérébraux ; mais ils ne peuvent rien pour nous, ils ne sont plus capables de redevenir idiots.
Aujourd'hui, Justin a reformé Godflesh (déclarant au passage que c'était dans son ADN, nananinana, arrête tout de suite Ju, Gad Elmaleh a déjà eu le job), Michael Gira joue religieux, concassant et martelé ses morceaux de Devandra Banhart danois lorsqu'il est devant ses nouvellement nombreux fans ; et Chris Connelly joue de l'electronic body music fourmillante et foutraque-machin, television the drug of a nation, tout ça. Attention : avec un mec de Acumen Nation - excusez-moi pendant que je m'étouffe de rire. Chacun son tour pour la pitié, pas vrai Chris ?

Je devrais me le payer en beauté. Obligé. Mais pour cela il faudrait que je parvienne à écouter le disque et à lâcher le bouton avance rapide. Et puis je n'ai pas de survêtement en polyester pour le faire dans de bonnes conditions.

Pédé, va.