samedi 22 février 2014

Helms Alee : Sleepwalking Sailors

Hé, les gars ! arrive un moment, faut se prendre en main un peu aussi, dites : je suis pas votre père... Si vous n'avez pas encore percuté, depuis le temps, les articles extatiques sur les deux albums précédents, les références aussi obstinées qu'insistantes que je fais au groupe chaque fois qu'il est humainement possible, qu'on parle céans du meilleur groupe d'emocore gazeux et barbu du monde : c'est au-delà de ma juridiction.
Lorsqu'on a déjà, au dossier, la voix hardcore parfaite (Harkonen, s'il vous plaît), à la congestion pressurisée pile sur la graduation entre Scott Kelly et Ian McKaye, quelques couleurs subtilement empruntées au Sonic Youth de l'ère Dirty - et tiens justement, une chanteuse comme une Kim Gordon qui ne serait pas si milf mais élevée au grand air, avec des accents de Giant Squid mais nourris au hardcore plutôt qu'au progressif et au metal, un batteur à donner des leçons d'acrobatie à Intronaut, et bien entendu ces riffs d'un Harkonen grimpé plusieurs vies au-dessus... Qu'est-ce que je peux dire cette fois pour que vous cessiez de passer à côté de Helms Alee ? Qu'ils sont, puisque j'ai tout dernièrement pu faire le parallèle à quelques heures d'intervalle, ce que j'ai toujours attendu en vain d'Arcade Fire - de la constance et de la vigueur en sus de la grâce céleste ?
Oh, puis laissez tomber.

samedi 8 février 2014

Mondkopf : Hadès

La spectrale collision d'Emptyset dans Covenant. Aural Blasphemy dans un programme de remise en forme dirigé par Armand Van Helden. A moins que ce ne soient Seirom et Pneumatic Detach, dans les mêmes rôles ? Ou inversés ?
Comme pour Rising Doom, on est là, crispé, dans l'entre-douze entre sourire navré, béatitude honteuse, indifférence d'élite, subtile anxiété délicieuse, confort flasque... Blut aus Nord (ou Godflesh, difficile de dire pour le coup qui porterait le casque) transmuté par LFO ? Mondkopf n'a toujours pas on pareil, même chez le rusé Rebotini, pour sculpter les tableaux de la brutalité adamantine des fins dernières, sans un instant jouer l'Oscar - d'ailleurs après tout quand Hadès est-il si impitoyable ? L'est-il si souvent, sur sa durée ? Réellement davantage dans ses moments où il pumpe dur - pas tant que ça, donc, on l'a vu ? D'une certaine façon, à assumer ainsi une certaine sensiblerie, voire une délicatesse certaine, dans ses façons même de psalmodier ses visions de futur tragique, Tronchedelune a quelque chose de l'extrême modernité de ces groupes de metal fluomèches aux noms à rajouts romantiques, et qui au mépris des manifs pour tous qu'ils déclenchent contre eux sur toutes les agoras de cheveux et casquettes bien-pensantes, enjolivent sans limites et sans souci de virilité leurs riffs de refrains aérobic vocodés et d'envolées dance-outrancières... sauf que bon, il y a évidemment un univers de goût et de finesse entre les deux, surtout que Mondkopf ne surjoue ni ne surligne non plus l'aspect céleste de sa personnalité, comme il peut arriver également dans les milieux IDM, puisque, on peut le regretter au premier abord, il oublie un peu cette fois ses flambées d'émotion eurodance anthémique pour, comme on dit dans le jargon, "livrer une partition tout en retenue" - et qui n'en touche pas moins avec un tranchant d'autant plus aigu. Une grandiloquence austère, en quelque sorte. Une sévérité au doux sourire. Ce fichu angelot est déjà à moitié une vieille canaille. Et d'en revenir toujours aux mêmes impossibles et pourtant vivantes questions : Terminator, filmé par Terence Mallick, ou l'inverse ?

His Electro Blue Voice : Ruthless Sperm

Gris, poli, maniéré, anachronique et suranné, je dégage la placidité rassurante du gendre idéal rêvé par toute abonnée au Figaro Madame. Par paresse ou par lâcheté  je n’assume pas le rôle traditionnellement dévolu au mâle dans le jeu de la séduction, je ne prends pas l’initiative, j’aime être la proie, l’objet du désir, j’aime quand c’est Grätel qui monte en selle. Gagné dès mon plus jeune âge par une aversion pathologique pour le travail assortie d'un désintérêt profond pour le monde moderne, mon destin se joue en marge de toute agitation imbécile, à l’ombre de bourgeoises généreuses, au crochet de rombières autoritaires et capricieuses, dans le luxe, le vice et l’oisiveté. Luis Mariano d’une opérette où se croisent bichons à poil frisé, époux bafoués et cocottes empaffées, mon existence s’écoule aux tic-tacs de montres molles. Canon à âme lisse pour qui souhaitent tirer quelques cartouches après le couvre feu, j’exécute sans pitié ma descendance contre les parois de cons décatis dans des râles d’outre-tombe, des rictus de goule et des cahots de bourrelets flasques. Éloge des femmes flétries ? Entre fleurs fanées et plastrons en satin baleiné, honnêtement, je me verrais bien tâter de la fesse fraiche…

Cannes, Biarritz, La Baule : combien de temps encore à fréquenter les salons de thé ?

vendredi 7 février 2014

Daggers : It's not Jazz, it's Blues

Le petit minotaure jumeau d'initiales avec Michael Jordan (j'ai une réputation de cryptique à tenir, monsieur) n'a pas toujours vendu ses propres poulains : fut un temps où il faisait d'une plume effrontée briller ceux des autres, et représentait un des seuls intérêts d'un bien terne grand média. On était pas toujours tout à fait d'accord, lui et moi, ça n'a logiquement fait que s'accentuer une fois qu'il a eu les coudées franches au sein de sa propre officine et jusqu'à une récente salve de tartes de sa part, qui m'a mis sur mon derrière - mais, sans même ressortir une énième fois l'exemple éculé du disque de Robinson, on peut facilement expliquer pourquoi je l'ai toujours gardé dans un coin de mon rétroviseur, la crapule. C'est juste un peu lui qui m'a introduit à Daggers.
Juste un peu un groupe complètement et définitivement à part dans mon cœur, dont le seul vague cousin est à la rigueur Tortuga - dont je vous laisse deviner qui me les a fait connaître... On est dans une histoire de cohérence, ici, on l'aura compris, limite minérale, une histoire qui s'est charpentée et enracinée solidement, profondément, dans sa durée. Et dont la radieuse floraison - oserai-je parler de couronnement ? - ici aujourd'hui n'est somme toute qu'une conséquence logique - fatale serait sans doute plus juste. Car on le sait normalement déjà : Daggers ne fait pas dans le festif. Et pour le coup, le titre de l'album peut bien se permettre sa franche déclaration d'intention : on a beau s'attendre à ce qu'ils en soient à la hauteur, on trouve encore aisément moyen de se faire coucher propre et net et à plusieurs reprises.
Non seulement parce que bon, Daggers as usual, quoi, mais qu'encore trouvent-ils le moyen d'appliquer la figure classique de l'album de la maîtrise totale, et partant, de la lumineuse, généreuse, et sereine décontraction qui s'y associe - avec leur si identifiable et affirmée mouture de hardcore funèbre, qui peut même cette fois se dénouer, encore un peu plus que sur Euphoria (quels clowns...), de ces contraintes de tension extrême extrêmement ostensible qui font l'air du temps et la dure vie d'un groupe de hardcore aujourd'hui, lorsque du moins il n'a pas tout à fait le caractère qu'il faudrait... Ils le font resplendir, en clair, et dans la clarté, justement, celle du vif air hivernal qui est leur domaine. Pour les triviaux, ça veut dire que Daggers jouent aujourd'hui du rock de plein ciel... toujours avec la même impitoyable rigueur du coup de pelle dans la bouche. Ils envoient habiter leur art de la douche goudron-gravier entre les étoiles gelées et coupantes, là où leurs seuls voisins sont les funambules emo-tranchants, Blacklisted, Ceremony, Helms Alee, Cowards, Rise & Fall, 108, Oathbreaker... Comme eux affranchi de tous formats, poses imposées, genres certifiés et poinçonnés... It's not free jazz, it's hardcore blues*.



*Ça veut dire que le punk rock est toujours putain de sublimement vivant, punk ! En cette année déjà si sévèrement bugnée par deux assauts de Relapse, ça valait le coup de déterrer la loi Toubon pour fêter ce vigoureux commando (belgeo-)Montebourg sur un podium 2014 non encore échafaudé.

dimanche 2 février 2014

Lvcifyre : Svn Eater

Le suneater, si vous avez pas encore entendu jaser, c'est la prochaine race de molosse qui va faire parler d'elle rapidement ; dans les colonnes de faits divers les plus avides de sordide, précisément.
Parce qu'avide, le suneater l'est, enfant de putain ! Le chien des Baskerville est un lévrier à l’œil de biche, à côté de cet épouvantable bestiau couleur de nuit dont les mâchoires sont des étaux de fonte qui dégueulent les vapeurs de soufre entre des dents à déprimer le plus barbare des squales rustauds ; un dogue de la Géhenne dont l'insondable gousier seul suffirait à lui mériter ce nom fabuleux - si n'était en sus tout le reste de ce qui va vous arriver.
Secouer comme un prunier, battre comme plâtre, rompre tous les os du corps : Svn Eater donne un sens occulte, magique, rituel, à toutes ces délicieuses expressions, et aux images qu'elles charrient ; et déchirer à belles dents, bien entendu.
Allez, tu peux ajouter "quand un disque te rappelle que le black et le death aux origines c'est pareil, c'est toujours bon signe" à la liste des proverbes que tu auras appris ici - évidemment, tu te doutes qu'il est inapplicable à la plupart des disques d'Arkhon Infaustus, pour lesquels "le blackdeath, c'est vraiment pas de la chiotte" est plus approprié - un jour, j'arriverai à dire tout le bien que je pense d'Orthodoxyn ; un jour. Orthodoxyn est divinement dépravé. Svn Eater n'a pas cette saleté vertigineusement arrogante. Svn Eater s'en passe assez bien. Lvcifyre n'est plus ce servant de Morbid Angel qu'on a connu et que suggère sa présente couverture. Lvcifyre fait ici ses premiers pas de pair de Morbid Angel, en sauvagerie antédiluvienne.

samedi 1 février 2014

Villains : Never Abandon the Slut Train

Refaire un disque dans l'une des veines les plus enthousiasmantes de Darkthrone, à savoir l'éruption de haine rouillée et de misanthropie en cuir bouilli dans les sueurs aigres, de Sardonic Wrath et Hate Them - sera toujours accueilli avec bienveillance.
Le faire avec un venin thrash qui traîne la chose dans le caniveau, avec une lubricité oxydée et surnaturelle de sleaze-punk hardcore pour la racaille sataniste - là on peut parler de riche idée. Banco, coco !