vendredi 7 février 2014

Daggers : It's not Jazz, it's Blues

Le petit minotaure jumeau d'initiales avec Michael Jordan (j'ai une réputation de cryptique à tenir, monsieur) n'a pas toujours vendu ses propres poulains : fut un temps où il faisait d'une plume effrontée briller ceux des autres, et représentait un des seuls intérêts d'un bien terne grand média. On était pas toujours tout à fait d'accord, lui et moi, ça n'a logiquement fait que s'accentuer une fois qu'il a eu les coudées franches au sein de sa propre officine et jusqu'à une récente salve de tartes de sa part, qui m'a mis sur mon derrière - mais, sans même ressortir une énième fois l'exemple éculé du disque de Robinson, on peut facilement expliquer pourquoi je l'ai toujours gardé dans un coin de mon rétroviseur, la crapule. C'est juste un peu lui qui m'a introduit à Daggers.
Juste un peu un groupe complètement et définitivement à part dans mon cœur, dont le seul vague cousin est à la rigueur Tortuga - dont je vous laisse deviner qui me les a fait connaître... On est dans une histoire de cohérence, ici, on l'aura compris, limite minérale, une histoire qui s'est charpentée et enracinée solidement, profondément, dans sa durée. Et dont la radieuse floraison - oserai-je parler de couronnement ? - ici aujourd'hui n'est somme toute qu'une conséquence logique - fatale serait sans doute plus juste. Car on le sait normalement déjà : Daggers ne fait pas dans le festif. Et pour le coup, le titre de l'album peut bien se permettre sa franche déclaration d'intention : on a beau s'attendre à ce qu'ils en soient à la hauteur, on trouve encore aisément moyen de se faire coucher propre et net et à plusieurs reprises.
Non seulement parce que bon, Daggers as usual, quoi, mais qu'encore trouvent-ils le moyen d'appliquer la figure classique de l'album de la maîtrise totale, et partant, de la lumineuse, généreuse, et sereine décontraction qui s'y associe - avec leur si identifiable et affirmée mouture de hardcore funèbre, qui peut même cette fois se dénouer, encore un peu plus que sur Euphoria (quels clowns...), de ces contraintes de tension extrême extrêmement ostensible qui font l'air du temps et la dure vie d'un groupe de hardcore aujourd'hui, lorsque du moins il n'a pas tout à fait le caractère qu'il faudrait... Ils le font resplendir, en clair, et dans la clarté, justement, celle du vif air hivernal qui est leur domaine. Pour les triviaux, ça veut dire que Daggers jouent aujourd'hui du rock de plein ciel... toujours avec la même impitoyable rigueur du coup de pelle dans la bouche. Ils envoient habiter leur art de la douche goudron-gravier entre les étoiles gelées et coupantes, là où leurs seuls voisins sont les funambules emo-tranchants, Blacklisted, Ceremony, Helms Alee, Cowards, Rise & Fall, 108, Oathbreaker... Comme eux affranchi de tous formats, poses imposées, genres certifiés et poinçonnés... It's not free jazz, it's hardcore blues*.



*Ça veut dire que le punk rock est toujours putain de sublimement vivant, punk ! En cette année déjà si sévèrement bugnée par deux assauts de Relapse, ça valait le coup de déterrer la loi Toubon pour fêter ce vigoureux commando (belgeo-)Montebourg sur un podium 2014 non encore échafaudé.

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