mardi 29 avril 2014

Chain of Strength : What Holds Us Apart


J-53. Tu rentres le soir, tu retrouves ta famille, une femme, un chien, un garçon et quatre filles, tu poses ta sacoche, tu retires tes chaussures et, comme hier, comme avant-hier, comme avant-avant-hier, tu t’ouvres une bière. Aujourd’hui la conscience de cette addiction tiède t’accable, à croire que l’amertume de la boisson déteint sur ton humeur. Dieu vomit-il vraiment les tièdes ? Alors que tu interroges ainsi l’étiquette de ton Augustiner, les lèvres du rondouillard frocard s'animent soudain : "Pose cette bouteille. Mets tes baskets et va courir. C'est sympa, tu verras". S'ensuit une longue incantation en bouillie de latin, puis la mâchoire se referme. L'a raison le gros, il faut faire quelque chose ! Les rues sont désertes, tu te lances. J-47. Parc du château de Bourg-la-Nymphe, troisième tour, tu allonges encore la foulée, les graisses fondent, les toxines rendent l’âme, le chien qui t’accompagnait rentre au bercail, épuisé. J-42. Tu ne vas plus bosser : tu te lèves, tu vas courir, tu te couches. J-41. On te conseille d aller voir un médecin. J-40. Tu vas voir un médecin. Tu mentionnes cette douleur intérieure qui ne veut pas partir au Dr Fenouillet. Il diagnostique un risque de combustion spontanée, prescrit un traitement homéopathique et te fait une prise de sang. J-39. C’est le printemps, les berges du canal grouillent de têtards, tu fends la bise entre les frais lilas. D’après le laboratoire d’analyse, ton sang placé dans une centrifugeuse fait tourner l'appareil en sens inverse. J-37. La presse locale commence à couvrir ton histoire. Des bus de Coréens affluent pour prendre en photo le "Zátopek de Bourg-la-Nymphe". J-27. Tu es victime d’une éruption du plexus solaire. Tu cesses de t’alimenter. J-22. Ton employeur entame une procédure de licenciement pour absentéisme. Tu t’en cognes. J-15. Tu te fais flasher sur une autoroute Suisse. Arrivé sur le site du CERN, tu descends dans le tunnel de l’accélérateur de particules et commences à tourner. J-8. Ta femme demande le divorce pour abandon du domicile conjugal. Tu t’en cognes. J-5. Tu fatigues un peu. Jour-J. Dernier étage de la pensée avant désintégration en bosons, gluons et autres tryphons. Mille vérités se pressent, mille évidences se chevauchent, mille théories parallèles éclatent en une ultime révélation : "What Holds Us Apart" est le meilleur EP Straight Edge de tous les temps. Tu n'es pas certain qu'il ait été nécessaire de passer par toutes ces épreuves pour en arriver à cette conclusion, mais le principal c'est que tu sois d'accord avec moi. High five !

samedi 26 avril 2014

R E I G N : Subtle Bodies

Insérez ici une introduction bien ficelée, ou pas selon ce qui vous semblera convenir, sur Arnaud Montebourg et une sincère peur du chauvinisme en vous. Bon courage. Puis renvoyez à leurs chères études les Tool et les Katatonia, et tous les autres qui n'ont pas même eu l'heur de pondre une bonne chanson pour vous faire rappeler simplement leur triste nom - sans même parler de tous les groupes de pop atmo-pompière que vous avez l'heur de ne pas connaître. Le seul groupe de heavy honey auquel à la rigueur on pourrait référer ici serait les élégants Giant Squid, et R E I G N n'a pas leur raideur, leur ampoule, leur criardise occasionnelles un peu fatigantes.
Pour définir le genre de céleste surprise dont il est question, renvoyer en toute simplicité à la grâce du premier ep de C R O W N, qui eux aussi écrivent leur nom avec des espaces que ceux béant dans leur musique ne démentent pas, mais tellement pas... Envergure est le prochain terme qu'il vous faudra absolument caser arrivé à ce point, en l'appuyant bien en véhémence mais en n'oubliant pas de ne jamais laisser le lecteur oublier qu'on parle d'une étoffe comme sans aucun poids, dans la liberté et la grâce avec laquelle elle se meut, s'enroule et s'envole tout au moins, car elle sait à n'en pas douter presser langoureusement sur le cœur aussi - ah ! oui, il faudra penser également à bricoler quelque spirituelle pirouette paraissant d'un naturel confondant sur le cœur qui palpite et le métal qui fond ; que l'on saisisse bien qu'il s'agit ici uniquement de candeur, de pureté, d'émotion radieuse. Tenter si l'aventure vous tente, et si le namedropping triangulaire tout comme un chauvinisme mesuré sont des choses que votre âge vous a convaincu d'accepter comme des composantes incurables, un pont en point d'interrogation vers cette autre beauté lunaire qu'est le tout frais Stranded in Arcadia.
Et puis on devrait être bon, ma foi. Oubliez l'obligatoire conclusion sentencieuse et pleine d'une obligatoire vista qui est surtout un sens discutable du slogan à la retape. Les gens sont assez intelligents pour savoir ce qu'ils ont lu. Et ce qu'il convient de déduire d'une excessivement belle démo.

lundi 21 avril 2014

Witchden : Consulting the Bones

Les gars qui ont tout compris, à commencer par ce simple et essentiel fait que ce qui fait la différence entre Eyehategod - étant bien entendu que lorsqu'on dit EHG on dit In the Name of Suffering, le reste n'étant au mieux que redondance - et les autres, ce n'est pas un supplément de pachydermie ou des degrés d'alcoolisme, c'est ce qui gouverne tous leurs dérapages et divagations, rythmiques tant que vocaux : une sensibilité à fleur de peau, et transmise peau à peau, moite, et facilitée qu'est sa tactile labilité par l'état d'épuisement, physique et émotionnel, qui donne à tout le goût du sang. Il n'y a qu'un groupe qui se peut comparer à Witchden et ce sont les Hawks - et live, uniquement. Comme qui dirait une histoire de blues hardcore.

vendredi 18 avril 2014

Regarde-moi donc un peu qui nous rend visite

Heureusement, y en a des qu'ont pas oublié que le principe ici c'est de recevoir du monde, de temps en temps.


Freddie Gibbs & Madlib – Piñata
 
Un genre de meringue gangsta, que voilà. Le tissu de l'artwork résume bien, on est dans la salle de bain du mec qui va se faire fumer et qui l'sait pas encore, on est dans sa piaule, on est dans sa petite rue anonyme... Le petit thug anonyme, en effet, comme Big L, tu sais, ce second rôle que t'as oublié dans le film... mais qui avait cet œil du voyou foutu d'avance... mais qui va quand même fumer ce qu'il peut fumer, dans l'insouciance du crack. Oublie de parler de hype, coño, oublie Madlib, évidemment que tout ce qu'il a fait jusqu'ici est un peu chiant à part un ou deux éclats. Mais quand il devient la petite salope d'une racaille anonyme, il fait ce qu'on lui dit. En l'état : du soulful laiteux, du gangsta bien smooth et avachi du gun, des basses pas casher, et des flashs de 80’s à la mélancolie collante... 70’s ou 80’s ou sait pas trop, du reste... l’artwork zébreux de la pochette (genre t’es sûr que c’est le motif de sa robe de chambre et du couvre-volant de sa low rider), résume bien la texture et l’ambiance de cette petite merde crémeuse... Mobb Deep ? Y a des relents aussi, sans trop que je sache si c'est illusion ou réalité, les ombres des patrons sont là, présentes, en fond, dans la pénombre du parking. Du reste il parait qu'ils ont ressorti un album, soit-disant retour aux sources... mais on en parlera pas c't'année. Cette année question peura on ne parlera vraisemblablement que de Piñata, coño. Le skeud sur la petite vie minable de Beaumont, jusqu'à ce qu'il ne rencontre ce coffre...


Jean-Jean

mercredi 16 avril 2014

Colosseum : Chapter 2 : Numquam

Une idée reçue veut que le doom finlandais lorsqu'il n'est ni aliéné ni archaïsant soit de la merde hyper-glucidique fadasse - un peu comme leur viande bouillie aux baies, en somme, quoique les baies apportassent au moins quelque acidité. Un collègue de bureau m'a récemment appris que ce n'était pas toute la vérité. Et si quant à lui c'est Chapter 1 : Delirium qui semble avoir l'élection de son cœur, pour ma part voici où je me liquéfie.
Une idée reçue veut que chez les vrais hommes les mélodies ne soient jamais bien vues. Elle est évidemment archi-fausse, tout ce dont a besoin une mélodie c'est d'être bien choisie, surtout pas d'éviter la sensiblerie, les vrais hommes ont une fleur qui saigne bleu au fond de leur sein. Et Numquam choisit, excusez du peu, le plus grand teint du mélodisme de mélodrame italien tragisant, Nino Rota en ligne de mire. Il n'y a pas de "mais", il n'y a pas de "La Sicile en Finlande ça fait bizarre" : écoutez donc voir "Demons Swarm by my Side". Vous êtes à genoux, donc assez modérément en posture de discutailler. C'est devant des disques pareils que, plus simplement et honnêtement que devant aucun des dandies torturés d'Esoteric, on peut  admettre que oui, on écoute du funeral parce qu'on aime aussi la musique de pleureuses, qu'être une pleureuse ce n'est pas sale et que d'ailleurs on peut le faire comme un homme - et un homme de goût, si vous permettez.
Alors certes, le tour redresseur de torts du présent article commende l'honnêteté de préciser que tout le disque, hélas, ne suit pas cette seule exquise veine sanglante, et que l'on trouvera un brin de monumentalisme d'un Dune transposé dans la Fosse des Mariannes - on parle de funeral, oui ? - c'est assurément un tantinet moins trouant, en quelques passages, et dieu sait qu'un passage de funeral veut généralement dire un tunnel. L'album n'est sans doute pas l'insoutenable tuerie objective qu'on le rêverait ; mais, hé, depuis quand une tuerie est-elle objective ?

mardi 15 avril 2014

Jumalhämärä : Songless Shores

Mais qu'est-ce qu'ils racontent encore les deux abrutis, là, Ikea et gulo gulo, il est vachement bien le dernier maxi de Blut aus Nord ! On reconnaît bien la patte, d'ailleurs, toujours cette audace aventureuse, par exemple de remplacer une boîte à rythmes qui est pourtant un de leurs traits les plus étranges et inimitables, par un batteur qui joue indus rituel, et puis aussi de s'essayer au death troglodyte, tout en gardant toujours leur temps d'avance sur la concurrence, en tissant leur presque-Grave Upheaval de lumineux fils d'étoile prélevés sur les trames de Sink et Bohren & der Club of Gore, pour peu à peu élever vers les cieux une vaporeuse écharpe de brume en guise de gospel viking livide et désincarné - hein ? vous dites que ? c'est un groupe finlandais de black metal qui joue ? Allons, c'est se moquer ! Je l'aurai percé à jour, vous pensez bien.

vendredi 11 avril 2014

Azrael Rising : Anti-Gravity

Un son d'une clarté sans merci, digne de l'album de Sigrblod. La brutalité linéaire et adamantine de Gorgoroth, transportée sur les hauts plateaux gelés dans les nuages de Trelldom. Le venin et la démence de Monumental Possession. Les mélodies coupantes de Transilvanian Hunger - et aussi la gouaille ouvrière de Sardonic Wrath. Le tout cinglé et fouetté par les foudres caustiques de l'effrayant Monsieur Hynninen.
Quant à moi, tout ceci me paraît parfaitement logique. Les temps sont venus, un truc comme ça.

Discharge : Hear Nothing, See Nothing, Say Nothing


Les récents mouvements de troupes à l’est, Rate Your Penis militaire au relent de guerre froide, incitent à ressortir ce classique usé jusqu’à la corde. Entrisme paranoïaque à drapeaux déployés, slogans crus, vérités nues comme des coups de massues. Refus autiste. Émotions traduites au pied de biche. Contre-offensive sur ta zone de confort. Basse-cour de carton-pâte pour poulets sans tête. Cache les vieux. Cache la rouille. Cache les pauvres. Cache la peur. Cache les morts.  Ça va bien se passer, regarde Saint-Christophe et vas-t-en rassuré. Exhausteur d’égout. Brûle un banquier. Finis ta piquette de chantier. Fixe le mouvement de balancier de l’épée au-dessus de ta tête. Que la terre tremble et que les scorpions prennent le pouvoir. Cherche un nouveau nom pour ta métamorphose, tu n’atteindras pas l’âge de pisser dans des bocaux.

Blut aus Nord : Debemur MoRTi

Impression fadasse de Blut aus Nord Digest. Sur la durée d'un album, peut-être, ça aurait pu prendre de l'ampleur et de la gueule, façon retour sur soi ou quoi ou qu'est-ce ; là ça ne ressemble à rien d'autre qu'à un sticker promotionnel BaN, pratique à mettre par-dessus celui que ton garagiste a collé au cul de ta caisse au dernier contrôle technique, et que t'auras pas trop de chagrin à voir s'écailler au soleil, ça t'épargnera la peine de le décoller.

mardi 8 avril 2014

Deuil, Luik, Feral, 7/4/14, Black Sheep, Montpellier

Feral : ouch. Ultra-violence chaos core ultra-métallique (on note le "é", important), les vieux ne rigolent pas de trop. Pour ma part je pense Converge, Kickback et Pig Destroyer, sans doute pourra-t-on situer des références mieux cadrées, mais ce qui compte est de bien se dire que ça avoine très très sévèrement, que ça rince abominablement la gueule ; on demande à revoir très bientôt, histoire de tenter aussi de comprendre un peu ce qui nous arrive, et de mieux cerner cette identité, mais pour un premier concert, c'était un méchant premier concert.

Luik : jouent du sludge, donc ce qui leur sera reproché ne saurait être le caractère générique de leurs riffs ; ce qui leur sera reproché est qu'ils y passent trop de temps, sur ces riffs contractuels, et qu'il ne leur en reste pas assez pour se consacrer à leurs singularités et leurs bizarreries car ils en ont, qui ne demandent qu'à fleurir de toute leur exubérance malade, quelques fins de morceaux où les guitares s'égarent complet, bourgeonnant entre psyché, shoegaze et indus, et puis évidemment une terrifiante voix de harpie hululante qu'on entend largement pas assez. Frustrants.

Deuil : du diable si j'ai reconnu le groupe qui m'avait envoyé sa démo aux airs d'AmenRa en version stèle funèbre interminablement douloureuse. Il paraîtrait qu'ils en ont marre de jouer ses morceaux, et qu'on a eu du nouveau, mais ç'aurait aussi bien pu être un secret d'interprétation qu'ils gardaient. Du screamonolith ? Du black joué comme si c'était du sludgecore d'abattoir ? Il y a un mot pour décrire Deuil live : extrême. Une fichue raclée à faire passer même Rorcal pour pas loin de Mogwai, et à rappeler directement le concert d'Indian au même endroit voici quelques jours.

dimanche 6 avril 2014

Pord, 400 The Cat, 5/4/14, Black Sheep, Montpellier

400 The Cat (lastminutecore, Alès) : les vieux enculés... T'y vas un peu auto-suggestionné théoriquement, parce que bon, ils te prommettent certes pas la guerre ni la fin du monde, avec leur nom cérébral, et le premier morceau durant tu te dis que finalement ça devient de plus en plus lisible avec l'accoutumance, et que ça ressemble à ton groupe de chaotic noisecore lambda... ben tiens ! Dès le suivant t'es calmé. Définitivement, les pieds de ces mecs ne touchent pas le même sol que toi, ne touchent peut-être pas de sol d'ailleurs, et malgré les fausses pistes qu'eux-mêmes se plaisent à ouvrir ne se rattachent sans plus aucun doute raisonnable pas tant à Breach qu'à, je n'en démordrai pas, The Jesus Lizard, dont ils ont l'aride et nonchalante élégance, transposée dans leur univers d'acide ultra-violence rêveuse - tiens : pendant qu'on y est, on peut tenter une triangulation, puisque je ne retirerai pas non plus sans le défendre chèrement mon pont jeté vers Kill the Thrill, et qu'on complètera pour l'occasion avec Fugazi, pour l'équilibrisme sans paillettes ; là on tient presque quelque chose de ressemblant au swing surnaturel que ces quatre types te mettent dans le nez comme une évidence syncopée et dérapante.

Pord (electrocutionbop, Marvejols) : il m'est déjà difficile de mettre des mots sur Pord en temps normal, alors après une claque comme celle de ce soir, on dira que peu ou prou c'est la même, mais en remplaçant Breach par Dazzling Killmen et Hammerhead, dans le rôle des faux-amis, et encore une bonne jatte de swing extra-terrestre en plus, tellement l'impossible Dodus est ici proéminent, au moins à mes oreilles, et puis comme souvent ils ont terminé la chose par une punition digne des meilleures années de Sister Iodine (94)... Les nineties ont rarement été aussi belles que ce soir, en fait je ne suis pas sûr qu'elles étaient aussi belles pendant les nineties.