mercredi 16 avril 2014

Colosseum : Chapter 2 : Numquam

Une idée reçue veut que le doom finlandais lorsqu'il n'est ni aliéné ni archaïsant soit de la merde hyper-glucidique fadasse - un peu comme leur viande bouillie aux baies, en somme, quoique les baies apportassent au moins quelque acidité. Un collègue de bureau m'a récemment appris que ce n'était pas toute la vérité. Et si quant à lui c'est Chapter 1 : Delirium qui semble avoir l'élection de son cœur, pour ma part voici où je me liquéfie.
Une idée reçue veut que chez les vrais hommes les mélodies ne soient jamais bien vues. Elle est évidemment archi-fausse, tout ce dont a besoin une mélodie c'est d'être bien choisie, surtout pas d'éviter la sensiblerie, les vrais hommes ont une fleur qui saigne bleu au fond de leur sein. Et Numquam choisit, excusez du peu, le plus grand teint du mélodisme de mélodrame italien tragisant, Nino Rota en ligne de mire. Il n'y a pas de "mais", il n'y a pas de "La Sicile en Finlande ça fait bizarre" : écoutez donc voir "Demons Swarm by my Side". Vous êtes à genoux, donc assez modérément en posture de discutailler. C'est devant des disques pareils que, plus simplement et honnêtement que devant aucun des dandies torturés d'Esoteric, on peut  admettre que oui, on écoute du funeral parce qu'on aime aussi la musique de pleureuses, qu'être une pleureuse ce n'est pas sale et que d'ailleurs on peut le faire comme un homme - et un homme de goût, si vous permettez.
Alors certes, le tour redresseur de torts du présent article commende l'honnêteté de préciser que tout le disque, hélas, ne suit pas cette seule exquise veine sanglante, et que l'on trouvera un brin de monumentalisme d'un Dune transposé dans la Fosse des Mariannes - on parle de funeral, oui ? - c'est assurément un tantinet moins trouant, en quelques passages, et dieu sait qu'un passage de funeral veut généralement dire un tunnel. L'album n'est sans doute pas l'insoutenable tuerie objective qu'on le rêverait ; mais, hé, depuis quand une tuerie est-elle objective ?

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