lundi 12 mai 2014

Crowbar : Sever the Wicked Hand

Les deux derniers EHG et leurs misérables scènes où des anciens chauffeurs-livreurs hébergés en établissement spécialisé pour parkinsoniens tentent de foutre le dawa à la cantine avec la purée de céleri ; les deux (trois ? du diable si j'ai retenu...) derniers Autopsy et leurs airs de Six Feet Under qui a enfin réussi à lâcher les pilons et finir son master 1 en droit commercial ; et combien de tristes autres...
Heureusement, tout comme il y a les derniers Down et Neurosis pour attester que la vieillesse et l'arthrite ne sont pas obligatoirement le naufrage que l'on croit, il existe également des groupes qui prouvent la fausseté de cette loi si rock'n'roll, à savoir que quand on est trop vieux ou sage pour continuer la vida loca, la poudre et la boutanche, on peut faire une croix sur les jupes de la muse.
Au contraire. Il se dit conventionnellement que Santa Kirk a écrit cet album à jeûn et heureux de l'être, à regarder la végétation par la fenêtre - je l'aurais pour ma part imaginé plutôt dodeliner pensivement et paisiblement sur son rocking chair, dans la douce lumière de la fin de l'après-midi qui caresse son jardin ouvert sur le bayou, avec son doux sourire et ses yeux tendres. Il semble en tout état de cause que la sagesse et la tempérance lui aient donné les boyaux pour accoucher de possiblement son album le plus fluidement maîtrisé. Du pur Crowbar, naturellement, mais parfait dans tous les détails si on veut s'attacher à les regarder, et parfait à s'enfiler sans réfléchir si on ne souhaite qu'en tirer son plaisir.
Crowbar. Plaf. Le seul groupe capable de jouer avec cette compacte dignité une forme d'Alice in Chains des bois, aussi ours que délicat et attentionné, le seul homme capable de te marcher sur la bouche assis dans son rocking chair sur son perron, en se resservant un mug d’écœurant bourbon aux saveurs vanillées. De te claquer au milieu du disque un acoustique lugubre à en faire pleurer Steve Von Till, et sans piper mot je vous prie, mais en te resservant un mug d’écœurant bourbon aux saveurs vanillées. Que tu vas pouvoir descendre cul-sec parce qu'il enchaîne avec un riff qu'on croirait Dimebag revenant mais avec 150 kilogrammes de classe en plus : c'est pas pour rien non plus que le brave Anselmo les soutient avec un zèle jamais démenti depuis le début, et qu'il a fini par réussir à monter un groupe où il joue avec le Kirk.
Parce que c'est le seul homme capable de mélanger ainsi Pantera et Alice in Chains en en faisant quelque chose de beau - et de le noyer dans le marais comme une portée de chatons avec l'étau d'une poigne pleine d'amour humide ; en en tirant des balades parmi les plus belles qu'il ait pu tailler - bien sûr qu'il y a des ballades, on parle de Crowbar, nigaud : il y a toujours des ballades au milieu de... Je crois bien que je croyais savoir jusqu'ici pourquoi on les appelait la machine à riffs ; et que je me le suis pris pour de bon dans les dents avec Sever the Wicked Hand. Comme avec un genre de Time Heals Nothing, mais laissé à affiner encore 16 ans ; encore plus parfumé, encore plus brûlant, encore plus équilibré. Comme à chaque fois qu'on écoute un bon Crowbar, à la vérité, et qu'il rappelle à notre bon souvenir toute la juteuse excellence de leur bon vieux rata doomcore.


NdlA : rassurez-moi, vous n'avez tout de même pas cru qu'on parlait d'EHG là en-dessous pour parler d'EHG, si ? On a tout de même autre chose à fiche dans la vie que parler d'une marque de casquettes, oui ?

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