samedi 7 juin 2014

Incantation : Dirges of Elysium

Bien. Dans le domaine d'une musique aussi excessive que le death metal, une nouvelle hauteur d'excès est devenue dernièrement la norme. Outrance d'occultisme, outrance de blasphème, outrance de brutalité sub-tellurique, et ainsi de suite, pas la peine que je vous précise de quoi chacun voit parfaitement qu'on parle. Incantation, qui avait justement depuis quelques disques donné dans quelque chose de plus trivial et soudard qu'à ses traumatisants et révérés débuts, pouvait prendre dans un tel contexte des airs d'ancêtre un brin dépassé, par le bellicisme et la ferveur plus virulents de ses propres émules.
Bien. McEntee, pourrait-on dire, a décidé de donner dans la figure imposée dite du "montrage de c'est qui c'est le patron"... Sans verser, ça va sans le dire mais ça va mieux en le disant, dans aucun des tours de passe-passe et tartinages de trompe-couillon, les vieux ont leur dignité, on ne se colore pas les cheveux ici - qui ont cours par les temps qui courent. On ne se cache derrière rien ici, et certainement pas une brume infernale qui confond commodément incompréhensible et occulte. On ne se barbouille pas de fusain comme un sagouin la gueule, lorsqu'on a si beau teint d'ébène déjà. On ne surcharge rien, ni notes, ni tambourinages. La matière sonore de Dirges of Elysium est parfaitement claire dans ses intentions - hostiles, quoi d'autres ? Dure et coupante comme la montagne, où chemin faisant on se paume et erre, aux abois ; et grondante et noueuse, comme les muscles sous le pelage du félin. Douloureuse, fracassante. Majestueuse, comme une évidence, dans la puissance sinistre, aux dimensions épiques naturelles, qui ruisselle de riffs qui n'ont aucun besoin de surligner leur laideur en versant dans le dégueulasse effréné, contents qu'ils sont d'irradier de pouvoir brutalement nu. Quelques flaques de basse çà et là d'un noir de jais suffiront amplement à suggérer les abysses jamais entièrement dormantes, dessous.
Incantation nous offre ici, avec le dédain qui n'appartient qu'aux vieux, un album tout simplement cérémoniel, les yeux fixés seulement sur son propre ciel, histoire de rappeler qu'on est jamais obligé de s'aligner. Qu'Incantation n'a pas réellement besoin de soit se positionner soit jeter l'éponge, parce qu'Incantation n'est personne d'autre. Et qu'il n'y a justement guère qu'eux - même si Lvcifyre a osé le faire au moins un morceau durant, et que c'était d'un beau courage - qui sont capables d'un disque truffé comme une termitière de passages traînants et/ou monumentaux, et rester tout du long un putain d'album de death metal, sans rien de doom pour un sou ; il n'y a jamais la moindre paresse dans l'air ni la moindre fatigue même passagère lorsqu' Incantation ralentit ; il serait suicidaire de le croire. Ici, on concasse ; par le plus simple et cru pouvoir du putain de death metal ; cette chose qui malaxe, mâchonne et lacère le temps ; il n'y a besoin de rien d'autre lorsque c'est fait comme il faut.
Alors il ne s'agit évidemment pas de régler des comptes, puisque je ne suis pas trop d'extraction hip-hop, et bien sûr Lvcifyre et Grave Miasma ne sont en rien désavoués aujourd'hui ni envoyés au piquet, et le prochain Encoffination sera accueilli avec bienveillance - mais n'aimant assurément pas tant "clasher" que chambrer, je ne conclurai pas céans sans m'autoriser un petit clin d’œil compatissant aux Dead Congregation et autres Disma...

2 commentaires:

Karamazov a dit…

Vous pratiquez la langue sacrée de la forge de la mort avec brio frère Gulo.
Un nouvel Encoffination ? Pffiouu, l'Agenda est chargée. Par contre j'avais trouvé la partition de 2012, républicaine, récitative et inhabitée.

gulo gulo a dit…

Il faudrait en effet que je le réécoute, en toute honnêteté je me rappelle avoir dû forcer une certaine indulgence à son endroit.