lundi 28 juillet 2014

Fall of Efrafa : Inlé

Croissez et multipliez, remplissez la terre et soumettez-là.
Sièges non-inclinables, agents de bord disgracieux, plateaux-repas insipides. Des écrans individuels mais un programme unique : exciter sept milliards de cellules cancéreuses sur le foie de la bête, un écocide opéré par une civilisation-charter au bord du dépôt de bilan. Alors que le poids-curseur du métronome glisse en grinçant comme le rire d’un tuberculeux après son ablation des côtes, les muselières plaqué-or attendent le maî-maître à qui donner la pa-patte, le sauveur-rédempteur des fables du désert tout en poursuivant consciencieusement leur œuvre de destruction. Schizophrènes à temps complet, bien au chaud au cœur de leur métastase, elles se délestent d’épisodiques cas de conscience sur l’allèle dominant panou-panou et son apaisante séquence séculaire.
Croissez et multipliez, remplissez la terre et soumettez cette salope.

mercredi 23 juillet 2014

Got A Girl : I love you, but I must drive off this cliff now

Danny Nakamura revient avec une nouvelle souris. Le premier qui prononce les mots Lana Del Rey sort sans autorisation de retour. En revanche on est un peu obligé, même si on est pas aveugle et qu'on a bien compris que c'était ni le même film ni la suite, de comparer avec Music to make love to your old lady by, d'autant que la parenté de timbre est frappante sur le morceau d'ouverture. Après, elle l'est moins - et de prime abord ce n'est pas de bon augure.
Parce qu'on ne peut s'empêcher de penser à Jenny, et qu'à côté elle est bien mimi Mary Elizabeth mais elle a un peu beaucoup le genre Anne-Cécile... Et puis, peu à peu, vous comprenez ce qu'une mélodie peut avoir qui porte à la qualifier de suggestive ; les siennes suggèrent d'autres plus anciennes inscrites au patrimoine inconscient, ou peut-être d'autres qu'elles auraient pu être mais que leur naturelle réserve et modestie les retient d'être... et le reste de ce qu'on peut suggérer, bien entendu. Elle finit par vous avoir, la garce timide et diaphane avec ses écharpes molles et ses volutes de mousseline partout qui en font comme un nuage de lait, comme un salopard de voile de buée sur la vitre d'un train dans laquelle on s'esquinte les yeux à la distinguer. Car aussi sûr que dans le film de Bond dont Lovage était le scénario, le fauve sexuel qui sévissait et maraudait dans les couloirs de l'Orient Express était Jennifer bien plutôt que Mike, dans celui de Got A Girl Mary Elizabeth est quant à elle la chose vulnérable pâmée dans le compartiment couchette, petit animal qui halète et pantèle de crainte et de désir de se dérober à la façon de ses timides lignes de chant aussi fermes que de la crème chantilly... ou bien est-ce vraiment le cas ? Est-elle tellement moins prédatrice que l'autre, la fourbe fleur carnivore écroulée sur sa fragile tige ? Le sens-tu pas, le tragique qui grimpe au fil du disque tel un ignoble lierre qui t'étouffe, le venin hitchcockien pas loin d'être aussi pénétrant que, pour rester entre films de mantes religieuses tropéziennes aux haleines bouffées de concupiscence, dans A Bird on a Poire ? Regarde comme bientot débarque Maître Patton en personne, par le vertige alléché. As-tu vraiment cru que le mordant spirituel du titre était une forme de blague ? As-tu cru que tu n'étais pas dans la voiture, impuissant sur le siège passager ? Le comprends-tu, à présent qu'un morceau avant la fin le masque lâche, et qu'une minute durant tu entends comme elle se rit de toi aux éclats, te rappelant avec horreur que la porcelaine peut aussi se briser, et couper sévèrement ? avant d'une ultime fois te caresser à même le nerf avec sa plume sans poids ?
Salope.

vendredi 18 juillet 2014

Monarch! : Omens

C'est idiot, on n'a pas la note "mignon". D'ailleurs, on n'a pas de notes, ici, excusez, c'est les heures sup' sur Slow End.
Enfin, ça dépend : si on note Emilie, Omens est une de ses prestations les plus mémorablement figeantes, et figeamment mémorables aussi, au top Eurogirl, et le disque en est indispensable. Si l'on note les garçons, c'est... mignon.
Le disque a un peu le cul autant entre deux chaises que sa pochette qu'on dirait l’œuvre d'un de ces innombrables suceurs de Yann Black (je n'ai pas vérifié, si c'est Yann en personne ça ne fait que conforter mon propos), et qui vague entre le gribouillis infantile piaillard des débuts et la laconique maturité blessée du trait actuel - de Monarch!, s'entend.
Le morceau ambient central est pas mal du tout, la curée finale préfigure assez honorablement l'âpre majesté de Sabbracadaver, et pour "Blood Seeress" j'hésite entre embarrassant et embarrassé. Mais c'est Monarch!, donc le voudraient-ils qu'ils ne pourraient faire moins que ça : diaboliquement mignon.
Disque à écouter avec parcimonie si vous avez des penchants sensibles, ou simplement esthètes dans la collectionnite.

jeudi 17 juillet 2014

Monarch! : Sabbracadaver

Si l'on a eu tendance à survoler ou croiser les derniers disques de Monarch! avec quelque chose qui tenait de l'usure et la désinvolture des vieux couples, le changement que l'on constatera sur Sabbracadaver peut frapper rien qu'un peu.
Ainsi donc, Monarch! aujourd'hui joue Profound Lore, Monarch! joue metal... Bon. Monarch! reste surtout Monarch! quel que soit le chemin qu'ils aient choisi de prendre, et c'est avec la crudité qui leur est propre que résonnent dans un fracas contondant qui froisse le ciel hivernal ces riffs funeral si étonnants, pensivement patriciens qu'ils sont, de prime abord, c'est avec leur impudeur et leur insolence punk que chuintent les murmures d'Eurogirl qu'on commence par trouver plus pro dans le registre si codifié et pro par définition de la sirène fatale... au commencement. Et vous pouvez en dire autant pour les cris de hyène.
Non, Monarch! est toujours un groupe qui sent son insistant bouquet de sueur et de hardcore, même dans les brumes de Nouvelle Angleterre qu'on peut croire y voir se lever, ou bien avoir rêvées. Non, Monarch! n'est pas près de plaire au vrai métalleux du doom ; à la rigueur au fan de Hellhammer ou Darkthrone qui est prêt à entendre son metal de la bête des âges farouches joué par une manière d'étrange orchestre de chambre en redingotes fatiguées et enrubannées de toiles d'araignées : on voit si le specimen est répandu...
Nonobstant ces considérations finalement évidentes - on n'a finalement pas tant changé que cela, puisque déjà "Winter Bride" évoquait Darkthrone la nuit de Noël - l'émerveillement qui est à cueillir ici tel le fruit délicieux qu'il est, c'est que cette façon non pareille de jouer les choses a le don - c'est un peu logique aussi - de restaurer une dose massive et directe d'émotion émotionnante et secouante - ainsi qu'on fait des pruniers ou dans une collision - dans un genre autrement si compassé et obséquieux - lequel du reste l'infuse bien un peu en retour de sa part d'emphatique émotion frissonnante, ce crust-drone de sauvageons... Le jeu des deux, sac, ressac... on fait plus que le deviner déjà : c'est beau. Splendide même. Les cauchemars sont toujours là, et l'enfantine naïveté de même, et , miracle, ils se marient comme s'ils étaient faits pour à ce digne fatalisme stoïque digne de Warning. Monarch! est devenu une vrai horde, Monarch! sillonne le globe et rencontre les grands noms et les grandes personnes - et Monarch! continue de les interpeller  par sa seule existence, par sa candeur brute, et les mettre impudemment à l'amende par paquets de douze.
De toutes les manières, il n'y a que les cons pour abandonner leur couple au seul ridicule motif qu'il est vieux, alors que c'est quand justement il prend en profondeur. Ou les gens pressés, mais en principe ceux-là n'écoutent pas Monarch!.

jeudi 10 juillet 2014

Wolok : The Silver Cord

Putain, pour une fois que ce n'est pas le black le plus brutalement léché et violemment propret, qu'on choisit pour le marier à la techno - est la seconde phrase qui bondit à l'esprit aux premières mesures de The Silver Cord - la première, quasi simultanément, étant : putain, on dirait du très vieux Sonic Youth, voire un truc no-wave encore plus casserole, voire les Swans ou Circus Mort, remixé batcave berlinoise par No Safety Pin Sex.
N'ayons pas peur des mots - ce sont des amis à moi, je vous présenterai - c'est la tentative la plus réussie dans le genre qui me vienne en tête là de suite. Vous me direz : il y a pas tant de concurrence, le seul autre qui soit parvenu à faire fonctionner cette fausse bonne idée c'est Spektr. 666 International ça ne compte pas c'est autre chose.
Parce qu'on parle de Wolok, ici ; de black metal à l'haleine abominablement putride ; de black qui pue de la gueule ; de black qui pue la charogne ; pas de black metal four to the floor et de mauvais Punish en noir et blanc ; pas de Blacklodge, quoi ; mais de quelque chose qui sonnerait comme si Bunkur et Ride for Revenge décidaient de faire de l'ebm, et de tenter de démonter le train à Sielwolf et Casio Judiciaire. Pas trop petit bras, les types.
Reste plus en gros qu'à citer le premier P.H.O.B.O.S, pour situer un peu la sensation d'être rudoyé dans les hallucinations consécutives à une ingestion de porc très avarié, et attester que le flambeau a été plus que repris, voire des ponts dressés avec les actuelles circonvolutions dudit arrière-cousin - puis j'aurai envie de briser là, parce que cela fait beaucoup de verbiage déjà, et que nous n'avons pas ici un disque qui laisse beaucoup de fonction cérébrale fonctionnelle pour le verbiage ; mais assomme, et dévore le cerveau dans un bouillon gastrique sucré comme de l'acide de batterie. Et laisse là hagard, avec une espèce d'euphorique désir de bestialité sans objet bien défini.